1. Avant-propos : L’Église se reconnait et se constate intimement solidaire du genre humain, de ses épreuves et de son histoire. En conséquence le Concile s’adresse à tous, désirant « exposer comment il envisage la présence et l’action de l’Église dans le monde d’aujourd’hui ». En ce sens, l’Eglise cherche à servir l’homme dans sa quête de sens, ses interrogations sur l’évolution du monde, « la destinée ultime des choses et de l’humanité ». Elle ne cherche qu’à servir l’homme dans sa totalité, « corps et âme, cœur et conscience, pensée et volonté ».
2. Espoirs et angoisses contradictoires du monde moderne (GS4) : « L’Eglise a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Evangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre de manière adaptée à chaque génération ». Pour cela, « il importe de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations ». Voici donc quelques traits principaux du monde actuel. D’abord on constate que le genre humain entre dans « un âge nouveau » de mondialisation avec changements profonds et rapides à l’échelle de la planète. Cette « métamorphose sociale et culturelle » influe profondément sur l’homme lui-même, sa conception et son rapport au monde et à Dieu. Parallèlement, l’homme découvre de plus en plus ses propres faiblesses et incertitudes : « tandis que l’homme étend si largement son pouvoir, il ne parvient toujours pas à s’en rendre maître ». Il atteint à la fois un niveau de puissance et de richesse unique, et un stade d’inégalité, de pauvreté, de misère toujours plus grand. Tout est paradoxal, s’étendant dans deux directions à la fois : recherche d’unité et radicalisation de forces disparates, essor temporel majeur sans contrepoint spirituel, … « Jamais les hommes n’ont eu comme aujourd’hui un sens aussi vif de la liberté, mais, au même moment, surgissent de nouvelles formes d’asservissement social et psychique ». L’homme moderne ne sait donc plus ce qui demeure et ce qui passe, ni où se situer. Le voilà saisit d’inquiétude, s’interrogeant « avec un mélange d’espoir et d’angoisse ».
3. Une mutation profonde (GS5) : Dans l’esprit de l’homme moderne prédominent les sciences et la technique « fille des sciences ». C’est une transformation à la fois de l’homme, du monde et du temps. L’homme se connait mieux et développe des techniques plus efficaces pour agir sur le monde et la société. Cette évolution est si rapide que l’on peine à suivre… « Le genre humain passe d’une notion plutôt statique de l’ordre des choses à une conception plus dynamique et évolutive : de là naît, immense, une problématique nouvelle, qui provoque à de nouvelles analyses et à de nouvelles synthèses. »
4. Changements dans l’ordre social (GS6) : Le passage à une société industrielle mène à une « économie d’opulence », largement urbanisée. Les moyens de communication sont toujours plus rapides et nombreux, suscitant de nombreuses réactions en chaîne. En résumé, les relations se multiplient (« socialisation »), sans que cela soit toujours au bénéfice du « plein développement de la personne et des relations vraiment personnelles » (« personnalisation »). Cela est à la fois vrai dans les pays développés et les pays en voie de développement qui cherchent à se procurer tous ces bienfaits.
5. Changements psychologiques, moraux, religieux (GS7) : Cette évolution rapide de la société s’accompagne d’une remise en cause globale des « valeurs reçues », des « cadres de vie, des lois, des façons de penser et de se sentir hérités du passé [qui] ne paraissent pas toujours adaptées à l’état actuel des choses ». En ce sens d’un point de vue religieux l’adhésion à la fois devient de plus en plus personnelle et de moins en moins reçue telle qu’elle, grâce à « l’essor de l’esprit critique [qui] la purifie d’une conception magique du monde et des survivances superstitieuses ». Mais en sens inverse, « des multitudes sans cesse plus denses s’éloignent en pratique de la religion ». Ce n’est plus « un fait exceptionnel », et on le « présente volontiers comme une exigence du progrès scientifique ou de quelque nouvel humanisme ». Cette démarche dépasse le seul champ de la vie personnelle, affectant largement « la littérature, l’art, l’interprétation des sciences humaines et de l’histoire, la législation ». « D’où le désarroi d’un grand nombre ».
6. Les déséquilibres du monde moderne (GS8) : Cette évolution rapide et pleine d’écartèlements engendre et accroit « contradictions et déséquilibres ». Au niveau individuel, on constate un déséquilibre « entre l’intelligence pratique moderne et une pensée spéculative qui ne parvient pas à organiser la somme de ses connaissances ni à les ordonner en des synthèses satisfaisantes ». « Déséquilibre également entre la préoccupation de l’efficacité concrète et les exigences de la conscience morale, et, non moins fréquemment, entre les conditions collectives de l’existence et les requêtes d’une pensée personnelle, et aussi, de la contemplation. » Bref en synthèse un déséquilibre entre la performance dans l’organisation du monde et le développement et les questionnements intérieurs. Des déséquilibres naissent aussi au sein des familles, entre les races, les catégories sociales, les pays. « Défiances et inimitiés mutuelles, conflits et calamités s’ensuivent, dont l’homme lui-même est à la fois cause et victime. »
7. Les aspirations de plus en plus universelles du genre humain (GS9) : La conviction grandit dans le monde qu’au-delà de la maitrise du monde, le genre humain « peut et doit en outre instituer un ordre politique, social et économique qui soit toujours plus au service de l’homme, et qui permette à chacun, à chaque groupe, d’affirmer sa dignité propre et de la développer ». Le sentiment d’injustice de ceux qui s’estiment lésés croit en proportion. Ce sont les pays pauvres et dépendants des pays riches, les femmes, les paysans,… « Sous toutes ces revendications se cache une aspiration plus profonde et plus universelle : les personnes et les groupes ont soif d’une vie pleine et livre, d’une vie digne d’homme » « Ainsi le monde moderne apparaît à la fois comme puissant et faible, capable du meilleur et du pire, et le chemin s’ouvre devant lui de la liberté ou de la servitude, du progrès ou de la régression, de la fraternité ou de la haine. D’autre part, l’homme prend conscience que de lui dépend la bonne orientation des forces qu’il a mises en mouvement et qui peuvent l’écraser ou le servir. C’est pourquoi il s’interroge lui-même. »
8. Les interrogations profondes du genre humain (GS10) : « En vérité, les déséquilibres qui travaillent le monde moderne sont liés à un déséquilibre plus fondamental qui prend racine dans le cœur même de l’homme. […] D’une part, comme créature, il fait l’expérience de ses multiples limites ; d’autre part, il se sent illimité dans ses désirs et appelé à une vie supérieure. » Dans la multitude des choix auxquels il est confronté, il fait éminemment l’expérience paulinienne de sa propre faiblesse (Rm7,14). Les fractures et difficultés de la société ne font que traduire celles du cœur de l’homme. Malgré toutes les tentatives de solutions, les questions de la souffrance et de la mort se posent avec plus d’acuité que jamais. L’Eglise croit que le Christ, « mort et ressuscité pour tous » est la clé de tout, du salut et de la vocation de tous. Elle croit que « sous tous les changements, bien des choses demeurent qui ont leur fondement ultime dans le Christ, le même hier, aujourd’hui et à jamais ». C’est pourquoi le Concile « se propose de s’adresser à tous ».
9. L’homme à l’image de Dieu (GS12) : L’homme a le plus grand mal à se définir lui-même et les opinions les plus diverses s’affrontent, opinions « suivant lesquelles, souvent, ou bien il s’exalte lui-même comme une norme absolue, ou bien il se rabaisse jusqu’au désespoir. » L’Eglise guidée par la Révélation veut apporter une réponse à cette question de la plus haute importance, une réponse « où sont mise au clair ses faiblesse, mais où peuvent en même temps être justement reconnues sa dignité et sa vocation ». L’homme est grand en effet ! Fait à l’image du Créateur, capable d’aimer et de connaître, il est « constitué seigneur de toutes les créatures terrestres pour les dominer et s’en servir en glorifiant Dieu » (Gn1,26 ; Sg2,23, Si17,3-10, Ps8,5-7). Il a créé l’homme pour qu’il accomplisse cette vocation comme « homme et femme » (Gn1,27), être de relation. Et Dieu, nous dit encore la Bible, « regarda tout ce qu’il avait fait et le jugea très bon » (Gn1, 31).
10. Le péché (GS13) : « Etablit par Dieu dans un état de justice », l’homme s’est laissé séduire par le Malin, « se dressant contre Dieu et désirant parvenir à sa fin hors de Dieu ». Or « ce que la Révélation divine nous découvre ainsi, notre propre expérience le confirme. Car l’homme, s’il regarde au-dedans de son cœur, se découvre enclin aussi au mal, submergé de multiple maux qui ne peuvent provenir de son Créateur. » Refusant d’être ordonné à « sa fin dernière », il a de ce fait « rompu toute harmonie, soit par rapport à lui-même, soit par rapport aux autres hommes et à toute la Création. » Il y a ainsi un division et une lutte dans l’homme, qui se répercute dans toute la société et le monde. « Ainsi chacun se sent comme chargé de chaînes », chaînes dont le Christ est venu nous délivrer !
11. Constitution de l’homme (GS14) : « Corps et âme, mais vraiment un, l’homme est, dans sa condition corporelle même, un résumé de l’univers des choses qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent librement louer leur Créateur. » Le corps a donc toute sa valeur, unique, transcendée par la résurrection à laquelle il est promis, bien qu’il y ressente aussi toute la blessure du péché. L’homme par son intériorité « dépasse l’univers des choses » : il a donc raison « lorsqu’il se reconnait supérieur aux éléments matériels ».
12. Dignité de l’intelligence, vérité et sagesse (GS15) : De même « participant à la lumière de l’intelligence divine, l’homme a raison de penser que par sa propre intelligence il dépasse l’univers des choses ». Cela est vrai pour toute la science des phénomènes, mais aussi et surtout dans sa pensée du monde, car l’intelligence « est capable d’atteindre, avec une authentique certitude, la réalité intelligible, en dépit de la part d’obscurité et de faiblesse que laisse en elle le péché ». Cette « nature intelligible de la personne trouve sa perfection dans la sagesse ». Enfin « par le don de l’Esprit, l’homme parvient, dans la foi, à contempler et à goûter le mystère de la volonté divine ».
13. Dignité de la conscience morale (GS13) : « Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi » qu’il reçoit et qui le presse d’aimer et de faire le bien en évitant le mal. Cette loi est « inscrite par Dieu au cœur de l’homme […] c’est elle qui le jugera » (Rm2,14-16). C’est elle qui au plus secret du cœur de l’homme lui permet de juger les problèmes moraux. « Toutefois, il arrive souvent que la conscience s’égare, par suite d’une ignorance invincible, sans perdre pour autant sa dignité, ce que l’on ne peut dire lorsque l’homme se soucie peu de cherché le vrai et le bien et lorsque l’habitude du péché rend peu à peu la conscience presque aveugle ».
14. Grandeur de la liberté (GS17) : « Nos contemporains estiment grandement [la liberté] et ils la poursuivent avec ardeur. Et ils ont raison » ! Même si souvent « ils la chérissent d’une manière qui n’est pas droite »… Si la liberté a une telle valeur, c’est parce qu’elle est en l’homme « un signe privilégié de l’image divine », elle est ce qui nous permet d’adhérer ou non à notre Créateur. Sa dignité ultime est de choisir ultimement et librement le bien en toute chose.
15. Le mystère de la mort (GS18) : « C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet. L’homme n’est pas seulement tourmenté par la souffrance et la déchéance progressive de son corps, mais plus encore par la peur d’une destruction définitive. » « C’est par une inspiration juste de son cœur qu’il rejette et refuse cette ruine totale et ce définitif échec de sa personne. » Rien n’y fait, « toutes les tentatives de la techniques sont impuissantes à calmer son anxiété : car le prolongement de la vie que la biologie procure ne peut satisfaire ce désir d’une vie ultérieure, invinciblement ancré dans son cœur. » Face à cela, les chrétiens affirment leur foi dans un Sauveur qui vaincra la mort que cause le péché, lui rendant le salut par sa Résurrection. En effet « Dieu a appelé et appelle l’homme à adhérer à Lui de tout son être, dans la communion éternelle d’une vie divine inaltérable. »
16. Formes et racines de l’athéisme (GS19) : « On désigne sous le nom d’athéisme des phénomènes entre eux très divers. En effet, tandis que certains athées nient Dieu expressément, d’autres pensent que l’homme ne peut absolument rien affirmer de lui. » « Beaucoup outrepassent indûment les limites des sciences positives, ou bien prétendent que la seule raison scientifique explique tout, ou bien à l’inverse ne reconnaissent comme définitive absolument aucune vérité ». Cela se décline encore de bien des façons diverses qu’on ne redonne pas toutes ici. On peut noter cependant que « l’athéisme naît souvent soit d’une protestation révoltée contre le mal dans le monde, soit du fait que l’on attribue à tort à certains idéaux humain un tel caractère d’absolu que l’on en vient à les prendre pour Dieu ». Quelle responsabilité dans ce rejet ? L’individu en porte bien sûr une large part, « mais les croyants eux-mêmes portent souvent à cet égard une certaine responsabilité [lorsque] par négligence dans l’éducation de leur foi, par des présentations trompeuses de la doctrine et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale on peut dire qu’ils voilent l’authentique visage de Dieu plus qu’ils ne la révèlent ». En effet, l’athéisme est souvent une réaction critique face aux religions.
17. L’athéisme systématique (GS20) : « Souvent l’athéisme moderne présente aussi une forme systématique qui pousse le désir d’autonomie humaine à un point tel qu’il fait obstacle à toute dépendance à l’égard de Dieu. » L’homme est vu comme seule fin et seul acteur et créateur de sa propre vie. Il y a une recherche et une affirmation de toute-puissance qui peut être dû au sentiment de pouvoir que le progrès technique lui procure. Beaucoup d’athée attend la libération de l’homme de la libération économique et sociale, par opposition à une religion qui se détournerait du monde. « C’est pourquoi les tenants d’une telle doctrine, là où ils deviennent les maître du pouvoir, attaquent la religion avec violence, utilisant pour la diffusion de l’athéisme, surtout en ce qui concerne l’éducation de la jeunesse, tous les moyens de pression dont le pouvoir public dispose. »
18. L’attitude de l’Église en face de l’athéisme (GS21) : L’Eglise déplore bien sûr le développement de « ces doctrines et manières de faire ». Elle cherche cependant à comprendre et rejoindre les athées. Deux choses. Un, « la reconnaissance de Dieu ne s’oppose en aucune façon à la dignité de l’homme, puisque cette dignité se trouve en Dieu lui-même ce qui la fonde et ce qui l’achève. » Deux, « l’espérance eschatologique ne diminue pas l’importance des tâches terrestres, mais en soutient bien plutôt l’accomplissement par de nouveaux motifs ». Au contraire en l’absence de Dieu la dignité humaine est gravement blessée, et l’implication dans le monde se trouve profondément interrogée. « A certaines heures en effet, principalement à l’occasion des grands événements de la vie, personne ne peut totalement éviter ce genre d’interrogation » auxquelles « Dieu seul peut pleinement répondre ». La solution à l’athéisme ne peut venir que de l’Eglise, à la fois dans la présentation adéquate de sa doctrine et dans la pureté de sa vie. Pour rendre présents et « comme visible » Dieu, il lui « faut surtout le témoignage d’une foi vivante et adulte, c’est-à-dire d’une foi formée à reconnaître lucidement les difficultés et capable de les surmonter ». Le sommet de cette foi, c’est « l’amour fraternel des fidèles qui travaillent d’un cœur unanime pour la foi de l’Evangile ».
19. Le Christ, homme nouveau (GS22) : « En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. […] Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation », si bien que tout ce qui a été développé jusqu’ici « trouve en lui sa source et atteint en lui son point culminant ». Qui est Jésus ? « Il est l’Homme parfait qui a restauré dans la descendance d’Adam la ressemblance divine, altérée dès le premier péché. Parce qu’en lui la nature humaine a été assumée, non absorbée, par le fait même, cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme (« De même sa volonté humaine divinisée n’a pas été supprimée » - Concile de Constantinople), il a aimé avec un cœur d’homme ». Par son sang répandu librement il nous obtient le salut, nous libérant du péché et du Diable. Or donc, « devenu conforme à l’image du Fils, le chrétien reçoit ‘les prémices de l’Esprit’ (Rm8,23) qui le rendent capable d’accomplir la loi nouvelle. Par cet Esprit, c’est tout l’homme qui est intérieurement renouvelé, dans l’attente de ‘la rédemption du corps’ (Rm8,23). » Même s’il affronte le mal avec difficulté, le chrétien « associé au mystère pascal, devenant conforme au Christ dans la mort, fortifié dans l’espérance, va au-devant de la résurrection ». Or cela n’est pas vrai que des chrétiens seuls, puisque « nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connait, la possibilité d’être associé au mystère pascal ». « C’est donc par le Christ et dans le Christ que s’éclaire l’énigme de la douleur et de la mort, qui, hors de son Evangile, nous écrase. »
20. Caractère communautaire de la vocation humaine dans le plan de Dieu (GS24) : Nous sommes faits pour vivre ensemble en frères. Cela passe par la charité. In fine cette fraternité est appelée à ressembler à l’union des personnes divines entre elles (Jn17,21-22).
21. Interdépendance de la personne et de la société (GS25) : « Le caractère social de l’homme fait apparaître qu’il y a interdépendance entre l’essor de la personne et le développement de la société elle-même. » Elle doit donc être principe et fin de tout élément de la vie sociale et des institutions. De nos jours l’homme multiplie les relations et les associations au sein de la société, ce qui est a priori une bonne chose car elles « permettent d’affermir et d’accroître les qualités de la personne, et de garantir ses droits ». Le problème est que ces structures de la société peuvent aussi encourager l’homme au mal. Cela peut être dû aux structures elles-mêmes, mais plus radicalement, ils proviennent de l’orgueil et de l’égoïsme des hommes, qui pervertissent aussi le climat social ». « Là où l’ordre des choses a été vicié par les suites du péché, l’homme, déjà enclin au mal par naissance, éprouve de nouvelles incitations qui le poussent à pécher : sans efforts acharnés, sans l’aide de la grâce, il ne saurait les vaincre. »
22. Promouvoir le bien commun (GS26) : Le bien commun, c’est-à-dire « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée » doit être au cœur des préoccupations de tous. Cela s’accompagne de la prise de conscience « de l’éminente dignité de la personne humaine, dont les droits et les devoirs sont universels et inviolables ». Cela implique d’apporter à l’homme tout ce dont il a besoin pour mener une vie authentiquement humaine. Tout dans la société doit être subordonné à cela, puisque « l’ordre des choses doit être subordonné à l’ordre des personnes et non l’inverse ».
23. Respect de la personne humaine (GS27) : L’œuvre politique doit donc mettre l’homme en son centre. Plus simplement, chacun doit en tout lieu considérer l’autre pour lui-même, comme un être à aimer toujours plus, comme son prochain. Cet amour s’exprime avant tout dans le service actif de l’autre. Dans cette logique, l’Eglise dénonce avec vigueur « toute espèce d’homicide, tout ce qui constitue une violation de l’intégrité de la personne, tout ce qui est offense à la dignité de l’homme, ou encore les conditions de travail dégradantes ».
24. Respect et amour des adversaires (GS28) : « Le respect et l’amour doivent aussi s’étendre à ceux qui pensent ou agissent autrement que nous en matière sociale, politique ou religieuse », sans que cela ne nous rende « indifférent à l’égard de la vérité et du bien ». Cela est possible lorsque nous distinguons « entre l’erreur, toujours à dénoncer, et celui qui se trompe, qui garde toujours sa dignité de personne ». Il ne nous appartient pas de juger quiconque. En revanche il nous faut pardonner.
25. Égalité essentielle de tous les hommes entre eux et justice sociale (GS29) : « Tous les hommes, doués d’une âme raisonnable et créés à l’image de Dieu, ont même nature et même origine ; tous, rachetés par le Christ, jouissent d’une même vocation et d’une même destinée divine : on doit donc, et toujours davantage, reconnaître leur égalité fondamentale. » Il faut donc malgré les différences rejeter toute forme de discrimination. « En vérité, il est affligeant de constater que ces droits fondamentaux de la personne ne sont pas encore partout garantis », par exemple pour ce qui est des droits des femmes, mais aussi des « inégalités économiques et sociales excessives ».
26. Nécessité de dépasser une éthique individualiste (GS30) : Beaucoup, malgré les belles idées qu’ils professent, vivent comme si ces réalités et le besoin pressant de solidarité n’existaient pas. « Beaucoup font peu de cas des lois et des prescriptions sociales. Un grand nombre ne craignent pas de se soustraire, par divers subterfuges et fraudes, aux justes impôts et autres aspects de la dette sociale. D’autres négligent certaines règles de la vie en société, comme celles qui ont trait à la sauvegarde de la santé ou à la conduite des véhicules. » Il ne s’agit donc pas seulement d’avoir des idées mais encore d’agir.
27. Responsabilité et participation (GS31) : Tout doit être mis en œuvre pour accompagner les hommes dans ce développement. « Avant tout l’éducation des jeunes, quelle que soit leur origine sociale, doit être ordonnée de telle façon qu’elle puisse susciter des hommes et des gemmes qui ne soient pas seulement cultivés mais qui aient une forte personnalité, car notre temps en a le plus grand besoin. » Pour cela l’homme doit être dans les bonnes conditions, que ce soit « l’extrême indigence » ou un état où sa liberté « se dégrade alors que se laissant aller à une vie de trop grande facilité, il s’enferme sur lui-même comme dans une tour d’ivoire ». Pour cela il faut que l’homme puisse prendre conscience des contraintes de la vie sociale et s’engager au sein de celle-ci, « aussi faut-il stimuler chez tous la volonté de prendre part aux entreprises communes ». « On peut légitimement penser que l’avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et d’espérer. »
28. Le Verbe incarné et la solidarité humaine (GS32) : Dieu a créé l’homme individuellement mais pour la vie en communauté. « Ce caractère communautaire se parfait et s’achève dans l’œuvre de Jésus-Christ. » D’abord par toute sa vie « publique » où il participe aux affaires du monde et où il a d’ailleurs lui-même travaillé. « C’est en évoquant les réalités les plus ordinaires de la vie sociale, en se servant des mots et des images de l’existence la plus quotidienne qu’il a révélé aux hommes l’amour du Père et la magnificence de leur vocations. Il a sanctifié les liens humains, notamment soumis aux lois de sa patrie. » Par ailleurs il insiste lui-même sur tous les éléments précédents dans sa prédication, demandant aux disciples de vivre en frères, « uns », pour construire la famille de Dieu. Dans l’Eglise qui est Corps nous vivons dans l’entraide et le soutien mutuel. « Cette solidarité devra sans cesse croître, jusqu’au jour où elle trouvera son couronnement : ce jour-là, les hommes, sauvés par la grâce, famille bien-aimé de Dieu et du Christ leur frère, rendront à Dieu une gloire parfaite ».
29. Valeur de l’activité humaine (GS34) : L’activité humaine en elle-même qui vise à améliorer les conditions de vie correspond au dessein de Dieu qui donne à l’homme la mission de soumettre la terre… pour glorifier le nom de Dieu. « Les chrétiens sont persuadés que les victoires du genre humain sont un signe de la grandeur divine et une conséquence de son dessein ineffable. » Cependant, sa responsabilité envers la Création et les autres s’accroit avec son « pouvoir ».
30. Normes de l’activité humaine (GS35) : Selon ce qui précède, l’activité humaine doit avant tout être ordonnée à l'homme’ qui est la plus grande valeur qui soit. Par son activité, « il se parfait lui-même, il apprend bien des choses, il développe ses facultés, il sort de lui-même et se dépasse. Cet essor, bien conduit, est d’un tout autre prix que l’accumulation possible de richesses extérieures. » En effet, « l’homme vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a ». « De même tout ce que font les hommes pour faire régner plus de justice, une fraternité plus étendue, un ordre plus humain dans les rapports sociaux, dépasse en valeur les progrès techniques. Car ceux-ci peuvent bien fournir la base matérielle de la promotion humaine, mais ils sont tout à fait impuissants, par eux seuls, à la réaliser. Voici donc la règle de l’activité humaine : qu’elle soit conforme au bien authentique de l’humanité, selon le dessein et la volonté de Dieu, et qu’elle permette à l’homme, considéré comme individu ou comme membre de la société, de s’épanouir selon la plénitude de sa vocation. »
31. Juste autonomie des réalités terrestres (GS36) : Beaucoup redoutent que ce « lien étroit entre l’activité concrète et la religion » soit un danger, un frein ou une chaîne pour l’autonomie de l’homme. Il y a en effet une juste autonomie au sens où l’homme « doit peu à peu apprendre à connaître, à utiliser et à organiser ». Dieu lui-même a créé le monde et ses lois. Il est donc plus que légitime de chercher à les comprendre, les connaître et les utiliser pour le bien de l’homme (Ps111,2) : « les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu ». Il n’y a donc pas d’opposition mais une authentique complétude orientée à la même fin. Cependant, cela n’est possible que dans une juste position, c’est-à-dire une juste interaction. La science progresse bien de son côté. Cependant, il serait faux de dire « que les choses créées ne dépendent pas de Dieu et que l’homme peut en disposer sans référence au Créateur ». Sans cela on n’est plus orienté à la même fin.
32. L’activité humaine détériorée par le péché (GS37) : Le progrès « entraîne aussi avec lui une sérieuse tentation ». Cet affrontement, c’est celui du combat spirituel à l’échelle de l’humanité, qui devient de plus en plus radical au fur et à mesure que le pouvoir de l’homme s’accroit. Tout en encourageant le progrès, l’Eglise ne peut que s’inquiéter de sa bonne orientation. Pour cela, l’homme ne peut passer que par le Christ qui seul peut le purifier du péché originel qui l’entache. « Racheté par le Christ et devenu une nouvelle créature dans l’Esprit Saint, l’homme peut en effet aimer ces choses que Dieu lui-même a créées. Il est alors introduit dans la possession véritable du monde, comme quelqu’un qui n’a rien et qui possède tout. »
33. L’activité humaine et son achèvement dans le mystère pascal (GS38) : Le Verbe incarné nous a révélé la véritable charité divine. Il nous montre que la voie de l’amour est possible, que la voie de la fraternité est possible, et que tout cela se vit dans la simplicité du quotidien, avec l’inévitable Croix. C’est lui qui nous donne maintenant de le vivre à notre tour par la puissance de l’Esprit. « De tous il fait des hommes libres pour que, renonçant à l’amour-propre et rassemblant toutes les énergies terrestres pour la vie humaine, ils s’élancent vers l’avenir, vers ce temps où l’humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu. »
34. Rapports mutuels de l’Église et du monde (GS40) : « Tout ce que nous avons dit sur la dignité de la personne humaine, sur la communauté des hommes, sur le sens profond de l’activité humaine, constitue le fondement du rapport qui existe entre l’Église et le monde, et la base de leur dialogue mutuel. » L’Eglise cherche à croître sans cesse et à animer le mouvement des hommes pour la préparation du Royaume, c’est pourquoi elle « fait route avec toute l’humanité et partage le sort terrestre du monde ; elle est comme le ferment et, pour ainsi dire, l’âme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu. » Elle communique d’ores et déjà au monde la lumière de la vie divine et de l’Evangile, participant d’une façon absolument particulière à l’élévation de l’homme. Aussi « l’Eglise croit pouvoir contribuer largement à humaniser toujours plus la famille des hommes et son histoire. »
35. Aide que l’Église veut offrir à tout homme (GS41) : « L’homme moderne est en marche vers un développement plus complet de sa personnalité. » L’Eglise sait que cela ne peut s’accomplir pleinement qu’en Dieu et avec Dieu. En effet il « est la fin ultime de l’homme et révèle en même temps à l’homme le sens de sa propre existence, c’est-à-dire sa vérité essentielle ». L’homme, toujours en recherche, n’échappera donc jamais tout à fait à la question religieuse. « L’homme voudra toujours connaître, ne serait-ce que confusément, la signification de sa vie, de ses activités et de sa mort. Or Dieu seul, qui a créé l’homme à son image et l’a racheté du péché peut répondre à ces questions en plénitude. Il le fait par la révélation de son Fils. » L’Eglise souligne que rien ne peut assurer la dignité de l’homme mieux que l’Evangile, de par sa permanence et l’équilibre parfait de ce qu’il contient (liberté, dignité de la conscience, péché…). La norme, la loi est donc le chemin du salut pour l’homme.
36. Aide que l’Église cherche à apporter à la société humaine (GS42) : « L’union de la famille humaine trouve une grande vigueur et son achèvement dans l’unité de la famille des fils de Dieu, fondée dans le Christ. » Certes le rôle de l’Eglise est d’ordre religieux, mais par la force des choses il rejaillit sur de nombreux autres aspects de la société et de la vie humaine, si bien qu’il lui appartient aussi de « susciter des œuvres destinées au service de tous, notamment des indigents ». « Comme de plus de par sa mission et sa nature, l’Eglise n’est liée à aucune forme particulière de culture, ni à aucun système politique, économique ou social, par cette universalité même, l’Eglise peut être un lien très étroit entre les différentes communautés humaines et entre les différentes nations. » L’Eglise respecte donc et appuie toutes les institutions et entreprises que l’homme se donne pour améliorer sa condition et construire un monde plus humain, dans tout ce qu’elles ont « de vrai, de bon, de juste ». Par ailleurs, ce que l’Eglise « désire par-dessus tout, c’est de pouvoir se développer librement, à l’avantage de tous, sous tout régime qui reconnait les droits fondamentaux de la personne, de la famille, et les impératifs du bien commun ».
37. Agir des chrétiens dans le monde (GS43) : « Le Concile exhorte les chrétiens, citoyens de l’une et de l’autre cité à remplir avec zèle et fidélité leurs tâches terrestre en se laissant conduire par l’esprit de l’Evangile. Ils s’éloignent de la vérité ceux qui sachant que nous n’avons point ici de cité permanente, mais que nous marchons vers la cité future croient pouvoir, pour cela, négliger leurs tâches humaines, sans s’apercevoir que la foi même, compte tenu de la vocation de chacun, leur en fait un devoir plus pressant. Mais ils ne se trompent pas moins ceux qui à l’inverse, croient pouvoir se livrer entièrement à des activités terrestres en agissant comme si elles étaient tout fait étrangère à leur vie religieuse, celle-ci se limitant alors pour eux à l’exercice du culte et à quelques obligations morales déterminées. Ce divorce entre la foi dont ils se réclament et le comportement quotidien d’un grand nombre est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps. […] À l’exemple du Christ qui mena la vie d’un artisan, que les chrétiens se réjouissent plutôt de pouvoir mener toutes leurs activités terrestres en unissant dans une synthèse vitale tous les efforts humains, familiaux, professionnels, scientifiques, techniques, avec les valeurs religieuses, sous la souveraine ordonnance desquelles tout se trouve coordonné à la gloire de Dieu. » Ce rôle revient principalement aux laïcs. « Ils auront donc à cœur, non seulement de respecter les lois propres à chaque discipline, mais d’y acquérir une véritable compétence. Ils aimeront collaborer avec ceux qui poursuivent les mêmes objectifs qu’eux. » De plus, « c’est à leur conscience, préalablement formée, qu’il revient d’inscrire la loi divine dans la cité terrestre. Qu’ils attendent des prêtres lumières et forces spirituelles. Qu’ils ne pensent pas pour autant que leurs pasteurs aient une compétence telle qu’ils puissent leur fournir une solution concrète et immédiate à tout problème, même grave, qui se présente à eux, ou que telle soit leur mission. Mais plutôt, éclairés par la sagesse chrétienne, prêtant fidèlement attention à l’enseignement du Magistère, qu’ils prennent eux-mêmes leurs responsabilités. » « Fréquemment, c’est leur vision chrétienne des choses qui les inclinera à telle ou telle solution, selon les circonstances. Mais d’autres fidèles, avec une égale sincérité, pourront en juger autrement, comme il advient souvent et à bon droit. S’il arrive que beaucoup lient facilement, même contre la volonté des intéressés, les options des uns ou des autres avec le message évangélique, on se souviendra en pareil cas que personne n’a le droit de revendiquer d’une manière exclusive pour son opinion l’autorité de l’Église. Que toujours, dans un dialogue sincère, ils cherchent à s’éclairer mutuellement, qu’ils gardent entre eux la charité et qu’ils aient avant tout le souci du bien commun. » « Quant aux évêques, qui ont reçu la charge de diriger l’Église de Dieu, qu’ils prêchent avec leurs prêtres le message du Christ de telle façon que toutes les activités terrestres des fidèles puissent être baignées de la lumière de l’Évangile. » Vis-à-vis du monde extérieur : « que tous les pasteurs se souviennent que, par leur comportement quotidien et leur sollicitude, ils manifestent au monde un visage de l’Église d’après lequel les hommes jugent de la force et de la vérité du message chrétien ». Par leurs actions ils doivent manifester le Christ au monde et par les études se préparer au dialogue avec celui-ci. Mais par-dessus tout ils doivent garder avec eux les paroles conciliaires de Lumen Gentium : « Parce que le genre humain, aujourd’hui de plus en plus, tend à l’unité civile, économique et sociale, il est d’autant plus nécessaire que les prêtres, unissant leurs préoccupations et leurs moyens sous la conduite des évêques et du Souverain Pontife, écartent tout motif de dispersion pour amener l’humanité entière à l’unité de la famille de Dieu. » Par ailleurs, « bien que l’Église, par la vertu de l’Esprit Saint, soit restée l’épouse fidèle de son Seigneur et n’ait jamais cessé d’être dans le monde le signe du salut, elle sait fort bien toutefois que, au cours de sa longue histoire, parmi ses membres, clercs et laïcs, il n’en manque pas qui se sont montrés infidèles à l’Esprit de Dieu. De nos jours aussi, l’Église n’ignore pas quelle distance sépare le message qu’elle révèle et la faiblesse humaine de ceux auxquels cet Évangile est confié. Quel que soit le jugement de l’histoire sur ces défaillances, nous devons en être conscients et les combattre avec vigueur afin qu’elles ne nuisent pas à la diffusion de l’Évangile. Pour développer ses rapports avec le monde, l’Église sait également combien elle doit continuellement apprendre de l’expérience des siècles. Guidée par l’Esprit Saint, l’Église, notre Mère, ne cesse d’exhorter ses fils à se purifier et à se renouveler, « pour que le signe du Christ brille avec plus d’éclat sur le visage de l’Église » (Lumen Gentium, n°15). »
38. Aide que l’Église reçoit du monde d’aujourd’hui (GS44) : L’Eglise reconnait que si elle a énormément apporté au monde au cours de son Histoire, la réciproque est également vraie. Elle a appris de l’homme par la multiplicité de ses cultures et a enrichi son enseignement grâce à la philosophie. En effet elle s’est toujours efforcée d’adapter son message aux hommes à qui elle s’adressait. « L’Église peut aussi être enrichie, et elle l’est effectivement, par le déroulement de la vie sociale : non pas comme s’il manquait quelque chose dans la constitution que le Christ lui a donnée, mais pour l’approfondir, la mieux exprimer et l’accommoder d’une manière plus heureuse à notre époque. L’Église constate avec reconnaissance qu’elle reçoit une aide variée de la part d’hommes de tout rang et de toute condition, aide qui profite aussi bien à la communauté qu’elle forme qu’à chacun de ses fils. » « Bien plus, l’Église reconnaît que, de l’opposition même de ses adversaires et de ses persécuteurs, elle a tiré de grands avantages et qu’elle peut continuer à le faire. »
39. Le Christ, alpha et oméga (GS45) : Tout l’effort de l’Eglise est ordonné à la venue du règne de Dieu et à l’établissement du salut de l’homme. « D’ailleurs, tout le bien que le Peuple de Dieu, au temps de son pèlerinage terrestre, peut procurer à la famille humaine, découle de cette réalité que l’Église est « le sacrement universel du salut » (Lumen Gentium, n°48) manifestant et actualisant tout à la fois le mystère de l’amour de Dieu pour l’homme. » « Car le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s’est lui-même fait chair, afin que, homme parfait, il sauve tous les hommes et récapitule toutes choses en lui. Le Seigneur est le terme de l’histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l’histoire et de la civilisation, le centre du genre humain, la joie de tous les cœurs et la plénitude de leurs aspirations. Vivifiés et rassemblés en son Esprit, nous marchons vers la consommation de l’histoire humaine qui correspond pleinement à son dessein d’amour : « ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre » (Ep 1, 10). »
40. Le mariage et la famille dans le monde d’aujourd’hui (GS47) : Les chrétiens attachent une grande importance à la famille car ils savent que « la santé de la personne et de la société tant humaine que chrétienne est étroitement liée à la prospérité de la communauté conjugale et familiale ». « La dignité de cette institution ne brille pourtant pas partout du même éclat puisqu’elle est ternie par la polygamie, l’épidémie du divorce, l’amour soi-disant libre, ou d’autres déformations. De plus, l’amour conjugal est trop souvent profané par l’égoïsme, l’hédonisme et par des pratiques illicites entravant la génération. Les conditions économiques, socio-psychologiques et civiles d’aujourd’hui introduisent aussi dans la famille de graves perturbations. » Pourtant c’est souvent au cœur de ces difficultés sans cesse plus grandes que se révèle la vraie et grande nature du mariage.
41. Sainteté du mariage et de la famille (GS48) : « La communauté profonde de vie et d’amour que forme le couple elle est établie sur l’alliance des conjoints, c’est-à-dire sur leur consentement personnel irrévocable. Une institution, que la loi divine confirme, naît ainsi, au regard même de la société, de l’acte humain par lequel les époux se donnent et se reçoivent mutuellement. » Cette institution voulue par Dieu est d’une importance capitale pour le bien de tous, tant les époux que les enfants et la société. C’est par sa nature même que l’institution du mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation qui, tel un sommet, en constituent le couronnement. » « Aussi l’homme et la femme qui, par l’alliance conjugale « ne sont plus deux, mais une seule chair » (Mt 19, 6), s’aident et se soutiennent mutuellement par l’union intime de leurs personnes et de leurs activités ; ils prennent ainsi conscience de leur unité et l’approfondissent sans cesse davantage. Cette union intime, don réciproque de deux personnes, non moins que le bien des enfants, exigent l’entière fidélité des époux et requièrent leur indissoluble unité. » Dieu Lui-même accompagne la vie sponsale des époux, afin que les époux puissent vivre l’amour auquel ils se sont engagés. « L’authentique amour conjugal est assumé dans l’amour divin et il est dirigé et enrichi par la puissance rédemptrice du Christ et l’action salvifique de l’Eglise, afin de conduire efficacement à Dieu les époux, de les aider et de les affirmer dans leur vocation sublime de père et de mère. » Pour cela ils sont soutenus dans et par le sacrement, qui dans la charité les amène l’un et l’autre ensemble à la sainteté commune. Par leur exemple et leur vie de prière chrétiens ils éduquent leurs enfants et les amènent vers le Christ. Réciproquement, « les enfants concourent à leur manière à la sanctification de leurs parents », à tous les âges de la vie.
42. Fécondité du mariage (GS50) : « Le mariage et l’amour conjugal sont d’eux-mêmes ordonnés à la procréation e à l’éducation. D’ailleurs les enfants sont le don le plus excellent du mariage et ils contribuent grandement au bien des parents eux-mêmes. » « Dès lors, un amour conjugal vrai et bien compris, comme toute la structure de la vie familiale qui en découle, tendent, sans sous-estimer pour autant les autres fins du mariage, à rendre les époux disponible pour coopérer courageusement à l’amour du Créateur et de Sauveur qui par eux veut sans cesse agrandir et enrichir sa propre famille. » Lorsqu’ils donnent la vie et éduquent, les parents coopèrent ensemble avec Dieu. Leur jugement est soutenu par le Magistère de l’Eglise et l’Evangile. On gardera toutefois à l’esprit que « le mariage cependant n’est pas institué en vue de la seule procréation ».
43. La promotion du mariage et de la famille est le fait de tous (GS52) : Il est de la responsabilité des parents, chacun à leur manière propre, de conduire leurs enfants vers ce qui leur est le plus favorable, sans pour autant jamais les contraindre à un choix d’état de vie ou de conjoint particulier. L’importance de la famille pour la construction de chacun est telle qu’elle doit être promue par tous, en particulier le pouvoir civil, mais aussi les chrétiens, les scientifiques ou encore les prêtres. « Enfin que les époux eux-mêmes créés à l’image d’un Dieu vivant et établis dans un ordre authentique de personnes soient unis dans une même affection, dans une même pensée et dans un mutuelle sainteté, en sorte que, à la suite du Christ, principe de vie, ils deviennent, à travers les joies et les sacrifices de leur vocation, par la fidélité de leur amour, les témoins de ce mystère de charité que le Seigneur a révélé au monde par sa mort et sa résurrection. »
Section 1. Situation de la culture dans le monde actuel
44. Nouveaux styles de vie (GS54) : Les conditions de vie de l’homme moderne ont été profondément bouleversées par les très nombreuses et rapides évolutions technologiques de ces dernières années. Les échanges s’accroissent et uniformisent les modes de vie (culture de masse, mondialisation). « Ainsi se prépare peu à peu un type de civilisation plus universel qui fait avancer l’unité du genre humain et l’exprime, dans la mesure même où il respecte mieux les particularités de chaque culture. » L’homme y est de plus en plus autonome et responsable.
45. Difficultés et devoirs (GS56) : Dans cette situation complexe, il faut à la fois réussir à accompagner ce progrès culturel et à ne pas porter dommage à toutes les sagesses ancestrales et génies propres à chaque peuple. Ce monde moderne est plein de contradictions qui placent l’homme face à de nouveaux défis. Dans cette même logique, « comment l’émiettement si rapide et croissant des disciplines spécialisées peut-il se concilier avec la nécessité d’en faire la synthèse et avec le devoir de sauvegarder dans l’humanité les puissances de contemplation et d’admiration qui conduisent à la sagesse ? » Face à es antinomies, l’homme doit toujours rester au centre.
Section 2. Quelques principes relatifs à la promotion culturelle
46. Foi et culture (GS57) : Le chrétien doit avoir particulièrement à cœur de participer activement à la construction d’un monde plus humain, où la culture joue toute sa place. En effet il fait partie du plan de Dieu que l’homme travaille la terre et y déploie ses talents pour la dominer. Par la culture qui le rapproche du vrai, du bien, du beau, il se rapproche de son Créateur. « Il reçoit ainsi des clartés nouvelles de cette admirable Sagesse qui depuis toujours était auprès de Dieu, disposant toutes choses avec lui, jouant sur le globe de la terre et trouvant ses délices parmi les enfants des hommes. » Ainsi la culture le rapproche-t-elle et le prédispose-t-elle à la contemplation du Verbe et à sa reconnaissance. Pour cela, l’homme ne doit pas se laisser fasciner par la puissance de son progrès technique et le concevoir comme « règle suprême pour la découverte de toute vérité », s’abstenant par là-même de chercher plus haut. L’outil est véritablement bon, mais doit toujours être vu comme ordonné à sa fin.
47. Nombreux rapports entre la Bonne Nouvelle du Christ et la culture (GS58) : L’Eglise s’est toujours appuyée sur les différentes cultures qui se présentaient à elles pour répandre et expliquer le message du Christ, « car Dieu a parlé selon des types de culture propres à chaque époque », mais aussi « pour mieux le découvrir et mieux l’approfondir ». Si elle a cette liberté, c’est parce que « l’Eglise n’est liée d’une manière exclusive et indissoluble à aucune race ou nation, à aucun genre de vie en particulier, à aucune coutume ancienne ou récente ». Elle enrichit les cultures et s’en enrichit elle-même. « La Bonne Nouvelle du Christ rénove constamment la vie et la culture de l’homme déchu ; elle combat et écarte les erreurs et les maux qui proviennent de la séduction permanente du péché. Elle ne cesse de purifier et d’élever la moralité des peuples. Par les richesses d’en haut, elle féconde comme de l’intérieur les qualités spirituelles et les dons propres à chaque peuple et à chaque âge, elle les fortifie, les parfait et les restaure dans le Christ. Ainsi l’Église, en remplissant sa propre mission, concourt déjà, par là même, à l’œuvre civilisatrice et elle y pousse ; son action, même liturgique, contribue à former la liberté intérieure de l’homme. »
48. Réaliser l’harmonie des différentes valeurs au sein des cultures (GS59) : Encore une fois, la culture doit comme tout le reste être tournée vers le « développement intégral de la personne ». Pour cela, le Concile insiste pour dire jouit de sa propre autonomie, en particulier pour ce qui est des sciences, « dans les limites du bien commun ». De cela découle la liberté d’expression et la liberté d’information.
Section 3. Quelques devoirs plus urgents des chrétiens par rapport à la culture
49. La reconnaissance du droit de tous à la culture et sa réalisation pratique (GS60) : Il est impératif d’utiliser les moyens modernes pour permettre à tous d’accéder à cette culture au moins dans sa dimension basique (alphabétisme…). « En conséquence, il faut tendre à donner à ceux qui en sont capables la possibilité de suivre des études supérieures ». De cette façon, tous peuvent participer « de façon vraiment humaine au bien commun » et par là-même s’épanouir. Cela nous inclut bien sûr nous-mêmes, qui avons un devoir de nous cultiver, et de donner à chacun le goût de le faire, en particulier les paysans, les ouvriers et les femmes. Cette culture doit être la plus intégrale possible, en cela qu’elle ne pousse pas dans une seule direction mais cherche toujours à s’enrichir dans la diversité.
50. Harmonie entre culture et christianisme (GS62) : Malgré tout cela, « l’expérience montre que, pour des raisons contingentes, il n’est pas toujours facile de réaliser l’harmonie entre la culture et le christianisme ». Ces difficultés sont un défi sans cesse renouvelé qui enrichit la théologie et la pastorale. Par ailleurs, il est à noter que les arts jouent un rôle particulier dans ce processus culturel, en ce qu’ils cherchent à exprimer le plus profond de l’âme humaine. « Il faut donc faire en sorte que ceux qui s’adonnent à ces arts se sentent compris par l’Église au sein même de leurs activités, et que, jouissant d’une liberté normale, ils établissent des échanges plus faciles avec la communauté chrétienne ». On l’aura compris, il s’agit qu’en toutes choses « les croyants vivent en très étroite union avec les autres hommes de leur temps et qu’ils s’efforcent de comprendre à fond leurs façons de penser et de sentir ». De cette façon ils pourront faire la synthèse entre la doctrine de la foi chrétienne et les connaissances et cultures de leur temps afin de s’adresser au mieux aux hommes de leur époque et d’approfondir toujours les mystères des vérités de foi. Ainsi ‘ceux qui s’appliquent aux sciences théologiques dans les séminaires et les universités aimeront collaborer avec les hommes versés dans les autres sciences, en mettant en commun leurs énergies et leurs points de vue ».
51. Quelques traits de la vie économique (GS63) : On peut refaire les remarques habituelles : le pouvoir de l’homme s’est accru dans ce domaine, ce qui permet de mieux venir en aide à tous, mais nous place face à des inquiétudes et des problèmes de plus en plus grands. Il faut aussi rappeler que le développement intégral de la personne humaine doit toujours être au centre des préoccupations. Le but de toute chose doit être « le service de l’homme » et rien d’autre.
Section 1. Le développement économique
52. Contrôle de l’homme sur le développement économique (GS65) : « Il convient que le plus grand nombre possible d’hommes, à tous les niveaux, et au plan international l’ensemble des nations, puisse prendre une part active à son orientation. » A l’inverse, le pouvoir de décision et de contrôle du développement « ne doit pas être abandonné à la discrétion d’un petit nombre d’hommes ou de groupes jouissant d’une trop grande puissance économique, ni à celle de la communauté politique ou de quelques nations plus puissantes ». Il ne doit pas non plus être livré à lui-même, au « seul jeu quasi automatique de l’activité économique ». Il faut exercer un véritable contrôle, auquel tous ont le droit et le devoir de participer. En particulier, tous doivent s’efforcer de secourir leurs frères dans la misère, en particulier les plus riches et les plus puissants, que ce soit au niveau des individus ou au niveau des nations, afin de « mettre un terme aux immenses disparités économico-sociales ».
Section 2. Principes directeurs de l’ensemble de la vie économico-sociale
53. Travail, conditions de travail, loisirs (GS67) : Il est d’une importance capitale de donner à tous les moyens de travailler. Non seulement parce que c’est ce qui permet d’assurer sa propre subsistance (c’est pourquoi il faut assurer à tous une rémunération suffisante), mais surtout parce que c’est dans le travail qui « procède immédiatement de la personne » que celle-ci s’accomplit. Il « marque en quelque sorte la nature de son empreinte et la soumet à ses desseins ». Il s’associe à l’œuvre de Dieu, qui a lui-même sanctifié le travail par Jésus-Christ. Ce travail doit être adapté à chacun, toujours ordonné à la personne et non à la production, « en tenant compte du sexe et de l’âge ». « Les travailleurs doivent aussi avoir la possibilité de développer leurs qualités et leur personnalité dans l’exercice même de leur travail. Tout en y appliquant leur temps et leurs forces d’une manière consciencieuse, que tous jouissent par ailleurs d’un temps de repos et de loisir suffisant qui leur permette aussi d’entretenir une vie familiale, culturelle, sociale et religieuse. Bien plus, ils doivent avoir la possibilité de déployer librement des facultés et des capacités qu’ils ont peut-être peu l’occasion d’exercer dans leur travail professionnel. »
54. Participation dans l’entreprise et dans l’organisation économique globale. Conflits du travail (GS68) : Il importe que tous puissent prendre part aux décisions, tout en préservant la chaine hiérarchique, personnellement ou par le biais de représentants, afin que tous se sentent associés. On cherchera toujours une solution pacifique, la grève n’étant par exemple qu’un moyen « ultime ».
55. Les biens de la terre sont destinés à tous les hommes (GS69) : Tout est dans le titre. La terre est pour tous, ses biens aussi. Ils doivent être répartis « selon la règle de la justice, inséparable de la charité », en s’assurant que tous aient de quoi vivre. Il y a un véritable devoir moral vis-à-vis de tous ceux qui vivent dans la misère, et qui ont un authentique droit à s’assurer les moyens de leur subsistance, si nécessaire à partir des richesses d’autrui.
56. Investissements et question monétaire (GS70) : Les investissements doivent respecter tous les principes exprimés jusqu’ici (assurer emploi, revenu et vie digne à tous), en y ajoutant une préoccupation pour les générations à venir.
57. Accès à la propriété et au pouvoir privé sur les biens. Problème des latifundia (GS71) : Pour toutes les raisons qui précèdent, il faut assurer à chacun un accès à la propriété privée. Nul ne doit en être empêché. A l’inverse, la propriété privée ne doit jamais empiéter sur le bien commun. Ainsi que déjà dit, elle doit permettre à chacun de vivre dans des conditions dignes, et de participer à la vie sociale, culturelle, etc.
58. La vie publique aujourd’hui (GS73) : Il est remarquable de voir que dans de nombreux peuples on observe de grandes évolutions dans les directions précédemment exposées. C’est vrai en ce qui concerne les libertés individuelles, le souci de cohésion dans la société, la prise de conscience de la dignité humaine, le respect de tous dans la diversité, etc.
59. Nature et fin de la communauté politique (GS74) : Il faut rappeler que la communauté politique « existe pour le bien commun ; elle trouve en lui sa pleine justification et sa signification et c’est de lui qu’elle tire l’origine de son droit propre ». Le bien commun lui « comprend l’ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s’accomplir plus complètement et plus facilement ». Son rôle est donc de respecter et d’entendre la naturelle diversité des opinions, tout en « orientant vers le bien commun les énergies de tous ». En cela et parce que le corps politique est soumis aux exigences de la morale et de la nature humaine créé par Dieu, « les citoyens sont en conscience tenus à l’obéissance ». « Si l’autorité publique, débordant sa compétence, opprime les citoyens, que ceux-ci ne refusent pas ce qui est objectivement requis par le bien commun ; mais qu’il leur soit cependant permis de défendre leurs droits et ceux de leurs concitoyens contre les abus du pouvoir, en respectant les limites tracées par la loi naturelle et la loi évangélique. »
60. La communauté politique et l’Église (GS76) : Pour garder l’équilibre, il faut toujours « distinguer nettement entre les actions que les fidèles, isolément ou en groupe, posent en leur nom propre comme citoyens, guidés par leur conscience chrétienne, et les actions qu’ils mènent au nom de l’Eglise, en union avec leurs pasteurs ». L’Eglise elle garde sa distinction et sa séparation d’avec le pouvoir public. Ils sont « indépendants l’un de l’autre et autonomes ». Comme elles cherchent d’une façon différente le même but, ces deux institutions doivent toutefois chercher à avoir « une saine collaboration ». Par cette distinction, l’Eglise cherche à préserver la pureté de son témoignage et son indépendance. Elle sait que le déploiement de ses biens passe par des moyens terrestres, mais pas ceux du pouvoir politique.
61. La nature de la paix (GS78) : LA paix est l’absence de guerre, mais elle va au-delà : elle est la construction dynamique et active d’un monde juste. Elle dépasse même cette seule justice par l’amour. Ainsi « la paix terrestre nait de l’amour du prochain ». En tout temps, en tout lieu elle doit être recherchée.
Section 1. Éviter la guerre
62. Mettre un frein à l’inhumanité des guerres (GS79) : Le problème du monde moderne est qu’il met la science et la technologie au service d’une barbarie toujours plus grande dans les guerres, et que la complexité croissante des situations favorise « par de nouvelles méthodes insidieuses et subversives des guerres larvées qui trainent en longueur ». Le terrorisme est alors une nouvelle forme de guerre. Il apparaît alors indispensable de dénoncer et de combattre les crimes de guerre et contre l’humanité avec la dernière énergie et de respecter les conventions qui cherchent à « contenir l’inhumanité des guerres ».
63. La course aux armements (GS81) : (rappel : on est en contexte de Guerre Froide) Les armes modernes, on l’a dit, font peser un risque croissant sur l’humanité et augmentent la barbarie et les possibilités de barbarie. Cependant, il est vrai qu’elles contribuent aussi paradoxalement à maintenir la paix par la dissuasion. Cela ne peut être une solution stable et véritable. Elle n’installe pas une paix véritable. De plus, on dépense des sommes incommensurables alors qu’on laisse sans solutions des abîmes de misère… « C’est pourquoi il faut derechef déclarer : la course aux armements est une plaie extrêmement grave de l’humanité et lèse les pauvres d’une manière intolérable. Et il est bien à craindre que, si elle persiste, elle n’enfante un jour les désastres mortels dont elle prépare déjà les moyens. »
64. Vers l’absolue proscription de la guerre. L’action internationale pour éviter la guerre (GS82) : Il faut préparer et attendre l’avènement d’une situation où « toute guerre pourra être absolument interdite », grâce à « une autorité publique universelle qui jouisse d’une puissance efficace, susceptible d’assurer à tous la sécurité ». Pour cela, il faut s’acheminer vers le désarmement « tout en ne pouvant cependant pas faire abstraction de la complexité des choses telles qu’elles sont ». Pour cela, il faut des hommes politiques au courage exceptionnel et un peuple où chacun individuellement cherche à cultiver cette attitude de paix.
Section 2. La construction de la communauté internationale
65. Les causes de discorde et leurs remèdes (GS83) : « Pour bâtir la paix, la toute première condition est l’élimination des causes de discorde entre les hommes : elles nourrissent les guerres, à commencer par les injustices. Nombre de celles-ci proviennent d’excessives inégalités d’ordre économique, ainsi que du retard à y apporter les remèdes nécessaires. D’autres naissent de l’esprit de domination, du mépris des personnes et, si nous allons aux causes plus profondes, de l’envie, de la méfiance, de l’orgueil et des autres passions égoïstes. Comme l’homme ne peut supporter tant de désordres, il s’ensuit que le monde, même lorsqu’il ne connaît pas les atrocités de la guerre, n’en est pas moins continuellement agité par des rivalités et des actes de violence. » Le remède à ces dissensions qui finissent par prendre l’échelle du globe se trouve dans les communautés nationales et internationales.
66. La coopération internationale dans le domaine économique (GS85) : Maintenant que tous les peuples ont atteint l’indépendance politique ou presque, il faut leur assurer l’indépendance économique. Pour cela l’aide internationale au développement est précieuse, sous la forme d’un accompagnement. Pour cela chacun doit renoncer à un appétit sans limite de richesses et être prêt à reconnaître la diversité et la richesse des organisations politiques et sociales.
67. Quelques règles opportunes (GS86) : (a) le plein épanouissement doit être fixé comme objectif équivoque du progrès, à partir des ressources du pays, en particulier humaines, (b) les pays développés doivent chercher à soutenir et accompagner les pays en voie de développement, (c) la coordination du développement revient à la communauté internationale, en tenant compte du principe de subsidiarité, (d) « dans bien des cas il est urgent de procéder à une refonte des structures économiques et sociales ».
68. La coopération internationale et la croissance démographique (GS87) : Le Concile note qu’en de nombreux endroits, une simple amélioration des techniques agricoles permettrait de résoudre de nombreuses difficultés liées à la surpopulation. C’est une responsabilité des pays riches envers les pauvres. De plus, il faut rappeler que si l’Etat a bien des devoirs et doit prendre en compte la façon dont sa population évolue, l’homme possède un droit inaliénable ay mariage et à la procréation. L’Etat ne saurait fixer le nombre d’enfants d’un couple. Ce dernier doit être en revanche bien informé et éduqué. Les méthodes de régulation naturelle des naissances ont un rôle important à jouer.
69. Le rôle des chrétiens dans l’entraide internationale (GS88) : « Les chrétiens collaboreront de bon gré et de grand cœur à la construction de l’ordre international qui doit se faire dans un respect sincère des libertés légitimes et dans l’amicale fraternité de tous. Ils le feront d’autant plus volontiers que la plus grande partie du globe souffre encore d’une telle misère que le Christ lui-même, dans la personne des pauvres, réclame comme à haute voix la charité de ses disciples. » Il faut louer et encourager cela, en cherchant à donner le superflu, et parfois même le nécessaire.
70. Présence active de l’Église dans la communauté internationale (GS89) : « Lorsque l’Église, en vertu de sa mission divine, prêche l’Évangile à tous les hommes et leur dispense les trésors de la grâce, c’est partout qu’elle contribue à affermir la paix et à établir entre les hommes et les peuples le fondement solide d’une communauté fraternelle : à savoir la connaissance de la loi divine et naturelle. Pour encourager et stimuler la coopération entre tous, il est donc tout à fait nécessaire que l’Église soit présente dans la communauté des nations ; et cela tant par ses organes officiels que par l’entière et loyale collaboration de tous les chrétiens – collaboration inspirée par le seul désir d’être utile à tous. » Cela passe notamment par la formation des chrétiens.
71. Rôle des chrétiens dans les institutions internationales (GS90) : Pour cela il est très bon que les chrétiens s’investissent dans des organisations internationales, pour les faire agir toujours plus efficacement. Ils apportent leur sens unique de la solidarité et de l’unité mondiales. En ce sens ils collaboreront également avec leurs frères chrétiens et « avec tous les hommes en quête d’une paix véritable ».
Tout l’ensemble et chacun des points qui ont été édictés dans cette déclaration ont plu aux Pères du Concile. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que Nous tenons du Christ, en union avec les vénérables Pères, Nous les approuvons, arrêtons et décrétons dans le Saint-Esprit, et Nous ordonnons que ce qui a été ainsi établi en Concile soit promulgué pour la gloire de Dieu.