Ceci est une libre prise de notes sur un enseignement donné en public par le fr. Paul-Adrien, o.p., à Paray-le-Monial. Ce texte n'est donc pas de lui et ne l'engage pas.
C’est une difficulté que beaucoup d’entre nous n’ont pas choisie sans doute.
Parcours dans la Bible avec comme clé de lecture la solitude. La Bible nous sert à dire les choses devant Dieu : elle ne nous donne pas forcément de réponse, mais elle dit dans la langue de Dieu.
a) « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre »
Quand Dieu a créé le monde, quand il vous a créé, c’est dans un surcroit de sa vie, de sa communion. Communion : contraire de solitude. Le fait d’être ensemble, de pouvoir partager… Et Dieu a créé à partir de sa propre communion, pour que nous puissions en vivre aussi.
C’est ça la toile de fond de notre vie. Pas la solitude.
Donc Dieu crée la terre, les anges… Et puis vous. L’homme dans le jardin d’Eden.
Mais l’homme est seul. Mais on ne peut pas parler de solitude, car il ne s’en rendait sans doute pas compte, car il est heureux… Tout en sentant qu’il lui manque quelque chose.
b) « Il n’est pas bon que l’homme soit seul »
L’homme = l’humain.
Donc la solitude, c’est le plan B. Pas ce qui est prévu à la base. Si on le ressent comme une épreuve : bonne nouvelle, Dieu le sait ! C’est même pour cela qu’il a créé l’homme et la femme.
Il le fait en ouvrant le cœur de l’homme. Et donc il y a une phase où notre cœur est ouvert… Et pas encore rempli.
c) Adam rencontre Eve
Révèle le désir d’être connu par quelqu’un. J’ai besoin d’un autre pour être moi. L’homme a besoin de la femme pour être homme.
Puis la chute.
Mais essentiel : Dieu a créé ce monde pour que vous y soyez heureux. Il va faire en sorte que vous trouviez votre place dans l’univers, et les personnes avec qui vivre cela.
d) Le monde postlapsaire
Caïn crée un monde où l’homme vit la solitude.
Difficulté : la Bible met le doigt là où ça fait mal… Et donc elle nous montre que c’est avec le péché que vient la mort. Et une chose est sûre : devant la mort, on est tous seuls.
e) Psaume 22
Chant « Le Seigneur est ma lumière et mon salut »
Dans la mort, le Seigneur est avec nous.
a) Agar
Ce qui est bien c’est que dans l’Ancien Testament on a tout ce qu’on veut d’histoires truculentes… La première personne à qui je pense sur la solitude dans la Bible.
Agar est chassée par Abraham et se retrouve seule avec son enfant pour l’élever. Déjà noblesse d’Agar : elle aurait pu abandonner son enfant. Et Agar n’a plus rien. Il lui reste un pain (sa pension alimentaire) et c’est tout…
Et Dieu vient sauver cette femme. Et Agar s’en sort.
L’Ancien Testament nous montre : on n’a pas forcément la solution, ça sent un peu le bricolage… Mais Dieu connait la misère de ces gens-là. Et il ne les abandonne pas.
b) Bartimée
Probablement que Bartimée passait sa journée à alpaguer les gens. Et peut-être braillait-il toute la journée.
Jésus s’arrête. Il le sort de l’anonymat, de la solitude. On va remettre cet homme debout, lui redonner son nom.
Et Bartimée demande à recouvrer la vue. Et rendre la vue, regarder les gens, on peut tous le faire. Enjeu pour nous : ne pas avoir le cœur dur.
c) Léa
Léa la mal-mariée. Mariage d’amour, mariage arrangé… et mariage truqué. Léa c’est le mariage truqué. On imagine la scène… Bref, c’est compliqué. Mais Jacob est bon, et la reçoit vraiment pour femme. Et en même temps ça sent encore le bricolage
a) Le miracle de la Croix
Jésus n’était pas marié. Il n’avait pas le moindre lieu à lui. Lui, le Bien à l’état pur, la Communion même, était complètement « perdu » (on se comprend) sur terre. En terre étrangère. Et il est trahi – la pire des solitudes. Il se retrouve abandonné, nu sur la Croix, devant sa mère effondrée.
Et à ce moment précis, Dieu transforme la solitude. Il y a deux problèmes dans la solitude : (1) la solitude affective ; (2) donner sa vie pour un autre plus grand que soi.
L’enjeu de la solitude, c’est d’inverser en passant le (2) en (1), parce qu’en fait tout se joue là. Si on vit (2), la solitude change. Elle n’est plus désespérante. On a gardé la fatigue, mais on a enlevé le venin. C’est l’Eglise. C’est ce qu’on essaye de vivre dans nos maisonnées, nos sessions, nos couvents.
b) Les Actes des Apôtres (Actes 2, 46)
Ce que Dieu a créé, c’est l’Eglise. Une famille. C’est la concorde : un seul cœur. Ça n’enlève pas les difficultés, mais ça signifie qu’on les porte ensemble. C’est une façon de vivre les uns pour les autres.
L’Eglise est le lieu où Dieu a vaincu la solitude.
Donnez votre vie pour l’Eglise, vivez d’un seul cœur, et vous connaîtrez la joie.
Saint Syméon le Stylite. Il vivait sur une colonne. Il était enfoncé dans la solitude. Il n’a pas toujours vécu sur sa colonne. Jeune moine, il vivait dans sa cellule. Il a pensé : « Je vais choisir la solitude ». Mais comment ? Arrêter Netflix ? Lui se dit : « Je vais m’attacher un boulet au pied ». Ca lui permet deux mètres. Bon c’est un peu bizarre, ça lui blesse la cheville… Mais il avait un très bon supérieur, qui n’attaque pas de front : « J’ai bien compris ce que tu voulais faire. Mais avec le coup du boulet, t’es petit joueur. Si tu choisissais vraiment la solitude, tu n’aurais pas besoin d’une chaîne au pied, ta volonté suffirait. » Il enlève la chaîne, la plaie guérit, il entre dans une démarche spirituelle… et finit sur une colonne.
Enlever les fers, c’est le passage de la solitude subie à la solitude choisie. Il y aurait un danger à s’imaginer grand mystique alors qu’on a encore une chaîne de fer au pied. Nos histoires, nos blessures, nos fragilités… Il faut d’abord prendre soin de tout ça.
Si on ne fait pas bien la différence entre solitude choisie et solitude affective, il va se passer ça : « Je prie pour confier à Dieu mes solitudes et mes peines, et non seulement il ne se passe rien, mais je suis de plus en plus triste. » Si on n’a pas fait la différence entre les deux, la prière peut nous enfoncer. « Comme prêtre, il m’arrive rarement de conseiller la prière aux gens qui ne vont pas bien. » Parce que la prière est un lieu de combat. Ça peut être difficile. Parce que dans le silence on n’entend rien… et la nature a horreur du vide. Et je vais me permettre à parler à la place de Dieu. La solitude choisie est un lieu de combat.
Rambo qui va dans la solitude de la forêt en disant « C’est pas ma guerre », c’est la solitude choisie. Ça va cogner. Qui vit dans le désert, lieu biblique de la solitude ? Réponse : le Diable. Donc c’est un lieu de combat et de guerre. Il y aura un deuxième adversaire : vous-mêmes.
Mais alors pourquoi y aller ? Parce que dans ce désert, il y a Dieu. La grande histoire d’amour de votre vie. Le soleil de justice. La solitude, c’est l’exclusivité de Dieu. Ça c’est la perle, le trésor caché dans le sang. Et il va falloir labourer, suer.
C’est la guerre, donc ça va demander de la prudence, ça va demander du bon sens.
A vous de voir où vous voulez mettre le curseur. Tu veux prendre 5 minutes de silence, vas-y. Tu veux prendre une heure, vas-y. Ce qui est sûr, c’est que ça va demander des sacrifices. C’est pour ça qu’il faut s’entrainer avant, y aller par étapes, s’appuyer sur une vraie connaissance de soi, un vrai équilibre.
Dans la Bible, Rambo s’appelle Elie. Un gars qu’il fallait pas emmerder. Il portait un vêtement en poil d’animal (qui a donné le vêtement en poil de chameau de Jean-Baptiste). Il se nourrissait de pas grand-chose, ça a donné les sauterelles de Jean-Baptiste, ce qui a donné le régime ascétique des moines. Elie, ça a donné le Carmel. C’est pas n’importe quoi. Mais il est aussi vulnérable, fragile. Quatre vulnérabilités.
Elie va au désert, et reçoit par des corbeaux du pain et de la viande. On trouve ça beau et génial. Mais faut sortir de l’image d’Epinal. La viande, ce sont des asticots. (?) Premier danger : s’installer dans son confort, devenir vieux gars.
Elie demande la mort. Danger Calimérot. S’enfoncer dans ses propres fragilités et sa propre déprime. Vrai danger de la solitude. Le secret : l’obéissance et le discernement. Est-ce que je discerne les trucs qui valent le coup et les trucs qui ne valent pas le coup ? Si je suis fidèle à ça (l’obéissance, un bon accompagnateur, un père spirituel, l’obéissance à une mission d’Eglise, de communauté), je découvrirai une perle rare qui s’appelle la gratuité. On sort du « à quoi bon ? ». Je le fais parce que c’est beau de le faire, et c’est tout. Et là on rentre dans la folie de l’Evangile : faire les choses avec plus de générosité qu’elles n’en méritent.
La paresse. Bon là ça ne va pas avec Elie parce que ce n’est pas mon tempérament. La fatigue des choses spirituelles. La cloche sonne pour aller prier : « oh nan, encore aller prier… ». « Où s’arrête la contemplation, et où commence la paresse ? » Avec la paresse viennent tous les autres vices… Deux armes : la pauvreté (il faut gagner sa vie), l’inquiétude pour le salut d’autrui.
Elie égorge tous les prophètes de Baal. Danger : la colère. En fait c’est un danger d’orgueil. Il y a quelque chose de beau derrière : la radicalité. Il y a quelque chose de saisissant dans la vie d’Elie. Pour lui, rien n’existe sauf Dieu et les gens malheureux. Les rois, les idolâtres… Ca n’existe pas à ses yeux. Bon il a besoin d’apprendre la douceur quand même. Le remède pour ça, c’est la charité. Les œuvres de miséricorde.
Ces quatre dangers existent : c’est pour ça que c’est une guerre. Mais la perle, c’est la présence de Dieu. La solitude creuse et laboure notre âme et fait de la place pour Dieu. Il faudra se battre pour cela, mais à la fin, le Soleil de Justice. C’est la promesse de la solitude.