D'après le livre de Jacques Philippe La liberté intérieure
Nous recherchons tous la liberté, que nous soyons croyants ou non, c’est même une des aspirations communes à la culture moderne et au peuple chrétien.
Aspiration de la culture moderne: on nous parle sans cesse de liberté (libération de la femme), même si elle n’est pas toujours bonne.
Aspiration chrétienne aussi: « La vérité vous rendra libres » Jn, 8,32 / « c’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés » Ga, 5, 1. La loi chrétienne est aussi appelée une « loi de liberté » pour saint Jacques.
L’aspiration à la liberté, même si elle s’égare parfois, est originellement profondément bonne. L’homme a été crée pour dominer sur la création, pas pour en être esclave. Homme créé pour l’infini, pour vivre au large. Créé pour l’absolu, l’infini, l’éternité. La liberté est une condition du bonheur, parce qu’elle donne son prix à l’amour, et que l’amour fait notre bonheur. Seul un authentique amour peut combler et rendre heureux, et un amour authentique est un amour libre.
Qu’est-ce que la liberté ?
Pour nous chrétiens, c’est une soumission à Dieu.
La liberté ne se conquiert pas, mais se reçoit comme un don gratuit de dieu. C’est lorsqu’on obéit à la volonté de dieu qu’on est libres.
Notre liberté sera donc proportionnelle à l’amour et à la confiance filiale qui nous attachent au Père.
On fait de la liberté une réalité extérieure, dépendant des circonstances, alors que c’est une illusion de croire que notre liberté est limitée par les circonstances qui nous environnent. Il y a certes une part de vérité: on a des contraintes à franchir pour conquérir notre liberté, mais souvent pas celles auxquelles nous pensons.
Car même si ce que nous considérons comme des obstacles à notre liberté disparaissaient, d’autres barrières apparaitraient. C’est dans nos cœurs que nous sommes à l’étroit.
Ste Thérèse dans son carmel: Thérèse vit dans les horizons illimités de la miséricorde infinie de Dieu, et de son désir sans limite de l’aimer. Elle n’est pas à l’étroit car elle aime avec intensité.
2 Co 6, 12 « Vous n’êtes pas à l’étroit chez nous, c’est dans vos cœurs que vous êtes à l’étroit. »
Notre manque de liberté provient toujours d’un manque d’amour. Quand on ne sait pas aimer, on se sent à l’étroit partout et défavorisé.
Face à ce que nous estimons négatif, on a souvent 3 attitudes :
se révolter
se résigner (manque l’espérance)
accepter/ aimer / consentir = dire oui à ce que je suis malgré mes défaillances, parce que je me sais aimée de dieu.
EX Claire de Castelbajac :
« La sainteté, c'est l'Amour à vivre les choses ordinaires, pour Dieu et avec Dieu, avec sa grâce et sa force. J'avais toujours cru que c'était l'acceptation et non l'Amour. Ça change tout et c'est lumineux. Ce doit être de là que vient la joie de Dieu, car, enfin, l'acceptation est assez neutre comme sentiment, quoique déjà plus élevé que la résignation. Mais l'Amour, c'est au fond le seul sentiment digne de Dieu. On n'accepte pas un baiser de ses parents, mais on l'aime, parce qu il vient de ses parents. Accepter: c'est un peu se dire: Bon, on m'envoie cette tuile, prenons-la du bon côté et offrons-la à Dieu. Se résigner : ...cette tuile m'embête ! De toutes façons, pas d'autres moyens que de l'offrir à Dieu. En faire de l'Amour: Dieu a la bonté de m'envoyer cette tuile pour que je la lui offre de tout mon cœur pour sa Gloire. Il n'empêche qu'il faut avoir une forte couche de sainteté pour faire de toutes choses de l'Amour.»
Nous allons voir ce 3e point: l’acceptation, en le découpant en 3 points :
l’acception de soi-même
l’acceptation des souffrances
l’acceptation des autres
Ce qui bloque l’action de la grâce, c’est souvent les manques de consentement à nos faiblesses. Il faut dire OUI aux aspects de notre existence face auxquels nous maintenons une position de refus intérieur.
Consentir à ce que nous sommes ce n’est pas de la paresse. Cela ne signifie pas ne pas progresser, au contraire. Cesser de progresser, c’est cesser de vivre.
Consentir à ce que nous sommes ne nous empêche pas de nous réveiller tous les matins en nous demandant « comment j’avance? » comme se le disait Pierre Goursat.
Accepter nos limites, ce n’est pas nous résigner à la médiocrité. On ne peut progresser et transformer le réél, que si on l’accepte.
On ne pourra accepter nos faiblesses qu’en se laissant aimer par notre Père, qu’en sentant posé sur nous ce regard infini tendre et miséricordieux du Père sur nous.
Du coup, si on se coupe de dieu, on s’empêche de s’aimer.
« Surtout ne vous méprisez jamais. Il est très difficile de se mépriser sans offenser Dieu en nous ». Bernanos
Car l’amour est gratuit. Il ne se mérite pas. On est aimé pour ce qu’on est, pas pour ce qu’on fait. Nos pauvretés ne nous interdisent pas l’amour, au contraire.
« Je ne suis pas venu pour les biens portants mais pour les malades ». Mc, 2, 17.
Dieu est capable de faire du pêcheur que je suis un saint. Je peux avoir une véritable audace vers la sainteté.
« Que nulle âme ne doute, même si elle est la plus misérable, et tant qu’elle est en vie, de pouvoir devenir une grande sainte ». Ste Faustine.
S’accepter soi-même n’est donc pas synonyme de s’enfermer dans nos faiblesses. Nous avons tous des blessures liées à notre éducation, à nos échecs, à notre manque de confiance en Dieu, on se croit limité et incapable de faire des grandes choses, on se récite des phrases négatives: je n’y arriverai jamais…
S’accepter soi-même c’est reconnaître ses faiblesses, mais aussi ses richesses, c’est permettre à mes possibilités légitimes et réelles de s’épanouir.
Attention à ne pas nous interdire le bonheur! Nous avons tous l’étoffe d’un saint !!
Accepter les contrariétés au lieu de les subir en maugréant. Car nous avons la foi que Dieu peut tirer profit de tout.
Rm 8,28 « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu ».
EX: quand on fait une prise de sang, voir l’aiguille et imaginer l’aiguille rentrer dans notre peau nous fait plus mal et plus peur souvent que la piqure elle-même.
La souffrance que l’on refuse fait le plus de mal: « une souffrance paisible n’est plus une souffrance » nous dit le curé d’Ars. Attention aussi à notre représentation de la souffrance. La peur de la souffrance est pire que la souffrance elle-même.
Nous voudrions qu’il n’y ait plus aucune souffrance, et la mode est à l’élimination totale de toute souffrance. Mais refuser de souffrir, c’est refuser de vivre. Pas un masochisme bête, car si on peut diminuer une souffrance, c’est bon et bien. Mais nous devons faire attention à nos attitudes intérieures: la vie est bonne et belle telle qu’elle est, avec nos douleurs.
« La légère tribulation d’un instant nous prépare, jusqu’à l’excès, une masse éternelle de gloire ». 2 Co, 5, 17.
Les contrariétés ne sont pas que mauvaises.
Elles nous permettent de ne pas être propriétaires de notre vie, de notre temps et nous évitent ainsi d’être enfermé dans nos programmes et nos sagesses personnelles. Pour entrer dans la sagesse divine, il faut que notre sagesse humaine soit bousculée
La douleur est parfois moins éprouvante que la recherche de sens qu’on veut lui donner. Notre désir de comprendre est profondément humain, et pas mauvais en soi, mais il peut cacher deux écueils.
Comprendre le sens de la souffrance peut être une manière pour nous d’avoir la main sur tout, d’être puissant par nos connaissances. Cela peut aussi être une manière de se rassurer. Nous oublions alors que la sécurité humaine est fragile. Que notre seule sécurité doit être la certitude que Dieu est fidèle et ne nous abandonne jamais.
Pour que notre intelligence soit débarrassée de ces deux principaux défauts, il est nécessaire qu’il y ait des moments où nous restons incapables de comprendre. C’est alors le temps de s’abandonner à Dieu avec une confiance aveugle.
Jn, 13, 17: « ce que tu fais tu ne le sais pas à présent, par la suite tu comprendras. »
« Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne » Jn, 10, 18.
Faire de ce qui nous est pris qqch qui nous est offert. Par le consentement libre et aimant, la vie prise devient 1 vie donnée.
EX: Ste Thérèse de Lisieux, dans certaines tâches ne voulait pas être dérangée, mais elle choisissait d’être dérangée afin de répondre avec amour et gentillesse à chaque personne qui viendrait la déranger.
Dans tous les cas, il nous reste la liberté de croire, d’espérer et d’aimer. Même si je ne peux rien faire, si je crois, j’espère et j’aime.
« L’espérance ne déçoit pas, car l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le St Esprit qui nous a été donné ». Rm, 5, 5.
Consentir aux souffrances qui proviennent des autres. Plus difficile que d’accepter les contraintes matérielles.
Faire la part des différences psy
Souffrance due à une véritable faute de la part des autres: pardonner
Pardonner n’est pas cautionner le mal mais dire « cette personne m’a fait du mal mais je ne veux pas la condamner ou l’identifier avec sa faute, ni faire justice moi-même ».
La rancune nous aliène autant que les dépendances affectives. Pardonner nous permet de retrouver notre liberté.
Il nous faut parvenir à aimer gratuitement: « aimez vos ennemis, faites du bien, et prêtez sans attendre en retour », saint Jean de La Croix.
Dieu peut transformer notre coeur pour nous rendre capable d’aimer d’un amour aussi pur, aussi gratuit, aussi désintéressé que le sien.
Nous sommes faits pour aimer comme Dieu aime. Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit Dieu.
Le mal que nous faisons ou voulons aux autres finira par se retourner contre nous.
Quand nous sommes à l’étroit dans notre coeur, c’est parce que notre coeur est à l’étroit dans ses dispositions envers le prochain: se refuser à aimer, à pardonner avec générosité.
Les imperfections des autres nous obligent à nous efforcer de les aimer d’un amour véritable. Ne pas attendre des autres un bonheur qu’on ne peut trouver qu’en Dieu. Nous enfoncer dans la prière pour passer d’un amour idolâtrique (qui attend trop) à un amour réaliste, libre, et finalement heureux.
« La charité ne cherche pas son intérêt ».
Le péché des autres ne m’enlève rien. Le mal des autres ne pourra jamais me priver de l’essentiel: l’amour que dieu me porte et que je peux lui porter. Je peux toujours croire, espérer et aimer. Personne ne me prive de rien.
Ne pas se démobiliser: quoi qu’il arrive, cela ne nous enlève rigoureusement rien. Je n’ai rien à perdre, je dois garder ma ferveur, continuer à aimer Dieu, à prier de tout mon coeur et à aimer les personnes avec qui je vis.
= C’est cela être vainqueur du mal par le bien.
D’abord me convertir. Le mal véritable est en moi. M’occuper en priorité de MA conversion. Il s’agit d’abord de réformer mon coeur.
St Placide: « et moi est-ce que je me convertis? ce moi qui est le seul pays de mission sur lequel j’ai pouvoir, et dont j’aurai à rendre compte. »
Le mal extérieur ne me fait du mal que par les réactions que j’y amène: peurs, découragement, tristesse…
Mc 7, 14: « il n’est hors de l’homme rien qui en entrant ne puisse le souiller ».
Jésus plongé dans l’océan du mal, mais pas atteint par lui, comme Marie: pas de peur, de révolte, de haine, de désespoir, mais acceptation, pardon, espérance.
Si le mal pénètre en notre coeur, c’est qu’il y a des complicités dans notre coeur.
Remplir en entier notre coeur de Dieu pour qu’il n’y ait plus aucune place pour que le mal s’y loge.
Avec le baptême, et l’onction du Saint Chrême, nous devenons prêtre, prophète et roi. Roi car fils, héritier du Roi du ciel et de la terre.
Nous ne sommes soumis à rien, mais tout nous est soumis. Idem pour celui qui vit en enfant de Dieu.
Nous aurons des peines, des misères, mais notre bonheur n’est plus dépendant des circonstances heureuses ou malheureuses.
Tout ce qui arrive dans le monde est à mon service, au service de ma croissance dans l’amour de Dieu. Tout ne fait que promouvoir mon bien véritable qui est d’aimer.
Quoi qu’il arrive : Dieu m’aime, et rien ne pourra me séparer de l’amour de JC.
« Jésus le regarda et il l’aima ». Mc, 10, 21.