C’est l’histoire d’un athée et un catho qui discutent dans un bar. Après quelques verres ils en viennent à parler de Dieu et de la religion. Un peu moqueur l’athée dit au catho : « Non mais sérieusement comment tu peux encore penser ça ? Tu crois vraiment que l’homme est apparu parce que Dieu a pris de la terre, l’a mise debout et en a fait un homme ? » Le catho lui répond : « Et donc toi tu crois que la terre s’est mise debout et a fait un homme toute seule c’est ça ? »
Cette petite histoire illustre très bien ce dont nous allons parler ce soir. Dans notre monde on a l’impression que la science a complètement supplanté la religion. Celle-ci est dépassée, absurde. Ceux qui écoutent la science, ceux qui sont vraiment rationnels ne croient plus. C’est réservé aux crédules, à ceux qui ne connaissent pas vraiment la science et la raison. Et pourtant comme le montre cette petite histoire, l’absurdité n’est pas forcément du côté que l’on pense !
On va reprendre ensemble quelques grands points classiques de ce genre de question pour réconcilier foi et raison et comprendre la place de chacun. Ce n’est pas forcément évident de retenir, pour ceux qui le peuvent je vous conseille de prendre des notes, que ce soit sur papier ou sur votre portable ! On va faire ça en 4 parties : d’abord pour voir si c’est raisonnable (1) de croire en Dieu, (2) en notre Dieu des chrétiens, Jésus, ensuite pour parler de l’homme (1) en montrant que nous sommes pas que matière en montrant l’existence de l’âme, (2) par le rapport entre Création et évolution. C’est parti !
Autant commencer par le plus évident : l’existence de Dieu. Est-ce bien raisonnable de croire que Dieu existe ? Après tout comme disait Laplace à Napoléon : « Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse » : on s’en tire très bien sans ! Cela parait d’autant plus vrai maintenant que la science explique l’apparition de l’Univers et tout ce qui est arrivé depuis… Alors la science a-t-elle remplacé Dieu ?
Il est en fait beaucoup plus raisonnable et logique de croire en l’existence de Dieu que le contraire ! Petite démonstration. D’abord, on peut tous se mettre d’accord pour dire que rien ne peut surgir du néant. Le néant c’est encore plus fort que le vide, c’est vraiment l’absence de tout. Par définition, rien ne peut en sortir, sinon ce ne serait pas le néant. Plus simplement, rien ne peut sortir de rien. Tous les philosophes, toutes les pensées du monde sont d’accord avec cela depuis Parménide, le premier à avoir énoncé cette évidence.
Or il existe quelque chose : nous, l’Univers. Donc il n’y a jamais eu de néant. Il faut donc qu’il y ait quelque chose qui ait toujours existé. Grâce à la science moderne, au Big Bang, on sait que l’Univers n’existe que depuis 13,7 milliards d’années. Avant le temps n’existait même pas… Donc notre monde, c’est-à-dire la matière n’est pas éternel. Il faut que ce soit quelque chose d’autre. On en arrive donc à la conclusion qu’il existe quelque chose qui n’est pas matériel, qui a toujours existé et qui est la cause de l’existence de notre Univers. Cause puisque c’est grâce à cela qu’il n’y avait pas de néant et que quelque chose a pu surgir. L’homme a donné un nom à ce qui est hors de l’Univers, existait avant lui et l’a créé : Dieu.
On est au-delà du « plus ou moins raisonnable ». En fait il est complètement absurde de penser que l’Univers a pu surgir de rien et logique de dire que quelque chose a causé son apparition. On peut retourner le problème dans tous les sens, ça n’y changera rien. Tout ce qui a commencé d’exister a une cause, et c’est bien le cas de notre Univers. C’est l’histoire de la terre qui se lève toute seule. En fait sur ce point-là c’est bien nous qui sommes les plus rationnels, les plus logiques ! Pas ceux qui nous disent que la science a tout expliqué… J’espère que vous êtes convaincus !
Ici un petit point rapide sur le Big Bang s’impose (attention cet argument est discutable). Le Big Bang est la théorie actuelle qui explique les origines de l’Univers il y a un peu plus de 13 milliards d’années. Elle a été formée grâce à la relativité d’Einstein, et a été confirmée a de très nombreuses reprises. Deux choses à en retenir : elle nous dit que l’espace et le temps n’existaient pas avant ce fameux T0, et elle s’occupe de décrire ce qui s’est passé après ce dernier. Voilà pour le côté théorique. Deux choses nous intéressent ici pour notre réflexion. La première, c’est que la science moderne n’explique que ce qui s’est passé après T0. Elle n’explique pas du tout pourquoi on en est arrivé là. Ce n’est pas son rôle : elle ne fait que décrire. Le deuxième élément est historique. Avant le Big Bang, la plupart des gens et des scientifiques pensaient, pour des raisons philosophiques que l’Univers était éternel. Or c’est un prêtre qui a émis le premier l’idée du Big Bang. L’abbé Lemaître. A l’époque, tout le monde lui est tombé dessus ! On l’a accusé d’essayer de faire concorder sa foi avec la réalité. Il paraissait évident que si l’Univers avait un commencement, on serait bien obligé de croire qu’il existe un Créateur… C’est la meilleure preuve du monde ! Et paradoxalement aujourd’hui on nous brandit cette théorie pour nous montrer que Dieu n’existe pas et que la science remplace la religion ! C’est presque drôle.
Dernier petit point sur l’existence de Dieu. Ce n’est pas une preuve, plutôt un bel indice qui ne prétend rien montrer mais qui laisse à penser. Imaginez-vous dans 20 ans. L’homme vient d’accomplir le premier voyage interstellaire. Nous sommes tous devant notre télévision pour regarder l’événement, les premiers pas d’un homme dans un autre système solaire… Les premières images arrivent… Et là au beau milieu de la prairie dans laquelle a atterrit le module, une voiture de sport ! Magnifique, rutilante, tout ce que vous voudrez. Qu’est-ce qu’on penserait tout de suite ? On chercherait ceux qui l’ont fabriquée ! Mais si l’on tombe sur une fourmi, qui est pourtant à elle seule des centaines, des milliers de fois plus complexe que cette voiture, tout le monde trouve ça normal. Il y aurait beaucoup de choses à raconter à ce sujet, je n’ai pas le temps. Je voudrais simplement souligner que la simple existence de la vie dans sa complexité et sa richesse est difficilement concevable sans Dieu. Ce n’est pas une preuve, c’est un élément de réflexion…
Nous n’avions de toute façon pas besoin de cela : le seul élément de la cause nécessaire de l’existence du monde est largement suffisant ! Je ne dis pas qu’on est obligé de croire en Dieu. Je dis simplement que c’est la seule option raisonnable.
Puisqu’il est bien plus raisonnable de croire que Dieu existe que le contraire, on peut légitimement continuer et se demander ce qu’il en est pour Jésus. Pour ceux qui suivent, on commence la deuxième partie sur le christianisme.
Je ne vais pas vous faire un grand exposé sur l’existence de Jésus. Aucun historien sérieux ne la remet en doute, on a tout ce qu’il faut comme traces d’auteurs non chrétiens sur le sujet… Ce n’est même pas une question. On peut aussi prendre au sérieux les évangiles. A titre indicatif, c’est le texte de l’Antiquité dont on a le plus grand nombre de copies : 5.000 textes en grecs, 10.000 en latin, 9.000 dans d’autres langues et 36.000 citations, avec très peu de décalages. Les affirmations historiques des évangiles n’ont jamais été mises en défaut, on peut reconnaître au style et à d’autres éléments qu’ils ont bien été écrits dans le courant du Ier siècle. Je ne développe pas non plus, mais on ne peut absolument pas tenir que ce sont des textes écrits longtemps après pour monter une histoire à partir de rien.
Il y aurait beaucoup de choses à développer ici, je me contente (à regret) d’une seule. On va essayer de voir pourquoi dire que Jésus est bien ressuscité est de loin l’explication la plus logique des faits, aussi surprenant que ça puisse paraître.
Quels sont les faits ? Peu après la mort de Jésus de Nazareth, ses disciples se mettent à parcourir le monde qu’il est ressuscité, au grand damn des autorités juives puis romaines. Ils évangélisent, il y a des centaines de conversions et ainsi nait l’Eglise. Généralement on explique cela en disant que les apôtres ont voulu rattraper le coup et qu’ils ont monté une histoire, ou au mieux qu’ils ont eu des hallucinations. Alors, ça tient la route ou pas ?
On va se mettre à la place de Pilate. Vous condamnez un agitateur à mort et vous le mettez dans un tombeau gardé le soir même. Quelques jours plus tard, ses amis se mettent à faire les rigolos en racontant partout que le gars est ressuscité. Vous voulez les arrêter. Qu’est-ce que vous faites ? C’est simple, vous retournez au tombeau, vous exhibez le corps, fin de la partie, tout le monde rentre à la raison. Si les Romains ou les Juifs ne l’ont pas fait, il ne peut y avoir qu’une seule explication. Ils n’ont plus le corps. Comme le disent les Évangiles, le tombeau est vide…
Bon pas très compliqué à expliquer me direz-vous. Les Apôtres ont planqué le corps et sont revenus en racontant des bêtises. Mais là on se heurte à d’autres problèmes. D’abord les Apôtres sont presque tous morts martyrs. On ne meurt pas pour quelque chose qu’on sait être faux. Pas si on le sait. Premier point. Deuxième chose, cela suppose que les Apôtres aient pu imaginer ce scénario. Il fallait que la résurrection du Messie soit envisageable ou attendue, résurrection avec un corps qui plus est, ce qui est absolument impossible pour les Juifs de l’époque ! Au contraire, si Jésus est mort ce n’est pas le Messie, la sanction est sans appel. Donc cette hypothèse suppose que les Apôtres sont morts pour une raison qu’ils savaient être fausse et qu’ils n’avaient de toute façon pas pu imaginer… De plus elle n’explique pas les récits d’apparitions de tous les autres disciples !
Là on pense sauver le truc en disant que ces apparitions sont des hallucinations… Bon encore une fois les hallucinations ça n’explique pas le tombeau vide. Ensuite on se retrouve face au même problème que précédemment : c’est inimaginable pour les juifs de l’époque. Dernier élément, sans doute le plus important. Il faut expliquer comment ce même phénomène a pu se produire chez proches amis comme les Apôtres, des sceptiques comme les disciples d’Emmaüs ou Thomas et des ennemis comme Saint Paul. Amis, ennemis, proches ou lointains, quelques jours après sa mort ou plusieurs semaines après, tous disent avoir vu ou entendu Jésus bien vivant. Entre ce que ça n’explique pas (le tombeau vide, les idées des juifs) et les problèmes d’explications supplémentaires, ça ne tient pas la route.
Bref résumons-nous ! (1) Le tombeau est retrouvé vide, (2) de nombreuses personnes très différentes ont eu la forte impression de voir Jésus vivant après sa mort, (3) les Apôtres sont subitement passés de l’abattement au zèle missionnaire. En toute connaissance de cause, la résurrection de Jésus est donc de loin l’explication la plus logique à tout cela ! Aucune autre ne tient la route…
Ça va pas trop étourdis par tout cela ?
Nous avons beaucoup parlé de Dieu depuis le début. Pour terminer, parlons rapidement de l’homme, de nous. Notamment de notre âme. La science, la biologie et la chimie nous ont disséqués. On sait comment nous fonctionnons, comment nous grandissons, comment nous nous formons… Il semble que tout soit dit. Est-ce que c’est vraiment raisonnable de croire qu’il y a plus que cela, plus que ce monde matériel ? Est-ce raisonnable de nous intéresser à quelque chose d’autre ? La réponse, vous vous en doutez, est oui. Pour justifier cela, quelques mots sur l’existence de l’âme.
Il faut partir de deux constats.
Nous sommes libres. Nous éprouvons cette liberté à chaque moment de notre vie ! Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai parfois l’impression que la vie n’est même qu’une longue suite de choix…
La matière n’est régie que par les lois de la physique. Donc si nous sommes faits seulement de matière, nous ne sommes pas libres. Tout ce qui se fait dans notre corps, dans notre tête, tout cela est seulement régi par la physique et la chimie. Tout cela est déterminé.
On ne peut donc pas tenir à la fois que nous sommes seulement faits de matière et que nous sommes libres ! Comme il est manifeste que nous sommes libres, il faut tenir l’existence d’autre chose qui soit le lieu de notre liberté : notre âme. Pas d’âme, pas de liberté.
Même si cela est complètement contraire à notre expérience de tous les jours, on pourrait imaginer répondre que nous ne sommes pas libres, que tout cela n’est qu’une illusion. Juste pour vous donner un aperçu. Si on nie la liberté, on nie aussi l’idée de bien et de mal, on nie l’idée de justice, donc de loi. Si rien n’est de notre faute, on ne peut nous accuser de rien, on ne peut rien nous reprocher. En disant que nous ne sommes que matière, on nie aussi notre être même, « je » n’existe plus. Je pense que personne n’est prêt à accepter tout cela, on voit bien qu’on arrive à une aberration.
Seule solution rationnelle au vu du constat de notre liberté : nous avons une âme ! Par ailleurs on peut remarquer que comme l’âme qui n’est pas matérielle ne peut pas être créée par le matériel, elle nous est forcément donnée par quelque chose qui ne l’est pas non plus : on en revient à l’idée de Dieu…
Pour terminer, quelques mots sur la Création et sur l’évolution. C’est un sujet sur lequel on peut facilement se faire tomber dessus alors autant en parler. Pour vous détendre, je vous raconte une petite histoire. Un enfant apporte un gâteau à la table familiale. Il demande aux nombreux - et étranges - invités de décrire ce qu'est ce gâteau. Le premier est cuisinier : "C'est un gâteau au chocolat, pour lequel il fallait utiliser 200g de beurre, 300g de chocolat, faire fondre le beurre avec le chocolat, ajouter 3 oeufs, etc." Et c'est vrai. Se lève ensuite un chimiste, qui dit : "Ce gâteau est composé de tant d'atomes de carbone, tant d'atomes d'oxygène et d'hydrogène, agencés pour former tant de molécules de glucose qui par réaction..." Et c'est vrai. Se lève ensuite un géomètre, qui en décrit les proportions. Et c'est vrai. Un peintre, qui en décrit les couleurs. Et c'est vrai. Et enfin l'enfant se lève et dit : "C'est vrai, mais le plus important, c'est que j'ai fait ce gâteau pour ma maman parce que je l'aime beaucoup beaucoup !"
Qu’est-ce que je cherche à vous dire à travers cette histoire ? Tout simplement que chacun reste à sa juste place. La foi n’est pas là pour parler à la place de la science, ni la science à la place de la religion. Chacune parle d’une vérité différente. Elles ne sont pas contradictoires mais complémentaires. La foi et la raison se supportent l’une l’autre. In fine elles ne peuvent pas avancer l’une sans l’autre. Pour faire un peu de poésie je vous cite Jean-Paul II : « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’être humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. » (Fides et Ratio, 1998)
Revenons au problème qui nous intéresse. La théorie de Darwin, si elle n’explique pas l’apparition de la vie, montre comment celle-ci s’est développée, diversifiée et a pu parvenir jusqu’à l’homme à partir d’un ancêtre commun que nous partageons avec le singe. Cela veut-il dire que nous devons rejeter la Genèse aux oubliettes ? Non bien sûr. Comme tout à l’heure avec l’histoire du gâteau, l’évolution et la Genèse nous parlent de deux réalités différentes. La science nous explique comment les choses se sont passées, la Bible nous explique pourquoi Dieu nous a créé, dans quel but, ce pour quoi nous sommes faits. C’est une autre réalité qui a au moins la même importance.
Il ne faut pas non plus reléguer la Genèse au rang de belle fable poétique et allégorique. Elle nous parle aussi directement de la réalité en nous montrant que l’homme est radicalement différent de l’animal parce qu’à l’image de Dieu. Dieu met un souffle dans ses narines : on pense à nouveau à l’âme. Il faut donc dire et assumer qu’à un moment donné dans l’histoire il y a eu une rupture radicale entre l’animal, le singe, et l’homme. On peut tout à fait tenir à la fois la Bible et l’évolution, en donnant à chacun sa juste place.
Vous remarquerez que pendant tout ce temps je ne vous ai pas parlé des miracles. Pourtant il y en a à ne plus savoir où les mettre, que ce soit à l’époque de Jésus, pendant toute l’histoire de l’Eglise ou aujourd’hui. Et pourtant l’Eglise en parle très peu voir pas du tout. Pourquoi ? D’abord parce que l’expérience prouve que ce n’est pas pour cela que l’on se convertit. Des centaines de gens ont vu Jésus accomplir des miracles et n’ont pas cru pour autant, et c’est toujours pareil aujourd’hui. Ensuite parce que ce n’est pas ça l’important dans notre foi. Nous ne croyons pas parce qu’il y a des miracles ? Nous ne croyons pas d’abord parce que c’est logique. Nous croyons parce que nous faisons jour après jour l’expérience de Dieu vivant. Le cœur, c’est le Christ. L’important, c’est de connaître, de rencontrer, de vivre avec Dieu. C’est le cœur et l’essentiel.