Il semble que dans l’Eglise un certain pessimisme ait toujours pesé sur l’exercice de la sexualité, comme si on désespérait qu’elle puisse être une voie conduisant à Dieu. On peut sans doute dire que dans l’histoire de l’Eglise « tout se pass(ait) comme si le christianisme avait plus aisément intégré le corps souffrant, le corps travaillant, le corps célébrant que le corps jouissant » . Mais dans la première moitié du XXème siècle, un grand élan de spiritualité conjugale a surgi.
C’est JP II qui donne une lumière radicalement nouvelle sur le corps et sur la personne, sur la sexualité et sur le mariage. Il a alimenté sa pensée aux sources de l’expérience, en dialoguant avec de nombreux couples qu’il a accompagnés dès le début de sa vie sacerdotale.
La théologie du corps de Jean Paul II est en fait une pédagogie du corps, évangélique et chrétienne. Il nous apprend comment comprendre la vocation réellement divine de la sexualité.
Pour cela, nous allons revenir aux origines comme le fait Jésus lorsqu’on lui pose la question des rapports de l’homme et de la femme, et des normes de la sexualité (cf Mt 19, 3-9 ). Etudions ce temps des origines qui marque l’humanité de sa dignité et de sa beauté.
a) Le couple, image et interlocuteur divin
Relisons le premier chapitre de la Genèse Gn1, 26-28 « Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance (…) Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la...»
Nous voyons que Dieu emploie le pluriel « Faisons » quand il arrive à la création de l’homme. L’Eglise y lit l’œuvre de la Trinité des Personnes divines. La Trinité toute entière est à l’œuvre dans la création de l’homme et de la femme.
Puis nous pouvons observer que la différence sexuelle est image de Dieu et bénie de Dieu : c’est par la différence sexuelle que l’homme et la femme sont images de Dieu : voyons ce lien entre les 2 propositions : « à l'image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. » Tout comme Dieu, Un et Trine, est relation et communion, l’homme et la femme sont appelés à s’unir dans leur altérité.
On voit aussi la grande dignité de l’homme et du couple dans la parole divine qui lui est adressée. En Gn1, 28, « Dieu les bénit et leur dit ». Le couple est interlocuteur divin
b) La femme par rapport à l’homme (et vice et versa)
Relisons le deuxième chapitre, Gn2, 18: « Le Seigneur Dieu dit : " Il n'est pas bon pour l'homme d'être seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit accordée ». La femme est créée comme ezer kenegdo c'est-à-dire ‘aide vis-à-vis’. ‘Chair de sa chair et os de ses os’, la femme est pour l’homme le tréfonds de lui-même, l’humanité de son humanité. Nous voyons que la femme est ishsha, son existence n’est qu’en tant qu’il y a ish, et pour ish. Toutefois cela n’implique ni une infériorité, ni une subordination : « la femme est un autre ‘moi’ dans leur commune humanité » . La femme est kenegdo, vis-à-vis, elle est donc en égale dignité de l’homme, pour que l’homme la regarde et qu’elle lui révèle quelque chose de lui-même.
La solitude en Gn 2, 18-23 :
« Le Seigneur Dieu dit : " Il n'est pas bon pour l'homme d'être seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit accordée. " Le Seigneur Dieu modela du sol toute bête des champs et tout oiseau du ciel qu'il amena à l'homme pour voir comment il les désignerait. Tout ce que désigna l'homme avait pour nom " être vivant" ; l'homme désigna par leur nom tout bétail, tout oiseau du ciel et toute bête des champs, mais pour lui-même, l'homme ne trouva pas l'aide qui lui soit accordée. Le Seigneur Dieu fit tomber dans une torpeur l'homme qui s'endormit ; il prit l'une de ses côtes et referma les chairs à sa place. Le Seigneur Dieu transforma la côte qu'il avait prise à l'homme en une femme qu'il lui amena. L'homme s'écria : " Voici cette fois l'os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l'appellera femme car c'est de l'homme qu'elle a été prise. " »
a) La solitude
C’est par son corps et dans son corps que l’homme découvre qu’il ne peut se donner à aucun être qu’il connaît, et que par conséquent il est seul. Cette solitude radicale, totale, est une angoisse existentielle pour l’homme des origines. Elle n’est pas seulement affective et sensible, mais se situe au plan même de l’être : c’est une solitude fondamentale, terrifiante et angoissante. C’est pourquoi YHWH dit : « il n’est pas bon que l’homme soit seul. ». Cette expérience de la solitude fait naitre dans la conscience humaine une soif de se donner à une autre personne semblable à lui.
b) La conjugalité avant le péché
Après l’expérience douloureuse de la solitude, le Seigneur crée la femme. Et le premier homme sexué célèbre l’être de son être, la personne de sa personne. Cela provoque chez lui cette exultation, ce chant d’amour découvrant un autre lui-même à qui il va pouvoir se donner, et par conséquent, réaliser sa vocation de personne. Pour la première fois en Gn2, 28, Adam parle : sa totale humanité se dévoile donc dans l’altérité, il y reçoit sa propre identité. L’union conjugale est ici présentée comme vitale, indispensable à la cohérence de la Création.
La nudité originelle permet le don total, elle dit l’absence de honte et nous renseigne sur la qualité du regard que se portaient Adam et Eve avant le péché. Ils se donnaient et se recevaient en vérité dans toutes les composantes de leur personne. Il faut donc que nous nous rappelions toujours que l’attrait des sexes fait partie du projet d’amour de Dieu !
a) Le corps, lieu d’unité de la personne
Ces récits de Gn sont aux antipodes de la dualité corps/esprit dont nos sociétés sont imprégnées, divinisant et/ou diabolisant le corps. Nous sommes appelés à vivre l’amour de Dieu à travers les deux, unis en la personne.
Dans l’intention divine, le sexe n’est pas un attribut accidentel de la personne. Le corps est épanoui en étant profondément uni à l’âme et vice et versa, ainsi que l’homme est épanoui en étant profondément uni à autrui. Si l’homme peut se donner à cet alter ego qu’est la femme, c’est parce qu’il y a une différence sexuelle, spirituelle, affective, psychologique. C’est dans et par cette différence qu’il y a une possibilité de don et de communion. Le corps est donc le lieu de l’unité de la personne car il est l’instrument de la communion. Il nous permet de nous recevoir de Dieu, dans la louange, et de nous redonner tout d’abord dans notre relation conjugale.
b) Corps et communion
On parle du corps comme d’un sacrement : signe et moyen de la personne humaine et donc, au-delà, signe et moyen de la présence divine! C’est inouï ! C’est ce qu’exprime St Paul en 1Co, 6, 19 : « votre corps est un temple de l’Esprit Saint ». Et donc l’invitation que donne l’Eglise de ne vivre l’union des corps qu’unis par le sacrement du mariage est profondément humaine : donner son corps, c’est donner sa personne, c’est donc le fruit d’un engagement définitif.
En bref, nous sommes appelés à nous donner par notre corps, et avec tout ce qu’il inclut. Ce qui est premier c’est la communion, la procréation est seconde car elle est le fruit de la communion. Si nous avons un corps, c’est dans cette lumière du récit des origines, du récit de la Genèse, c’est pour être don et réaliser ainsi notre vocation profonde d’être à l’image de Dieu.
Quelle est donc l’essence du péché originel ? Formellement c’est un acte de désobéissance à l’injonction divine de ne pas « manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal » . Fondamentalement, il consiste dans un refus de dépendance de la créature à l’égard de son Créateur, un refus d’Amour.
a) La honte, rempart contre la vérité
Le premier effet du péché originel sur l’homme et la femme porte sur la compréhension de leurs corps et donc d’eux-mêmes, avant même d’atteindre leur relation à Dieu. Nous lisons dans Gn3, 6-7 « La femme vit que l'arbre était bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance. Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea. Leurs yeux à tous deux s'ouvrirent et ils surent qu'ils étaient nus.». Il s’agit donc de la honte qui entraîne l’incapacité de montrer à l’autre la vérité de sa personne. Cette incapacité à communiquer peut arriver dans un couple : c’est le problème des époux qui arrivent parfois encore à livrer leurs corps, mais qui ne parviennent plus à livrer leur cœur, ni leur âme. Ils n’arrivent plus à communiquer en vérité, ni dans la joie de la compréhension du sens de leurs différences, y compris au plan spirituel. Ils se méfient des signes de leur sexualité.
b) La concupiscence, perversion du regard
Donc, dans le regard de l’innocence originelle, la sexualité humaine était vue et comprise en référence avec la communion des Personnes Divines qu’elle était appelée à signifier de manière incarnée. Dans le regard de l’homme historique, par l’effet du péché, la sexualité humaine n’est plus regardée qu’en référence à la sexualité animale. Surgit instantanément dans la conscience de l’homme et de la femme le fait qu’ils sont susceptibles de devenir l’un pour l’autre un simple objet de plaisir, d’appropriation, de valorisation personnelle. Et ainsi, ils se chosifient. « Goûter le plaisir sexuel sans traiter pour autant la personne comme un objet de jouissance, voilà le fond du problème moral sexuel » .
Après la transgression originelle, Dieu interroge Adam: « Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais dit: « Tu n’en mangeras pas » ? » Adam n’avoue pas sa faute, mais il accuse : « C’est la femme que tu m’as donnée qui m’a donné de l’arbre et j’ai mangé » . Ainsi, l’unité première est rompue ; il y a rupture du couple humain créé selon l’image et la ressemblance de la Sainte Trinité indivisible.
On peut se permettre un petit excursus : le mot adultère dans son sens courant désigne l’infidélité conjugale selon le sixième commandement du décalogue: « Tu ne commettras pas l’adultère » . Mais plus généralement l’adultère est la séparation de ce que Dieu a uni (du verbe alterare = altérer, devenir autre, perdre son identité). Cette faute originelle qui altère la nature et la psychologie profonde de l’être humain fait que l’adultère devient pour ainsi dire le lot commun du genre humain. Ainsi, l’adultère concerne l’altération de l’amour, tout préjudice porté à l’autre, qui a droit au Bien, à la Vérité, et au don total de moi-même. On peut être adultère avec sa propre femme. C’est le regard et la motivation du désir qui sont en cause.
En plus des conséquences néfastes de cette honte, un rapport de force est établi entre l’homme et la femme. Dans Gn3, 16, nous pouvons lire « Ton désir te poussera vers ton homme et lui te dominera. ». Cette domination désigne la perturbation et la perte de stabilité de l’égalité qui faisait le couple. Chacun est atteint dans sa vocation fondamentale: cette volonté de dominer introduite dans les cœurs par le péché se traduit de manière différente chez l’homme et chez la femme.
a) Les conséquences caractéristiques du péché sur la sexualité de l’homme
L’homme a tendance à décalquer le modèle de la sexualité masculine sur la sexualité féminine : conscient du poids et de la virulence de son désir sexuel, et de la tyrannie qu’il peut exercer sur lui, il peut attendre de sa femme un apaisement de ses pulsions, sans toujours réaliser que l’exercice habituel de la sexualité provoque davantage une exacerbation qu’une rémission du désir sexuel. (Il y a d’ailleurs des cliniques pour soigner les addicts du sexe). L’homme pourra avoir tendance à revendiquer ses ‘droits d’époux’ pour satisfaire un désir exubérant, des pulsions envahissantes… au lieu de modeler son propre rythme sexuel pour se mettre au diapason de celui de son épouse. Il pourra aller jusqu’à chercher à adapter la sexualité de sa femme sur le fonctionnement de sa propre sexualité. C’est vrai que cette tendance est facilitée par la contraception chimique.
b) Les conséquences caractéristiques du péché sur la sexualité de la femme
La femme est capable de répondre à cette volonté de domination par un autre type de domination beaucoup plus subtil : comme elle s’imagine être plus libre que l’homme vis-à-vis de l’expérience du désir sexuel, elle peut chercher à exploiter cette caractéristique de sa physiologie pour dominer. Elle attend de la vie conjugale moins une satisfaction de ses pulsions sexuelles qu’une certaine satisfaction sentimentale. La relation sexuelle peut n’être pour elle qu’une composante – pas toujours la plus importante – de son épanouissement affectif et sentimental. Sentant la vulnérabilité de son mari à l’égard de ses désirs d’union physique, elle peut considérer l’union physique comme prix à payer pour une satisfaction sentimentale.
Le résultat est que chacun des deux époux finit par perdre le sens de la vocation de son corps et de l’exercice de sa sexualité. Ils sont incapables d’une vraie communion, et cette séparation les amène fréquemment jusqu’à s’éloigner l’un de l’autre, et de Dieu.
c) En bref
On a vu combien le péché en Gn3 avait atteint l’amour conjugal de plein fouet :
là où était la confiance, il y a la défiance (Gn3,12 : « C’est la femme qui tu as mises auprès de moi ! »)
là où était la communion, il y a la concupiscence (Gn3,16 « ta convoitise te poussera vers ton mari »)
là où étaient la tendresse et l’émerveillement (Gn2, 23 « pour le coup, voici l’os de mes os et la chair de ma chair ! »), il y a la domination (Gn3, 16 « et lui dominera sur toi »).
Tout comme le péché a touché l’homme et la femme dans leur vocation profonde, l’altération de l’amour conjugal coupe le couple de sa vocation profonde. La communion a besoin d'être sauvée.
a) L’incarnation rend le corps humain capable d’amour.
Jésus, vrai homme et homme parfait, est le seul à avoir pleinement vécu la vocation humaine. La fidélité et l’amour de Dieu prennent chair en Jésus-Christ. « Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme » . Le corps, souillé par le péché, est relevé par Son Incarnation. Jésus seul lui fait vivre sa vocation profonde d’union à Dieu, en Lui nos corps peuvent retrouver la dignité originelle.
b) La Passion et la Résurrection concernent le corps humain aussi
L’œuvre de salut que le Christ fait sur nos personnes et donc sur nos corps passe aussi par la souffrance de la Passion : l’amour que nous livre le Christ est « Un amour toujours prêt à relever et à pardonner » . Dans l’épisode de la femme adultère, nous voyons des pharisiens qui s’éloignent du Christ et la femme qui reste face au Christ, debout, guérie par son action rédemptrice : « Moi non plus je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus» (Jn8,11). Le Christ sauve l’amour humain. Comme le dit FC13, seul le Christ « rend l’homme et la femme capables de s’aimer », de « réaliser entièrement (…) la vérité du mariage »
a) Jésus mène tout vers le Père
C’est d’abord pour cela qu’il nous permet de vivre la communion. Jésus est perpétuellement uni au Père (Jn10, 38 Le Père est en moi et moi dans le Père) et nous rappelle que tout homme est d’abord appelé à la communion avec Dieu, c’est ce dont témoignent les consacrés. D’une certaine manière, même s’il peut y avoir pluralité d’états de vie, il n’y a qu’une seule vocation : celle du don conjugal de nous-mêmes, soit dans le mariage, soit dans la virginité. «En définitive, dit Jean-Paul II, la nature de l’un et l’autre amour est conjugal, c’est à dire qu’il s’exprime par le don total de soi » .
b) Noces de l’Agneau et noces humaines
Concernant l’amour conjugal, Jean Paul II commente Ep5, 25-28 et dit que les rapports des époux dans le mariage doivent être à l’image des rapports du Christ et de l’Eglise. On peut d’ailleurs étudier rapidement un parallèle entre les noces humaines et le don que le Christ Epoux a fait de Lui-même à Son Eglise.
D’abord, notons que les noces se font en deux, voire trois temps toujours renouvelés :
L’échange des consentements
La ‘consommation’ physique, terme non pas culinaire mais d’accomplissement.
Le fruit, le rayonnement extérieur par la fécondité physique ou autre.
A présent faisons le lien avec les temps du don eucharistique :
Le Jeudi Saint, Jésus se donne par la parole, c’est donc l’échange des consentements. Le don est vrai, définitif mais pas encore achevé.
C’est sur la Croix que le Christ effectue le don total de Lui-même dans Son Corps pour notre Salut : Il dit même (ref) Tout est accompli ; de même un mariage n’est pleinement accompli que par sa consommation, par le don physique.
Le don de Lui-même qu’a fait le Christ en nous livrant son Corps n’a de sens que par la Résurrection qui nous donne la Vie éternelle ; de même un mariage est transcendé par la fécondité du couple. Une fécondité très claire est le don de la vie ; mais elle n’est pas exclusive : tout mariage est appelé à ouvrir au monde, à être semence de charité. JPII le dit clairement : « les époux sont pour l’Eglise le rappel permanent de ce qui est advenu sur la Croix (…) témoins du Salut dont le sacrement les rends participants » (FC13)
Le sacrement de mariage vient régénérer à l’intime l’union de notre corps et de notre âme. La communion conjugale est restaurée par le Christ. N’oublions d’ailleurs pas que son premier signe public a lieu durant des épousailles, à Cana (Jn2,1-12).
a) Le langage des corps, rien de plus concret…ni de plus spirituel
Le mariage est un lieu où nous prenons très concrètement la mesure de la difficulté à conjuguer ce qu’il y a en nous de spirituel et de charnel. Il est grand par sa finalité directement liée au mystère de la vie ; il est humble par ses moyens d’expression dans lesquels l’homme éprouve sa terrible vulnérabilité charnelle. L’acte sexuel est d’abord un langage de communion, le langage de la communion des corps propres aux époux. Ce langage doit être total et vrai. La réussite de l’union des corps nécessite que chacun soit attentif à l’autre plus qu’à lui-même. Pour qu’il y ait communion il faut que soient réussies les conditions du don des personnes, se donner pleinement et sans réserve, selon la totalité de ce que nous sommes. Le refus de la séparation des significations unitive et procréative du mariage nous invite à intégrer donc harmonieusement notre fécondité, le cycle de la femme, etc. C'est-à-dire que pour qu’il soit un langage de communion l’union des corps ne doit oblitérer aucun aspect de la personne, mais composer (au sens artistique !) avec eux.
b) La beauté de la chasteté
Elle est une richesse et concerne couples et célibataires. St Augustin écrit « La chasteté nous recompose ; elle nous ramène à cette unité que nous avions perdue (…on a vu comment plus haut)» En effet la chasteté permet aux époux de développer toutes les dimensions du langage du corps et évite à l’acte conjugal de n’être qu’une libération des tensions sexuelles du corps. La chasteté fait place à l’affection, à la tendresse et aux expressions non spécifiquement sexuelles de la communication des époux. Dans Familiaris Consortio n° 33, il y a une très belle définition de la Chasteté : elle est « une énergie spirituelle sachant défendre l'amour des périls de l'égoïsme et de l'agressivité, en le conduisant vers sa pleine réalisation. ». Vivant de la vertu de chasteté nous devenons capables de vivre notre vie conjugale selon plusieurs registres de communication, de la tendresse désintéressée à la passion sensuelle, dans toutes les dimensions du langage du corps. Demandons cette vertu de chasteté qui dépasse largement le cadre sexuel. Ainsi la chasteté est pour tous, afin de garder pour notre personne et notre corps cette dimension d’appel au don et à la communion.
A la suite de Jean Paul II nous avons tout d’abord contemplé la splendeur du plan de Dieu aux origines dans lequel la vocation des corps est d’être expression dans la chair de la communion trinitaire des Personnes divines.
Nous avons ensuite pris conscience du poids du péché et de son fruit empoisonné qu’est la concupiscence, qui conduit les époux à tenter d’instrumentaliser l’autre et à considérer le mariage comme un moyen d’assouvissement de leurs égoïsmes plutôt que comme la voie du don de soi
Nous avons enfin considéré la rédemption du corps dans la Nouvelle Alliance, celle scellée dans le corps et le sang de Jésus-Christ épousant l’humanité sur le lit nuptial de la croix, qui donne au couple, par la grâce du sacrement du mariage, de signifier les noces de l’Agneau et de l’Eglise.
Ainsi :
Chaque personne est créée pour le don depuis les origines.
La sexualité n’est pas à inventer ; elle est révélée. Elle est d’essence divine : prions pour bien la vivre !
C’est la communion des Personnes divines qui est la source et la modèle de sexualité, non les déterminismes de l’instinct.
Nous découvrons l’importance donnée au corps par l’Eglise, sa dignité, le corps comme lieu de communion, comme le lieu de rencontre de l’homme avec Dieu, comme sacrement. L’Eglise experte en humanité est radicalement pour le corps et pour la sexualité.
Cette lumière sur le corps, sur la personne et sur la sexualité apportée par Jean Paul II est radicalement nouvelle et est un vrai trésor qui va tellement à l’encontre des poncifs rencontrés. La sexualité est une magnifique voie de sainteté, loué soit le Seigneur !