Il y a parfois un monde à franchir entre ce que j’ai discerné dans mon cœur, et sa traduction en actes dans ma vie.
Elle nous donne une information – je dois éviter de me jeter dans le vide de façon générale – mais elle la déforme – je risque ma vie en sautant de ce plongeoir. Donc : la peur n’est jamais un critère de discernement. Elle peut indiquer qu’il faut prendre autre chose qu’elle en compte, mais en tout cas pas elle-même.
La peur est paralysante – exemple du plongeoir. Elle peut donc non seulement fausser mon discernement, mais encore m’empêcher d’agir. Nous sommes donc appelés à dépasser nos peurs. On va parler des différentes peurs auxquelles nous pouvons être confrontés, et des trois façons dont elles sont un frein pour notre vie : en étant un frein à notre liberté, à notre conversion (transformation de vie), à notre don (engagement de notre vie).
Être libre, c’est répondre à un appel (la liberté est dialogale, Balthasar). La peur me prive de liberté lorsqu’elle m’empêche de répondre à l’appel.
Par exemple : la peur du regard des autres.
Les parents (pour un choix professionnel, ou un choix de vie). Appel à couper le cordon. Je ne prends pas une décision « contre » ma famille. Je prends une décision « pour » répondre à un appel. Danger de tout transcrire en termes relationnels (est-ce que tu es d’accord avec moi = est-ce que tu m’aimes). Honorer son père et sa mère ne signifie pas être d’accord avec eux, mais les aimer et respecter leur avis (avoir du respect pour) même lorsque je ne suis pas d’accord avec eux.
« Les gens » (les amis, les colocs, les collègues…). Là aussi, revenir au fondamental. A l’appel de qui (la parole de qui) est-ce que je réponds ? Ou : qui est-ce que je veux suivre ? Là non plus ne signifie pas la rupture avec le monde.
Croire que dire « oui » (un vrai oui, un oui juste) dans une relation (la relation à Dieu, à moi-même – réponse à l’appel) permet toujours un accroissement des autres relations (au monde créé, aux autres). Exemple de X dans ma famille.
Se méfier de la projection des avis des autres. Je pense que tout le monde va hurler, monter sur ses grands chevaux, être blessé => en réalité les gens acceptent tout à fait. Exemple perso.
Certaines choses ont besoin de changer dans notre vie, parce qu’elles sont mauvaises ou blessées et ont besoin d’être rendues saines. Notre péché, nos mauvaises habitudes… Certaines choses ont besoin de changer dans notre vie parce que nous croissons, et qu’elles doivent s’épanouir. Choisir un métier, avancer dans la foi et la suite du Christ, donner sa vie dans un état de vie.
Parfois bloqués par la peur du changement ou du dérangement. « Mais qu’est-ce qui va se passer si… » et « mais si… comment est-ce qu’on fera pour… ». Le dérangement peut être extérieur (organisation de ma vie) ou intérieur.
a. Extérieurement
Le Seigneur ne répond pas à cette peur en donnant une solution. En revanche, fait un appel. C’est une loi très importante de la vie spirituelle, de la façon dont le Seigneur agit avec nous : le Seigneur ne nous explique jamais (ou presque) la logistique (comment on va faire), mais il gère toujours la logistique.
Parce que la question n’est pas « comment va-t-on le faire », mais « est-ce que tu veux le faire ». La seule vraie question est ce que je veux / dois faire (in fini c’est pareil).
Donc cette peur est une occasion de ressaisir ma liberté.
Et : de faire confiance. Le Seigneur n’explique pas ses plans.
Exemple : prier tous les jours (quand je priais 5’ par jour je me disais « impossible de prier plus, ça rentrera jamais ». C’est en répondant à l’appel à prier plus que je me rends compte que ce n’est pas la question… et qu’en fait ça rentre très bien). Idem un groupe de prière, un engagement missionnaire ou de vie.
b. Intérieurement
Souvent au fond c’est le vrai enjeu. Exemples de X bloqué par ça dans le chemin vers Dieu. C’est aussi la peur du combat, peur que ce soit difficile, que ça me coûte quelque chose. Bon là je vais être un peu direct.
Choisir c’est faire preuve de courage. Donc : oui ça va me coûter, oui ça va parfois castagner, il va y avoir des tensions, ça va même faire mal.
Refuser ça, c’est refuser de vivre. Ce que François dit avec le canapé vs. le terrain.
Donc un premier choix à faire, c’est décider d’y aller. De mouiller sa chemise pour saisir sa vie.
Pour moi important dans mon chemin de vocation : réaliser je n’ai qu’une seule vie, qu’est-ce que je veux en faire ? Qu’est-ce que je veux vivre ? Et : ordination Emmanuel (veut une vie exceptionnelle).
Dans une vie authentique, haute en couleur, vraiment engagée, vraiment vivante, il y a forcément un (plusieurs) baptême du feu. Moment où il faut « montrer de quel bois je me chauffe ». Veut pas dire « donc on va en chier, souffrir atrocement et puis c’est tout ». Mais signifie : je vais y aller à fond, et ça va me couter de l’énergie, de la sueur, et sans doute quelques coups en cours de route. Exemple du mec du Mont Saint Michel sur sa slackline. Parfois déroule, parfois galère, mais jamais comme prévu.
Vrai au boulot – période d’essai ou autre, en fait je vais leur montrer ce que je vaux.
Vrai dans une relation amoureuse – en fait je vais aller le chercher, la chercher, et ça va peut-être être humiliant, et puis je vais travailler sur moi, etc.
Vrai dans engagement de mission / vie consacrée – en fait là je pose ma démission, je le dis à ma famille, et je pars.
Récapitulons :
Frein à la liberté (par exemple : regard des autres), revenir à l’appel auquel je réponds,
Frein à la conversion (peur du changement qui coute), décider de s’y coller et faire confiance que la caravane (le Seigneur) suit.
En fait déjà contenu dans ce qui précède. Si je ne suis pas prêt à me laisser déranger, je ne pourrai pas me donner.
Très visible dans la peur de donner son temps. Pour la mission, pour des relations. Ben oui.
Mais deux autres peurs très courantes dont je voudrais vous parler.
Syndrome des deux soirées. Des deux WE. Des deux vacances. Etc.
Si vous en avez fait l’expérience, savez que dans ces conditions, on a généralement du mal à vivre aucun des deux WE / vacances / etc.
Accepter de renoncer.
Génération pléthorique. Génial mais paralysant (peur). Syndrome Netflix.
Trancher et se tenir à son choix. Se donner et recevoir là où on est.
Important : la plupart de ces choix ne sont pas des choix moraux (i.e. entre un bien et un mal). Choix entre WE1 et WE2, Danone ou Total, Jacques ou Jean. Il n’y a pas « un truc qu’on doit faire ».
Dieu nous appelle, c’est vrai, mais aussi (surtout) en nous disant : « toi qu’est-ce que tu veux ? »
Donc : le Seigneur s’engage avec nous. Là encore la caravane suit.
Identifier les peurs qui me paralysent.
Identifier en quoi elles sont déformantes (me focalisent sur ce qui n’est pas important).
Choisir d’y aller. Courage. « N’ayez pas peur »
Les peurs jouent sur notre imaginaire, nos projections pour le futur, les idées que nous nous faisons. Au contraire, l’enjeu de nos choix, c’est d’entrer dans le réel. Dans le discernement, et dans le passage à l’acte
Nous avons tous des représentations de « comment les choses devraient se passer ». Au boulot, dans la vie avec le Christ, la vie amoureuse, la vie en général.
Peut-être encore plus chez les cathos, vision très idéalisée.
Ensuite nous cherchons quelque chose qui « suit le scénario »… et les personnes qui collent aux personnages.
Dans la vraie vie, ça ne se passe pas comme ça. Comme on l’a dit, il y a des choses qui coutent, il faut suer, etc.
Pas trop vite se dire : « ça ne colle pas au scénario donc c’est pas ça »
Question : est-ce que ce point est réellement un essentiel non négociable, ou est-ce un point secondaire ?
Dans une relation amoureuse.
On a vu les obstacles au passage à l’acte, les trucs à ne pas louper dans le discernement… Mais au bout d’un moment, il faut donc passer à l’acte. On termine avec ça.
Quand on a abouti à quelque chose en discernant, prendre des décisions concrètes.
J’ai décidé de suivre Jésus et de « prier plus » : ok, je prends mon agenda, et je cale les temps de prière chaque jour.
Ce gars ou cette fille que je connais m’intéresse quand même drôlement : ok, je lui propose de prendre un verre, et je fais passer en priorité les moments où je le / la verrai sur mes autres activités.
J’ai décidé de me convertir sur ce point : ok je prends une petite décision concrète pour que ça bouge.
Prendre des décisions concrètes aide même quand on est encore en train de discerner.
Image du phare et du vélo sur la plage.
C’est en avançant que ça s’éclaire.
Donc : quels moyens concrets est-ce que je prends pour que ça avance ?
En parler avec mon père spi
Pro, vocation : plein de parcours qui existent (cycle du curé d’Ars)
« Il te plait ? Bon ben creuse ! »
Deux dernières pistes concrètes qui aident à avancer :
La vie morale rend libre. Plus notre vie est bien en place, plus les choix se font facilement et plus les choses s’éclairent. Donc tout ce qui peut être converti est bon à convertir. Si grosse décision à prendre, c’est le moment de tuer le vieil homme (mauvais habitus) : même si ça a l’air de n’avoir rien avoir, ça joue.
Et : tout ce qui désencombre aide. Le jeûne.
C’est en s’enracinant que l’on trouve sa voie. Exemple des écoles où l’on bouge tout le temps. Stage, double diplôme. Parfois course au « toujours plus ». Bien sûr intéressant d’avoir des expériences. Mais au bout d’un moment, c’est le fait de durer quelque part (dans un lieu géographique, dans un engagement, dans une mission, dans une relation, dans une communauté) qui permet d’éclairer les choses. De faire la différence entre ce qui tire mais est secondaire, ou ce qui est essentiel. Donc pour avancer : arrêter de bouger. Rester dans le même taf, même si c’est pas idéal. Choisir d’aller dans le même groupe de prière pendant trois ans. Ne pas papillonner.
Quelle(s) peur(s) m’empêchent d’avancer ?
Quelle(s) décision(s) concrètes est-ce que je prends pour avancer ? Je les marque dans mon agenda, je contacte les personnes concernées.
Prier avec Luc 9, 57-62
Choisir le Christ, c’est aussi choisir la Croix, ou plutôt choisir le Christ crucifié.
Donc : on n’échappera pas dans notre vie à l’épreuve, à quelque chose de douloureux. Ou : l’écharde dans la chair.
Donc : on ne cherche pas le confort. Ce n’est pas le critère de discernement. Veut pas dire qu’on cherche à se faire du mal non plus. Mais le but n’est pas d’avoir la vie la plus confortable possible.
Donc : ce n’est pas parce que ça pique que c’est une mauvaise décision. Normal que ça tire.
En particulier vrai sur le travail (tacler l’idéal du travail, légitime mais faussé : par essence quelque chose qui tire).
Mais vrai sur l’engagement de notre vie.