Cet enseignement doit beaucoup à des enseignements du P. Paul Dollié et du P. Nicolas Matthieu qu'il reprend en partie.
Posez-vous les questions suivantes :
Qu’est ce que la liberté pour moi ?
Quels sont les obstacles à ma liberté ?
Je pense que vous pouvez faire l’expérience à travers cette réflexion qu’il s’agit d’une notion très fréquemment employée par nous. Pas une journée ne passe sans que, à un titre ou à un autre, j'agisse en revendiquant ma liberté personnelle, sans que je pose un acte en disant : c'est parce que je suis libre que je fais cela. Il existe à la fois une revendication permanente pour chacun de nous de cette conquête de la liberté et une affirmation de la liberté personnelle et en même temps, vous avez pu faire cette expérience à travers ces quelques minutes de réflexion, concernant la difficulté à définir clairement ce qu'est la liberté. Je vous propose de tenter une définition : la liberté c'est la grande revendication de notre monde moderne, pas une décision, un acte, pas un jour qui ne passe sans que nous revendiquions cette liberté personnelle. On pourrait dire à la suite des anarchistes : "la liberté c'est n'avoir ni Dieu ni maître", c'est-à-dire l'absence de contrainte. Il est simple de montrer que cette définition est un peu courte. En tous cas elle ne recoupe pas la totalité de ce que l'on met dans le terme de liberté chrétienne.
Prenons l'exemple d'un violoniste, soliste : avant de nous éblouir par l'exercice libre de son art, il a fallu que pendant des heures, des jours, des années, il accepte la contrainte de répéter, de faire des gammes, de travailler. La liberté n'est pas forcément synonyme d'absence de contrainte. Plus encore, on peut imaginer que parfois, la liberté ait besoin d'une certaine forme de contrainte pour s'exercer.
Voltaire écrit : « ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui ». Ce n'est pas sans intérêt. Cette définition est une définition assez satisfaisante en tout cas du point de vue social. Ce qui m’embête, c’est que cette définition est avant tout comportementale. Or il me semble que dans la liberté chrétienne, il y a un enjeu plus grand que juste le comportement. L’enjeu se situe non pas dans la façon dont je vais me comporter vis à vis d’autrui, mais au cœur de ma personne. On peut continuer à décliner les tentatives de définition et partir sur la piste des grandes libertés fondamentales, individuelles, qui sont revendiquées depuis le siècle des lumières : liberté de se déplacer, de penser, de culte, de posséder, s’imposent comme irréductibles. Ces choses sont bonnes, légitimes. Elles vont dans le sens de la dignité de l’homme. Cependant, nous échappons au cœur du sujet parce qu’il s’agit d’une définition comportementale ou sociale.
Nous pouvons alors nous demander ce que peut être la liberté chrétienne, ce qu'elle a de spécifique dans cette façon d'appréhender le problème de la liberté, un problème à la fois central, essentiel, existentiel pour chacun. Central parce que pas un jour ne passe sans que je ne revendique ma liberté, essentiel car elle est une composante majeure de ma vie. Ceux qui sont mariés le savent, la liberté d'engagement est une des conditions de validité du sacrement. Dans la vocation au mariage, il y a une dimension essentielle de la liberté. Sans liberté pas de mariage possible. Et même existentiel car la liberté personnelle semble bien être l'articulation de la réponse possible de l'être humain à Dieu. Comment une créature peut-elle répondre à l'appel de son créateur ? Comment puis-je entrer en relation avec Dieu, où se situe l'enjeu ? L'enjeu se situe au niveau de la liberté.
Pour cerner ce thème, je propose de faire un retour en arrière avec la philosophie du Moyen-Âge, la scholastique, au XIIIe siècle. Ces gens-là se posent précisément ce problème. Comment une créature peut-elle répondre à l'invitation de son Créateur, comment peut-on imaginer une relation entre une créature finie, pécheresse, blessée, faillible et l'infini amour ? Les scholastiques nous disent que si on réfléchit, on s'aperçoit que la liberté n'est pas univoque, il y a comme des degrés dans la liberté.
Il y a des pays où l’on n’a pas la possibilité de toute faire, que ce soit la liberté religieuse, la liberté d’expression, la liberté de mouvement… Toutes ces libertés sont bonnes. Cette liberté c’est aussi celle d’avoir accès au monde entier par internet, d’appeler partout. J’ai cette liberté d’être partout, de tout faire. Certains disent aussi : j’ai la liberté d’être qui je veux, de changer de sexe. « Je fais ce que je veux ». Ou encore, on a la liberté d’ouvrir et de travailler le dimanche.
Il y a une dimension positive dans cette liberté, c’est ce désir de vouloir tout faire, qui est beau. L’homme est un être de désir, parce que nous sommes à l’image de Dieu. La petite Thérèse en rentrant au Carmel disait chercher sa vocation ! Elle disait « Être ton épouse, être carmélite, cela devrait me suffire. Il n’en est pas ainsi. Je sens en moi d’autres vocations. Je me sens la vocation de guerrier, de prêtre, d’apôtre, de docteur, de martyr. Je sens le désir d’accomplir pour toi Jésus toutes les œuvres les plus héroïques. » Voilà cette soif, ce désir. Il important de ne pas nous limiter. Ayons de grands désirs ! Ayons beaucoup de désirs !
L’aspect négatif, c’est de confondre la technique et la morale. Ce n’est pas parce que je peux le faire que je dois le faire. Il y a un discernement à faire entre mes capacités et ce qui est bien. Un ado peut envoyer des sms à ses amis jusqu’à 2 heures du matin. C’est gratuit, c’est illimité. Mais est-ce bon ? On pense aussi à l’étudiant qui a quatre soirées le même jour. Comme il ne veut rien rater il passe un peu à chaque soirée. Ce n’est pas parce que je peux aller partout que c’est une bonne chose.
Le fils prodigue veut être libre. Pour ça il envoie tout promener ! Est-il vraiment libre ? En fait il se retrouve avec les cochons… La liberté c’est donc plus subtil que pouvoir faire ce que l’on veut.
C'est l'expérience du petit enfant. "Va ranger ta chambre ! Mange ton yaourt !" Réponse : "Non !" Il vit une expérience fondamentale, existentielle, il a la capacité de dire non, de s’opposer. Lui et maman ce n’était pas la même chose. Quand je suis capable de dire non, je suis une conscience autonome. Pas de liberté possible si je ne suis pas une liberté autonome.
En même temps, on ne peut pas vivre sa vie en disant non tout le temps !
La dimension négative c’est que certains en finissent par n’exister que par le non. Il faut que l’idée vienne d’eux. Ils aiment mettre le bazar, parler fort… Ce sont souvent des gens qui ont un peu du mal avec l’autorité. Dans ce cas, on passe à côté de beaucoup de choses parce qu’on reste centré sur soi. En fait notre liberté passe beaucoup par les autres. N’ayons pas peur de dire oui !
La dimension positive de « dire non »... c’est une vraie dimension de la liberté. Pour ça il faut savoir écouter ses désirs. Qu’est-ce que je veux vraiment ? Si je n’en ai pas envie, est-ce que je suis capable de dire non ? C’est peut-être vrai particulièrement dans les relations amoureuses : à moi de mettre la barre !
Quand je refuse, en fait, qu’est-ce que je choisis concrètement ? Il nous faut grandir.
On arrive à l’âge de Marie-Emmanuelle, 15 ans. "Ce soir, tu peux aller chez ta grand mère ou chez ta copine Blandine. - Ah je vais aller chez ma grand mère parce qu’elle me prépare toujours un bon gâteau au chocolat." Elle prend le tel, suspend son geste en vol, "non je vais plutôt aller chez Blandine car quand je vais chez elle, je peux jouer à la console Nintendo. Oui mais si je vais chez Blandine je ne pourrai pas avoir de gâteau au chocolat !" Ah mais il va falloir choisir ! Choix tragique ! Elle fait l'expérience du choix, du libre arbitre. Souvent, on s’arrête là parce que l’on se dit « je suis libre parce que je peux choisir ». Mais pour choisir quoi ?
Commençons par démasquer 5 fausses idées sur le choix et la liberté avant de parler de la liberté de choix.
J’ai fait ce choix parce que je n’avais pas d’autre choix. Pour qu’il y ait un choix il faut qu’il y ait une alternative. Or il y a une alternative ! Il faut choisir ce que nous vivons au lieu de subir notre existence. On ne peut pas fonctionner uniquement par choix négatifs.
J'ai choisi ces études ou ce travail en fonction de mes compétences. On s’aperçoit que la plupart des gens travaillent uniquement en fonction de leurs compétences. Le problème c’est qu’on finit par travailler seulement sur les compétences et pas sur les talents. La question n’est pas (seulement) « de quoi suis-je capable ? » mais plutôt « pour quoi suis-je fait ? ». On peut très bien être un bon scientifique, bien bosser en entreprise, être très compétent mais que cela ne nous épanouisse pas du tout ! Quel est ton vrai désir ? Poser un choix libre c’est poser un choix qui est induit par mes désirs et pas seulement par mes capacités.
Je suis libre parce que j’ai plein de choix. La question c’est "est-ce que je suis capable de poser un choix ?" Si j’ai plein de choix mais que je ne peux pas en choisir un je ne suis pas libre.
Je ne suis plus libre parce que je n’ai plus de choix. Robert et Ludivine vont se marier… Est-ce qu’une fois que je suis engagé je ne suis plus libre parce que je n’ai plus de choix ou est-ce que je suis plus (+) libre parce que j’ai fait un choix ? Les copains de Robert trouvent que c’est pas très marrant, et que maintenant il est complètement coincé ! En fait la liberté est un acte et pas un état. Être libre sans avoir posé de choix c’est comme avoir un Ferrari qui reste au garage ! « J’ai une Ferrari, elle peut aller très vite ! » Oui mais tu l’utilises ou pas ? La liberté ça s’utilise. Je ne suis pas libre parce que je peux choisir mais parce que j’ai choisi. Être libre c’est choisir nos dépendances. Plus je suis lié, plus je suis libre parce que je pose des choix. La question est donc : de quoi est-ce que je veux dépendre ?
Je suis libre parce que j’ai le choix entre faire le bien et faire le mal. Faire le mal ce n’est pas être libre. Il n’y a pas de discernement à avoir par rapport au mal ! La technique du Démon c’est de nous faire réfléchir sur ce qui n’a pas besoin de réflexion. La liberté c’est choisir le bien. Mais nous y viendrons dans le quatrième niveau.
Pour faire grandir ma liberté, je peux m’appuyer sur deux facultés que j’ai qui sont l’intelligence et la volonté. L’intelligence d’abord. Discerner ce qui est bon pour moi. Qu’est-ce qui me fait grandir, m’apporte un plus, plus de joie, plus de vie, plus de bonheur ? La volonté, c’est la capacité à se porter vers le bien une fois que l’on a compris ce qu’il est (intelligence). « Aimez mais prenez garde à ce qu’il faut aimer. » (Saint Augustin) Il faut se demander si ce que je décide est lié à mes goûts, à mes peurs, à mes illusions… D’où cela vient-il ? Le premier mouvement n’est pas forcément le bon. Il faut s’interroger plus avant.
Les Scolastiques nous disent : si on s’arrête là, non seulement ce n’est pas le degré ultime de la liberté, mais c’est risqué, c’est mortifère, on en meurt. C'est la fameuse histoire de l'âne de Buridan. Un homme avait un âne il fait un trajet entre 2 châteaux. Il arrive à destination. En fin de journée, l’âne a faim et soif. L’homme va chercher seau d’eau et seau d’avoine. Assez fatigué, il pose le seau d’eau et d’avoine a équidistance de l’âne. De son coté l’âne ne sait pas s’il a plus faim ou soif ?? Hésite et meurt …
Étant une conscience autonome, mon intelligence m’ayant permis face à un choix de reconnaître le meilleur bien, alors je fais ce choix du meilleur bien pour moi et je réalise ce projet, j’y souscris. Là les Scolastiques nous disent que nous atteignons le degré ultime de la liberté personnelle. Pour pouvoir qualifier un acte de libre il faut englober ces 3 dimensions : je suis une conscience autonome, je suis un sujet, mon intelligence m’a permis de reconnaître le meilleur bien et j’agis, je poursuis ce meilleur bien, je le réalise, j’y souscris.
1ère conséquence: la liberté n’est pas un état mais un acte !
Je ne suis pas libre parce que je peux choisir, mais parce que j’ai choisi ! Là, on peut comprendre le paradoxe du mariage : quand on prépare au mariage, on dit aux fiancés : la liberté au moment de l’engagement est un des piliers, elle est indispensable pour pouvoir s’engager. Mais ce n’est pas ça le plus important. Bien sûr il faut être libre, le mariage ce sont deux libertés qui se donnent, mais l’enjeu, c’est de comprendre que chaque jour qui passe, me rend plus libre ! Plus j’avance dans cette alliance, dans ce don, plus je suis libre, plus je réalise ce que j’ai vu un jour comme étant le meilleur bien pour moi. Je cite le témoignage d'un ami marié qui disait : « elle est pour moi le meilleur bien, chaque jour qui passe me confirme dans cela car la réalisation de ce projet me permet de pouvoir actualiser cet acte libre que j’ai posé ». Il y a donc une dynamique interne.
2è conséquence: la liberté, c'est le choix du bien
La liberté serait-elle de choisir entre le bien et le mal ? Pas du tout, jamais ! La liberté c'est le choix du bien ! Parce qu'un mal n'est jamais la liberté, mais un esclavage, une aliénation. Le mal c'est toujours la privation de liberté. La liberté ne peut être que le choix du bien. La liberté c'est toujours choisir le meilleur bien ! Le Deutéronome dit : « je mets devant toi le chemin de la vie ou le chemin de la mort, tu peux choisir, mais je t'en supplie, choisis la vie ». Parce que la liberté c'est le choix de la vie. Le choix du mal est toujours la privation du bien, un esclavage.
Voilà une bonne réflexion pour votre vie : quels sont les choix de vie ou de mort que je fais ? C'est un vrai sujet car dans nos vies, tous nous nous apercevons que nous faisons des choix de mort parfois qui nous entravent, qui nous aliènent.
3e conséquence: si la liberté est une dynamique, il y a alors une possibilité de croissance
On peut grandir dans l'exercice de la liberté, on peut s'y entraîner. Ce que je vous ai présenté là, c'est de la liberté de laboratoire, cela n'existe pas. Un acte libre comme cela n'a pas de sens. Il repose sur tous ceux qui l'ont précédé. Il y a une continuité de choix qui peu à peu m'amènent à faire ce choix. La liberté se construit.
Non seulement, je vais pouvoir grandir dans ma liberté, prendre de plus en plus conscience du fait que je suis un sujet autonome, je vais faire grandir mon intelligence pour exercer mon libre arbitre et trouver ce meilleur bien, grandir ma volonté pour agir sur ce meilleur bien, mais en plus il y a un cercle vertueux qui fait que plus je pose des actes libres plus ma vie va être libérée, plus je vais pouvoir de mieux en mieux assumer les actes libres posés. Car tout acte libre repose sur ceux qui l'ont précédé. Si j'ai une habitude, il y a comme une vertu. Plus j'ai l'habitude de faire des choix de vie, plus je serai capable et affûté pour reconnaître les choix de vie qu'il me faut faire. Il y a une dynamique interne dans l'exercice de la liberté, tout cela parce que c'est un acte et non un état. Je ne suis pas libre parce que je peux choisir mais parce que j'ai choisi ! La liberté se situe après le choix. Tout ce que nous avons dit a deux conséquences.
Tout acte libre suppose un renoncement. Si j’ai choisi le gâteau je n’aurai pas de console. Le renoncement fait partie de l’acte. C’est ce que nous raconte la parabole du trésor (Mt 13, 44-46). Un homme trouve un trésor dans le champ, il vend tout ce qu’il a pour acheter le champ. Aux yeux des contemporains, il est fou ! Il va vendre la maison de ses parents pour acheter ce champ plein de pierrailles. Pour nous, jamais nous viendrait à l’idée de plaindre cet homme. Pourtant, ce type a fait l’affaire du siècle ! Trésor inestimable. Renoncement oui mais pour un meilleur bien. Jésus ne nous demande jamais de renoncer pour renoncer. Le Christianisme n’est pas la religion du renoncement. Souvent en France traîne une idée janséniste, le christianisme serait une religion dans laquelle il faudrait souffrir. Jésus nous appelle au bonheur ! Il nous demande de choisir ce meilleur bien pour nous et d’y aller, de choisir le meilleur chemin et d’y aller ! La conséquence c’est qu’effectivement, il va falloir renoncer à des choses. Mais on renonce pour un meilleur bien, et je ne peux renoncer que si j’ai claire vision de ce meilleur bien. Tout acte libre suppose donc un renoncement.
Tout acte libre suppose la responsabilité de l’acte. Saint Exupéry : tu es responsable de ta rose. C’est le temps que tu as passé pour ta rose qui t’en rend responsable. Je deviens responsable des choix que j’ai faits. C’est d’ailleurs important que le législateur prenne la L de l’individu au sérieux ! Dans tout jugement la première question est : « est-ce que le prévenu était libre de ses actes ». Sujet majeur, c’est pourquoi on ne juge pas les fous ! On les enferme. La responsabilité suppose la L. L’acte libre suppose d’endosser la responsabilité et jusqu’au bout.
Il y a deux types d'ignorance : l'ignorance crasse et l'ignorance coupable. Pour juger de la moralité d'un acte, l'idée est : « est-ce que j'ai une claire conscience de ce qui se passe ? » Ai-je les moyens ou avais-je les moyens de savoir ? C'est là que l'on distingue ces deux ignorances. Si j'avais les moyens de savoir et que je ne les ai pas pris, je suis un peu coupable. Si je n'avais aucun moyen, non.
Prenons l'exemple du pygmée dans la forêt qui ne connaît pas Jésus. Cela ne l'empêche pas d'avoir une vie droite et juste. Si en revanche, j'ai tous les moyens mais que je refuse cette croissance alors oui il y a une certaine forme de culpabilité.
Vous seriez tout à fait légitimes pour dire : tout cela est très théorique car mon expérience quotidienne est celle de saint Paul : je ne fais pas le bien que j'aimerais faire et je fais le mal que je ne voudrais pas faire.
Quelles sont les facultés que nous avons en nous et qui vont pouvoir être mises en jeu pour poser un acte libre ?
Ce sont les facultés que nous partageons avec l’ensemble du règne des vivants. J’ai en commun avec le hamster, le caniche, le platane, les facultés fondamentales du vivant : la nutrition, la respiration, la croissance, la reproduction.
Ces facultés sont de l’ordre de la vie végétative, c'est-à-dire toutes les facultés qui agissent en nous sans que nous en ayons conscience ou sans que nous ayons besoin d’en avoir conscience pour qu’elles s’exercent. Exemple de la digestion.
On peut les distinguer : nous avons des facultés qui sont de l'ordre de la connaissance et d'autres de l'action. En nous, il y a des facultés qui nous permettent d'avoir de l'information, de connaître et puis d'autres pour agir sur le monde.
Les facultés de connaissance d'abord. Que partageons-nous avec Flipper le dauphin en termes de facultés de connaissance ? Les sens (5 sens externes : toucher, vue, odorat, ...). Dans le règne animal, certains en ont moins, d'autres plus. Le requin a des ampoules qui lui permettent de détecter des champs électriques.
Il y a aussi deux sens internes : la mémoire et l'imagination. Quand je rentre chez moi, le chien entend mon pas, il se souvient que mes pas dans l'escalier signifient bientôt les croquettes. Il a une petite bulle comme dans Tintin. Il salive.
Du côté de l'action : il y a les instincts, les pulsions, les sentiments, les émotions... Ce sont des forces qui jaillissent en nous et qui nous permettent d'agir.
On distingue deux facultés dans l'ordre de l'agir : dans l'ordre de la concupiscence, c'est-à-dire la faculté de désir, et dans l'ordre de l'irascible (agir direct ; ira en latin, c'est la colère). Je dois, il faut ! Je passe devant une boulangerie, je suis concupiscent. On appelle cela la vie sensitive.
Quelles pourraient être des facultés proprement humaines dans l'ordre de la connaissance ? La réflexion, la création, la raison, l'intelligence, c'est-à-dire la capacité à accéder au concept, à avoir une intelligence symbolique, mathématique... Et du côté de l'action : la volonté.
Distinguons raison et intelligence, souvent on a du mal à distinguer les deux. Faisons une petite expérience philosophique. On va construire des images mentales, c'est-à-dire dessiner dans sa tête. Je vais évoquer des choses, vous allez les construire dans votre tête.
a) La capacité d'abstraction et l'imagination
Un carré, quatre côtés égaux. Un hexagone (six côtés égaux). Un kilogone. Kilo en grec signifie mille. Mille côtés égaux. Il y a deux possibilités : soit vous voyez un cercle, soit quelques lignes brisées, et vous extrapolez en disant qu'il y en a 1000. Pourtant quand je vous ai dit que kilogone voulait dire 1000 côtés égaux, je ne pense pas qu'il y ait quelqu'un dans cette salle à qui le concept ait échappé. Tous nous avons pu accéder au concept sans recourir à l'imagination. Intelligence et imagination sont deux facultés différentes. L'intelligence se nourrit de l'imagination, elle s'appuie sur l'imagination mais n'en est pas synonyme. Une intelligence pure peut fonctionner sans l'imagination.
b) Les émotions et la recherche de mon propre bien
On a dit tout à l'heure que les facultés étaient orientées vers la connaissance ou l'action. L'intelligence se nourrit de vérités, elle a soif de vérités, la volonté se nourrit de ce qui est bon pour moi. Il y a une polarisation. Il y a une circulation entre ces facultés, elles parlent entre elles.
Prenons un exemple : je vois l'ours blanc qui me poursuit sur la banquise. Je le vois, mon intelligence m'avertit du danger, il se passe aussi des choses au niveau de ma vie végétative. J'ai une décharge d'adrénaline, je deviens blanc, rouge. Ma volonté me dit qu'il faut s'en aller vite fait, ici il y a une intervention au niveau des émotions (peur...) qui fait que je vais me mettre à courir.
Quand je pose un acte libre, c'est cela qui est en jeu : je cherche le meilleur bien pour moi. Normalement toutes mes facultés devraient être mises en jeu et orientées vers le discernement du meilleur bien et sa réalisation !
Mais mon expérience quotidienne me montre que ce n'est pas ainsi que cela se passe. Pour plein de raisons, il y a des bugs. Au niveau de la vie émotionnelle par exemple. Ma vie émotionnelle peut prendre une telle place qu'il n'y en a plus beaucoup pour l'intelligence et la volonté qui peuvent être court-circuités.
Prenons l'exemple d'une dame : chaque fois qu'elle voyait sa belle-sœur, ça la mettait en colère ! Comme il s'agissait d'une dame intelligente, elle savait que cette réaction n'était pas normale ! Comment cela se fait-il ? Elle se souvient qu'en fait, quand cette belle-sœur est entrée dans la famille, elle avait été jalouse, sauf que comme dans sa famille BCBG on n'a pas le droit d'être jaloux, ce n'est pas bien. Donc elle ne s'est pas autorisée à être jalouse, donc la seule expression acceptable de cette pulsion, de ce sentiment qui jaillissait, c'était la colère, une situation qui fait qu'à chaque fois qu'elle la voyait, elle ressentait de la colère ! En fait, il ne s'agissait pas de colère mais de jalousie non résolue. Le simple fait de se rendre compte de cela lui a permis de s'apaiser et de gérer sa jalousie.
Souvent dans nos vies, on a des problèmes pour gérer nos pulsions, émotions, sentiments et on n'a pas de chance parce qu'en français il y a un seul mot pour parler de la colère. La colère peut être une émotion, elle peut être aussi un péché, mais ce n'est pas la même chose. Une émotion ou un sentiment, c'est moralement neutre, cela n'a aucune valeur morale ! Cela jaillit en nous. On n'en est pas forcément responsable. La question est : qu'est-ce que j'en fais ? Par exemple, j'ai une pulsion de colère, j'en profite pour faire un 100 mètres ou je prends une batte de baseball pour tout casser ? Ce sont deux façons d'agir différentes. On en a tous besoin, sinon ils deviennent vite envahissants.
Voici quelques étapes pour mieux vivre une émotion négative lorsqu'elle se présente :
1) Je nomme mon émotion : je suis jaloux, en colère, j’ai peur, j’ai une pulsion sexuelle.
2) Je ne juge pas mon émotion : oui j’ai la trouille, je suis jaloux, en colère.
3) Je replace cette émotion dans son contexte, dans le projet qui est le mien : je veux avoir de belles dents.
4) J’agis, j’y vais !!
c) L'égarement des facultés
Faire ce petit travail évite l'effet cocotte minute, qui a un impact délétère. Une émotion, quand on veut la nier, quand on dit qu'elle n'existe pas, il y a une cocotte minute qui chauffe et ça finit par exploser à la figure, et jamais au bon moment. Il est très important d'apprendre à gérer ses émotions. Sinon, on n'est pas libre. On peut aussi être trompé par ses sens. On peut vivre dans l'imaginaire. Cela m'empêche de vivre au présent, d'habiter ma vie. On se dit que le prince charmant un jour viendra... Mais ma vie ce n'est pas ça ! Jésus m'attend dans mon présent. Il me rencontre dans ma vie ici et maintenant. Pas quand je serai... C'est pareil pour la mémoire. Souvent on a des blessures de la mémoire, il y a des gens qui vivent toujours dans le passé. En ressassant. Cela nous empêche d'être dans le présent. Il faut travailler là-dessus.
C’est possible aussi au niveau de l’intelligence (imagination) ! Marc est en seconde. Il rentre de classe. "Ça va ? Ouais... ça s’est bien passé aujourd'hui ? Ouais... De toutes façons, elle est trop bête, elle est débile. De qui parles-tu ? La prof d'anglais, de toutes façons elle m’en veut personnellement mais ça je l’avais bien vu qu’elle m’avait dans le nez, chaque fois que je parle, c’est la catastrophe, là je viens de me prendre 2 heures de colle, elle est idiote, d’ailleurs sa pédagogie est d’un autre âge et puis elle est moche et repoussante et puis l'anglais, c’est nul."
Ici il y a un glissement sémantique : d’un problème relationnel vers une généralisation qu’on pourrait qualifier d’abusive : l'anglais, c’est nul. Nous pouvons en tirer une loi pour notre vie entière. Ne pas pardonner, rend idiot. Un pardon non donné pétrifie l’intelligence. Dire que l’anglais c’est nul, c’est un manque d’intelligence. En revanche, qu’il y ait un problème relationnel avec sa prof, oui pourquoi pas ! La généralisation est abusive.
Dans les sujets qui mettent en jeu des pardons non donnés, il y a un blocage de l’intelligence comme conséquence.
Nous pouvons être bloqués du côté de l’intelligence. Notre Marc n’était plus libre par rapport à sa prof d’anglais et l’apprentissage de l’anglais. Car le plus grand bien pour lui, c’était bien d’apprendre l’anglais ! Le projet est stoppé.
On peut avoir un problème du côté de la volonté. On peut avoir une claire conscience du meilleur bien et être incapable de le mettre en œuvre. Espèce de boiterie, de cheval qui boite. Une incapacité à mettre les choses en œuvre. Il y a des sujets dans lesquels nous ne sommes pas des athlètes de la volonté. Ce qui est formidable, c’est de comprendre et de faire l’expérience que la volonté peut aussi grandir. Je peux être éduqué dans la volonté, grandir dans cet exercice, dans le fait de prendre une décision et d’aller jusqu’au bout de cette décision.
Or c’est bien cela qui me rendra libre. La liberté suppose la mise en œuvre de toutes ces facultés au titre du discernement et du choix du meilleur bien. Ce sont les facultés qui, en nous, vont nous permettre de poser acte libre. On est tous loin de cet idéal, c’est toute la vie qui va permettre de grandir dans l’unité de notre personne, dans la capacité à être cohérent, aligné entre ce que je crois et ce que je fais. On peut y tendre.
d) L'exercice juste des facultés humaines
i. D'abord l'exercice de l'intelligence
Le choix suppose un attrait : on ne peut plus être dans le morale du devoir, du « il faut que ». Il faut être attiré par le bien, aimer le bien. Avec Dieu c’est pareil. On ne va pas vers Dieu seulement par devoir, mais parce que nous sommes attirés par lui. L’intelligence doit se laisser attirer.
Le choix suppose la liberté : On ne peut pas choisir seulement en fonction du regard des autres. En fait c’est apprendre à se libérer des conditionnements. Conditionnement familial, conditionnement par « l’épanouissement personnel » (je fais tout en fonction de moi). Être libre au départ.
Réfléchir sur les moyens : Par quel chemin je vais arriver à ce choix que j’ai discerné ? Quels moyens concrets je vais mettre en place ? Par exemple, si je veux prier plus (mon choix), je vais décider de l’heure à laquelle je prie, du temps que j’y passe, de ce que j’y fais pendant ma prière, etc… Il faut prendre les moyens ! Tout le « il faudrait que » doit passer par la question des moyens.
Le choix passe par les conseils : Demander conseil, demander aux autres d’éclairer mon choix.
ii. Puis l’exercice de la volonté
Les objections imaginaires : « Il faudrait que je fasse ça, mais il y a ceci, cela… ». On ne peut pas vivre tout le temps dans le « oui, mais ». C’est le cas des prophètes par exemple. Il faut examiner honnêtement nos objections. Est-ce qu’elles ont du poids, est-ce qu’elles sont réelles, imaginaires ? C’est normal d’avoir des objections mais il faut en faire quelque chose au bout d’un moment !
Pratiquer la vertu : « La seconde moitié de notre vie est faite d’habitudes que nous avons acquises pendant la première moitié. » (Dostoïevsky) La vertu c’est la capacité de faire le bien sans effort. Le but n’est pas de poser des actes bons, c’est de devenir bon. Au début faire le bien c’est difficile, aimer c’est difficile. Mais peu à peu ça devient facile.
Persévérer : J’ai décidé quelque chose, je vais jusqu’au bout. Je rentre dans une logique de fidélité. Je vais au bout de mes décisions. Le démon en général cherche à nous rattraper dans le temps. Il use. Il attaque sur la persévérance.
Vous pourriez alors me dire : c’est bien joli, mais c’est Walt Disney ! Ma vraie vie ce n'est pas ceka ! Le vrai problème est ailleurs !
Je n’ai pas choisi d’être malade, handicapé, d’avoir un patron fou, tous nous portons des choses que nous n’avons pas choisies. Qu’en est-il de ma liberté dans ce que je n’ai pas choisi ? C’est la vraie question. Pour pouvoir aborder ce problème, il faut l’aborder de façon dynamique, comme la liberté (3 degrés).
Là c’est un peu la même chose, je pense que le premier état dans lequel on se trouve face à une situation non choisie, c’est la révolte et c’est légitime ! Subir une injustice, c’est révoltant ! Seulement, il y a des injustices sur lesquelles on peut agir, d’autres non. S’enfermer dans une révolte nous atteint toujours, comme un acide.
Souvent on passe à une deuxième étape, la tristesse, puis la résignation. Les stoïciens répondent à la souffrance par un « je supporte ». C'est une belle posture ! Mais elle n'est pas chrétienne. Il nous faut passer à une 4ème étape : le consentement. "Seigneur, dans cette situation précise, dans laquelle je suis , et que je n’ai pas choisie et que je subie comme une injustice et sur laquelle je n’ai pas de prise, Seigneur, dans la foi, je crois que de ce mal tu peux faire jaillir un meilleur bien."
Passer de la résignation subie à la possibilité de retrouver un statut d’acteur jusque dans cette zone morte en moi. Quand Mandela est sorti de prison : un journaliste lui dit : "comment avez vous pu supporter tant d’années ?" "Mais vous savez j’étais infiniment plus libre que vous au fond de ma geôle". Il subissait une injustice et ose affirmer qu’il est libre. Il y a un mystère dans la capacité que nous avons à redonner un sens y compris à ces lieux de mort que nous n’avons pas choisis, à réinvestir de notre liberté ces espaces subis en nous, à en redevenir acteur. On touche du doigt comme un cinquième degré dans la liberté.
Le cinquième degré pourrait être indiqué par le dialogue entre Jésus et Pierre dans saint Jean sur les bords du lac de Tibériade (Jn 21). Jésus apparaît aux apôtres sur les rives du lac de Tibériade. Après avoir préparé un repas, et mangé avec les disciples, Jésus s'adresse à Pierre :
« Pierre, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »
Il lui dit une deuxième fois : « Pierre, m’aimes-tu vraiment ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »
"Il lui dit, pour la troisième fois : « Pierre, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? »
À la troisième demande, saint Jean nous dit que Pierre fut peiné. C'est mal traduit, en fait, on pourrait dire "bouleversé".
"Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis.
Il ne faut pas s'arrêter là, mais continuer à lire la réponse de Jésus :
Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »
Saint Jean explique « Jésus par ces mots voulait expliquer à Pierre de quel genre de mort il allait mourir » (c'est-à-dire, en martyr). Dans les homélies on dit souvent : "au triple reniement de Pierre, on répond par un triple je t’aime". Oui ! Mais il y a un autre sens plus caché qu’on ne peut comprendre qu’en lisant texte en grec. Quand Jésus s'adresse à Pierre, il demande "Agapas me ?", autrement dit : "Est-ce que tu m’aimes du même amour dont moi je t’ai aimé ?", c’est-à-dire de ce même amour de don. Pierre répond : "Philo te" — "Seigneur, tu es mon ami, je t’estime."
Jésus pose alors une deuxième fois : « Agapas me ? »
Comme s’il disait : « Serais-tu prêt à donner ta vie pour moi, comme moi j’ai donné ma vie pour toi ? C’est bien de cela dont on parle. » Mais Pierre répond encore : « Philo te » — « Oui, je t’estime, tu es mon ami, mon maître. »
La troisième fois, Jésus demande : « Phileis me ? » Comme s’il descendait au niveau de Pierre : « Es-tu vraiment mon ami ? » Alors Pierre se rend compte qu’ils ne parlent pas de la même chose. Pourtant, il répond encore : « Philo te » — « Seigneur, tu sais tout, tu sais que je suis ton ami. »
Jésus lui dit alors : en quelque sorte, « Très bien, mais nous ne allons pas nous arrêter là. Aujourd’hui tu réponds ainsi, mais un jour il te faudra répondre agapao. Un jour, toi aussi, tu donneras ta vie pour moi, comme moi j’ai donné ma vie pour toi. »
Cela nous fait comprendre le quatrième degré de la liberté. Quel paradoxe ! La liberté totale est l’acceptation d’une dépendance d’amour. Voilà le degré ultime de la liberté. Attention : pas n’importe quelle dépendance, mais une dépendance d’amour ! Vous comprenez que pour répondre à la question : « comment une créature peut elle répondre à son Créateur, comment la finitude peut-elle entrer en relation avec l’infini ? », la réponse se trouve là !
Qu’est-ce que Dieu nous demande ? Accepter de dépendre de lui. Accepter de lui dire : "Seigneur, j’ai besoin de toi pour vivre." Le péché originel c’est de dire "je n’ai pas besoin de toi pour vivre, je n’ai pas besoin de l’arbre de la vie, je n’ai pas besoin de manger". Ce à quoi nous sommes invités, c'est au contraire à mettre en œuvre notre liberté pour répondre à l’invitation d’amour de Dieu : "Seigneur, j’ai besoin de toi pour vivre, je suis dépendant d’amour !"
Voilà le sens de la liberté chrétienne qui englobe toutes les autres. Je dois être un sujet pour que mon intelligence me permette de discerner le meilleur bien, je dois agir et le réaliser jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à l’acceptation de la dépendance.
La vraie liberté c’est d’accepter la dépendance d’amour.
La liberté n’est pas seulement pouvoir faire, mais apprendre à se recevoir et à se donner. Elle grandit par étapes :
1. Désirer, s’ouvrir largement au possible.
2. Dire non, affirmer son autonomie.
3. Choisir, exercer son discernement.
4. Choisir le bien, engager sa volonté vers ce qui fait vivre.
5. Consentir, jusque dans ce que je n’ai pas choisi, en m’abandonnant à l’amour de Dieu.
Ainsi, la liberté devient non pas une possession, mais une relation : celle d’un cœur qui répond à l’appel de son Créateur.