De l’importance de chercher les bonnes intentions et les « parts de vérité » dans le discours de l’autre.
On tente de lire l’article en relevant les « bonnes intentions » du texte.
Reconnaissance d’une réalité biologique et d’un véritable « modèle familial » autour de cette réalité ;
Reconnaissance des diversités de modèles sociaux dans le monde (construction) et de l’importance de l’anthropologie ;
Reconnaissance de trois dimensions dans la filiation : biologique, sociale et généalogique ;
Importance non seulement de la biologie mais encore de l’éducation (dans une optique chrétienne) ;
Avènement de nouveaux modèles lié à une déconstruction, une « déliaison », la fin du modèle biologique ;
Le nouveau modèle se base sur « l’authenticité des sentiments entre partenaires ».
En synthèse : un regard assez honnête et « clairvoyant » sur l’opposition entre deux « modèles » et sur ce qui fonde chacun (une totalisation des dimensions dans l’un, un « jeu » entre elles dans l’autre).
Premier point positif : la critique du « tout biologique ». On ne peut pas dire qu’il n’y a « rien de culturel » ou que « tout est donné dans le biologique ».
Deuxième point, le « projet parental ». On insiste sur le sérieux de ce projet. On ne prend plus la paternité à la légère. Il faut réfléchir à ce qu’il y a de mieux, choisir, se préparer. La paternité ne s’improvise pas. On ne brade pas la paternité : c’est quelque chose d’important.
Troisième point : « l’argumentation de l’amour ». Il montre comment la révolution sexuelle prépare la paternité gay. Il montre la logique et la cohérence du système. Si on a pu vivre avec juste une maman (sexualité « libérée »), on peut bien vivre avec « deux mamans ». Bon au moins il fait bien le lien entre le mariage et l’amour.
Quatrième point : « le biologique n’a pas de sens ». Pas de sens non pas au sens absurde, mais au sens neutre, dépourvu de sens, absence de sens. Le culturel est là pour conférer un sens au naturel.
D’après le cardinal Newman
Les tentations : dépersonnalisation, mauvaise perception du langage, pure autonomie, re-dépersonnalisation par le calcul
Les clés du dialogue : assentiment, inférence, appréhension
Nous avons besoin de réviser notre conception de la raison pour être capable de « brancher » la foi et la raison ensemble.
A quoi sert la raison ? Premièrement à universaliser, à abstraire. La raison permet de conceptualiser, c’est-à-dire d’aller vers le général. L’universel est une conquête de la raison et c’est une conquête indispensable.
Deuxièmement, la raison permet de comprendre le concept de nécessité. Pour faire simple, la causalité. Et ça c’est fasciner. On ordonne le monde.
Grâce à la raison, on comprend le monde. C’est fascinant et nécessaire pour l’homme. Le langage en particulier est lié à la raison.
Un homme raisonnable, c’est un homme qui veut maitriser le monde. La raison est un pouvoir ! On voit d’ailleurs tous les projets que l’homme peut avoir.
Première tentation, dire que la raison fait entrer dans l’universel et fait quitter l’individuel. Il y a un « grand abstrait » où il n’y a plus d’individuel, de personnel. C’est Averroès. Au contraire, l’Eglise et Thomas d’Aquin disent : la raison est toujours personnelle.
Deuxième tentation. Un autre projet philosophique est de construire un « langage parfait et rigoureux » de la raison, dans les termes et dans sa logique. Mais cela semble utopique… Il y a toujours une peine à exprimer. On ne peut exprimer « rigoureusement et parfaitement » une sensation ou un sentiment. Ça c’était Leibniz.
Troisième tentation, la raison me donne l’autonomie, me débarrasse de tout ce qui m’empêcherait de « penser par moi-même ». Je pense par moi-même. C’est Kant par exemple.
A chaque fois dans ces tentations il y a quelque chose de vrai évidemment. Par exemple : bien sûr que la raison me permet aussi de penser par moi-même, de m’approprier, et c’est nécessaire ! Mais ce n’est pas un pur effort de l’esprit qui s’élève.
Quatrième tentation : le « cloud ». Déléguer le calcul universel aux machines. Ce qui serait bien, ça serait qu’on ait un ordinateur qui nous dise quoi faire. C’est la raison computationnelle. On objectiverait par le calcul. Le raisonnable, c’est le calcul. Là encore, une part de vérité immense ! Mais on ne peut pas non plus séparer la personne de sa raison (cf. première tentation d’ailleurs). Le choix n’est pas le calcul, mais il peut s’appuyer sur lui.
Dans ces quatre cas (dépersonnalisation, mauvaise perception du langage, pure autonomie, re-dépersonnalisation par le calcul), on ne peut plus brancher foi et raison. Il faut élaborer une autre conception, légèrement différente (mais pas tant que cela) qui permette aux deux de collaborer.
Simplement quelques touches.
a) L’assentiment
Il y a un art de la distinction. D’abord avec l’assentiment. Il n’y a pas simplement une vérité qui s’impose à moi et qui m’écrase. Il y a une adhésion personnelle à cette vérité, donc un choix. Alors l’assentiment : foi ou raison ? Eh bien un peu les deux… On est dans l’intervalle.
b) L’inférence
Ensuite l’inférence, c’est-à-dire tirer des conséquences, des conclusions.
c) Appréhension
Troisièmement, l’appréhension. La vérité ou le discours n’est pas seulement formel. Ce n’est pas un pur discours mathématique. Il y a un lien avec la réalité. Il y a nécessairement une appréhension de ce dont on parle. On pourrait dire réception aussi. C’est quelque chose de très large. On comprend que l’on va sans cesse être renvoyé au concret. On ne peut pas échapper au renvoi au réel. C’est un élément absolument clé du dialogue entre foi et raison. On peut avoir une appréhension seulement notionnelle, au lieu d’une appréhension réelle. Cette appréhension réelle peut aussi être lacunaire.
d) Synthèse
L’assentiment ne vient pas seulement des inférences, de la déduction (sinon on serait tous d’accord tout le temps), mais aussi de l’expérience. On comprend que la raison va être très personnelle et qu’elle va nécessiter un approfondissement.
Par exemple si je dis « je suis un homme », j’y donne un assentiment, et dans une certaine mesure, j’appréhende réellement cette vérité. Mais en même temps si je dis cela à 10 ans, puis à 40 ans, je l’appréhenderai beaucoup plus profondément. Il y a un poids existentiel qui fait appréhender complètement différemment la même réalité notionnelle. C’est ce qui peut tout changer dans un dialogue. Quand je parle de Dieu, j’en ai une appréhension notionnelle ou réelle.
Enfin remarquons que la dignité de mon assentiment n’est pas dépendante de ma capacité à en rendre compte. Ce n’est pas parce que je ne suis pas capable de faire un traité de Trinité que lorsque je la confesse mon assentiment n’a pas de valeur. « La vie est trop courte pour une religion d’inférence » (Newman) On peut rentrer dans la plénitude de la vérité sans être capable de tout démontrer. D’abord je crois. Ensuite j’essaye de bien comprendre. Notre religion n’est pas une religion d’intellectuel.
Pour approfondir, lire Être chrétien aux éditions du Cerf, recueil de sermons de Newman.
Jn1,40ss : la rencontre entre Nathanaël et Jésus
Nathanaël a quelque chose d’unique : il donne d’abord une objection à la messianité de Jésus, avant de finalement la reconnaître.
Ce que Philippe annonce à Nathanaël est à la fois une rencontre personnelle et rattachée à quelque chose d’universel (la Loi et les Prophètes). Cet « universel », Philippe sait que Nathanaël y est sensible. Il parle de quelque chose qui est connecté aux attentes et conceptions de Nathanaël.
Ensuite, Philippe ne fait aucun effort de communication. C’est même bizarre et étonnant par rapport à « la Loi et les Prophètes ». Quelque part, c’est un peu nul ! Mais il assume complètement, il est décomplexé : son « truc nul », il le dit avec tout son cœur. En plus il connait Jésus depuis vraiment pas longtemps ! Et il en sait bien moins que nous…
Nathanaël appose une objection rationnelle valable, puisque l’Ecriture annonce un Messie venant de Bethléem. Nathanaël se retrouve en conflit avec deux croyances (ce que son pote dit, ce que l’Ecriture dit).
Que répond Philippe ? Pas une réponse à cette objection. Il dit « viens faire une expérience ». Il sort du côté purement argumentatif formel, pour rentrer dans une raison qui n’est pas seulement notionnelle mais d’abord réelle (cf. II).
Nathanaël rencontre donc Jésus. Quelque chose de ce que dit Jésus marque Nathanaël. Il va donc donner son assentiment. Et pourtant, il n’a pas encore répondu à son objection, résolu son problème. Mais cela lui suffit. Par la suite, Nathanaël pourra revenir là-dessus, et peut-être que plus tard en discutant avec Jésus il apprendra qu’il est né à Bethléem.
Ce qui est important, c’est que l’assentiment à la vérité vient avant la maîtrise de cette vérité et sa compréhension formelle : on peut même encore y avoir des objections. On voit ici toute la dimension volontaire de l’intelligence.
« La foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle infuse par Dieu. » (CEC153) Donc la foi vient seulement de Dieu ? On pense aussi à « ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela » ou encore « nul ne peut dire « Jésus est Seigneur » si ce n’est sous l’action de l’Esprit Saint ».
Mais croire est aussi un acte humain (CEC154-155) « Dans la foi, l’intelligence et la volonté humaine coopèrent avec la grâce divine ».
« La foi, privée de la Raison, a mis l’accent sur le sentiment et l’expérience en courant le risque de ne plus être un proposition universelle, elle tombe dans le grand danger d’être réduite à un mythe ou une superstition. » (Fides et Ratio, n°48) Donc croire est non seulement un acte de l’homme, mais encore un acte humain, qui n’escamote aucune partie de notre personne, et notamment la raison.
CEC156
Il y a des choses que nous croyons qui sont des mystères. Ils sont révélés (l’Incarnation, la Trinité…). Mais il y a des préambules à la foi (l’existence de Dieu…) qui ne sont pas seulement révélés, mais dépendent vraiment de nous. C’est ce que dit Jésus « croyez du moins à cause des œuvres »
a) Croire que, croire en (croyance propositionnelle, croyance fiducielle)
Croire que Dieu existe et croire en Lui, c’est-à-dire lui faire confiance, ce sont deux choses très différentes. On peut croire (1) mais pas (2), par contre on ne peut pas croire (2) sans croire (1).
b) Croire des vérités en principe accessible à la raison vs croire dans les mystères du Royaume)
Même principe qu’au-dessus dans la distinction. Il y a une différence de nature entre croire que la terre est ronde et croire que Jésus est le Fils de Dieu.
Et alors la Résurrection ? C’est de quel côté ? Eh bien attention, bien voir qu’il y a toujours une part objective là-dedans. Concrètement, le tombeau était vide !
Si je décide de « croire » arbitrairement quelque chose, par pur volontarisme, séparé de toute réalité concrète, je détruis en fait ce qui fait que je crois. La croyance s’autodétruit en se séparant de la réalité. Donc on ne peut pas « croire à volonté ». On a besoin d’un motif. On a toujours besoin d’un motif.
« La volonté est l’un des principaux organes de la créance, non qu’elle forme la créance, mais parce que les choses sont vraies ou fausses selon la face par où on les regarde. La volonté qui se plait à l’une plus qu’à l’autre détourne l’esprit de considérer les qualités de celle qu’elle n’aime pas à voir, et ainsi l’esprit marchant d’une pièce avec la volonté s’arrête à regarder la face qu’elle aime et ainsi il juge par ce qu’il y voit. » (Pascal Pensées, fr 539)
Donc la volonté joue un rôle, mais elle n’est pas le tout de la raison et de la croyance.
Dans la foi, le croyant « trouverait son compte » (effet Placebo), ou ferait une sorte de super « méthode Coué ». Pourquoi ne sont-ce pas de bons modèles.
Dans le placebo, certaines personnes gèrent des pathologies en étant mises en situation de confiance. Mais cela marche seulement si on ne sait pas que c’est un faux médicament. Donc si je sais que ça ne marche pas, je ne peux pas par volontarisme l’adopter et m’en trouver guérit « parce que j’y crois ».
Pour la méthode Coué, même topo. Je ne peux pas en sachant que quelque chose est faux décider de « faire comme si c’était vrai » et le croire vraiment. Oscar du meilleur acteur.
Ce n’est pas parce que je crois en quelque chose que quelque chose existe. C’est parce que quelque chose existe que je peux croire.
Maintenir une composante objective quant au contenu propositionnel de la croyance religieuse, pour la mettre à l’abri de l’absurde…
Motifs de crédibilité : « regarde les lys des champs et les oiseaux du ciel », « qui est cet homme pour que même la mer et le vent lui obéissent »
Mais tout cela sans sacrifier la part spécifique de l’adhésion religieuse : « je sais en qui j’ai mis ma confiance » (2 Tim 1,12)
« La dernière démarche de la raison [et c’est bien une démarche de la raison] est de reconnaître qu’il y a une infinité de choses qui la dépasse. » (Pascal, Pensées, fr188)
Soit « l’évidentialisme » (on ne croit jamais sans une ou des raisons (bonnes ou mauvaises), on peut (doit ?) discuter ces raisons), soit « fidéisme et volontarisme » (je crois bien ce que je veux, je crois si j’en ai envie, je n’ai de compte à rendre à personne).
D’après Pascal, les preuves sont lointaines, peu percutantes, élitistes… « C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison. » (Pascal, Pensées, 424) Mais en fait même en disant cela on dit (raisonnablement) quelque chose de Dieu.
L’existence du monde est contingente ;
Toute existence contingente réclame une cause d’existence ;
Il est impossible de remonter à l’infini dans la série des causes d’existence ;
Donc il existe un être nécessaire qui est responsable de l’existence du monde.