Enseignement donné à un public d’hommes dans le cadre d'une journée sur l'âme masculine.
Il existe un gap, un fossé apparemment infranchissable entre la façon dont le christianisme, et les autres monothéismes d'ailleurs, considèrent l'altérité sexuelle, et de l'autre le monde moderne qui la nie de plus en plus. D'une part, on considère l'altérité sexuelle comme fondamentale, naturelle, allant de soi, et surtout, bonne. D'autre part, on la nie, on la remet en cause, on l'estime construite ou acquise, non fondamentale et, en cela, possible à questionner.
D'abord et avant tout, cette question vient heurter notre bon sens. La différence est en effet évidente. L'altérité sexuelle, considérée comme fondamentale (au sens littéral où l'on peut fonder quelque chose dessus), est désormais remise en cause. On remet en cause un socle sur lequel s'est fondée la pensée et l'anthropologie. C'est ce renversement qui engendre difficulté et souffrance : on envoie balader le socle, on remet en question l'in-questionnable.
La violence vient également du fait que les hommes se sentent généralement plus affectés par l'uniformisation des sexes que les femmes. Ils se sentent plus castrés, asexués, niés. Cela engendre une perte d'identité, on ne sait plus bien qui on est et où on se situe.
Premièrement, il s'agit de refuser ce discours relativiste, sans tout casser pour autant.
Il y a de bonnes raisons de dire que le genre est construit. Non, je ne suis pas mon corps. J'ai un corps. Le corps c'est ce que j'ai reçu sans l'avoir choisi. Notre corps nous est très étranger. Il y a tellement de choses qu'on ne contrôle pas ! Jésus le dit lui-même en Mt 5, 32 : "Tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu de ta tête".
La remise en cause actuelle vient de 2 causes :
Nous sommes dans une période individualiste. L'individualiste veut pouvoir tout choisir, il est indéterminé, ni homme, ni femme, ni jeune, ni vieux. Il n'est pas en relation, il ne se situe pas par rapport à autrui, seulement par rapport à lui-même.
Nous avons aujourd'hui un rapport étrange à la nature. Dans la pensée des Anciens, culture et nature ne s'opposent pas. La culture, c'est l'action de l'homme qui parachève la nature, ou plutôt quand l'homme aide la nature à parachever son effort. La culture se fonde donc sur la nature. Or aujourd'hui, on entend que tout est construit "sans fondement".
Cette déconstruction a deux désavantages :
C'est faux
C'est coûteux
Alain Testar en 1986, dans son essai Les chasseurs-cueilleurs, ou l'origine des inégalités, fait une différence entre le sang que l'on verse volontairement et qui donne la mort (chasse, guerre, sacrifice), et celui que l'on verse involontairement (menstruations) et qui donne la vie.
Universellement, les cultures ont distingué l'homme et la femme par le "rapport" au sang versé. Ce n'est jamais aux femmes de mettre à mort. Dans les très rares cultures où elles chassent et tuent, elles ne sont pas autorisées à le faire lorsqu'elles ont leurs règles.
Lorsque ces dimensions fondamentales sont niées, par exemple lorsqu'une femme ne peut avoir d'enfants, cela devient profondément coûteux et douloureux pour la personne concernée.
Il y a une vérité, un donné de l'être humain, homme et femme, que l'on ne peut nier sans douleur ni violence.
Nous allons maintenant voir l'histoire de l'homme en 4 verbes : prendre, habiter, répondre, recevoir.
Un homme c'est quelqu'un qui prend consistance, sur qui on peut fonder (c'est le fil rouge de notre enseignement). L'homme, c'est une pierre angulaire sur lequel s'appuyer. Il y a ici une dimension de responsabilité.
Prendre c'est aussi prendre femme, s'engager. S'engager demande un effort de virilité s'engager : l'audace. S'engager, c'est y aller sans savoir tout à fait ce qui nous attend, sans avoir toutes les bonnes raisons de le faire.
Oser.
Agir en primitif et prévoir en stratège.
Habiter c'est fonder un foyer. Parfois les gens fondent leur maison sur leur enfant. Mais un enfant est-ce assez solide pour construire un foyer dessus ? Non ! L'engagement se fonde sur une décision. Le couple est plus grand que les enfants.
Habiter, c'est aussi s'arrêter, s'enraciner. Pour avancer il faut s'arrêter. Pour porter du fruit, il faut s'arrêter. Être un bon père c'est savoir habiter, c'est savoir faire d'un lieu, une terre que l'on se transmettra.
Il s'agit enfin d'habiter l'instant, d'entrer dans cette pauvreté du moment présent, offert, disponible. C’est s'arrêter pour perdre du temps (avec ses enfants...).
Il y a une charité à s'arrêter pour être présent, être là.
Qu'est-ce qu'être père ? On dit qu'une femme devient mère au premier moment de la grossesse, bien avant la rencontre avec le nouveau-né.
Pour le père, cela advient au moment où le cri de l'enfant devient irrésistible. Au moment où l'enfant appelle son père, et où il s'effectue une forme de rétro-contrôle de l'enfant vis-à-vis du père : "tu es mon père".
Être père, c'est percevoir ce cri et y répondre même s'il est silencieux. Jésus, c'est celui qui a crié à sa naissance, dans le bois de la mangeoire, et sur le bois de la croix (Mt 27, 46, entre autres).
Il n'y a pas que la femme qui reçoit et l'homme qui possède ! La femme reçoit d'abord (au sens de l'accueil et de ses multiples formes) pour pouvoir transmettre et se donner. L'homme au contraire est d'abord dans un mouvement de don, qui lui permet ensuite de recevoir.
Le visage de l'homme chrétien c'est celui qui ne possède pas sans perdre d'abord, qui ne met pas la main sur autrui mais qui appelle un don libre et gratuit.
Il y a une puissance de celui qui se laisse faire, alors qu'il pourrait faire autrement. Jésus, Dieu fait homme, est tellement puissant qu'il se laisse faire par les pouvoirs humains, en se laissant clouer à la croix. Il choisit la puissance d'aimer au lieu de manifester sa puissance. Il faut plus de puissance pour rester sur la croix que pour en descendre.
La virilité c'est la vertu de celui qui inspire confiance. C'est la vertu de celui qui, à l'image du Christ, se confie à Dieu et apprend le bon usage de sa liberté. L'homme viril, c'est celui qui inspire confiance.