Alors le projet de ce soir, c'était de vous parler de l'Église. L'Église, il y a des milliers de choses à dire. Et finalement, en réfléchissant à ce que Jésus nous dit sur l'Église, à ce que la vie chrétienne nous dit sur l'Église, j'ai eu envie de vous dire deux choses, deux enseignements que Jésus nous donne sur l'Église, qui paraissent être les deux choses les plus importantes.
La première, c'est que... Jésus dit que nous avons besoin de l'Église. Vous avez besoin de l'Église. L'Église, ce n'est pas simplement un bonus, ce n'est pas un à-côté, ce n'est pas quelque chose qui est en option, mais l'Église, c'est au cœur du projet de Jésus pour nous. On a besoin de l'Église.
Si vous regardez un petit peu l'Évangile, on se rend vite compte que Jésus passe son temps à rassembler des gens. Jésus parle et on nous dit qu'il y a des foules entières qui viennent. Les gens ne viennent pas tous seuls. Parfois, Jésus a des entretiens individuels, mais la plupart du temps, il est avec des gens qui se rassemblent autour de lui.
Et puis même, quand vous voyez ce que fait Jésus, quand il appelle ses apôtres, que fait-il ? Eh bien, justement, il appelle des apôtres, au pluriel. Il les appelle ensemble. Ils sont tellement ensemble qu’on donne deux noms aux apôtres dans les évangiles et dans le Nouveau Testament. Un des noms, c'est les apôtres, ce qui vient d'un mot grec qui veut dire les envoyés. Et l'autre mot qu'on utilise pour les décrire, c'est les Douze. Parce qu'ils sont mis ensemble. Et c'est tellement important ce fait d'être ensemble que dans ces Douze, vous l'aurez peut-être remarqué, il y a même des frères. Il y a quatre frères. Pierre et André, Jacques et Jean. Il prend des frères, qui sont déjà ensemble et il va les rendre encore plus frères.
Jésus nous rassemble. Et puis, quel est le plus grand commandement ? Qu'est-ce que Jésus répond quand on lui dit ça ? "Écoute Israël, tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force. Et voici le second qui lui est semblable. Tu aimeras ton prochain comme toi-même."
Dieu vient se révéler à nous en Jésus. Il nous révèle son amour. Il me dit je t'aime, il nous dit qu'il nous aime et qu'il nous appelle à l'aimer en retour et que c'est ça l'œuvre de notre vie, la vocation de notre vie c'est d'aimer Dieu parce que lui nous a aimé le premier. Mais il ne s'arrête pas là, il dit : “le second commandement qui lui est semblable [qui va avec], c'est aimer ton prochain”. Notre relation avec Dieu, ce n’est pas moi dans mon coin, avec mon petit Jésus, dans ma petite chambre, dans mon petit coin, avec mes petites prières. Parce que Jésus nous met ensemble et nous dit : “mais tu veux aimer Dieu ? Va aimer ton frère.”
Dans la première lettre de Jean, qui est un des apôtres, il dit : “celui qui n'aime pas son frère qu'il voit comment peut-il prétendre aimer Dieu qu'il ne voit pas ?” (1 Jn 4,20) Si je n'aime pas mon frère, je ne peux pas aimer Dieu. Et de la même façon, on se rend compte qu’on essaie d'aimer ceux qui sont à côté de nous, mais on a du mal. En fait, sans la force de Dieu, sans la grâce de Dieu qui est amour, je ne peux pas aimer mon frère ou ma sœur qui est à côté de moi. Et justement, par l'amour de Dieu qui vient en moi, je découvre que telle personne, qui est à côté de moi, ce n'est pas juste quelqu'un, c'est mon frère en Jésus, parce que Jésus est mort pour lui sur la croix, Jésus est mort pour moi sur la croix, et Jésus veut que je passe l'éternité avec lui. Donc, ce n'est pas juste quelqu'un, mais c'est mon frère.
Vous savez, il y a ce beau mot de fraternité qu'on a dans la devise de notre pays. Ce mot de fraternité a été inventé par les chrétiens au premiers siècles qui se sont dit : “on vit quelque chose entre nous qui ressemble à rien d'autre de ce qui existe dans le monde des hommes. Il faut qu'on trouve un nouveau mot pour cela." Et c'est le mot de fraternité qui a été créé par les chrétiens, pour cela.
On a besoin de l'Église, vous voyez ? Parfois on entend, moi je suis Jésus, mais pas l'Église. Mais écoute ce que dit Jésus, qu'est-ce qu'il dit Jésus ? Jésus appelle les apôtres, il appelle le premier pape, il crée les premiers évêques, il prend des personnes et il les met ensemble. Et qu'est-ce qu'il fait ? Il enseigne les apôtres et ensuite il leur dit « Maintenant c'est vous qui allez enseigner les hommes. » Et les successeurs des apôtres, qui est-ce ? Ce sont les évêques et puis les prêtres, qui sont les aides des évêques. Donc je ne peux pas suivre Jésus sans suivre l'Église puisque que me dit Jésus ? Il me dit : “viens vivre la vie du royaume des cieux dans l'Église avec tes frères et sœurs.” C'est tellement fort qu'un des noms qu'on donne à l'Église, c'est le corps.
On dit que l'Église est le corps du Christ. Pas au même sens que l'Eucharistie, la présence réelle de Jésus qu'on reçoit à la messe, mais l'Église est le corps du Christ. C'est-à-dire que rassemblés ensemble, nous sommes la présence de Jésus ou plutôt Jésus Jésus est présent dans le monde lorsque nous, nous vivons la foi ensemble. Je ne peux pas vivre Jésus, suivre Jésus, sans vivre avec l'Église. J'ai besoin de l'Église. Alors, j'ai besoin de l'Église, ça veut dire quoi ? En fait, moi, j'ai trouvé un peu trois sens à cette expression-là.
Le premier sens, c'est que j'ai besoin des autres. J'ai besoin d'être avec d'autres chrétiens. On nous répète à longueur de temps, un chrétien seul est un chrétien en danger. Et en fait, je trouve que ce n'est pas très vrai, ce truc-là. Là, c'est un chrétien seul est un chrétien mort. On est fichu si on est tout seul. C'est trop difficile de grandir dans notre foi, d'avancer dans notre foi si on est tout seul. Pour construire une vie de prière par exemple, on a besoin de s’appuyer sur des frères, de partager sur notre vie de prière. Vous pouvez partager par exemple de façon hebdomadaire sur comment vous priez, quelle Parole vous touche, si vous avez du mal à prier ou si ça va en ce moment. Si je n’ai pas mes frères qui prient à côté de moi, je vais forcément abandonner la prière. C’est pour ça que je ne peux pas vivre ma vie chrétienne dans mon coin. Même à la messe, même au premier rang, je peux être dans mon coin. Le prêtre, mais aussi les laïcs, nous célébrons la messe, et pour cela, nous avons besoin d’être ensemble. Donc je ne peux pas venir à la messe, lève tout ça dans mon coin sans prier, sans connaître le prénom de mon frère, de ma sœur qui est assis à côté de moi, sans prier avec lui et sans prier pour lui.
J'ai besoin de l'Église parce que j'ai besoin de la Tradition, de tout ce que me transmet l'Église. Vous voyez, Jésus, il y a ce passage dans l'évangile de Saint Jean, chapitre 6, où Jésus dit “Qui mange ma chair et boit mon sang, celui-là a la vie éternelle, car ma chair est la vraie nourriture, mon sang est la vraie boisson, etc.” Donc il explique l'Eucharistie. Mais qui me donne l'Eucharistie ? Si je reste tout seul dans mon coin, dans ma chambre, avec mon petit Jésus, ma petite Bible, ma petite prière… je ne peux pas recevoir l'Eucharistie ! Alors que Jésus me dit, c'est là que je veux me donner à toi. Et bien ça, c'est l'Église qui me le donne. Et même ma Bible, je peux dire, moi je n'ai pas besoin de l'Église, j'ai la Bible. Mais qui me donne la Bible ? C'est l'Église. Et qui me donne les sacrements ? C'est l'Église. Et qui me donne de comprendre ce qui est écrit ? Au tout début des Actes des apôtres, il y a ce passage (Actes 8, 29-36) :
L’ange du Seigneur adressa la parole à Philippe en disant : « Mets-toi en marche en direction du sud, prends la route qui descend de Jérusalem à Gaza ; elle est déserte. » Et Philippe se mit en marche. Or, un Éthiopien, un eunuque, haut fonctionnaire de Candace, la reine d’Éthiopie, et administrateur de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer. Il en revenait, assis sur son char, et lisait le prophète Isaïe. L’Esprit dit à Philippe : « Approche, et rejoins ce char. »
Philippe se mit à courir, et il entendit l’homme qui lisait le prophète Isaïe ; alors il lui demanda : « Comprends-tu ce que tu lis ? » L’autre lui répondit : « Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? » Il invita donc Philippe à monter et à s’asseoir à côté de lui. Le passage de l’Écriture qu’il lisait était celui-ci : Comme une brebis, il fut conduit à l’abattoir ; comme un agneau muet devant le tondeur, il n’ouvre pas la bouche. Dans son humiliation, il n’a pas obtenu justice. Sa descendance, qui en parlera ? Car sa vie est retranchée de la terre.
Prenant la parole, l’eunuque dit à Philippe : « Dis-moi, je te prie : de qui le prophète parle-t-il ? De lui-même, ou bien d’un autre ? » Alors Philippe prit la parole et, à partir de ce passage de l’Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus.
Comme ils poursuivaient leur route, ils arrivèrent à un point d’eau, et l’eunuque dit : « Voici de l’eau : qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? » Il fit arrêter le char, ils descendirent dans l’eau tous les deux, et Philippe baptisa l’eunuque.
Philippe le baptise sur le champ. J'ai besoin de l'Église qui me donne les sacrements, qui me donne la parole de Dieu, qui me donne de comprendre ce qu'est la vie avec Jésus.
Et puis enfin, j'ai besoin de l'Église au sens où elle se vit aussi aujourd'hui. J'ai besoin du pape, des évêques, de cette structure aussi de l'Église qui nous conduit. Alors bien sûr, l'Église, le pape, les évêques, ils ne sont pas parfaits, ils font des erreurs, il y a des papes qui ont fait des erreurs dans l'histoire, etc. Mais qu'est-ce que je crois, moi, comme catholique ? Qu'est-ce que nous croyons comme catholiques, croyons que Jésus nous a promis qu'il nous conduirait à travers l'Église ?
Et pourtant le premier pape qu'il a choisi, c'est quelqu'un qui avait abandonné Jésus pour qu'il soit crucifié sur la croix. Et Jésus se dit : “celui-là, c'est le bon, je le prends.” Donc évidemment qu'on a eu dans l'histoire un certain nombre de papes incapables, et peut-être qu'on en aura d'autres encore dans la suite de l'histoire. Mais Dieu a l'air de trouver que ce n'est pas un problème pour lui et qu'il fera avec. Cela ne veut pas dire qu'il trouve que ce que Pierre a fait, c'est super. Mais cela veut dire que Jésus choisi, avec cet homme qui est imparfait, de conduire son église. Et Jésus dit à Pierre : “sois le pasteur de mes brebis.” Il lui dit aussi : “Ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. Ce que tu maintiendras lié sur la terre sera lié dans les cieux.” Et il lui remet les portes de l’Église et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. C'est la promesse que Dieu, que Jésus fait à son église, en particulier dans la personne du pape.
Donc on a besoin du pape, de notre évêque. J'ai besoin de les écouter, même si je ne comprends pas toujours, même si je ne suis pas toujours d'accord, mais de croire que d'une façon ou d'une autre, par eux, l'Esprit Saint me parle. Voilà, j'ai besoin de l'Église.
C'est le premier grand enseignement de la vie chrétienne et en fait juste de l'enseignement de Jésus. J'ai besoin de l'Église parce que Jésus me dit comment tu vas me suivre en étant au sein de l'Église, c'est-à-dire :
avec tes frères,
avec le cadeau de toute la tradition des sacrements, de la parole de Dieu et
avec les pasteurs, les bergers que je te donne aujourd'hui qui sont les évêques, le pape, puis le curé de ta paroisse, les prêtres…
Nous avons besoin de l'Église. Je ne peux pas suivre Jésus. sans être avec l'Église. Ça, c'est le premier enseignement.
Le deuxième grand enseignement, c'est que Dieu vous veut dans l'Église. Ça veut dire que l'Église, c'est pas juste une institution, l'Église, c'est vous ! Jésus veut que vous, vous soyez l'Église. Quand il passe à côté de Pierre et André, Jésus les regarde et leur dit : “Viens, suis-moi.” Quand il rencontre des gens, par exemple, l'aveugle de Jéricho, il le guérit. Et l'aveugle, qui est guéri, vient à la suite de Jésus. Il devient disciple de Jésus. Jésus veut que nous devenions son Église. Et que nous arrêtions de parler de l'Église à la troisième personne du singulier, mais à la première personne du singulier ou du pluriel.
Il faut dire "Nous, l'Église", puisque l'Église c'est notre famille. Ce qui se passe dans l'Église, ça me concerne moi. Ce qui se vit dans l'Église... ça me concerne, moi. On pense parfois que l'Église, c'est une espèce d'institution qui a notre service. Mais c'est nous qui sommes l'Église. L'Église n'existe pas pour nous, nous sommes l'Église, et l'Église existe pour le monde. Pour le monde, ça veut dire quoi ? Pour ce monde qui souffre et qui a besoin de découvrir l'amour de Dieu, pour ce monde qui ne connaît pas Dieu, et qui a besoin de découvrir Dieu. Voilà, je suis, nous sommes ensemble l'Église.
Cela veut dire que je ne peux pas non plus parler de ma paroisse à la troisième personne. Je ne peux pas dire, “ah, la paroisse, ils ne font pas ci, ils ne font pas ça.” Non, c'est : “Dans ma paroisse, nous vivons ceci, nous vivons cela.” Et s'il y a quelque chose qui ne va pas, qui manque, etc., en fait… c'est moi qui manque. C'est à moi de me dire, “c'est moi que l'Esprit-Saint envoie pour aller faire ce qui doit être fait.” Si je me dis “mais en fait c'est terrible il n'y a personne qui chante à la messe, c'est quand même trop dommage.” Mais allez chanter à la messe ! “Ah, mais il n'y a personne pour s'occuper des enfants du catéchisme.” Allez vous occuper des enfants du catéchisme ! Dans tous les prophètes de l'Ancien Testament, il y en a un qui est le prophète majeur, le prophète Isaïe. Isaïe est un grand mystique, et il fait le récit de sa vocation [Is 6,6] Et donc Isaïe était un homme juif qui vivait à peu près il y a 7 siècles avant Jésus. Un jour dans le temple, à Jérusalem, il a une espèce de grandiose apparition. Et alors il y a un échange avec Dieu, et à un moment Dieu lui dit « Qui enverrai-je ? » Et Isaïe dit : “Moi, envoie-moi.” On dit, que fait Dieu ? Mais, toi, qu'est-ce que tu fais ?
Je me rappelle d'un jeune qui m'avait dit : “moi, j'aime bien Jésus parce que quand je le vois, et je lui dis ah mais qu'est ce que tu fais pour pas régler tel problème, il répond : et toi qu'est ce que tu fais pour ces problèmes ?” Il y a un très bel échange entre Mère Teresa et un journaliste :
« Mère Teresa, qu’est-ce qui doit changer dans le monde ? » pose un journaliste.
Réponse : « Vous et moi ».
Nous sommes l'Église, et je ne peux pas me contenter de venir à à la messe et de m'installer sur mon banc et de m'installer dans le wagon à l'arrière et de me laisser tirer par la locomotive. Quand je viens à la messe, je ne viens pas assister à un spectacle, je viens célébrer la messe avec mes frères et sœurs, et avec le prêtre, qui évidemment célèbre d'une façon particulière, on ne pourrait pas célébrer s'il n'y avait pas de prêtre.
Mais je viens aussi pour célébrer, pour prier, pour porter le monde entier qui souffre, ceux qui sont dans la détresse, ceux qui affrontent la mort aujourd'hui, ceux qui ne sont pas aimés, ceux qui ne connaissent pas Jésus, ceux qui ne connaissent pas l'amour de Dieu pour eux. Si moi je ne vais pas prier pour eux, personne n'ira prier pour eux. Quand je viens à la messe, je ne viens pas assister à quelque chose, je viens faire partie de quelque chose qui se passe, recevoir Jésus qui est réellement présent par la grâce qu'il a donnée aux prêtres qui peuvent célébrer l'Eucharistie.
L'Église, ce n’est pas une institution hiérarchique qui existe pour nous. L'Église n'existe pas pour nous : nous sommes l'Église. Nous, mais aussi le curé de la paroisse, et l'évêque, et le pape, et nous tous, chacun à notre place, qui nous est propre. Nous sommes ensemble l'Église, et notre mission, c'est de porter le Christ dans le monde.
J'ai besoin de l'Église, dans sa dimension hiérarchique, le pape, les évêques.
J'ai besoin de l'Église, j'ai besoin de mes frères. J'ai besoin de ce cadeau des sacrements, de la parole de Dieu, parce que Jésus me dit que c'est là qu'il me permet de suivre. J'ai besoin des pasteurs, des bergers qu'il me donne, même s'ils sont imparfaits, même si je trouve qu'ils ont trahi comme Saint-Pierre.
J'ai besoin de l'Église… et en même temps, je suis moi aussi l'Église parce que Jésus me veut dans l'Église. Et vous voyez, il y en a certains parmi nous qui sont baptisés, donc qui sont incorporés au corps. qui est l'église, à la famille qui est l'église. Vous savez, souvent après les baptêmes, on chante « Tu es devenu enfant de Dieu et frère de Jésus » . Nous qui sommes baptisés, nous sommes entrés dans la famille de Dieu. Et puis, il y en a d'autres parmi nous qui ne sont pas baptisés, pas encore. Eh bien, vous, Jésus vous attend et Dieu vous attend dans l'Église parce qu'il veut rassembler sa famille, et il veut que tout le monde soit dans cette famille-là. Voilà ce qu'est l'Église. L'Église, elle est ce dont on a besoin parce que Jésus nous y attend. Mais elle est aussi ce que Jésus nous donne de vivre pour que nous, nous soyons l'Église.