i. L’honneur du mythe
Le propre du mystère est de ne pas pouvoir être dit pleinement, il est tu muein
Soit parce qu’on le cache (religions à mystère, ésotérisme)
Soit parce que par nature il est incompréhensible, insaisissable
Le mystère est donc dit par le mythe (Je force l’étymologie de Mythe pour le rapprocher de mystère, l’étymologie n’est pas évidente, mais elle est parlante)
Ce qu’on a voulu détruire par la démythisation du monde en prétendant connaître, est d’une grave conséquence aujourd’hui, puisqu’on en vient à une compréhension strictement naturaliste du monde, qui débouche sur l’individualisme : Je n’accepte comme vrai et bon que ce que je comprends et ressens.
Accepter que certaines choses ne puissent être dites que par l’approximation du mythe.
Le propre du bon mythe est qu’il ne prétend pas épuiser le mystère auquel il se réfère.
Erreur moderne de prêter de la naïveté à ceux dont les mythes sont arrivés jusqu’à nous.
Tout mythe considéré comme une histoire vraie perd son caractère de mythe pour devenir mensonge.
Il y a donc dans la foi des données qui sont exprimées de manière mythologique, ou mystérieuse :
Paraboles : Mc 4,33-34 : « C'est par un grand nombre de paraboles de ce genre qu'il leur annonçait la Parole selon qu'ils pouvaient l'entendre ; et il ne leur parlait pas sans parabole, mais, en particulier, il expliquait tout à ses disciples. »
Récits imagés : Gen 1-12 ; Job ; Tobie ; etc.
Ce ne sont pas des textes qui ne disent pas la vérité, c’est seulement qu’ils disent la vérité par le biais d’un récit imagé qui donne sens.
ii. Le monde invisible/incompréhensible
Si on accepte l’idée d’une révélation de Dieu sur le monde au-delà d’une compréhension totale et démystifiée, on peut accepter qu’il y a une partie du monde qui nous échappe :
« L’homme se tromperait lui-même en refusant de reconnaître que ce monde, qu’il comprend, se trouve limité par un autre monde, qu’il ne comprend pas. Nous devons être reconnaissants qu’il y ait toujours eu des poètes, des enfants et aussi des philosophes pour nous rendre sensible l’existence de cette limite supérieure. Ce monde terrestre n’est réellement qu’un aspect de la création. […]
L’homme lui-même est une créature située à la limite du ciel et de la terre, il est sur la terre et sous le ciel. C’est l’être capable de comprendre son milieu naturel, le monde d’en bas ; il lui est permis d’avoir prise sur lui par ses sens et par son intelligence, en un mot de le dominer : « Voici, tu as mis tout sous mes pieds ! » (Ps 8,7). C’est, dans le cadre qui est le sien, l’être libre par excellence. Mais il reste placé sous le ciel : vis-à-vis des invisibilia, des choses invisibles, incompréhensibles et inaccessibles à la raison, il demeure absolument impuissant et dépendant. L’homme prend vraiment conscience de sa situation de créature terrestre dans la mesure même oµ il reconnaît son ignorance en ce qui concerne le monde céleste. Il semble que, dans la limite qui est la sienne, il ait pour fonction d’indiquer le monde d’en haut et celui d’en bas, d’être un signe de son propre destin, en fonction d’une relation dépassant infiniment celle figurée par le complexe ciel-terre. L’homme est, dans le cadre de la création, le lieu où la créature s’accomplit tout en se dépassant elle-même. L’homme est l’être capable de donner librement à Dieu la louange qui lui est due. » Karl Barth, Esquisse d’une dogmatique, Delachaux et Niestlé, 1968, p. 95-96
Humilité de l’homme devant un monde qui le dépasse : acceptation de ne pas avoir la toute puissance sur le réel et accepter que certaines choses dépassent notre connaissance et notre entendement.
iii. Se laisser émerveiller avec humilité
Thaumazein aristotélicien face à la froideur du scientifique
Me semble plus pertinent qu’« enchantement » (je ne suis pas d’accord ici avec Bonino)
Ce mot signifie « incantation », ou ensorcellement : idée magique au sens de principes magiques à l’œuvre, c’est-à-dire pouvoir de certains sur certaines choses, actions avec effets mécaniques etc, à mon avis à l’encontre d’une saine pensée chrétienne.
Cf. Marcel Gauchet : Le désenchantement du monde
C’est pourquoi on préfère l’émerveillement à l’enchantement.
« La considération de l’univers invisible empêche l’homme de rétrécir les dimensions de son univers ; elle lui montre qu’il fait partie d’une communauté – communauté de salut ou communauté de malheur – plus vaste, qui n’est pas seulement celle des hommes. C’est par là seulement qu’on peut cerner de façon plus profonde ce que sont les anges : par le fond de leur être, ils appartiennent au monde, ils sont unis à l’homme par l’unité naturelle de la réalité et de l’histoire, ils ont, avec lui, une seule et même histoire de salut surnaturelle dont le Christ (pour les anges aussi) est la première réalisation et la fin ultime. De même que l’anthropologie théologique et la christologie sont essentiellement liées, l’angélologie, elle aussi, doit être comprise comme un aspect intérieur à la christologie, car les anges constituent par essence, un entourage personnel pour la Parole exprimée et “aliénée[1]” du Père, qui devient, dans la personne, Parole exprimée et écoutée. Leur différence par rapport aux hommes doit être comprise comme une modalité particulière (« espèce ») d’une réalité commune aux anges et aux hommes (« genre »), qui trouve elle-même son accomplissement le plus haut, par la grâce, dans la Parole de Dieu. C’est à partir de là qu’on comprend que la grâce des anges est grâce du Christ et que le Christ est le chef des anges, et qu’on saisit aussi l’unité originelle de l’histoire du monde et de l’histoire du salut, comme histoire des anges et des hommes dans leur dépendance réciproque, ainsi que la modification que subit le rôle des anges dans l’histoire du salut. » K. Rahner, art. « Anges » Petit dictionnaire de théologie catholique
i. Concept biblique
332 [Les anges] sont là, dès la création (cf. Jb 38, 7, où les anges sont appelés " fils de Dieu ") et tout au long de l’histoire du salut, annonçant de loin ou de près ce salut et servant le dessein divin de sa réalisation : ils ferment le paradis terrestre (cf. Gn 3, 24), protègent Lot (cf. Gn 19), sauvent Agar et son enfant (cf. Gn 21, 17), arrêtent la main d’Abraham (cf. Gn 22, 11), la loi est communiquée par leur ministère (cf. Ac 7, 53), ils conduisent le Peuple de Dieu (cf. Ex 23, 20-23), ils annoncent naissances (cf. Jg 13) et vocations (cf. Jg 6, 11-24 ; Is 6, 6), ils assistent les prophètes (cf. 1 R 19, 5), pour ne citer que quelques exemples. Enfin, c’est l’ange Gabriel qui annonce la naissance du Précurseur et celle de Jésus lui-même (cf. Lc 1, 11. 26).
333 De l’Incarnation à l’Ascension, la vie du Verbe incarné est entourée de l’adoration et du service des anges. Lorsque Dieu " introduit le Premier-né dans le monde, il dit : ’Que tous les anges de Dieu l’adorent’ " (He 1, 6). Leur chant de louange à la naissance du Christ n’a cessé de résonner dans la louange de l’Église : " Gloire à Dieu ... " (Lc 2, 14). Ils protègent l’enfance de Jésus (cf. Mt 1, 20 ; 2, 13. 19), servent Jésus au désert (cf. Mc 1, 12 ; Mt 4, 11), le réconfortent dans l’agonie (cf. Lc 22, 43), alors qu’il aurait pu être sauvé par eux de la main des ennemis (cf. Mt 26, 53) comme jadis Israël (cf. 2 M 10, 29-30 ; 11, 8). Ce sont encore les anges qui " évangélisent " (Lc 2, 10) en annonçant la Bonne Nouvelle de l’Incarnation (cf. Lc 2, 8-14), et de la Résurrection (cf. Mc 16, 5-7) du Christ. Ils seront là au retour du Christ qu’ils annoncent (cf. Ac 1, 10-11), au service de son jugement (cf. Mt 13, 41 ; 24, 31 ; Lc 12, 8-9). » Catéchisme de l’Église Catholique Nos 332-333
Rappel de l’ambiguïté des termes mal’ak et ανγελλος.
Influence de la pensée Perse (exil -586-538)
Influence de la pensée grecque : Aristote substances séparées
Construction de l’angélologie du Second Temple
ii. Pères de l’Église
Difficulté sur la nature des anges
Est-ce qu’on peut parler d’êtres en dehors de la corporéité ? Est-il possible de les hiérarchiser ?
Denys l’aréopagite : à partir de Col 1,15-16 « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui.
iii. Moyen-Âge
Classification et débats de la scolastique.
iv. Temps modernes
Luther (1483-1546), Hobbes (1588-1679), Spinoza (1632-1677) etc. Démythisation
i. Dieu est leur créateur
Dans les premiers temps de l’Église, au moment des hérésies dualistes, certains prétendent que le monde angélique est le monde bon qui échappe à l’œuvre de Dieu qui ne s’occupe que de la matière. D’où au Concile de Constantinople (381) « Créateur de l’univers visible et invisible »
ii. Ils sont d’une nature différente des hommes
Contrairement à certaines hérésies (issues d’Origène 115-253) qui prétendent que les hommes se transforment en anges après leur mort.
iii. La question de la corporéité
Pour les Pères, les anges sont des corps subtils et aériens mais ils ne sont pas incorporels.
Ils sont circonscrits dans des lieux.
Le point de cela est de savoir si on peut les représenter, le concile de Nicée II (787), dit qu’on peut donc les représenter
Le concile Vatican I reviendra sur l’incorporéité des anges dans la constitution Dei Filius reprenant Firmiter de Latran IV, en parlant de la création par Dieu. Il sera alors dit clairement qu’ils sont des êtres spirituels, sans corps.
D’après le DTC (art. Angélologie), « Après le concile de Latran IV et Vatican I, on ne pourrait donc plus soutenir sans erreur ou au moins sans témérité que les anges sont des êtres corporels, ou même que ce sont des esprits unis à des corps éthérés. Cependant la spiritualité absolue des anges n’est point un dogme de foi catholique » puisque les conciles qui en parlent n’ont pas l’intention de définir leur nature mais seulement le principe divin de leur existence.
iv. Le moment de leur création ;
Toujours Latran IV et Vat I :
Antérieur à l’homme
Au commencement du temps
Simultanément (simul) à la création des corps.
Ce dernier point pose difficulté puisqu’il s’agit d’une citation de Si 18,1, où le mot simul traduit le mot grec koinè [2], qui a sens d’égalité, et pas nécessairement de simultanéité temporelle.
L’intérêt de la question est : est-ce que le monde matériel est la conséquence de la chute des anges comme le prétendent les dualistes ?
La théologie sérieuse de l’Église est excessivement sobre à l’égard des anges.
Il ne faut pourtant certainement pas se contenter d’une « angélologie du haussement d’épaules » comme disait Barth.
Il faut se saisir de la question angélique dans une perspective christologique comme le font Barth et Rahner et aussi dans une perspective anthropologique, en honorant le donné biblique qui ne révèle jamais rien de superflu.
C’est aussi un véritable point de théologie de la foi qui se joue là : « croire, c’est tenir pour vraie sur la parole de Dieu des vérités situées au-delà de toute vérification expérimentale[3] »
On pourrait résumer ainsi :
Les anges sont des créatures spirituelles auxquelles Dieu donne mission d’être messagers de sa volonté et protecteurs des hommes.
Deux propriétés :
Ils sont uniques de leur espèce en vertu du fait qu’ils sont purs esprit et que c’est la matière qui est principe d’individuation de l’espèce[4].
Connaissance angélique : Intuitive (intueor = voir) contrairement à notre intelligence qui est discursive.
« Certes, le domaine des démons est à sa manière très réel. “Le spectacle n’était ni instructif, ni réjouissant”, a dit Goethe après avoir jeté un coup d’œil dans le cratère du Vésuve. Celui qui n’éprouverait pas la même impression au bord du gouffre qui s’ouvre ici devant nous ne verrait pas ce qu’il faut voir. Il ne convient pas de considérer trop longtemps, d’observer de trop près et d’étudier trop intimement les choses stériles. Personne […] n’a jamais rien retiré de bon d’une contemplation trop fréquente, trop solennelle, trop principielle et systématique des démons […]. Car, en voulant les regarder dans les yeux, on ne leur en impose pas le moins du monde, mais on court très fortement le risque de devenir soi-même un peu démoniaque - et peut-être pas seulement un peu. Les démons n’attendent qu’une chose, spécialement en théologie : c’est qu’on les trouve passionnément intéressants et qu’on les prenne au sérieux - systématiquement si possible. Et c’est justement ici que les théologiens se font prendre pour finir - non pas les mauvais théologiens, mais les meilleurs ! Voilà pourquoi […] nous ne ferons que jeter un coup d’œil sur ce sombre domaine. Il ne s’agit pas de prendre la question à la légère, mais de la traiter comme elle le mérite, étant donné ce qu’elle est. Un coup d’œil rapide et lucide est non seulement suffisant en l’espèce, mais il constitue la seule façon possible et juste de procéder. » Karl Barth, [5]
« Depuis longtemps, les théologiens ont ici cessé de penser. Il est vrai qu’il est incommode de concevoir ce qui n’est ni Dieu ni homme. » Claude Bruaire [6]
Jn 8,44 : « Il était homicide dès le commencement, il n’était pas établi dans la vérité parce qu’il n’y a pas de vérité en lui : quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, parce qu’il est lui-même menteur et qu’il en est le père. »
Diable : Dia-balein : « diviseur »
Satan : adversaire
Lucifer : Is 14,12 : « Comment es-tu tombé du ciel, étoile du matin, fils de l'aurore ? », parlant du roi de Babylone, traduit en latin par : « Quomodo cecidisti de caelo, lucifer, fili aurorae? », Lucifer traduit là le mot hébreu « Heylel », qui veut dire « le brillant », au sens de fanfaron, Lucifer est fidèle à l’hébreu. Le grec traduit eosphoros, qui donne le « étoile du matin » des traductions françaises.
Belzebuth : vient de Baal-Zeboub (litt : sa majesté des mouches[7])
Le mot grec daimon provient du verbe daiesthai, « partager, diviser » et est d’abord dans la Grèce antique une divinité qu’on ne peut ou ne veut nommer, sans qu’elle soit bonne ou mauvaise. Le daimon est ensuite, notamment avec Socrate, l’expression d’une sorte de génie attaché à une personne et qui lui « partage » une vertu ou une protection. Si étymologiquement il n’y a pas une connotation aussi immédiatement négative qu’avec diabolos, daimon marque la distinction et certainement pas la communion avant d’avoir le sens que le judaïsme puis le christianisme lui donneront. Cf. Rey, A., Dictionnaire historique de la langue française, vol 1/2, Paris, Le Robert, 1992, p. 575
Il n’est rien d’autre qu’un ange dont la devise est « non serviam » (Jr 2,20)
« Il choisit d'être le premier dans un ordre inférieur qu'un parmi d'autres dans un ordre supérieur » Bonino p. 211
Il est avant tout jaloux de l’homme du fait de sa propre nature spirituelle (grande idée de Hadjadj)
Tout ce qu’il veut est diviser en l’homme le lien entre le corps et l’esprit
Empêcher l’œuvre de rédemption : union hypostatique + union de l’homme à Dieu.
En tant que menteur et père du mensonge
Il est la ruine de l’être-personne : il dépersonnalise, il assujettit l’homme (au sens privatif de lui enlever son être-sujet).
Il a perdu à la mort/Résurrection du Christ
Image du Balrog
Fin de Constantine
Malgré la défaite, il se démène pour ne pas tomber seul.
Quant aux démons, ils ne sont que de ridicules sujets de Satan, qui le suivent et le servent, ils ne sont que des anges qui ont fait le mauvais choix.
Liturgie
Histoire de la spiritualité
St LM G de M
Padre Pio
Ste Thérèse de Lisieux
Apprentissage du présent
Grâce des êtres simples qui vivent sans cesse au présent, plus grand conseil qu’ils nous donnent.
Apprentissage de l’unité du corps et de l’esprit
Trois tentations du corps : nourriture, repos, sexualité
Le démon n’a ni chair ni erreur, il est pourtant dans le mal, le mal ne vient donc ni de la chair, ni de l’erreur, ce sont juste des combustibles dans nos maux à nous. (cf. Hadjadj p. 219)
Les signes qui viennent de Dieu ou du diable[8] :
Miracles trois types :
Ceux dont la substance est hors de la nature (un corps en traverse un autre)
La nature ne peut les réaliser dans telle matière déterminée : par ex. rendre la vue, la nature peut la donner mais pas la rendre.
Autrement que dans la nature :
Contre la nature : ne pas brûler
En dehors de la nature : guérir subitement
À quels signes déterminer qu'il s'agit de Dieu ou du diable ?
Saint Thomas d'Aquin donne quatre signes :
Efficacité durable
Utilité
But : édification
Mode : utilisation du nom de Dieu etc.
Trois degrés d’influence du diable[9] :
Oppression :
Extérieur, déstabilisation psy puis spi
Événements malheureux, phénomènes grotesques ou cauchemardesques
Peut être liée à des lieux ou des objets infestés
Obsession
Intérieur, au niveau psychique
Cauchemars, paroles intérieures, visions, notamment pendant la messe.
Possession
L’emprise peut aller jusqu’à bloquer la liberté ponctuellement en poussant à une action non maîtrisée et non consciente.
Trois signes :
Xénolalie
Connaissance de faits
Force physique
[1] Dans le sens latin de alienare : « rendre autre ».
[2] « creavit omnia simul » traduit « ἔκτισεν τὰ πάντα κοινῇ »
[3] J-H Nicolas, Introduction à la Q. 50 de la Ia Pars dans l’édition Cerf, p. 507 s.
[4] Cf. Ide dans Combattre le démon, p. 77
[5] Barth, K., Dogmatique, III, 3, (tome 14) Genève, Labor et Fides, 1963, p. 236
[6] « Satan, mystère d’iniquité », Communio, Tome IV, n°3, mai-juin 1979, p. 3
[7] Titre du roman de William Golding de 1954
[8] Cf. Satan, études carmélitaines, p. 335 s.
[9] Combattre le démon, p. 198 s.