Pour améliorer le topo : travailler les exemples pour les rendre plus précis, plus concrets.
A moi qui entre au séminaire, collègue : tu ne peux pas te marier, mais tu peux avoir une copine ?
Problème : penser que la morale est une règle à suivre.
Cathos : tu fais vœu de chasteté
Le célibat n’est pas la chasteté. C’est une façon de la vivre.
Problème : penser que la chasteté est une question sexuelle.
Relationnel. Et donc pas seulement « juste distance » mais aussi « juste proximité ». « Quelle est la bonne, la juste façon d’être proche de cette personne ? »
« La chasteté [… est] une énergie spirituelle [qui] défend l'amour des périls de l'égoïsme et de l'agressivité, en le conduisant vers sa pleine réalisation. »[1]
La chasteté est une façon de vivre l’amour, une façon d’être en relation.
Bien sûr touche au corps et à la sexualité comme lieux de relation.
La chasteté est une façon d’être en relation qui considère l’autre dans toute sa profondeur, dans l’intégralité de sa personne. C’est le contraire de l’utilitarisme.
L’amour chaste c’est l’amour libre = l’amour dans lequel je suis libre, et laisse l’autre libre.
Notamment pour expliquer « amour libre ».
Penser à tous les moments où vous trouvez que Jésus est gêné. Prétentieux. Séducteur. Déplacé dans sa relation avec quelqu’un. Gênant. Manipulateur. Semble « chercher à obtenir quelque chose ». Semble gratifié par l’attention, l’admiration, l’adoration des gens.
Aucun. Que ce soit avec des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des amis, des inconnus : n’influe pas sur sa façon d’être. Qu’ils se jettent à ses pieds, l’insultent Il est lui.
Il est libre (retour sur la définition). Peut recevoir Marie-Madeleine qui se jette à ses pieds et le parfume sans être gêné, car il voit qu’elle n’est pas dans une logique de séduction, elle ne cherche pas à se l’accaparer. Et lui non plus ne veut pas utiliser son attention ou sa proximité physique pour sa propre gratification. Les gens eux sont gênés car aucun d’entre nous n’est chaste à ce point ! Il peut aussi la rencontrer à la Résurrection et lui dire « ne me touche pas ».
Il ne met la main sur personne, personne ne met la main sur lui : il y a toujours une distance qui permet à chacun d’exister. Et cela n’empêche pas Jésus d’être chaleureux, affectueux, d’avoir des amis, de pleurer, d’avoir des émotions, de se réjouir… Au contraire ! Être chaste « garder une juste distance », ce n’est pas être froid, au contraire.
Jésus est une personne consistante. Quand on le rencontre, il y a quelqu’un en face. Contre-exemple d’avoir en face de soi quelqu’un qui « joue », qui il est vraiment. On ne sait pas comment se positionner, justement parce que l’autre cherche à nous faire adopter une certaine position, donc à obtenir quelque chose de nous. Et nous-même de même.
Cette consistance, cette « épaisseur », cette liberté, sont la chasteté.
Jésus « homme véritable ».
Être chaste, c’est être libre – libre de se donner.
« La chasteté nous recompose ; elle nous ramène à cette unité que nous avions perdue en nous éparpillant »[2]
a) Refuser de vivre ses relations intelligemment
« Je me sens très libre. » En vrai « laissez-moi faire tout ce que je veux sans me poser de question ».
Dans le cas des relations : « tout est très clair entre nous, il n’y a pas de souci ».
Première objection : on ne sait pas. On a tous des exemples d’amis entre qui « tout était clair » et dont l’un ou l’autre – ou les deux – est tombé amoureux.
Deuxième objection : la question n’est pas de savoir si ça porte à conséquences. Je n’irais pas dîner en tête à tête aux chandelles avec une amie dans un restaurant. Je n’irai pas dormir dans la même chambre en vacances. Pas parce que j’ai peur « qu’il se passe quelque chose », mais parce que ça ne correspond pas à la relation que j’ai et veux avoir avec une amie.
La question n’est pas de savoir si cela porte à conséquence, mais si cela respecte la relation que nous avons, et respecte l’autre… comme un autre justement, que je ne peux pas m’accaparer.
Exemples des amitiés (féminines) fusionnelles.
Exemple comme séminariste (prêtre) veiller au degré d’intimité avec les personnes.
Pas parce que c’est « trop », mais parce que c’est « pas assez » ! Bloquant relationnellement – revenir sur les amitiés en général.
Premier obstacle : refuser de vivre ses relations intelligemment. D’y impliquer son intelligence, parce qu’on en a besoin pour vivre des relations belles et bonnes. L’intelligence est nécessaire pour mettre ma volonté en mouvement. Si je ne sais pas où je suis et où je veux aller, si je ne comprends pas ce qui se passe, je ne peux pas me mettre en marche. Et donc : je ne peux rien construire dans ma vie, je suis juste porté (balloté) par le courant. Un prêtre : dans mes relations avec les femmes, j’essaye d’être toujours bien conscient de tout ce que je fais.
Les excuses classiques : le faux altruisme (qui me permet d'obtenir des droits, le "donnant-donnant", où je suis le critère de ce qui est bon, de ce qu'il faut faire...), la fausse réciprocité (deux NU ne font pas une NP), au nom du bien commun (c'est pour ton bien, il faut que tu le fasses parce qu'on en a besoin...)
Questions à se poser : Qui est cette personne pour moi ? Qu’est-ce que je veux faire de notre relation ? Donc comment est-il juste de me comporter vis-à-vis d’elle ? Cette conscience nous permet d’avoir des relations chastes, « ajustées ».
« Le point vigoureux de Clara s’était refermé sur le velours rouge de la balustrade. Golovanov posa ses doigts courts juste à côté et non sur la main de Clara, car il ne pratiquait pas ce genre de privautés que procure le hasard. »[3]
b) La peur de la solitude
Normal : soif d’être aimé, besoin d’être aimés car sommes à l’image de Dieu relation (Gn ; il n’est pas bon que l’homme soit seul).
Problème : quand les autres deviennent un moyen que j’utilise pour cacher ce manque, pour le combler « à la force du poignet » - besoin d’affection, de tendresse, de considération, de proximité physique et même érotique.
Les « jeux relationnels » sont une façon d’utiliser l’autre pour obtenir quelque chose. Games people play [expliquer le principe]. Exemple : je joue la victime pour être consolé. Pas en relation avec quelqu’un : en relation avec un personnage. Et : j’utilise cette personne pour obtenir quelque chose. Vrai dans le couple aussi !
Quels sont les « jeux » auxquels je joue ?
« Arrête, arrête tout de suite. - Que j’arrête quoi ? - De te servir à tort de la pitié, de la pitié des autres. […] Déjà enfant, tu te comportais de cette manière. Au lieu de dire que tu regrettais, tu allais bouder dans le grenier… parce que tu savais que, tôt ou tard, une de tes sœurs dirait : "Je ne peux pas supporter de penser qu’il est tout seul là-haut en train de pleurer". Tu te servais de leur pitié pour exercer un chantage et à la fin elles tombaient dans le piège. »[4]
Très courant de manipuler l’autre par les sentiments (surtout la culpabilité !) pour obtenir ce que je veux. Propension au « jeu » encore plus grand dans le couple où on connait bien les ressorts (émotionnels) de l’autre.
Apprendre à apprivoiser sa propre solitude, pour qu’elle ne soit plus le moteur de ma relation aux autres.
C’est impossible sans Dieu. Parce que vous n’êtes pas fait pour la solitude. Impossible sans être connecté à la source qu’est l’amour inconditionnel de Dieu pour moi – quand je suis seul, je ne suis pas seul.
C’est pour cela qu’aimer Dieu est le premier commandement. C’est pour cela que Jésus fait un lien entre l’amour de Dieu et l’amour des autres : il est impossible d’aimer les autres « correctement » (justement) si on ne se fonde pas sur l’amour de Dieu. Expérience que l’on fait comme consacré. Pas seulement « ne pas utiliser les autres », mais « se fonder sur ma relation intime à Dieu ».
Concrètement : les sacrements, et passer du temps gratuit avec Jésus.
Quelques questions sur le rapport à la solitude (vaste sujet) :
N’y a-t-il pas un vide spirituel qui engendre ce sentiment ?
Est-ce que je prends suffisamment de temps pour cultiver des amitiés saines et profondes ? Qui « touchent le fond de mon cœur » ? A commencer par le meilleur ami qu’est mon époux / épouse.
Est-ce que je connais mes besoins affectifs ? Est-ce que je suis capable de les exprimer à la bonne personne ?
« [La chasteté] nous libère de notre tendance à utiliser les autres pour notre satisfaction personnelle et nous permet de les aimer comme le Christ nous aime. »[5]
a) Prendre ses responsabilités – et rien que ses responsabilités
i. Prendre ses responsabilités
Dans une relation, j’ai une certaine responsabilité vis-à-vis de l’autre – justement parce qu’il s’agit d’une relation.
Je suis responsable de la façon dont je le traite.
Je suis responsable de la disposition dans lequel je (cherche à) le mettre (= est-ce que je joue un « jeu » ?). Je suis responsable de ma façon d’entrer en relation.
C’est là qu’intervient mon attitude physique, ma façon de m’habiller.
Une amie m'avait dit : « belle et soignée mais pas provocante » Aussi bloquant relationnellement que d’effacer ma féminité que de mettre la dimension sensuelle au premier plan.
D’ailleurs pas seulement pour les femmes envers les hommes, mais aussi entre femmes. « Les hommes regardent les femmes, et les femmes regardent les femmes. » Peut faire rentrer dans un jeu de comparaison / domination.
Prendre ses responsabilités implique de mettre en route son intelligence. Si je ne prends pas le temps de m’interroger sur la situation, sur ma position vis-à-vis de l’autre, sur ma responsabilité, je ne peux pas avancer. Exemple pour moi« d’accompagnement » d’amis dans des situations compliqués : comment trouver la juste place. M’aide d’en parler avec quelqu’un d’autre.
ii. Rien que ses responsabilités
Inversement, je ne suis pas responsable de tout dans la relation.
Je ne suis pas responsable de tous les états d’âme de l’autre. Je ne suis pas responsable de faire son bonheur (mais d’y contribuer), de le « sauver », de résoudre tous ses problèmes. Je ne suis pas responsable de ce que l’autre fait de ce que je lui dis, de la façon dont il interprète… (Attention : je suis bien responsable de ce que « j’engage » relationnellement, de ce que j’induis comme intimité, agressivité, romantisme, etc. et de la « justesse » de cela.)
Deux exemples pour comprendre :
Les relations fusionnelles. Transfert de responsabilité. Assumer tout, connaître tout de ce que vit l’autre, ce n’est pas de la compassion, c’est prendre sa place, l’étouffer, l’empêcher d’exister.
La relation avec les parents. « Tu honoreras ton père et ta mère. » Déjà différent de « aimer ». Je suis responsable de m’engager concrètement en posant des actes qui les honorent, les respectent. Je ne peux pas laisser tomber cette relation parce qu’elle est compliquée ou difficile. [transition] Une question qui m’aide : comment puis-je agir pour plus d’amour ?
iii. De quoi suis-je responsable ?
De ma liberté, et de la liberté de l’autre (en tout cas de ne pas l’entraver).
Je suis responsable de la juste distance, qui est toujours possible et dépend de moi
Exemple d’amie super froide avec hommes mal positionnés, « flirtant », sensuels… y compris le serveur du restaurant d’entreprise ! Coupe l’herbe sous le pied au « jeu relationnel ».
Quand cela est possible (et ce n’est pas toujours le cas, on vient de le dire), responsable de la juste proximité – le but de la vie c’est d’aimer et se donner !
b) Changer son regard
Un des premiers enjeux quand on pense à la chasteté. Et c’est vrai.
Un enjeu pour nous tous. Très souvent plus les hommes, mais aussi les femmes, cf. remarque plus haut sur les tenues.
Quelques aides :
Comment je « nourris » mon regard ? Regard sur les pubs dans la rue. Comment je regarde les femmes que je croise. Mon imaginaire ? Personnellement : aide de la littérature. Mais aussi : les films, les séries que je regarde.
Exemple personnel sur les longs trajets en vélo au bord de la Seine avec beaucoup de femmes très court vêtues : tout simplement me préparer avant, et demander l’aide de mon ange gardien. Super, super efficace.
Séminariste même situation : « moi je rends grâce pour la beauté, et ça change mon regard »
Jésus : « Tout homme qui regarde une femme pour la convoiter a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. » (Mt 5,28)
Donc l’adultère n’est pas seulement une question de relation sexuelle. On peut vraiment être « adultère de cœur » en entretenant une relation qui n’est pas chaste (= qui m’éparpille, défait mon intégrité, cf. Augustin) par son intimité physique, de confidence…
Et Jean-Paul II : on peut commettre l’adultère avec sa propre femme. « L'adultère est en votre cœur non seulement quand vous regardez avec un désir sexuel excessif une autre femme que la vôtre, mais aussi si vous regardez de la même façon votre propre femme. » Je suis infidèle à l’amour (chaste, c’est-à-dire qui l’honore intégralement dans toute sa personne, jamais comme un objet de jouissance) que je lui ai promis. Évidemment vrai dans l’autre sens, et quand j’utilise mon époux / épouse comme un moyen de me mettre en valeur socialement, comme « sécurité affective » en imposant à mon époux / mon épouse d’être en phase avec mes propres émotions / états d’âme (façon de mettre la main sur l’autre), etc.
Grande chance du couple : l’amour conjugal est remedium concupiscientiae (remède à la concupiscence). Explication : vivre l’amour charnel de façon saine guéri ce qui est tordu en nous de ce point de vue. Poser un regard sain sur son épouse éduque le regard que je pose sur toutes les femmes, etc.
c) Bénir ou parler pour le bien
Parler de ce que je vis.
Pour discerner (cf. plus haut)
Pour désamorcer (exemple moi : partager immédiatement avec un ami quand quelque chose de pas net dans une relation ou un message)
Avoir de « bonnes confidences ».
J’aide une copine à me déballer sa vie. Qu’est-ce que je cherche ? A l’aider ? A en savoir plus ? Je déballe ma propre vie à beaucoup de gens : idem ?
Une tentation très puissante est celle de la domination, même larvée. Est-ce que j’essaye d’avoir un rôle essentiel dans cette relation ? est-ce que j’essaye d’imposer mon autorité à cette personne d’une façon qui n’est pas juste ? Là aussi l’autre est instrumentalisé, il est objet de mon désir de puissance. Je « mets la main sur l’autre ».
L’habitude du « gossip », du commérage, du ragot. Façon de mettre la main sur l’autre qui n’est pas là.
Faire des commérages, c’est parler de situations dans lesquelles je ne suis ni partie du problème, ni partie de la solution. Oh oh. Je traite l’autre comme un figurant de ma vie, quelqu’un ou quelque chose que je peux traiter comme un objet.
On analyse, on projette, on suppose ses sentiments et émotions intérieures. Je ne respecte pas le secret de son cœur, sa profondeur de personne que je ne connais pas. JE NE SAIS PAS.
« "Tout le monde a le droit de tout savoir" : slogan mensonger pour un siècle de mensonge, car bien au-dessus de ce droit il y en a un autre, perdu aujourd’hui : le droit qu’a l’homme de ne pas savoir, de ne pas encombrer son âme créée par Dieu avec des ragots, des bavardages, des futilités. Les gens dont la vie est bien remplie n’ont aucun besoin de ce flot pléthorique d’informations abrutissantes. »[6]
Lien avec la critique. Un vrai poison. Il en suffit d’un peu pour ruiner beaucoup de choses dans une relation ou un groupe. Comme un pull rouge dans une machine de blanc : ça déteint sur tout le reste.
Faire la guerre à la critique et au gossip :
Dire explicitement
Changer de sujet de conversation
A minima ne pas participer, se taire jusqu’à ce que le sujet change.
Dire du bien
Grand parcours qui a touché beaucoup de choses. La chasteté est une saveur des relations, qui touche à tout. Rend heureux car rend libre.
La liberté intérieure, Jacques Philippe
Aimer l’autre sans l’utiliser, Pascal Ide
Des jeux et des hommes, Éric Berne
Le triangle maléfique, Pascal Ide
Vous ne serez plus jamais seuls, Pierre Mellot
*
[1] Saint Jean-Paul II, Encyclique Familiaris Consortio, n°33
[2] Augustin, Confessions, 10, 29
[3] Alexandre Soljenitsyne, Le Premier Cercle, Ed. Robert Lafont 2007, p.434
[4] Clive S. Lewis, Le grand divorce, p.129
[5] Christopher West, Bonnes nouvelles sur le sexe et le mariage, p.79
[6] Alexandre Soljenitsyne, Le déclin du courage, Discours à Harvard du 8 juin 1978, Ed. Seuil 1978, p.28