Faire des choix fait partie de notre vie. Certains seront les moments les plus fondamentaux de notre vie (comme le mariage ou l'ordination), d'autres se solderont par un échec. Ce sont ces derniers qui nous intéressent ici.
Certains choix échouent à cause d'éléments extérieurs. Cela vient du fait que nous sommes conditionnés. Attention, nous demeurons profondément libres intérieurement, mais notre milieu, notre famille, notre éducation, tout cela nous conditionne dans une certaine mesure, et il s'agit petit à petit d'agir le plus librement possible. Prenons l'image d'une montgolfière : pour s'élever dans les airs, il faut lâcher petit à petit des sacs de sable, mais pas trop vite, pas tout d'un coup, avec mesure et équilibre.
Notre famille, par exemple, est un don autant qu'un conditionnement, notamment parfois au moment des choix. Il s'agit de trouver un équilibre entre leur accorder de l'importance, écouter leurs avis et leurs conseils, et d'autre part la quitter intérieurement pour agir dans une plus grande liberté intérieure. Pour certaines personnes, ce départ intérieur est très simple, pour d'autres cela prend toute une vie. Certains vont essayer à tout prix d'agir en dépit de leurs parents, et revenir à plus de mesure ensuite. Tout cela dépend énormément des familles, aussi, et de ce qui a été transmis de positif, comme de négatif.
Il y a également un conditionnement de l'argent, ce bon serviteur et ce mauvais maître. Est-ce que j'agis par peur de manquer ? Est-ce que j'agis de façon responsable ?
La culture est un autre exemple de conditionnement. En Occident, elle ne nous aide pas tellement : noter culture est souvent devenue mercantile, calculatoire, orientée vers l'accomplissement de soi. On a tous autour de nous les modèles du sportif, de l'ultra-traileur qui passe sa vie à courir (sans aller nulle part), ou de l'entrepreneur qui fonde sa start-up et souvent se jette à corps-perdu dans le travail, en dépit de sa famille ou d'autres engagements.
Parfois, donc, je vais faire des choix marqués par ces conditionnements, et cela va se solder par un échec car je n'étais pas aligné avec qui je suis vraiment et avec ce que Dieu veut pour moi. Pour faire un choix libre et bon, il s'agit alors de prendre le temps de la connaissance de soi, prendre le temps de se recevoir de Dieu dans la prière, et demander la grâce de voir avec lucidité les conditionnements qui opèrent en moi.
L'exemple typique : je suis amoureux, l'autre non. J'ai investi du temps pour rencontrer cette personne, l'apprivoiser peut-être, la découvrir sûrement, et voilà que je me retrouve seul, en échec et un peu "par terre". Un nouveau choix m'attend alors : subir ou faire face. Et là, on est toujours libre. Libre d'accepter et de vivre les choses de l'intérieur. Libre aussi de refuser et de me refermer sur ma blessure, au risque de l'aigreur et de la dureté.
On se retrouve seul, et quelque chose de très profond est touché : je pensais être reconnu comme quelqu'un d'unique, je pensais que quelqu'un allait me choisir, moi, parmi tous les autres choix possibles... et en fait ce n'est pas le cas. Ce type de blessure est très profond, on peut se retrouver très fragilisé.
Le choix de ne pas subir commence par faire un bilan, un diagnostic. Comment s'est passée la relation ? Quelles étaient les dynamiques à l'oeuvre ? Quelle part de responsabilité ai-je dans cet échec ?
Est-ce qu'il y avait par exemple un excès de possessivité ? N'ai-je pas été trop mendiant ? Ne me suis-je pas trop agrippé à l'autre au lieu de lui manquer ? N'ai-je pas exercé une pression morale trop forte ? Qu'est-ce que j'ai aimé chez l'autre ? Souvent lorsqu'on tombe amoureux, on vient chercher ce qui nous manque chez nous, ou ce qui est en germe et demande à prendre plus de place. Quelles qualités est-ce que j'allais chercher chez l'autre ? Quels défauts ne veux-je pas retrouver ? Peu à peu, le chemin se fait et je commence à croire que je peux aimer de nouveau, et plus que la fois précédente. Et mieux aussi : si j'ai pris le temps de me poser les bonnes questions, de faire ce retour sur moi-même et sur la relation, je saurai mieux agir pour ne pas répéter les mêmes erreurs.
Il faut traverser le temps du deuil.
Avant, traverser le deuil était ritualisé, et cela permettait de vivre les choses étapes par étapes. Aujourd'hui, on vit le deuil par symptômes (la colère, la tristesse, la culpabilité...). On parle de "faire son deuil" : c'est une mauvaise expression. D'une part, parce qu'on ne maîtrise pas le moment de la perte, et l'état dans lequel elle nous cueille. D'autre part, parce qu'on ne maîtrise pas le temps de notre cœur, et qu'il faut de la patience et de l'abandon pour laisser le travail opérer en nous. J'emploie le mot de "travail" car il y a réellement un travail intérieur auquel il faut consentir sans le maîtriser.
Enfin, il y a l'étape fondamentale du pardon : lorsqu'un choix n'a pas fonctionné, lorsqu'on s'est heurté à l'échec, il faut aussi un temps de pardon. Un temps pour pardonner à l'autre et se pardonner soi-même. Un temps pour demander pardon, et pour laisser le pardon fleurir dans notre cœur.