Jean-Paul II a convoqué les premières JMJ à Rome en 1984. C’était un homme passionné par l’homme. Il a vécu plusieurs grands drames dans son existence : il perd sa maman à 9 ans, son frère à 19 ans et son père à 24 ans, la seconde guerre mondiale et l’occupation, le communisme. Jean-Paul II se met alors à écouter ce que Dieu veut pour lui, et il se rend compte que sa vocation c’est d’aller énoncer l’Evangile au monde, de lui dire qu’il n’est pas fait pour cela. Il annonce cela à sa presque fiancée qui trouve ça difficile mais accepte. Jean-Paul II ayant vu tout cela de l’homme réfléchit beaucoup à ce sujet. Mais comment l’homme fonctionne-t-il ? Il se rend compte que la tension qui emmène l’homme vers la femme et la femme vers l’homme est très très forte et qu’elle crée beaucoup de belles choses et en même temps beaucoup de souffrances. Il écrit alors un premier livre avec des jeunes : Amour et Responsabilité (1978). Et puis Jean-Paul II est élu pape. Il commence alors pendant 5 ans une série de catéchèse sur la théologie du corps, un terme tout à fait nouveau.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Que nos corps disent quelque chose de Dieu. C’est logique. Si nos corps n’étaient pas si beaux et si parfaits, Dieu ne se serait pas incarné. En regardant le Christ, en l’écoutant, on peut se demander ce qu’il a dit de l’union de l’homme et de la femme. Il y a plusieurs passages importants mais l’un d’eux est particulièrement essentiel : Matthieu 19;3-8. Les pharisiens questionnent Jésus en demandant sous quelles conditions on peut répudier sa femme. Le Christ les renvoie à l’origine, à la Genèse (Gn1 et Gn2). Il ajoute « ce que l’homme a uni, que l’homme ne le sépare pas ». Que fait donc Jean-Paul II ? Il va à l’origine, en relisant la Genèse. Quel était le plan de Dieu pour l’union de l’homme et de la femme ?
De Genèse 1 on ne va retenir qu’une seule chose. Il a été écrit après Genèse 2 mais placé avant. Pourquoi ? Parce qu’il montre que Dieu est Celui qui fait la lumière. Dieu ordonne, sépare et voit que cela est bon. Dieu veut en nous ordonner l’ombre et la lumière. Voilà ce qu’il faut retenir. Là-dessus Dieu crée l’homme et la femme et voit que cela est très bon (même racine que beau).
Deuxième constat en Genèse 2 : Dieu confie à l’homme une mission, une mission de travail. C’est son devoir d’état. Il lui donne aussi un commandement négatif après ces instructions positives. Il y a alors un temps qu’on appelle le temps de la solitude originelle. Il est bon que nous également entre le temps de l’enfance et de l’adolescence et le temps où on va recevoir notre vocation d’avoir ce temps de cœur à cœur avec Dieu où Il peut nous donner ce qu’Il attend de nous. Si on a ce temps-là, cela nous permet d’avoir cette communion à Dieu et cette disponibilité pour recevoir.
Troisième point sur la Genèse c’est la création de la femme. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » : il est être social, de relation. En Gn2;22 Dieu crée Eve par la cote d’Adam. Il y a alors le cri de reconnaissance d’Adam. L’autre a quelque chose de moi, quelque chose qui me manque et qui m’attire. Jean-Paul II appellera ça « la tendance ou l’impulsion sexuelle ». C’est ce qui est donné à l’homme pour qu’il s’élance vers l’autre. C’est la raison pour laquelle l’homme quitte son père et sa mère et c’est ce qui nous appelle à la communion.
Dieu lui-même est un être de communion. A travers l’union humaine, nous nous en approchons. C’est le signe très concret, très physique de la communion d’amour éternelle que nous sommes appelés à vivre.
Il y a donc un moteur en l’homme, c’est le désir. C’est une bonne question que l’on peut se poser : quel est mon désir ? Mon désir le plus profond ? Le Christ lui-même a exprimé un désir très puissant. « Je suis venu allumer un grand feu dans le monde et comme il me tarde qu’il soit allumé. » (« J’ai soif. ») Son désir c’est le Salut. Si nous avançons c’est par désir. Pas seulement sexuel, ce n’est pas qu’un désir de communion. C’est aussi un désir de connaissance. Le constat est que cette tension en nous est certes un moteur mais que c’est aussi quelque chose de très envahissant.
Si effectivement la communion d’amour à laquelle nous sommes appelés est si merveilleuse, c’est aussi un des sacrements les plus attaqués. Il suffit de regarder autour de soi. Tout est sur-érotisé, etc… C’est aussi tellement beau et puissant que cela occupe énormément nos esprits. Le thème le plus présent dans la littérature, la chanson, le cinéma, la peinture… Ça nous obsède assez sévèrement ! Parce que c’est notre finalité ultime. Il y a donc une tension extrêmement forte, des attaques extrêmement fortes… C’est vraiment un nœud central !
Méditons un peu sur l’homme et la façon dont il fonctionne. L’homme dans la Création est l’unique créature que Dieu a créée pour elle-même. Quand le Christ nous renvoie à la Genèse, il nous rappelle bien sûr que l’homme est créé à l’image de Dieu. Tout homme a au fond de lui l’image du Créateur. Saint Jean-Paul II est très ferme là-dessus. On est comme des oignons : même s’il y a plein de couches au-dessus, au fond il y a l’image de Dieu.
Jean-Paul II fait le constat ce qui est précieux et unique chez l’homme c’est l’intériorité. La capacité à rentrer en soi-même, en particulier pour prendre une décision. Comment l’intériorité fonctionne-t-elle ? Il y a un premier degré qui est celui de la vie végétative, commune à tous les êtres vivant. Ensuite la vie sensitive commune à l’homme et aux animaux. Enfin la vie spirituelle qui est le propre des hommes et des anges. Dans la vie végétative on reçoit la nutrition et on se reproduit (donne). Dans la vie sensitive on trouve les sens externes et internes (affectivité, mémoire, imagination, émotion) : on reçoit par l’externe on redonne par l’interne, nos réactions émotives et sensitives. Dans la vie spirituelle il y a l’intelligence qui appréhende, la conscience qui juge et la volonté (accompagnée de la liberté) qui applique. Tout cela est en croissance en l’homme. Au sommet de cette intériorité il y a l’âme. Dans la Bible les Hébreux avaient une analyse de l’homme qui voyait le végétatif et le sensitif dans le corps, tandis que le cœur était l’intériorité. C’est pour cela que l’Esprit sonde et parle au cœur. « Plus que toute chose, veille sur ton cœur, c’est de lui que jaillit la vie » (Pr4) « Sache donc aujourd’hui et médite cela dans ton cœur » (Dt 4)
Voilà ce qu’est l’homme, voilà les facultés que Dieu donne à l’homme. Après à lui de faire usage de sa liberté, de prendre ses propres décisions. Chacun d’entre nous décide pour lui-même. Amour et responsabilité. L’homme s’autodétermine.
Résumons : le Christ nous dit que l’homme est fait pour la communion, que cela est bon et voulu par Dieu. Nous sommes faits pour cette union des corps. Dieu n’a pas de problème avec la sexualité. Mais nous si… Pourquoi ? Pourquoi est-ce si difficile ?
Parce que l’élan initial, le sens, l’attrait sont détournés. Une logique utilitariste nait peu à peu, nous nous tournons vers nous-mêmes et agissons pour nous-mêmes au lieu d’être dans le don. Jean-Paul II s’interroge beaucoup sur la phrase « Or tous deux étaient nus et n’avaient pas honte ». Pourquoi ? Parce qu’Adam et Eve sont capables de regarder l’autre pour l’autre. La nudité c’est « je n’ai rien à cacher ». Je n’ai rien à cacher parce que je n’ai pas peur d’être utilisé. Ce qui est normal c’est de considérer l’autre comme une personne et non comme un moyen. Voilà pourquoi Jésus nous renvoie à cela. Parce que cette norme personnaliste est présente en nous. Problème il y a aussi une norme utilitariste qu’il va falloir réorienter.
Alors qu’est-ce qui s’est passé pour que cette norme personnaliste s’efface, remplacée par une norme utilitariste ? C’est bien sûr le péché originel. L’homme a douté de la bonté de Dieu, du commandement qu’Il lui avait donné. Conséquence, l’homme se cache. Pourquoi ? Il dit même qu’il a peur… En fait en mangeant le fruit, l’homme n’attend plus la vérité du Créateur. Et donc il se trompe ! Adam a peur qu’Eve l’utilise. L’homme se fabrique des vêtements. Arrive quelque chose de nouveau : la pudeur. Comme le bien n’est pas toujours présent, l’homme se protège du regard de l’autre pour ne pas être instrumentalisé. Il y a une perte de l’innocence originelle. La pudeur aide aussi l’autre à découvrir la vraie personne que nous sommes sans s’arrêter à la simple sexualité.
Il devient plus dur de se compléter. Jean-Paul II nous dit que Dieu donne à la femme le charme que l’homme recherche, auquel il est sensible. La femme elle est sensible aux valeurs masculines de l’homme (force, maîtrise). Qu’est-ce qui abîmé ? La femme va se servir de sa beauté, de son charme pour se rassurer, s’assurer que l’homme s’intéresse à elle. C’est une des faiblesses de la femme. Ou alors au contraire elle démissionne, abandonne son charme, rejette ces valeurs féminines. De son côté l’homme perd le regard pur et intégral de la femme dans sa personne. Jean-Paul II dit qu’on est victime des normes de situation. La société crée des modes et ce n’est pas forcément évident pour les garçons. Il faut que les filles en aient conscience : pour les garçons c’est un vrai combat. L’homme est intérieurement tendu vers le corps de la femme. C’est le cri d’Adam ! L’homme a la femme dans la peau ! Il y a en l’homme quelque chose de très fort et d’indépendant de sa volonté. Aux uns et aux autres de travailler sur leur pudeur. C’est aussi vrai dans l’amitié. Dans l’amitié on se livre, on se met à nu d’une certaine façon. On peut très bien utiliser l’autre ce que l’on partage. Là aussi il y a distorsion. C’est un véritable piège qu’il faut apprendre à éviter. L’amour vrai c’est la force intérieure de se servir du désir pour aller dans la bonne direction.
L’outil pour cela c’est la chasteté, ie retrouver le regard ajusté que Dieu nous a donné à l’origine. La chasteté nous permet de nous réajuster au regard de Dieu. C’est une vertu, c’est-à-dire qu’elle s’apprend, se travaille, se développe. Elle s’acquiert. On réapprend à être unifié. Premier moyen d’apprendre la pudeur : la pudeur. Comment j’expose mon corps, surtout pour la femme. Pour l’homme, c’est travailler sur son regard. La pudeur c’est aussi la façon d’agir (surtout mesdemoiselles qui ne se rendent pas compte). Les garçons sont extrêmement sensibles aux actes, à ce que la femme fait avec son corps (se toucher, se prendre dans les bras)… (NDA : l’enseignante donne alors l’exemple d’un couple d’amis qui vient de casser ses fiançailles juste avant le mariage à l’initiative du garçon. Celui-ci remarque (entre autres surement) qu’en soirée sa fiancée va s’asseoir sur les genoux des autres garçons. Elle ne voit pas le problème mais pour lui c’est très gênant, si bien qu’il doute de l’intégrité de sa fiancée)
Pour pouvoir vivre tout cela, il faut que l’on soit clair avec nous-mêmes sur le projet que nous avons pour notre vie. Il faut creuser nos désirs profonds. On ne peut pas se dire qu’on peut faire n’importe quoi avant le mariage et puis qu’ensuite tout rentrera dans l’ordre. La vertu s’apprend et se travaille. Il n’y a pas de remise sur les rails automatique ! L’intégration est un lent processus (NDA : on peut penser à la phrase de Dostoïevsky : « La seconde moitié de notre vie est faite d’habitudes que nous avons acquises pendant la première moitié »).