Dans la Bible on connait tous deux passages qui parlent des charismes. La Pentecôte où tous les Apôtres sont saisis par l’Esprit Saint et se mettent à chanter en langues les merveilles de Dieu et où tous les étrangers présents à Jérusalem les comprennent miraculeusement et se convertissent. La lettre aux Corinthiens où Saint Paul essaye d’expliquer un peu comment vivre et prier avec ces charismes.
En lisant ces textes et les Actes des Apôtres de façon générale, on a l’impression que c’était monnaie courante à l’époque. Saint Paul écrit sa lettre pour aider à ordonner la prière parce qu’il y a trop de gens qui prophétisent, ont des paroles de connaissance et chantent en langue ! Dès que Saint Pierre ou Saint Paul se baladent quelque part, il s’ensuit tout un tas de guérison comme celle de l’impotent du Temple ou celles dont on nous parle en Actes 5,12 : « Par les mains des Apôtres il se faisait de nombreux signes et prodiges parmi le peuple, […] à tel point qu’on allait jusqu’à transporter les malades dans les rues et les déposer là sur des lits et des grabats afin que tout au moins l’ombre de Pierre, à son passage, couvrit l’un d’eux. La multitude accourait même des villes voisines de Jérusalem, apportant des malades et des gens possédés par des esprits impurs, et tous étaient guéris. » On aimerait bien que François le successeur de Pierre en fasse autant… Les Actes sont remplis de miracles, de guérisons et de prophéties, même chez les non-croyants : la première fois que Pierre baptise des incirconcis, donc des non juifs, c’est parce qu’ils ont chanté en langues avec lui ! Des non-baptisés ! Bref, les charismes fleurissaient un peu partout à l’époque des Apôtres…
Aujourd’hui on ne peut pas dire qu’il en soit de même. Alors est-ce que ça veut dire que les charismes étaient réservés à cette époque et que ça n’est plus d’actualité ? La question est sérieuse, même les Pères de l’Eglise se la posent… et peuvent tendre à y répondre par oui, comme Saint Augustin qui dit dans son Sermon que « nous sommes donc dans la vérité en croyant qu'à cette époque 1'Esprit Saint manifestait sa présence avec les langues de toutes les nations [et] qu'aujourd'hui même, il a cessé de manifester sa présence par le même signe » ou dans ses Rétractations que « de nos Jours, 1'imposition des mains ne confère plus le don des langues avec le Saint Esprit, l'ombre seule des prédicateurs de Jésus-Christ ne guérit plus aujourd'hui les malades qu'ils trouvent sur leur passage. Ces miracles ne se sont plus renouvelés dans la suite, il ne peut y avoir de doute à cet égard. » ou encore de Saint Jean Chrysostome qui écrit dans son homélie sur la lettre aux Corinthiens, celle qu’on utilise toujours pour dire aux gens qui se montrent sceptiques vis-à-vis des charismes « mais si regardez c’est dans la Bible » que « le passage entier est très obscur...cette obscurité tient à l'ignorance de ce qui se passait alors mais qui n'arrive plus de nos jours. » J’insiste un peu pour qu’on voit bien que la question est sérieuse et que c’est pas juste « comme - c’est – un – topo – de - l’Emmanuel – de – toute – façon – on – va – juste – nous – dire – d’exercer – les – charismes ». Même si je vous rassure, à la fin on exerce les charismes.
On va reprendre les choses depuis le début en se demandant ce qu’est un charisme. Pour faire ça rigoureusement, voilà ce que Saint Thomas en dit : « Il faut distinguer deux espèces de grâces. La première unit l’homme lui-même à Dieu. Et la seconde fait qu’un homme aide un autre à se tourner vers Dieu. Cette dernière grâce s’appelle charisme et, concédée à l’homme, elle dépasse et la puissance de sa nature et ses mérites personnels. D’autre part, elle n’est pas donnée pour que celui qui la reçoit y trouve la sainteté mais qu’il coopère à la sainteté d’un autre. » Tout est là-dedans.
Deux choses à retenir.
Un, un charisme est une grâce. Par opposition à quelque chose que l’on aurait naturellement, la grâce se reçoit de Dieu au cours de notre vie. Dieu la donne, peut la reprendre, elle est comme dit Thomas « concédée à l’homme ». Elle ne dépend donc pas de ce qu’il est : puisqu’elle « dépasse et la puissance de sa nature et ses mérites personnelles ». Nous aurons l’occasion d’approfondir cette question. Deuxième chose à retenir : c’est une grâce qui est donnée à quelqu’un « pour qu’il coopère à la sainteté d’un autre ». C’est une grâce pour l’autre.
Qu’est-ce qui correspond à cette définition ? Eh bien comme on peut s’y attendre, principalement les charismes énumérés par Saint Paul en 1Co12 : les langues, la guérison, la prophétie, le discernement des esprits, l’interprétation des charismes… On peut aussi passer au charisme d’image qui n’est pas cité par Saint Paul mais que l’on peut voir à l’œuvre.
A l’inverse, être très bon musicien, avoir une belle voix pour porter la louange ou encore avoir l’esprit pour développer de grandes et belles prières, ce ne sont pas des charismes ! Bien sûr ce sont des choses bonnes et belles en elles-mêmes, à déployer, mais ce sont des talents naturels et non des grâces. Evidemment ils nous sont aussi donnés par Dieu qui nous a fait, mais pas à la façon des charismes. Les sacrements ne sont pas des charismes non plus : ce sont des grâces indépendantes de nos mérites, mais ils sont donnés pour nous et non pour les autres.
Ce premier cadre étant posé, on va approfondir pour essayer de bien comprendre quelles sont les limites des charismes et les quelques distinctions qu’il nous faut avoir bien en tête.
Sur ce point il y a deux attentions à avoir. La première c’est de ne pas appeler charisme (grâce) ce qui n’est qu’un talent (nature). C’est ce que nous venons d’évoquer au-dessus. Pour cela toujours revenir à la définition.
Pour la deuxième attention je vous cite Saint Grégoire : « Quelquefois les saints prophètes, par l'exercice fréquent de leur ministère, publient, lorsqu'ils sont consultés, des oracles qui viennent de leur propre esprit, et ils s'imaginent qu'ils les rendent en vertu du don de prophétie. » C’est évidemment valable pour tous les autres charismes : science, image, chant en langue, etc. Ce n’est pas parce que quelqu’un a habituellement un charisme d’image que dès qu’il en a une qui lui vient à l’esprit c’est un charisme. C’est particulièrement vrai si en plus il s’agit de quelqu’un de très visuel et artiste. Nous pouvons avoir tendance comme le dit Saint Grégoire à arrêter de discerner et à appeler charisme ce qui vient simplement de l’homme lui-même. Rassurons-nous, Saint Grégoire ajoute tout de même immédiatement après : « le Saint-Esprit corrige au plus vite les prophètes en leur faisant entendre la vérité, et ils se reprennent eux-mêmes d'avoir tenu de faux discours. »
A ce sujet je voudrais m’arrêter sur un point particulier : le chant en langue. Quand on chante en langue ce n’est pas toujours charismatique. On peut même dire que le plus souvent ça ne l’est pas ! Il faut faire la différence entre deux choses. D’abord la prière en langue. C’est une façon de prier, de se tourner vers Dieu sans mots. Une forme de prière comme beaucoup d’autres, peut-être particulièrement forte ou belle en ce qu’elle traduit et aide à vraiment ouvrir son cœur et à être disponible à l’Esprit Saint, mais juste une forme de prière. Souvent c’est ce que nous faisons après le chant à l’Esprit Saint dans nos louanges. Ensuite il y a le charisme de langue, celui dont parle Saint Paul et celui de la Pentecôte. Là c’est un véritable charisme, une prière qui monte en moi sans que je l’aie voulue, un chant qui jaillit et qui ne vient pas de moi. Un charisme. C’est très important de bien faire la distinction entre les deux pour pouvoir se positionner justement.
Comment faire la différence ? Avec les critères de Saint Paul. Il en donne deux pour le charisme de langue en 1Co14,27. D’abord « que ce soit le fait de deux ou trois tout au plus ». Quand il y a un chant charismatique qui s’élève, c’est avant tout par quelques-uns d’entre nous. Les autres écoutent. Dans un second temps, comme cela nous porte nous-mêmes à la prière, nous rejoignons nous aussi le chant en langue, pas forcément par un charisme nous-mêmes mais le plus souvent par un chant de prière. Ensuite « qu’il y ait un interprète ». Après un chant en langue véritablement charismatique on entend des charismes qui commencent par « en entendant le chant en langue, j’avais l’image de… ». Voilà deux critères de discernement.
Si au lieu d’avoir un texte, une image, un chant en langue charismatiques nous avons seulement un texte, une image, un chant en langue « naturels », est-ce vraiment gênant ? Non pas du tout !
Le fait de prier avec la Parole de Dieu est fructueux en soi, sans qu’on ait forcément reçu le texte de l’Esprit sur le moment. C’est d’ailleurs ce qu’on fait à la messe ! Pour les images on peut reprendre l’exemple de tout à l’heure de quelqu’un qui est très visuel et artiste. Chacun de nous prie le Seigneur avec tout ce qu’il est, y compris ses talents. Cela peut aussi passer par là ! Et ainsi de suite pour tous les autres charismes. Nous louons aussi le Seigneur avec notre nature.
Le seul cas où c’est vraiment très grave c’est s’il n’y a que de cela. S’il n’y a aucun charisme, il y a clairement un problème de disponibilité et d’ouverture à l’Esprit !
Là je mets directement les pieds dans le plat : non ! Tout le monde n’a pas un charisme. Et ce n’est pas parce que je ne suis pas assez ouvert à l’Esprit Saint que je n’ai pas de charisme.
Pour comprendre cela, il faut d’abord se souvenir que le charisme est une grâce donnée pour les autres. De là deux choses : d’abord si je n’en ai pas, cela ne veut pas dire que j’ai moins que les autres puisque le charisme ne me serait pas donné pour moi de toute façon ! Ensuite le Seigneur m’appelle d’abord, avant tout et surtout à être au service de mes frères et au sien avec tous les talents et toutes les qualités qu’il m’a donnés, avec ma nature donc (soutenue par la grâce évidemment).
Ensuite voilà ce qu’en dit Saint Augustin dans son Traité sur l’Evangile de Saint Jean « Beaucoup de dons sont accordés en effet en vue de la manifestation, mais toi, peut-être, tu n'as rien de tous ces dons que J'ai dit. Si tu aimes, tu n'as pas rien, car si tu aimes l'unité, quiconque possède en elle quelque chose le possède aussi pour toi. » Les charismes ne sont pas donnés à quelqu’un ils sont donnés à l’Eglise. Si j’aime l’Eglise et ma communauté, je suis riche de tous les dons que le Seigneur lui donne. Saint Augustin continue plus loin : « En entendant énumérer tous ces merveilleux charismes (prophétie, sagesse, discernement, guérisons, langues), certains pourraient s’attrister ou se sentir exclus en pensant qu’ils ne possèdent rien de tout cela. Mais si tu aimes l’Eglise, il est sûr que tu n’es pas absolument dépourvu [de dons] ; car si tu tiens de cœur à l’ensemble de l’Eglise, tu partages avec ceux qui les possèdent les dons de l’Esprit de Dieu. Ne sois point envieux : tout ce que je possède t’appartient. Dans le corps humain, l’œil seul a le privilège de la vue ; mais est-ce pour lui seul qu’il en jouit ? Il le possède pour la main, pour le pied, pour tous les autres membres. » Vous voyez il reprend même l’image du corps de Saint Paul. Donc la vraie question c’est est-ce que ensemble nous sommes ouverts à l’Esprit Saint et riches de ses nombreux dons charismatiques ? Si la réponse individuelle peut être non, celle de l’Eglise a plutôt intérêt à être oui parce que nous vivons de l’Esprit Saint ! Augustin parle quand même de « beaucoup de dons accordés » et de « l’énumération des merveilleux charismes (prophétie, sagesse, discernement, guérison, langue ».
Cela étant dit, nous n’avons pas tous un charisme, mais nous devons tous aspirer aux charismes, et « surtout aux plus hauts » nous dit Saint Paul ! Nous sommes tous appelés à vivre dans l’union à Dieu par l’Esprit Saint et les dons des charismes sont une façon éminente de vivre cela. Nous devons donc tous les rechercher, puisque « le but de toute vie chrétienne c’est l’acquisition de l’Esprit Saint » (Saint Séraphin de Sarov). Nous en reparlons dans un moment, mais c’était très important de le mentionner tout de suite.
Quelle conclusion tirer de tout ça ? Une seule, toute simple. Il faut discerner. C’est la conclusion du « Faut pas le faire n’importe comment ». N’appelons pas charismes nos talents, nos qualités, la louange que nous faisons avec tout ce que nous sommes et ce que nous avons ! Cela doit être reconnu comme tel.
Ensuite ce n’est pas parce que j’ouvre ma Bible et que je tombe sur un beau texte que c’est un charisme ! De même avec les prophéties, les images, etc… Un petit exemple marrant pour illustrer ça et souffler un peu. C’est Saint Irénée qui parle dans Adversus Haereses d’un certain Marc le magicien, qui prétendait donner des charismes aux femmes autour de lui. Saint Irénée raconte comment il s’y prenait : « "Ouvre la bouche et prophétise !" La femme de répondre alors : "Je n'ai jamais prophétisé et ne sais pas prophétiser." Mais lui, faisant de nouvelles invocations destinées à stupéfier sa victime, lui dit : "Ouvre ta bouche et dis n'importe quoi : tu prophétiseras." Et elle, sottement enorgueillie par ces paroles et l'âme tout enflammée à l'idée qu'elle va prophétiser, sent son cœur bondir beaucoup plus que de raison : elle s'enhardit et se met à proférer toutes les niaiseries qui lui viennent à la pensée, sottement et effrontément, échauffée qu'elle est par un vain esprit. A partir de ce moment, cette femme se prend pour une prophétesse. » Bon là on voit l’importance de discerner non ? Discernons véritablement, sans tout de suite nous emballer dès que qu’un jeune de notre groupe de prière ouvre sa Bible ou la bouche pendant la louange.
Alors on s’y prend comment pour discerner ? Eh bien comme l’a dit Saint Paul. En Eglise. Donc ensemble, en demandant à son frère, à sa sœur, en se tournant vers le fil rouge… C’est la confirmation dans la communauté qui va me permettre de savoir ce qui vient de moi ou ce qui vient de Dieu. C’est pour ça que comme le répète sans cesse Saint Paul il faut qu’il y ait une interprétation au charisme donnée. Sinon ce n’en est pas un, il recommande d’ailleurs de se taire ! Mais parfois ce n’est pas moi qui aie cette interprétation mais mon frère ou ma sœur ! Si je ne lui parle pas, aucune chance d’être vraiment disponible à l’Esprit.
C’est pour ça qu’il faut être audacieux ! Quand nous avons quelque chose dans le cœur, parlons-en au frère voisin ou au fil rouge ! Si nous n’avons pas ce courage-là, nous ne pourrons jamais exercer les charismes que nous recevons, éclairer le frère ou la sœur qui justement lui aussi est en train de recevoir quelque chose ! En fait il s’agit de vraiment lâcher prise. Vous voyez quand on essaye de faire tout seul, de discerner tout seul on s’approprie le charisme et du coup on tue dans l’œuf notre capacité à le recevoir, ou alors on se met à tout confondre. Vous voulez vraiment faire confiance à Dieu et vous abandonnez à lui pour vivre de Lui ? Eh bien il faut aussi lâcher prise sur les charismes ! Laisser le Seigneur les faire vivre, et accepter qu’en fait c’est lui qui les donne, mais c’est aussi lui qui les discerne par les autres. Donc allons-y ! Parlons à nos frères et sœurs ! Une louange où personne ne va voir le fil rouge, c’est qu’il y a un problème. Soit on n’est pas en train d’ouvrir nos cœurs aux charismes, soit on est en train de se les approprier et d’essayer de faire notre propre tambouille avec. Oublions ça, ça ne marche pas.
Dernier élément : on discerne dans la durée. Même si le charisme ne dépend pas de nous, de nos capacités ou talents, le Seigneur est cohérent et repasse souvent par la même personne pour redonner un même charisme. Saint Thomas remarque dans la Somme qu’« il subsiste dans le prophète une aptitude à être plus facilement à nouveau soumis à l'influx divin. Pareillement, l'esprit qui s'est excité à la dévotion retourne ensuite plus aisément à sa ferveur première. »
Cela se développe de deux façons. D’abord ne nous emballons pas ! Cette fois c’est Saint Augustin qui parle : « On ne dira pas non plus qu'un homme, pour une parole sage qu'il aura prononcée, méritera pour cela d'être rangé parmi les sages. C'est ainsi qu'un homme qui aura prophétisé un Jour ne sera pas compté pour cela parmi les prophètes. » Inversement, soyons attentifs quand le Seigneur repasse plusieurs fois chez la même personne, y compris chez nous. Cela nous rendra plus disponibles. A la suite de ça, je crois que c’est très important que l’on ait tous à cœur de confirmer les charismes de nos frères et sœurs. Quand un charisme donné nous parle particulièrement, il faut vraiment que l’on fasse le geste d’aller voir celui qui l’a reçu pour le confirmer. Là encore, vivons vraiment de l’Esprit. Pour ça faut être vivant, actif, faut se parler. Jésus est le Verbe, la Parole de Dieu alors si on n’ouvre pas nos bouches pour discerner avec nos frères et ensuite pour parler à l’assemblée il risque de ne pas se passer grand-chose. On le fait pour les paroles de sciences parce que c’est particulièrement délicat, mais en fait c’est pareil pour les autres charismes !
Pourquoi avoir posé toutes ces limites et distinctions ? Pour nous aider à être plus juste bien sûr, mais surtout pour nous encourager à plus exercer les charismes ! On peut parfois se cacher derrière nos petits chants en langues après l’Esprit Saint et le fait qu’on ouvre notre Bible de temps en temps pour se dire « c’est bon on est super charismatiques ». Je me souviens d’un monsieur qui m’avait dit : « La communauté de l’Emmanuel ? Laisse-moi rire, c’est ceux qui croient qu’ils sont charismatiques parce qu’ils lèvent les mains et qu’ils font des chants en langue c’est ça ? Va voir les franciscains, tu verras ce que c’est d’être vraiment charismatique. » Le but c’était d’émonder un peu pour mieux s’ouvrir aux vrais charismes, pour nous rouvrir, nous renouveler, nous aider à être encore plus disponible à l’Esprit Saint, nous sortir de notre petit confort de routine « charismatique » pour qu’on ait cette vraie préoccupation de se dire « est-ce que nous sommes vraiment disponibles à l’Esprit Saint ? Si c’est la routine c’est sûr que c’est pas l’Esprit Saint.
Vous savez, je crois qu’on a tous dans le cœur un vrai désir de vivre de l’Esprit, de recevoir la Grâce, de vivre dans l’intimité avec le Christ. Et du coup, on a tous un vrai désir de vivre aussi des charismes. Le problème c’est que parfois on colmate un peu ce manque, ce désir qu’on a en étiquetant « charismes » tout un tas de trucs qui n’en sont pas vraiment. Et du coup cette locomotive à appeler l’Esprit Saint qu’on a dans le cœur est toute encombrée et elle n’avance plus vraiment. Alors le but c’était de faire un grand coup de ménage pour qu’elle puisse tourner à plein régimes et qu’on ait de nouveau dans le cœur le désir de recevoir de vrais charismes ! Que du coup on rouvre notre cœur, on réinvoque l’Esprit Saint, qu’on grandisse notre désir !
[Exhortation avec les mains, coup du tout ça, tout ça – Pas avoir peur de faire d’erreurs, il y a de VRAIS charismes à recevoir – Maintenant qu’on est au bon endroit, faut y aller à fond !]
J’aurais pu vous faire maintenant un grand discours sur chaque charisme un par un. Mais je préfère vous parler des fruits des charismes, parce qu’ils sont magnifiques ! J’espère que ça va réveiller encore plus en nous la locomotive à appeler l’Esprit Saint et que ça nous aider à ouvrir encore plus notre cœur !
Petite précision : ce ne sont pas seulement des fruits. Ce sont aussi des préalables à la réception des charismes. Comme souvent dans la foi, c’est un cercle vertueux qui s’entretient. Les charismes font grandir ces fruits qui en retour nous donnent d’être encore plus disponibles aux charismes.
Le premier don, c’est l’unité. Revenons à la lettre Corinthiens. Paul est en train de faire un traité sur les charismes, de donner des règles, et tout d’un coup il s’arrête pour se mettre à parler de l’Eglise corps du Christ, avec l’œil, les pieds, les mains etc. On a l’impression qu’il se met à parler de quelque chose qui n’a rien à voir. En fait pas du tout. C’est profondément la même chose. C’est en recevant l’Esprit Saint que nous sommes faits Eglise, communauté, frères et sœurs. En apprenant à vivre des charismes, nous apprenons à vivre ensemble avec le Christ. Nous sommes unis ensemble et avec lui. C’est ce que disait Saint Augustin tout à l’heure en expliquant que si quelqu’un a reçu un charisme alors par mon union à l’Eglise je l’ai reçu aussi. Il dit encore « le don des langues était alors une preuve qu'on avait reçu le Saint Esprit, et aujourd'hui le témoignage pour un chrétien qu'il a reçu cet Esprit, c'est qu'il est uni par le lien de la paix à l'Eglise répandue parmi toutes les nations. » Saint Paul dit encore « C’est lui qui donné aux uns d’êtres apôtres, à d’autres d’être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs organisant les saints en vue de la construction du corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait dans la force de l’âge qui réalise la plénitude du Christ. » (Eph4,11-13) Les charismes sont là pour nous unir tous ensemble au Christ ! C’est aussi eux qui d’une certaine façon font le ciment de notre unité. C’est grâce à eux que nous prions ensemble et pas les uns à côté des autres.
Donc si on n’exerce pas les charismes dans nos maisonnées et nos groupes de prière, on ne vit pas cette unité de l’Eglise et cette union au Christ. Sans unité, pas de charismes. Sans charismes, pas d’unité.
Le deuxième fruit, c’est l’humilité. C’est surtout une condition pour recevoir les charismes. Si je ne suis pas tout petit, comment pourrais-je recevoir de Dieu ? Recevoir ces charismes de Dieu, c’est une façon de vivre l’amour du Père pour nous et de lui faire notre réponse de petit enfant. Saint Clément de Rome a cette très belle formule : « Le Père tout compatissant et bienfaisant se sent des entrailles pour ceux qui le craignent; il répand ses grâces avec douceur et bonté sur ceux qui s'approchent de lui avec un cœur simple. Aussi que notre âme ne s'enfle pas à cause de ses dons incomparables et magnifiques. » Les charismes sont vraiment un moyen privilégiés d’apprendre l’humilité dans la proximité avec Dieu, puisqu’on y découvre vraiment que l’on reçoit tout de Dieu (« Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » 1Co4,7). C’est encore Saint Clément de Rome qui nous dit « Quelqu'un est-il fidèle, capable d'exposer une parole de connaissance, sage dans le discernement des discours, chaste dans les œuvres. Il doit être d'autant plus humble qu'il paraît grand, il doit chercher 1'utilité de tous et non la sienne propre. » Est-ce que vous n’avez pas envie de vivre ça ? L’union amoureuse à Dieu et le service charitable des autres dans la simplicité de l’humilité ? Eh bien un moyen privilégié pour ça, ce sont les charismes.
Ces deux dons vont tellement ensemble que Saint Grégoire nous dit que c’est à cela qu’on reconnait un chrétien uni à Dieu ! « Une âme qui est remplie de l’Esprit divin a très évidemment ses signes, les miracles et l’humilité. Si ces deux signes se rencontrent parfaitement dans une âme, il est clair qu’ils portent témoignage sur la présence du Saint Esprit. » Les miracles et l’humilité !
N’ayons pas peur, Dieu s’occupe bien de nous pour nous accompagner sur ce chemin d’humilité, ce qui fait aussi des charismes un chemin pédagogique vers Dieu et l’humilité : « Quelquefois, l'esprit de prophétie fait défaut aux prophètes, et il n'est pas toujours à la disposition de leur intelligence, afin qu'ils reconnaissent, quand ils ne l'ont pas, qu'ils ne peuvent l'avoir que par un don lorsqu'ils l’ont. »
En fait à quoi est-ce que tout cela se ramène ? Toujours à la même chose : la charité. C’est pour cela qu’au beau milieu de son explication sur les charismes, Saint Paul remet la charité au cœur de son passage sur l’unité de l’Eglise. C’est vers la charité que nous tendons, c’est vers elle que les charismes nous portent. L’unité ne peut être orientée que vers la charité, que vécue dans la charité. L’humilité n’est au fond qu’une des vertus de la charité.
Et au fond, la charité nous mène à l’union avec Jésus. Tous les charismes nous font tendre vers Lui, nous font tendre vers la sainteté en nous apprenant à vivre dans la charité, dans l’humilité, mais aussi à ouvrir notre cœur, à nous rendre disponible, à faire confiance, à prier… En fait les charismes peuvent devenir petit à petit et le fruit et la source de notre vie de prière et de notre vie quotidienne avec Dieu. Voici une belle citation de Saint Maxime le Confesseur à ce sujet : « Comme il n’est pas possible de maintenir allumée une lampe sans huile, ainsi il est impossible de maintenir allumée la lampe des charismes sans une attitude capable de nourrir le bien par des comportements adéquats, des paroles, manières, habitudes, idées, pensées convenables. Tout charisme spirituel en effet a besoin de l’attitude qui lui est connaturelle, qui verse sans cesse en elle, comme huile, la matière spirituelle afin de demeurer chez celui qui l’a reçu en possession. »
Un petit mot sur le chant en langue qui a quelque chose de particulier. Même charismatique je le chante avant tout pour moi. Ce qu’il a de beau et de particulier, c’est que tous les autres charismes y puisent. Il est à la source de tous les charismes. Si nous voulons vivre des charismes, il nous faut commencer par porter une attention particulière au chant en langue. C’est aussi pour cela que Saint Paul nous dit que c’est « le plus petit de tous les charismes » : il est là pour porter les autres !
Alors qu’est-ce qu’on retire de tout ça ? Qu’il ne faut pas appeler n’importe quoi un charisme, ne pas se placer n’importe où en se disant « c’est un charisme »… Mais que quand on est au bon endroit faut vraiment y aller à fond parce que c’est de la belle ! C’est un peu la vie de l’Eglise les charismes. Alors allons-y vraiment à fond ! « Aspirons aux charismes, surtout les plus hauts » comme nous dit Saint Paul. Maintenant on est bien équipés pour discerner, donc n’ayons pas peur de faire des bêtises ! Discernons avec nos frères et sœurs, demandons à l’Esprit de vraiment nous éclairer, surtout ouvrons nos cœurs en grand, en très grand ! N’ayons pas peur, au contraire soyons audacieux en nous fiant à l’Esprit, à nos frères et sœurs et au bel équipement théologique que nous donnent les Pères de l’Eglise, en ouvrant large nos cœurs dans la confiance nous pourrons vraiment vivre de ces perles que sont les charismes ! Pas des fausses perles même si elles sont très jolies, mais ces perles fines, celles qu’on recherche assidument ! Désirons ces perles là parce que si on est prêt, Dieu nous les donnera en abondance ! Aspirons à ces perles fines que sont les charismes !
Voilà et puis s’il y en a qui veulent une réponse à la question initiale vous viendrez me voir après parce que pour ceux qui suivent je l’ai posée pour vous accrocher mais je n’y ai toujours pas répondu !