Souvent il y a comme une espèce de fossé entre la perception de Jésus et de l’Eglise. On peut avoir fait l’expérience de l’amour de Dieu et avoir un peu plus de mal à intégrer la nécessité de l’Eglise. Selon les regards que l’on a sur elles ou sur ces membres, c’est plus difficile à intégrer.
Première chose à dire en introduction : si l’on veut avoir le regard le plus juste possible sur l’Eglise et ce qu’elle est, par rapport à ce que Dieu nous propose, il faut la regarder de l’intérieur. Si on regarde une église de l’extérieur en général on ne se rend pas compte de grand-chose… Ce n’est pas très représentatif ! Vu de l’extérieur les vitraux ça casse pas des briques ! On n’a aucune idée de ce pour quoi ils sont faits si on n’entre pas.
De fait on peut avoir plusieurs regards sur l’Eglise. Le cardinal Journet distinguait trois regards différents sur l’Eglise. Il les disait semblables à la façon dont les gens regardaient Jésus.
Le regard extérieur et descriptif. On essaye d’analyser l’Eglise en termes d’organisation, de structure, de politique… On en fait une analyse comme de n’importe quelle autre réalité humaine. C’est légitime mais ce n’est qu’un regard.
Le regard qui s’interroge. Il est déjà plus pénétrant. Qu’est-ce que c’est que ça ? A quoi ça sert ? Ce regard peut même être étonné en bien ou en mal. En mal c’est pas très dur. En bien, on peut se demander comment un rassemblement de personnes si imparfaites peut produire des œuvres d’une grandeur non négligeable, dans les figures de sainteté, dans des réalisations sociales, culturelles… Si on est honnête on reconnait qu’il y a des effets positifs. Ce regard reste cependant superficiel, au niveau des œuvres et des réalisations.
Le regard de la foi. En fait c’est le seul qui permette d’accéder au cœur même de l’Eglise. Voilà ce qu’on va essayer de voir.
Il est facile de voir que dans nos discussions avec nos collègues, nos amis, nos camarades, lorsqu’on parle de foi on en revient souvent aux mêmes questions, à l’Eglise. On le sait bien, ce sont toujours les mêmes artifices, les mêmes points qui reviennent : les croisades, l’inquisition, la morale, le pape, la pédophilie, les Borgia, Galilée… On connait la musique.
Il y a un texte qu’il est utile de connaître parce qu’il est assez fondamental dans notre compréhension de ce qu’est l’Eglise c’est Lumen Gentium, la constitution apostolique sur l’Eglise du Concile Vatican II. On va beaucoup s’en servir ici.
Pourquoi ce texte est-il important ? Avant, et ce n’était pas faux, on avait beaucoup présenté l’Eglise comme une belle institution bien établie, avec ses propres finalités. Avec Vatican II, on a voulu mieux comprendre d’où venait l’Eglise et quelle était sa spécificité. Pour cela elle n’a pas forcément besoin de se comparer. On a développé un aspect plus spirituel, plus théologal que ce qui avait été fait avant. On a abordé plus avant le mystère de l’Eglise.
D’abord qu’est-ce que ça veut dire Eglise ? Assemblée. L’Eglise c’est débord un groupe de personnes bien vivantes. Dans la Bible, quand on parle d’Eglise, c’est rarement tout seul. C’est l’Eglise de Dieu, l’Eglise du Christ. L’assemblée de Dieu. Ce n’est pas n’importe quelle assemblée : c’est la convocation de ceux que Dieu convoque. La finalité de l’Eglise, sa nature, son origine sont complètement différents de toute organisation humaine. Elle est fondée sur l’élection gratuite de Dieu. C’est d’abord une réalité spirituelle avant d’être culturelle. Si l’Eglise nous parait parfois être une réalité humaine, très humaine, trop humaine, souvenons-nous que l’Eglise dépasse cela. Si l’on veut envisager ce qu’est vraiment l’Eglise il faut dépasser ce simple aspect premier. L’Eglise est la réunion d’un aspect divin et d’un aspect humain et il faut absolument tenir les deux ensembles.
Le Concile parle de l’Eglise comme d’un sacrement. Qu’est-ce qu’un sacrement ? C’est un acte visible et sensible qui vient conférer, renouveler, confirmer la grâce invisible de Dieu. Dans tout sacrement il y a du visible et de l’invisible. C’est le signe visible d’une réalité invisible. En creusant cela, les Saints et les Pères de l’Eglise se sont demandé quel était le grand signe envoyé par Dieu avant même les fameux 7 sacrements ? Le Christ. C’est lui le grand sacrement, le signe visible qui nous amène à une réalité invisible. De même aujourd’hui on peut dire que l’Eglise est celle qui nous amène vers le Christ, qui par les sacrements nous confère, confirme, renouvelle les grâces de Dieu. Elle est sacrement en elle-même. Elle est à la fois signe du Salut et ce qui donne le Salut. Jésus envoie les Apôtres annoncer le Salut mais aussi le réaliser par les sacrements ! On ne fait pas que parler de la Bonne Nouvelle. L’Eglise est un signe efficace à travers lequel Dieu vient nous rejoindre.
Il y a trois expressions privilégiées à travers lesquelles le Concile décrit l’Eglise. C’est l’Eglise peuple de Dieu, l’Eglise corps du Christ et l’Eglise temple de l’Esprit Saint. Quand on essaye de comprendre ce qu’est l’Eglise à travers ces trois aspects on voit bien qu’on ne peut pas la réduire simplement à une organisation humaine.
a) L’Eglise Peuple de Dieu
Quand on parle du peuple d’Israël qui se traine dans le désert et qui râle on ne parle pas de n’importe quel peuple. On parle du peuple choisi par Dieu. « Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple ». L’Eglise c’est le peuple de tous ceux que Dieu choisit ! Ça dépasse largement toute forme particulière de culture, d’organisation sociale ou politique ! C’est un peuple particulier, unique. Ce peuple est constitué de tous les baptisés. C’est la raison pour laquelle le Concile insiste sur cet aspect de peuple : cela permet de rappeler que notre dénominateur commun c’est le baptême, qui nous envoie en mission.
b) L’Eglise corps du Christ
On entre dans l’aspect d’union entre l’Eglise et le Christ, la raison pour laquelle on ne peut pas avancer vers Jésus sans croiser l’Eglise. Si on va jusqu’au bout de notre chemin avec Jésus on apprend aussi à aimer ce qu’Il aime. On ne peut pas aimer le Christ et mépriser l’Eglise ou prétendre suivre l’Eglise si notre cœur n’est pas habité par Jésus. C’est l’Eglise de Jésus : « Je bâtirai mon Eglise ». Les deux vont ensemble. Un théologien disait : vouloir aimer Jésus tout en refusant l’Eglise c’est comme L’embrasser sur la joue tout en Lui écrasant le pied… C’est pas correct ! En fait ce qui touche Jésus touche l’Eglise et réciproquement. C’est pour cela que Jésus est le corps du Christ. Tous les membres ont besoin les uns des autres et doivent prendre soin les uns des autres. Et la tête bien sûr c’est le Christ. L’Eglise ne peut rien sans le Christ et le Christ ne veut rien faire sans l’Eglise. Si on se demande pourquoi l’Eglise, il faut qu’on aille demander à celui à cause de qui tout cela arrive ! En fait l’Eglise est aussi un moyen pour Jésus de nous montrer qu’il est proche. Sans les prêtres par exemple, on penserait bien plus facilement que Dieu est loin. L’Eglise Corps c’est aussi bien sûr toute la dimension de la communion des saints.
c) L’Eglise temple du Saint Esprit
L’Eglise n’est pas d’abord un bâtiment de pierre ou l’assemblée d’un groupe de personne qui se retrouve de temps en temps pur faire mémoire de son fondateur génial mais disparu : Jésus. Si l’Eglise est vivante c’est parce que l’Esprit l’habite. Parfois on entend que l’Eglise a pris la suite du Christ. C’est plutôt inquiétant ! Si elle suit, comment on est sûr qu’elle suit bien ?! Mais Dieu habite son Eglise. C’est le Christ qui baptise, qui pardonne, qui préside la messe. (nda : à ce moment le Père Dominique-Marie David raconte qu’il a discuté avec un pope lors d’un pèlerinage en Russie. Celui-ci lui raconte que lors d’un culte, le pope qui célébrait devait aller s’asseoir dans le fauteuil de la présidence. Il y va… et s’immobilise. Il reste bloqué. Il y a un moment de flottement et puis un autre pope finit par aller le voir. « Mais pourquoi vous ne vous asseyez pas ? » « C’est déjà occupé… » Il avait eu une vision du Christ !) Le Christ célèbre invisiblement ce que le prête célèbre visiblement. Ça change tout ça… Et seul l’Esprit Saint peut nous le faire comprendre !
Ajoutons aussi quelques mots sur l’Eglise épouse du Christ. Jésus se présente comme l’époux, il faut bien qu’il y ait une épouse. Jésus fait son premier miracle aux noces de Cana. Il est venu pour un mariage ! C’est pas forcément facile de voir l’Eglise comme une personne. Alors Dieu l’a concrétisé dans une personne : Marie. C’est elle qui nous dit quelque chose de l’Eglise.
« Je crois en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique »
Pourquoi tant de divisions, de confessions !? Même dans l’Eglise il y a des différences de tradition et de rite. L’unité n’est pas l’uniformité, c’est sans doute la première clé. Même en dehors de ça, comment penser l’unité de l’Eglise ? Pas avec une vision humaine. S’il n’y a qu’une Eglise c’est parce qu’il n’y a qu’un seul, qu’un seul Christ, qu’une seule famille que Dieu veut réunir. Il y une dimension d’humilité à ne pas vouloir sauver le monde et tout réaliser soi-même. L’Eglise est une de par l’Esprit Saint qui l’habite. En même temps l’unité reste un chemin, un chantier important… Tout en étant déjà réalisée. En tout cas l’unité ne sera pas l’uniformisation, elle se fera et se fait dans la diversité.
Comment l’Eglise est-elle sainte ? Où voit-on sa sainteté ? On est obligé de revenir à l’origine même de l’Eglise. L’Eglise n’est pas sainte parce que ses membres sont saints dès le baptême et pour toujours mais parce que Dieu est saint. Parce que le Christ est le Saint de Dieu. Parce qu’elle est habitée par l’Esprit Saint. La sainteté c’est appartenir à Dieu, pas parvenir à une perfection morale. L’Eglise est donc sainte bien que ses membres ne le soient pas ou pas encore.
Catholique ne doit pas s’entendre comme « pas protestant et pas orthodoxe ». D’ailleurs les orthodoxes quand ils récitent le Credo proclament eux aussi leur foi en une Eglise catholique ! Catholique vient du grec et signifie selon la totalité. Nous faisons donc partie de quelque chose qui est complètement donné, où l’on trouve tout ce qu’il faut pour vivre la vie évangélique, la vie de Dieu et la sainteté. L’Eglise telle que nous la recevons de Dieu est celle par qui le Seigneur passe pour donner la plénitude des moyens de Salut. Cela ne veut pas dire que les autres n’ont aucun moyen de Salut ou aucune vérité.
Autre aspect du mot catholique : il signifie universel. L’Eglise est pour le monde entier. Il n’y a pas de lieu ou de situation où Dieu ne puisse pas appeler à Lui par Son Eglise Ses enfants. D’où la phrase « hors de l’Eglise point de Salut ». L’Eglise peut être partout. De toute façon quand Jésus donne sa vie sur la Croix c’est pour tous les hommes. Le Salut est universel, les moyens du Salut le sont aussi, que ce soit de manière directe ou indirecte. Il y a donc plusieurs manières d’être rattachés à l’Eglise. Par l’Eglise de façon visible ou autrement, sans le savoir mais qui sont pourtant rattachés à l’Eglise.
Là aussi deux sens. D’abord l’Eglise est fondée sur les Apôtres. Et elle continue de s’appuyer sur le collège des évêques, successeurs des Apôtres. Cela ne veut pas dire que les Apôtres ont fait le téléphone arabe avec des héritiers ! La succession ce n’est pas la transmission de la grâce. C’est dire que les évêques reçoivent par l’Esprit Saint aujourd’hui la même grâce que les Apôtres.
L’Eglise apostolique c’est aussi l’Eglise envoyée en mission qui évangélise.