Ce texte est une réponse à la vidéo ci-dessous, faite par un imam, sous le titre "Top 10 reasons why Jesus is not God".
Après une courte introduction, il entreprend de réfuter chacun des 10 arguments proposés par l'imam avant d’en avancer quelques-uns dans l’autre sens.
Pour pouvoir discuter de la suite, il est essentiel de s’accorder sur deux notions fondamentales, faute de quoi on ne parlera pas de la même chose : la Trinité et l’Incarnation. Evidemment, il est très difficile de rendre justement compte en quelques lignes de ces concepts théologiques sur lesquels on a écrit des bibliothèques entières mais enfin…
Qu’est-ce que cela signifie ?
La Trinité revient à distinguer trois personnes divines, tout en maintenant que Dieu est Unique. Le Père, le Fils et l’Esprit sont un seul Dieu, dans une parfaite communion d’amour, et cependant ils sont trois personnes. Trois personnes, un seul Dieu.
On peut mieux comprendre cela en disant que le Père est l’Amour donné, le Fils est l’Amour reçu et l’Esprit est l’Amour échangé. Nous croyons que Dieu est un Dieu d’amour : mais cela serait impossible si Dieu était seul et simple. Pour que l’Amour puisse exister au sein de Dieu, il faut qu’au sein même de Dieu il puisse y avoir relation. Et pourtant, nous maintenons que Dieu est Un seul, par communion d’amour parfaite entre le Père, le Fils et l’Esprit. Les chrétiens adorent bien un Dieu unique !
Il faut également bien comprendre que « Père », « Fils » et « Esprit » sont des mots, des noms qui ne s’appliquent à Dieu que par transposition de leur sens terrestre. Si Dieu est Père, ce n’est pas au sens d’un père humain : Dieu n’a pas de sexe, Dieu n’a pas d’enfant,… Mais Dieu en tant que Père est bien Amour donné inlassablement, qui pardonne, relève, éduque, tire hors du néant et de soi-même vers soi-même, attributs semblables à ceux d’un père terrestre. Idem le Fils qui bien sûr n’est pas né (nous disons « engendré et non pas créé »), mais qui comme un fils se tourne toujours vers son Père, lui fait confiance, s’appuie sur lui en toute chose, etc… Idem l’Esprit.
Dernière façon d’exprimer cela, d’une façon plus abstraite encore. Dans le « Je crois en Dieu », condensé de notre foi chrétienne, nous disons du Fils qu’il est « de même nature que le Père ». Dans une meilleure traduction on pourrait dire « consubstantiel au Père ». Le Père, le Fils (et l’Esprit) sont une seule et même substance, et pourtant on peut parler d’eux séparément à cause de cet échange d’amour.
Précisons enfin que Dieu est Trinitaire depuis toujours. Cela signifie à la fois qu’il est Un depuis toujours et jusqu’à toujours, et que dans cette unité il est trois depuis toujours et jusqu’à toujours.
Cela est-il justifié dans les Écritures ?
Dans la mesure où le Nouveau Testament est la révélation éclatante de l’Incarnation du Fils de Dieu et de la communion de celui-ci avec son Père céleste par l’Esprit, on peut dire que le Nouveau Testament tout entier parle de la Trinité. Évidemment, cela dépend éminemment de ce qui suivra.
On aime également à reprendre le texte de la Genèse. Quand Dieu crée l’homme, il dit « créons l’homme à notre image ». Ce pluriel a toujours été vu par les chrétiens comme une première annonce du mystère de la Trinité.
Qu’est-ce que cela signifie ?
Cela signifie que Dieu est descendu du Ciel pour vivre une vie d’homme avec nous. Dieu le Fils est venu habiter parmi nous. Cela se réalise en Jésus. Une seule chose primordiale à en retenir : Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Complètement Dieu, complètement homme. Dieu n’a pas pris un « déguisement » ou une apparence humaine, il n’est pas « entré dans un homme ». Dans sa personne même, Jésus unit les deux natures.
Cela est-il justifié dans les Écritures ?
Que Jésus soit un homme, personne n’en doute. Que Jésus soit Dieu, c’est ce qui nous intéresse maintenant…
Jésus est un homme. Comme tout homme il est né à un certain moment, il est né. Cependant, Dieu le Fils n’a bien sûr pas commencé d’exister. Comme le Père il était avant tout les siècles, de toute éternité Il est uni au Père et à l’Esprit. Il existait donc déjà avant de s’incarner en Jésus. La substance du Fils de Dieu existait avant Jésus, mais elle n’a commencé d’exister en Jésus qu’avec l’existence (nécessairement humaine et commencée) de ce dernier.
Globalement, on peut dire que Dieu existe dans l’éternité depuis toujours jusqu’à toujours, mais que l’incarnation, ie l’existence de Dieu comme homme se réalise dans le temps avec un commencement. Par l’incarnation, Dieu rentre dans le temps. Cette entrée a nécessairement une date de début dans l’histoire, mais Dieu existait tout de même avant, de même que Dieu a commencé à s’adresser à l’homme à un certain moment mais existait déjà avant.
On peut donc à la fois tenir que Dieu existe depuis toujours, que Jésus a été conçu et est né, et que Jésus est Dieu.
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn1,1) « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » (Jn1,14) « Avant qu’Abraham fut, moi je suis » (Jn8,58) L’imam explique que si l’on n’a jamais entendu parlé de la Trinité, on comprend simplement que Jésus est bien la manifestation de la parole de Dieu (Jn1,1). Il dit « Dieu a dit ‘soit’ et ‘il est’ ». Que répondre ?
Premier réflexe : si Jésus n’a pas prétendu être le Fils de Dieu (au sens qui précède, c’est-à-dire « être Dieu »), pourquoi diable les Apôtres ont-ils cru cela ? Alors même que c’était à première vue contraire à leur foi de juifs ? Ça ne s’invente pas…
On ne reprend pas ici l’affirmation « Dieu est unique », puisqu’on a déjà essayé d’expliquer dans l’introduction pourquoi la Trinité n’est pas contradictoire avec ce dogme qu’elle chérit au contraire !
Reprenons les premiers versets de Saint Jean. Ils sont extrêmement clairs ! « Le Verbe était Dieu » et « le Verbe s’est fait chair » : donc Dieu s’est fait chair (si A=B et A=C alors B=C). Dieu s’est incarné « et il a habité parmi nous ». Il est impossible de faire plus clair et lus simple ! Cet argument se suffit largement à lui-même comme justification scripturaire, ce qui réfute le premier argument « Il n’y a aucune justification de la divinité de Jésus dans la Bible ».
On pourrait toutefois dire que cette affirmation n’est pas de Jésus lui-même. On reviendra largement plus loin dans la partie III sur pourquoi Jésus a bien prétendu être Dieu. Toutefois nous pouvons déjà répondre ici. Il suffit d’aller voir quelques lignes plus loin dans le premier chapitre de Saint Jean. Nathanaël dit « C’est toi le Fils de Dieu » (Jn1,49) et Jésus lui réponds « tu crois ». Notons bien que Nathanaël parle du Fils de Dieu au singulier. Ce n’est pas un fils de Dieu comme les autres (cf. argument 2). Donc Nathanaël parle bien de Dieu. Donc Jésus confirme celui qui vient d’affirmer sa divinité.
On ajoute encore que Jésus parle de lui-même comme étant éternel (Jn8,58) (à ce moment-là il parle bien de lui-même, pas d’une « manifestation de la parole de Dieu comme le dit l’imam), comme étant le maître du sabbat (Mt12,6) et de la Loi. Cela scandalise d’ailleurs les juifs, car le seul maître de la Loi et a fortiori du Sabbat, c’est Dieu ! Enfin, Jésus pardonne les péchés à de nombreuses reprises. Cela est l’apanage ultime de Dieu, qui seul peut pardonner. Donc Jésus agit clairement et parle de lui clairement comment étant Dieu.
A tout cela s’ajoute encore l’argument du « Fils de l’homme » qu’on développera plus loin, cf. argument 2. Cela suffit déjà pour montrer que Jésus est très clairement montré dans l’évangile comme étant et agissant comme Dieu. Ce que Dieu fait, il le fait.
Dernière question : si Jésus n’avait pas prétendu être l’égal de Dieu… Pourquoi aurait-il été condamné et arrêté ?
Plus il y a de fromage, plus il y a de trous ; or plus il y a de trous, moins il y a de fromage ; donc plus il y a de fromage, moins il y a de fromage.
Ici on a un syllogisme du même style, car le sens du mot voir varie. Nul n’a vu Dieu : Dieu est d’essence spirituelle et non corporelle. Il ne peut donc être vu avec les yeux du corps. Voir Dieu, c’est contempler l’essence divine, la personne même de Dieu. Cela est impossible à l’homme en cette vie. Or des gens ont vu Jésus : on ne parle plus d’une vision de l’essence, mais d’une vision du corps, de la chair. Effectivement on peut voir Jésus, puisqu’en Jésus Dieu s’est fait homme et que l’homme a un corps. La contradiction est donc artificielle.
Cependant, puisque Dieu en Jésus a pris une figure humaine, on peut tout de même dire que voir Jésus corporellement, c’est voir quelque chose de Dieu. C’est même le voir autant qu’il est possible avec des yeux physiques (non contradictoire avec la foi de Moïse puisque ce dernier voit quelque chose de Dieu dans le buisson ardent, Ex3). Plus profondément, contempler Jésus (dans sa personne ontologique) c’est contempler Dieu, puisque Jésus est Dieu. Il n’y a donc pas de contradiction, mais un lien profond.
Quand on regarde la richesse de la théologie chrétienne catholique, on comprend aisément que cela ait pris plusieurs siècles à être développé. Les premiers chrétiens ne pouvaient certainement pas tout écrire, ni comprendre tous les tenants et aboutissants de leur foi ! Cependant, tout est contenu en essence et en puissance dans la foi des premiers Apôtres.
Dans l’Evangile, on pense en particulier au baptême de Jésus (Jn1 ; Lc3 ; Mc1 ; Mt3) où sont à la fois présent Jésus le Fils, l’Esprit Saint qui descend sous la forme d’une colombe et le Père par la voix venue du Ciel. Dans ce seul passage on retrouve toute la Trinité dans son unité d’amour. Plus largement dans tout l’Evangile Jésus parle de son Père, se présente lui-même comme Fils de Dieu (cf. argument 9) et annonce l’Esprit Saint (Ac1). La Trinité traverse tout l’Evangile et le Nouveau Testament !
Par ailleurs, les premiers chrétiens vivaient effectivement comme des juifs et allaient au temple puisque leur foi est dans la continuité de la foi juive qui annonce et attend le Messie. Il n’y avait pas de raison première d’aller ailleurs. Contrairement à ce qu’affirme alors l’imam, les juifs les ont effectivement mis dehors et persécutés, puisque leur foi était différente de celle des autres juifs (voir le début des Actes).
Enfin on note bien que si on ne parle pas encore de Trinité, les premiers chrétiens parlaient bien de Jésus comme de Dieu : c’est en son nom qu’ils opèrent des guérisons (Ac3), ils parlent de lui comme du « Seigneur » qui sauve et qui est ressuscité ! C’est bien lui qu’ils prient.
Cet argument est assez simple à réfuter si l’on a bien compris ce que les chrétiens entendaient par « Jésus est Dieu » (cf. préambule sur l’incarnation). Jésus est pleinement Dieu et pleinement homme. Comme homme, il a donc bien sûr eu besoin de manger, dormir, prier, etc… même si ce n’est pas nécessaire à Dieu.
Ce qui est important c’est que Dieu a voulu partager notre condition d’homme, partager ce que nous vivons. On part en fait d’un double constat. (1) Jésus était un homme, (2) Jésus était Dieu : il l’a clairement dit, s’est comporté comme tel, est celui qui sauve et a été confirmé dans ses affirmations et prétentions par Dieu le Père qui l’a ressuscité. A partir de ce double constat on essaye de comprendre le reste. On comprend alors que Jésus a voulu se faire proche de nous, et donc éprouver ce que nous vivons.
Quoi qu’il en soit, sans même parler du sens théologique, à partir du moment où Jésus est pleinement homme et pleinement Dieu il n’y a pas de contradiction dans le fait qu’il ait éprouvé ces besoins !
Si on dit que Jésus est le « Fils », c’est parce que comme un enfant il reçoit et attend tout de son « Père ». Cela justifie ces deux noms. Ce qui fait la grandeur de Jésus c’est que c’était un homme qui a obéit parfaitement à Dieu et l’a aimé parfaitement. Il a pu faire cela parce qu’il était Dieu, avec une volonté, une liberté, une capacité à aimer, etc. parfaites. On a donc vraiment besoin des deux natures !
Pour cette raison, Jésus opère souvent ses miracles par la prière, c’est-à-dire en les demandant à son Père, comme lorsqu’il ressuscite Lazare après avoir longuement prié (Jn11). Pourtant (cf. tous les arguments exposés ici) il parait clairement s’affirmer comme Dieu et opérer des miracles en ce sens, parler en son nom propre (formule récurrente du « en vérité je vous le dit »). Manque-t-il de pouvoir ? Lui manque-t-il quelque chose de Dieu ? Non, mais il attend sans cesse cela du Père, il attend sans cesse que son Père lui donne ce pouvoir, ces paroles (raison pour laquelle Jésus va prier avant d’aller visiter de nouveaux villages). Il est sans cesse dans l’abandon et la confiance, il reçoit tout du Père (Jn3,35).
On opère la même logique pour répondre à cet argument. Dire que Jésus est Dieu et parler de la Trinité, ce n’est pas construire un Dieu schizophrène, mais bien parler de personnes différentes qui sont pourtant unies en un seul Dieu, raison pour laquelle Jésus peut s’adresser au Père, lui demander des choses ou lui reconnaître une certaine connaissance qu’il n’a pas (altérité)… Tout en parlant de lui et du Père comme d’un seul, dans une unité profonde et telle que voir (au sens de contempler intérieurement) l’un c’est voir l’autre (unité).
Reprenons les deux passages cités.
Jean 17;3 : « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. »
On commence par remarquer que peu après Jésus en s’adressant au Père parle « de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe » (Jn17,5) et dit encore « tout ce qui est à toi est à moi » se plaçant donc clairement comme l’égal de Dieu, comme Dieu lui-même, puis parle de « ceux qui croiront en moi » (Jn17,20). Enfin il parle même très clairement de la Trinité : « qu’ils soient un comme nous sommes un ». Bref autant dire que ce n’est pas le meilleur passage de l’Evangile pour prouver que Jésus n’est pas Dieu : on ne fait que faire référence à sa divinité et son union au Père à chaque ligne !
Cela étant dit, dans le verset donné, on constate que la vie éternelle consiste à la fois en la connaissance de Dieu et la connaissance de Jésus. On trouve donc à la fois la réaffirmation du Dieu unique (« le seul vrai Dieu ») et une affirmation qui place Jésus et Dieu sur le même plan. Seule compréhension possible. Dieu le Père et Jésus ne sont qu’un, le Dieu Unique !
Jean 20,17 : « Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »
Notons à nouveau que dans le même chapitre on trouve un Apôtre pour s’exclamer devant Jésus « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn20, 28) ce qui parait plutôt clair ! Ou encore plus bas dans le même chapitre : « ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » (Jn20, 31). On voit que dès qu’on prend un chapitre on y trouve des références à la divinité de Jésus sans avoir besoin de beaucoup creuser.
Cela étant dit, que comprendre du verset donné ? Jésus est là comme un exemple pour nous. Comme homme ayant parfaitement suivi Dieu, il nous montre la voie à suivre et nous entraine à sa suite. Comme homme « parfait », juste, il nous dit « je monte vers celui qui est mon Père et qui est donc votre Père, mon Dieu qui est donc votre Dieu », ce qui permet de comprendre ce verset. Cette interprétation est d’ailleurs confirmée par le texte original en grec qui introduit une notion de causalité entre « mon Père » et « votre Père » comme entre « mon Dieu » et « votre Dieu ».
Question de vocabulaire. Nous sommes tous des fils de Dieu, et par conséquent « fils de Dieu » s’applique à beaucoup de monde. Cependant le Fils de Dieu au singulier et avec une majuscule, cela n’est dit que de Jésus (cf. citations précédentes). On ne dit jamais d’un homme qu’il est le Fils de Dieu, sauf de Jésus. Rappelons ici qu’on n’entend pas Fils au sens de la génération filiale dans une famille.
Par ailleurs, Jésus utilise à de nombreuses reprises l’expression « Fils de l’Homme » (Mt9,6 ; Jn3,16 ; Mc8,31 ; Mt26,64 ; …). C’est une référence directe à Daniel 7. Le Fils de l’Homme descendra d’auprès de Dieu pour juger les vivants et les morts en régner pour l’éternité. L’islam a gardé la notion de jugement mais a oublié le règne pour l’éternité. Le fait que celui qui est « comme un Fils d’Homme » vienne d’auprès de Dieu et surtout qu’il règne dans l’éternité montre clairement que c’est une figure divine. Quand Jésus parle de lui comme du Fils de l’Homme il n’y a donc aucune ambiguïté : il se proclame Dieu.
Par ailleurs on peut s’interroger sur cette étrange formulation. Pourquoi parler d’un fils d’homme s’il s’agit en fait de Dieu ? Le fait que Jésus soit Dieu incarné apporte un éclairage unique à ce passage de Daniel : en Jésus Dieu a pris corps d’homme.
Encore une fois cet argument dénote une mauvaise compréhension de ce qu’est l’incarnation. Dieu n’a pas vécu comme un homme. Jésus a été en lui-même et dans sa nature l’Alliance de la nature humaine et de la nature divine. « Grâce » à sa nature humaine, Jésus a pu connaître la mort, la souffrance, etc… Et Jésus étant Dieu, Dieu a en Jésus éprouvé la mort et la souffrance. Ce n’est donc pas contradictoire avec la nature de Dieu : ce n’est pas par sa nature que Dieu a connu la souffrance et la mort, mais par l’Alliance des natures en Jésus.
On peut répondre très simplement que Jésus n’est pas venu s’imposer comme Dieu et réclamer une adoration, mais qu’il a reconnu et confirmé tous ceux qui sont venus à lui et ont reconnu sa divinité, de Nathanaël (Jn1,45s) à Thomas (Jn20,28) en passant par de très nombreux autres. Il n’a pas rejeté ceux qui se sont jetés à ses pieds et l’ont reconnu, et n’a pas forcé les autres à le faire. Il n’y a donc pas de contradiction ici, seulement une marque de la délicatesse de Dieu.
Ayant réfuté chacun des arguments opposés, je termine sur quelques remarques finales permettant d’avancer des arguments dans l’autre sens. Evidemment, de nombreux éléments ont déjà été donnés.
Revenons aux faits historiques. A l’époque de Jésus, il existe deux religions. Le judaïsme, et le christianisme tout naissant qui est à peine conscient de lui-même. Les chrétiens reconnaîtront en Jésus Dieu lui-même, tandis que les juifs le condamneront pour blasphème et persécuterons les chrétiens, justement parce que Jésus affirmait être Dieu. Si les opinions divergent sur la réponse à apporter, il y a bien une chose sur laquelle tout le monde s’accorde : Jésus a affirmé et prétendu être Dieu et agir comme son égal.
Là-dessus, 600 ans plus tard arrive une autre religion, l’islam, qui affirme que Jésus n’a jamais prétendu cela ! A l’exact inverse de tous ceux qui ont côtoyé Jésus, qu’ils aient été d’accord avec lui ou non. Alors qui est le plus fiable ? La totalité des contemporains qui ont tous compris la même chose après avoir observé les faits de leurs propres yeux, où ceux qui arrivent plus d’un demi millénaire après et construisent une autre affirmation sans avoir été confrontés directement aux faits ?
Il semble bien qu’avant même d’avoir commencé, la thèse « Jésus n’a pas prétendu être Dieu » perde de sa crédibilité. C’est quand même la raison même pour laquelle Jésus a été mis à mort…
Prendre les dogmes comme ceux de la Trinité ou de l’Incarnation une fois qu’ils sont déjà établis paraît toujours plus difficile. Mais ils ne sont pas le point de départ de la foi. Comme on a pu le constater avec ce qui précède, ils sont plutôt ce à quoi on a dû finir par arriver logiquement. Le point de départ de la foi chrétienne c’est que Jésus est Celui qui nous sauve, du mal, de la mort, du péché. C’est ce que les Apôtres ont éprouvé très directement et ce qu’ils proclament immédiatement après l’Ascension et la Pentecôte (cf. Actes 2s). Comme Dieu seul sauve, pardonne les péchés et interprète avec autorité la Loi qui nous sauve, on est obligé de tenir alors que Jésus est Dieu. On arrive à l’Incarnation. Puisque Jésus est Dieu mais qu’il s’adresse tout de même à Dieu son Père comme à quelqu’un d’autre et parle de l’Esprit Saint, et qu’on doit continuer à tenir que Dieu est l’Unique, on en arrive "logiquement" à la Trinité. Toujours repartir du début.
C’est le plus simple. Si on dit que Jésus n’était pas le Fils de Dieu (c’est-à-dire Dieu lui-même) et qu’il n’a jamais prétendu l’être, alors il faut expliquer pourquoi il a été condamné à mort et pourquoi cette croyance est née au sein des disciples en violation de tout cadre intellectuel et religieux juif.
Il ne s’agit que d’une reprise de tout ce qui a pu être avancé précédemment. Deux aspects différents. Un, les paroles de Jésus qui parle de lui-même comme de l’égal de Dieu, de Dieu lui-même, avec tous ses attributs : il s’appelle « Fils de l’Homme » (cf. argument 3), parle de lui comme de l’Eternel, celui par qui on voit Dieu et va à Dieu, etc… Deux, les actes de Jésus au regard de deux attributs qui sont directement divins et qu’il s’arroge sans complexes. Le premier est le pouvoir de statuer sur la Loi, de l’interpréter avec autorité (Mc1,21), y compris dans son sommet qu’est le Sabbat et dont il s’affirme Maître (Mt12,6). Le second est l’indicible pouvoir de pardonner et remettre les péchés. Seul Dieu peut faire cela.
Jésus a donc clairement parlé de lui-même comme de Dieu et agit comme tel.