La chasteté… mot tabou, un mot qui paraît ringard et poussiéreux ! Cela évoque la ceinture, la frustration, le vœu des moines et des religieuses. Qu’est-ce que la chasteté ? Est-elle une austérité, une frustration propre aux chrétiens? Quelle est sa finalité spécifique? Par quels chemins passe-t-elle ?
Étymologie du terme chasteté : il faut « châtier » la convoitise. Mais cet aspect négatif ne doit pas masquer son aspect positif et constructif qui est essentiel !
Le Christianisme lutte contre les courants (néoplatoniciens, épicuriens, stoïciens) qui méprisent le corps. Il reconnaît au plaisir toute sa place. Il reconnaît aussi la place que le plaisir peut usurper.
La véritable chasteté estime les valeurs sensuelles, elle n’est pas une force de négation ou d’opposition. Elle est là pour orienter ces inclinations au bien véritable. Elle œuvre à « l’unité intérieure de l’homme dans son être corporel et spirituel » (CEC n°2337).
Elle permet que l’homme puisse parvenir à la perfection de sa nature : St Thomas dit que la chasteté « rend la personne harmonieuse (…) », qu’elle contribue à sa « beauté spirituelle ».
C’est hyper important : la chasteté est un instrument de bonheur pour l’homme. C’est une école de don de la personne. C’est donc fondamental car c’est ce don qui mène au bonheur : GS 24 nous confirme cela : « L’homme, seule créature que Dieu a voulue pour elle-même, ne se trouve pleinement que dans le don désintéressé de lui-même »
C’est important de noter que la chasteté est d’abord au service de la relation et pas du je. FC en donne une très belle définition : « Elle est l’énergie spirituelle sachant défendre l’amour des périls de l’égoïsme et de l’agressivité, en le conduisant vers sa pleine réalisation » (FC11).
Bien sûr, en tant qu’énergie défendant l’amour, elle aura une acception sexuelle.
Comme énergie spirituelle qui aide à aimer, la chasteté concerne toute l’humanité : célibataires, époux, chacun selon son état de vie. Nos frères et sœurs consacrés dans le sacerdoce ou le célibat ici présents n’ont pas plus à dire à ce sujet, ou moins parce qu’ils sont vierges. Ils ont à la vivre selon leur état de vie.
Pour vous, jeunes, elle se prépare aujourd’hui dans la continence. Dans le cadre de la vie conjugale, elle grandit et nourrit l’amour. Elle évite toute attitude de jouissance utilitariste individuelle, elle permet de grandir dans le don vis-à-vis de l’autre. Elle apprend à chacun à se donner.
Elle est inséparable de la charité. Elle est vraiment l’opposé de la convoitise. Il s’agit d’être dans le don de soi pour faire grandir l’amour et être heureux.
Chacun a besoin de la chasteté pour se donner et grandir en sainteté.
La chasteté est une vertu, c'est-à-dire une ferme disposition à faire le bien ou à éviter ce qui est mal. Il est important d’identifier les moyens nous aidant à grandir en chasteté.
Elle présuppose la collaboration et la mise en œuvre de nombreuses autres vertus :
Les vertus cardinales
Pour agir chastement, agissons toujours avec…
Prudence : Vertu cardinale qui allie force d’esprit et faculté de discernement. La vertu de prudence ne se confond pas avec la timidité ou la peur. Ex : causer 3h avec une copine dans une chambre porte fermée, se promener tard le soir seul sur internet, …
Force : Elle rend ferme et courageux dans l’adversité. Elle requiert que l’on surmonte la peur, la faiblesse humaine et elle dispose à aller jusqu’au sacrifice de notre vie (1 Co. 16,13). Ex : être à contre-courant, refuser telle sortie dans tel endroit, se mettre au bouleau plutôt que d’être oisif, surtout sur internet.
Justice : consiste à donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû. Autant dire qu’aujourd’hui cette vertu est en souffrance, à nous les chrétiens d’en être témoins ! Ex : accepter d’attendre car ce n’est pas le temps juste. Prier pour sa future femme/mari (cette prière du cœur pour celle qui sera notre femme fait qu’on peut difficilement jouer avec ses sentiments et son corps.)
Tempérance : du latin temperare garder la mesure, l’équilibre qui nous permet de discipliner nos désirs et nos passions. Elle est l’inverse de l’excès. La chasteté en découle directement. Ex : on a tous des chevaux en nous qu’il s’agit de dompter en vue du don. (Perfection, impatience, contrôle à tout prix, désir de reconnaissance & les attachements à l’argent ou au reste…) Ces chevaux, nous les remettons à la miséricorde du S pour que ce soit Lui qui les conduise.
Par rapport à la tempérance, pour axer sur le point de vue de la sexualité, éduquons notre regard : pour les garçons, ça veut dire regarder les yeux ou le visage d’une fille (pas la peine de faire un dessin), et ça peut être une vraie ascèse. Ça peut vouloir dire détourner le regard ou même fermer les yeux. Cela reste vrai toute la vie: même dans le mariage - la question du regard que je pose sur ma propre épouse est toujours actuelle. Nous nous sommes donnés l’un à l’autre, il s’agit de faire grandir ce don : « Mon corps lui appartient » comme dans l’eucharistie « voici ce corps livré pour vous »
Pour entretenir un climat intérieur, on peut aussi avoir un chapelet. Prononcer le nom de JESUS (surtout quand on est faible ou fatigué).
Pour gagner en tempérance, il faut aussi faire suffisamment de sport et dormir.
Il y a des moyens mais il faut aussi une ferme détermination de garder cette pureté pour le bon Dieu, pour moi, pour ma (future) épouse/mon futur époux. Cela peut être un super moteur.
Les autres vertus
- l’amitié éduque profondément à la gratuité, au désintéressement, à l’attention à autrui, à la fidélité, à la charité… Le CEC 2347 la donne comme un instrument privilégié pour grandir en chasteté.
- l’humilité : L’humilité me permet de rester à ma juste place dans la relation et donc à l’autre de prendre la sienne.
Dans le domaine de la sexualité, le corps aussi est appelé à être humble. Il est appelé à reconnaître sa juste place au sein de l’être humain, et sa juste place dans l’amour (le bonheur humain est différent de l’autosatisfaction sensible), et son orientation au don.
- une multiplicité d’autres vertus bien sûr : la pudeur; la douceur; la simplicité, la maîtrise de la parole etc...
- enfin la foi, l’espérance et la charité : les trois vertus théologales.
Elles entraînent le sujet à se détourner des idoles. Nos idoles sont forgées par l’appétit de jouissance. Moi je me suis rendue compte que j’avais un rapport non chaste aux études que j’avais entreprises. Je m’en étais forgée une idole : j’y cherchais la reconnaissance et le succès et non pas de glorifier Dieu. J’ai donc décidé d’y passer moins de temps pour remettre mon désir au Seigneur et faire grandir ma foi. Ce renoncement peut être douloureux mais m’a vraiment fait avancer dans l’amour du Seigneur.
La chasteté prépare des choix libres et, en même temps, elle se construit par une succession de choix vertueux. Elle ne peut donc être considérée comme définitivement acquise: c’est « une œuvre de longue haleine » (CEC2344), un chemin, une habitude, une vertu élaborée et affinée au jour le jour. On ne naît pas chaste, on le devient. Cette élaboration demande une humble patience et une grande vigilance.
C’est positif de parler des vertus à pratiquer, c’est parfois plus clair de parler des péchés à éviter…Bcp de comportements présentent un risque pour la personne et pour l’amour. Les « non » à certains actes sont autant de « oui » à l’amour.
A. Gare à mon regard
Le regard orienté par le seul désir sexuel : quel est le regard que je porte sur les pubs et autre (question qui n’est pas destinée aux seuls garçons : une fille peut regarder avec convoitise les corps de ‘barbies’ étalés sur les pubs. Apres elle se compare, elle se regarde le nombril, etc).
Au regard que je porte sur autrui tout simplement, ma façon de le considérer – suis-je dans l’appropriation ?
La curiosité qui instrumentalise l’autre (ex de la réaction de X.). J’aide une copine à me déballer sa vie. Qu’est-ce que je cherche ? A l’aider ? A en savoir plus ? Je déballe ma propre vie à beaucoup de gens: id. ?
Une tentation très puissante est celle de la domination, même larvée. Est-ce que j’essaye d’avoir un rôle essentiel dans cette relation ? est-ce que j’essaye d’imposer mon autorité à cette personne d’une façon qui n’est pas juste ? Là aussi l’autre est instrumentalisé, il est objet de mon désir de puissance.
Le regard peut être porteur d’une certaine violence. La violence ce n’est pas seulement physique: pensons au jugement, à la critique qui enferme … ils peuvent être mortels. Comment est-ce que je considère autrui ? comme un crétin d’entrée de jeu, ou comme une chance, avec bienveillance a priori ?
Demandons à Jésus ses yeux pour devenir plus chaste. Ayons aussi de la douceur envers nous-mêmes, portons un regard de douceur et de miséricorde sur nous-mêmes pour toutes nos fautes envers la chasteté.
B. Proximité ambiguë
Envers une personne: ami(e), prof, parents. Cette proximité peut être un danger même si elle n’est pas teintée de sexualité. On peut se demander si cette relation est constructive pour moi ? pour l’autre? Sommes-nous libres dans cette relation ? Je me rappelle d’une personne que je pensais être une amie mais envers qui j’ai décidé de poser beaucoup de distance car j’ai fini par sentir qu’elle me manipulait, qu’elle prenait beaucoup trop de place dans ma vie, dans mes pensées.
C. Attention aux excès qui nous détournent du don
Les activités vécues dans l’excès (sport, films) qui peuvent nous enfermer et nous détourner d’autrui. Ceci sera très prégnant dans la chasteté conjugale (ca peut aussi être travail).
Les addictions : cigarette, alcool, drogue, téléphone, certaines lectures. Elles nous enferment, nous aliènent…on connaît un gars qui sans avoir de dépendance a compris qu’il devait cesser tout alcool pendant 1an. Le but n’est pas masochiste, mais de libérer l’amour. C’est une décision chaste.
Les réactions passionnées (colère, impatience…). Pourquoi suis-je en colère ? à cause d’une injustice ou parce que ma volonté ou mon confort sont bafoués ? La luxure comme la colère mènent à la tristesse (En fait, la colère n’est juste que quand elle dénonce l’injustice).
Attention à l’imagination qui nous déconnecte de la réalité :
Les gars ont leur propre façon d’être tentés dans l’imagination, souvent sexuellement, largement stimulée par notre société. A ce titre, demandons au Seigneur dans sa miséricorde de purifier notre imaginaire et notre mémoire.
Les demoiselles ont d’autres tentations imaginatives : attention au romantisme qui déracine du réel, aux vies schizophrènes : la vraie, et la rêvée.
On est appelés à se donner ici et maintenant, et à faire que la vie réelle soit transcendante !
La chasteté consiste à « discipliner l’imagination » dit le CEC2518. St Ignace disait « Prie Dieu comme si tt dépendait de Lui, et Agis comme si tout dépendait de toi ». Cela peut être une bonne attitude pour contrôler notre imagination : être prudent et en même temps la remettre au Seigneur. Un allié : notre ange gardien. Un autre allié : notre frère qui peut prier pour nous !
Pour clore cette liste longue et non exhaustive des risques, et en reprenant la définition de FC11 (ie l’énergie spirituelle sachant défendre l’amour des périls de l’égoïsme et de l’agressivité, en le conduisant vers sa pleine réalisation), on pourrait faire un tableau et mettre sous « égoïsme » ou « agressivité » toutes sortes de comportements. Ainsi on voit que la chasteté concerne notre vie de chaque instant dans tous ses aspects, et pas seulement notre sexualité. En fait, il s’agit de sortir de toute logique utilitariste dans nos relations. La chasteté doit donc s’étendre dans tous les centres internes de l’homme, où naît et se développe une attitude de jouissance.
Dieu merci nous ne sommes pas seuls dans ce combat…
La vie sacramentelle
L’Eucharistie, plus tard la grâce sacramentelle du mariage ou de l’ordre sont des dons de Dieu pour nous aider à nous donner en vérité et à atteindre la vraie communion, et la joie profonde.
Le sacrement de pénitence est particulièrement précieux pour avancer dans la chasteté. Soyons persuadés dans ce domaine qu’aucun péché n’est irréversible et que le Seigneur se donne à nous pour nous recomposer et nous libérer.
La vie dans l’Esprit Saint
La liberté humaine est en mesure de décider de ne pas céder aux sollicitations désordonnées de l’imagination et/ou de la sensualité. Mais « ‘ne pas vouloir’ est différent de ‘ne pas sentir’, ‘ne pas éprouver’ » comme dit JPII.
Cette abnégation peut générer une certaine frustration à laquelle la volonté doit consentir. Elle a besoin des dons de l’ES. Ga 5,15-18 : « Laissez-vous mener par l’Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle.»
Le CEC 2345 dit « La chasteté est une vertu morale. Elle est aussi un don de Dieu, une grâce, un fruit de l’œuvre spirituelle. »
Les garçons, on peut demander cette vertu de chasteté à St Joseph : fais de moi une personne chaste et tendre. Les filles, à Marie. Tous : prions donc et demandons au Christ sa chasteté.
Pour conclure regardons Jésus, parfaitement chaste.
Jésus devant Madeleine (Lc7, 44s) a le regard clair, il ne voit pas en elle une pécheresse mais une personne qui montre beaucoup d’amour. Il n’a pas peur de se laisser toucher, embrasser les pieds, parfumer, car son regard sur elle est lumineux : « La lampe du corps, c’est l’œil. Si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera dans la lumière » (Mt6,22).
Par contrecoup, il révèle le manque de chasteté du pharisien qui le reçoit. « Mais si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux » (Mt 6,22).
Idem pour le passage de la femme adultère (Jn 8, 1-11)
La chasteté du Christ est le résultat de sa façon de considérer n’importe quel être humain comme une personne à aimer.
La chasteté du Christ est enfin dévoilée par sa Passion : « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu’au bout » (Jn13,1); Il aime avec un cœur d’époux, entièrement livré, dans un don et un dépouillement sans limite.
La chasteté comble de joie, la joie d’aimer et d’être aimé, la joie qui est le fruit de tout acte libre. Risquons la chasteté : c’est un chemin de bonheur ! St Augustin donne cette phrase très belle qui montre le chemin d’unification corps, cœur et âme qu’opère la chasteté : « la chasteté nous recompose ; elle nous ramène à cette unité que nous avions perdue en nous éparpillant » (Confessions,10,29)