Choisir deux personnes pour faire le rituel.
Célébrant : Seigneur notre Dieu, tu as sanctifié le mariage par un mystère si grand et si beau que tu en as fait le sacrement de l'alliance du Christ et de l'Église ; Accorde à Jean et Jeanne, qui vont recevoir ce sacrement dans la foi, de réaliser par toute leur vie ce qu'il exprime. Par Jésus Christ...
Jean et Jeanne, vous avez écouté la parole de Dieu qui révèle la grandeur de l'amour humain et du mariage. Vous allez vous engager l'un envers l'autre dans le mariage. Est-ce librement et sans contrainte ?
Les futurs époux (séparément) : Oui.
Le célébrant : En vous engageant dans la voie du mariage vous vous promettez amour mutuel et respect. Est-ce pour toute votre vie ?
Les futurs époux (séparément) : Oui, pour toute notre vie.
Le célébrant : Êtes-vous prêts à accueillir les enfants que Dieu vous donne et à les éduquer selon l'Évangile du Christ et dans la foi de l'Église ?
Les futurs époux (séparément) : Oui.
Célébrant : Êtes-vous disposés à assumer ensemble votre mission de chrétiens dans le monde et dans l'Église ?
Les futurs époux (ensemble) : Oui.
Ils se tournent l’un vers l’autre pour l’échange des consentements.
Jean : Jeanne, veux-tu être mon épouse ?
Micheline : Oui, je veux être ton épouse. Et toi, Jean, veux-tu être mon époux ?
Jean : Oui, je veux être ton époux.
Micheline : Je te reçois comme époux et je me donne à toi.
Jean : Je te reçois comme épouse et je me donne à toi.
Ensemble : Pour nous aimer fidèlement, dans le bonheur et dans les épreuves, et nous soutenir l'un l'autre, tout au long de notre vie.
Le célébrant : Ce consentement que vous venez d'exprimer en présence de l'Église, que le Seigneur le confirme, et qu'il vous comble de sa bénédiction. Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. Que le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu qui a uni nos premiers parents dans le paradis, confirme et bénisse dans le Christ le consentement que vous venez d'exprimer en présence de l'Église.
On apporte les alliances en bois.
Le célébrant : Seigneur, notre Dieu, toi qui as fait Alliance avec nous par Jésus Christ, bénis maintenant ces alliances : qu'elles soient pour Jean et Jeanne le signe de leur fidélité et le rappel de leur amour.
Tous : Amen.
Les époux : Jean / Jeanne, reçois cette alliance, signe de mon amour et de ma fidélité.
Les deux retournent à leur place.
Merci à Jean-Jacques et Micheline pour leur prestation.
Le mariage n’est pas une invention des cathos. Il existe depuis la nuit des temps, bien avant le christianisme ! En ce sens c’est une institution naturelle et humaine avant d’être surnaturelle et divine. D’ailleurs le mariage est le dernier sacrement à avoir été ajouté à la liste des sacrements et très tardivement, au XIIIème siècle. Il s’est écoulé plus de temps sans que le mariage soit un sacrement que depuis qu’il en est un ! Il a donc un vrai enracinement dans la nature de l’homme.
Néanmoins il a fini par devenir un sacrement. Pour expliquer ça on peut d’abord voir que toutes les cultures, de façon diverse reconnaissent dans le mariage une certaines dignité, une certaine grandeur, un certain accomplissement. Comme le dit le Concile cela « ne transparait pas toujours avec la même clarté » (GS57), mais est toujours présent. En fait nous sommes très profondément faits pour cela, l’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre, l’amour est « la vocation fondamentale et innée de tout être humain » (CEC1604). Et puisque c’est Dieu qui nous a fait, c’est donc aussi lui qui a posé les fondements du mariage. Gaudium et Spes dit au numéro 48 que « la communauté profonde de vie et d’amour que forme le couple a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur. Dieu lui-même est l’auteur du mariage. » C’est ce qui permet de le reconnaître comme un sacrement… Mais ce n’est pas tout.
Il faut aussi remarquer que le Bible, l’histoire du Salut ne parle que de cela. La Bible s’ouvre sur la création de l’homme et de la femme faits pour se donner l’un à l’autre et se termine dans l’Apocalypse sur les noces de l’Agneau. Les Psaumes chantent la belle attendant son Epoux, le Cantique des Cantiques chante l’amour du Bien-Aimé pour sa Bien-Aimée, Saint Paul nous parle de l’Eglise épouse du Christ, et en Jean Jésus commence son ministère à un mariage ! En fait le mariage est l’une des meilleures images de l’union de Dieu et des hommes. C’est pour cela qu’il est ensuite particulièrement « habité » par Dieu. Il est le signe visible d’une réalité invisible, et c’est justement la définition d’un sacrement.
Et voilà pourquoi le mariage est sacrement. Il s’appuie sur la nature, sur une institution humaine qu’il magnifie, qu’il porte à son achèvement (grâce à Jésus). C’est vraiment un lieu particulier d’union de la nature et de la grâce. Je ne sais pas si vous vous souvenez de tout à l’heure, mais la cérémonie du mariage s’ouvrait par une prière qui disait : « Seigneur notre Dieu, tu as sanctifié le mariage par un mystère si grand et si beau que tu en as fait le sacrement etc. ». Dieu a pris ce qui existait (mais qui bien sûr n’existait que grâce à lui) pour en faire un sacrement. Soutenu par la nature mais accompli et achevé dans et par la grâce.
Dernière petite précision d’un point de vue sacramentel, que je vous donne parce qu’elle va éclairer toute la suite de ce qu’on va vous raconter. Les sacrements sont divisés en trois catégories. Est-ce que vous les connaissez ? Il y a les sacrements d’initiation (le baptême, la communion, la confirmation), les sacrements de guérison (confession et onction des malades) et les sacrements au service de la communion (l’ordre et le mariage). Savoir que le mariage est au service de la communion, ça éclaire tout…
Maintenant qu’on a un peu posé le décor, on va entrer dans le vif du sujet. On va voir d’abord où va le mariage, ensuite quels moyens il prend pour y aller et ensuite on s’attardera sur un de ces aspects en particulier.
Pour comprendre où va le mariage, on peut commencer par revenir à son origine. Et pour cela le plus simple c’est de revenir au texte de la Genèse. Je vous propose de revenir sur quelques paroles qui sont très éclairantes.
D’abord revenons à la première parole d’Adam devant Eve lors du deuxième récit de la Création : « Pour le coup c’est l’os de mes os et la chair de ma chair » (Gn2,23). C’est une expression un peu étrange car en hébreu on trouve un superlatif. C’est « l’ossissime de moi-même », c’est « ma chair au plus haut point ». En fait Adam a comme un cri qui jaillit de lui-même (d’ailleurs on nous dit « Adam s’écria ») en face d’Eve qu’il reconnait comme « étant de lui », venant de lui au plus haut point, étant « suprêmement quelque chose de lui ». Il y a une sorte de reconnaissance viscérale, Adam parle avec ses tripes, et c’est d’ailleurs du corps qu’il parle. Ce cri reconnait en fait que dès l’origine, le premier instant l’homme est fait pour la femme et la femme est faite pour l’homme. Oubliez le texte, imaginez-vous la scène. Adam qui était seul voit Eve pour la première fois de sa vie dans le jardin d’Eden. Vous croyez qu’il reste allongé sous son arbre en disant ça ? Non ! On sent dans ce qu’exprime le texte qu’il bondit, que quelque chose de très profond en lui vibre puissamment devant la femme. Ressentons la puissance de cet instant : il exprime la puissance du lien entre les deux. La femme et l’homme sont faits, designés pourrait-on dire l’un pour l’autre.
Mais Dieu va plus loin que ça. L’homme et la femme ne sont pas juste deux créatures qui vont bien ensemble. Revenons au premier récit de la Création, à cette magnifique formule qui décrit la Création de l’Homme. Elle est tellement belle et puissante qu’elle exprime à elle seule le mystère dont elle parle. On sent qu’il y a quelque chose de très fort qui se noue à ce moment-là. « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. » (Gn1,27) [ne pas hésiter à la relire] Qu’est-ce qui fait que l’Homme avec un grand H est à l’image de Dieu ? C’est qu’il est homme (avec un petit h) et femme. Homme et femme. Et là on voit qu’il y a quelque chose de plus profond qu’une « simple » convenance qui nous faisait déjà vibrer dans le deuxième récit. La relation entre l’homme et la femme, c’est ce qui les rapproche de Dieu. Il y a une véritable élévation dans cette union et un lien extrêmement profond avec Dieu. En fait on peut remarquer que cette phrase suit celle où Dieu se parle à lui-même au pluriel. Vous savez c’est le « faisons l’homme » etc. L’homme et la femme sont à l’image de Dieu dans leur relation parce que Dieu en lui-même est relation. On comprend aussi avec ce parallèle immédiat dans le texte que la relation entre l’homme et la femme est appelée à être semblable à celle que Dieu a en lui-même, c’est-à-dire à celle de la Trinité ! On y reviendra. Enfin on voit qu’il y a un lien direct entre l’union de l’homme et de la femme et la sainteté qui est d’être à l’image de Dieu. Deux petites remarques pour montrer à quel point cette union de l’homme et de la femme est fondamentale, essentielle. Dans le deuxième récit, tant que la femme n’est pas créé, le terme hébreu utilisé que l’on traduit par « homme » est en fait asexué. Il ne peut y avoir d’homme masculin sans la femme. Deuxièmement, on peut remarquer que cet homme asexué ne parle pas, il est quasiment transparent jusqu’à l’arrivée de la femme. Il prend toute sa consistance avec l’arrivée de celle-ci. Voilà j’espère qu’avec tout ça on comprend que dès l’origine l’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre !
Pour parachever cela, deux derniers versets. Ceux qui concluent la création de l’homme et de la femme dans chaque récit. Dans le premier, « Dieu les bénit et leur dit : « soyez féconds et multipliez-vous » » (Gn1,28). Il y a un appel de Dieu pour l’homme et la femme dans leur union. C’est pour cela qu’on peut dire que le mariage est une vocation (du latin vocare : appeler). Nous sommes faits pour cela et en plus Dieu nous y appelle ! Et si c’était toujours pas assez clair, dans le deuxième récit on conclut sur « c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa femme, il s’attachera à sa femme et ils formeront une seule chair (Gn2,24). Ca se passe de commentaire.
On voit donc que le mariage est inscrit dans l’essence même de l’homme, l’union de l’homme et de la femme est gravée dans sa chair, elle fait partie de notre appel originel. Evidemment le texte de la liturgie du mariage insiste lourdement pour montrer que le mariage trouve son fondement dans l’Ecriture et dans la nature même de l’homme ainsi que son histoire avec Dieu. Ainsi le prêtre commence-t-il par faire référence à l’Ecriture au début de la liturgie : « Jean-Jacques et Micheline, vous avez écouté la parole de Dieu qui révèle la grandeur de l'amour humain et du mariage » avant de prier plus loin en disant « Que le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu qui a uni nos premiers parents dans le paradis, etc. ». On convoque toute l’histoire du Salut depuis le commencement du monde !
En deuxième point, il nous faut approfondir quelque chose que nous avons déjà évoqué.
Le mariage est un lieu particulier de sanctification en ce qu’il permet de devenir à l’image de la Trinité. C’est le « homme et femme il les créa » (Gn1,27) de tout à l’heure. Quelques explications là-dessus.
Saint Jean-Paul II a beaucoup approfondi cette question. Christopher West qui le reprend dit que « L’union conjugale est destinée à être comme une icône de la vie intérieure de la Trinité ». Encore une très belle formule, c’est la soirée. [éventuellement relire] Dans le mariage nous sommes appelés à vivre ce que vit la Trinité, c’est-à-dire une union, une communion très profonde. Dans le Royaume des Cieux, nous participerons à la vie divine de la Trinité. La formule qu’on utilise c’est carrément « divinisé » ! Saint Jean Damascène dit que « par la participation à la vie divine, l’homme devient par grâce tout ce que le Christ est par nature ». Le but du mariage est de s’approcher de cela autant que possible. Cela veut à la fois dire que c’est une véritable préparation au Royaume des Cieux, mais aussi que c’est un véritable chemin de sainteté.
Pour cette raison, on dit que l’un des deux buts du mariage avec la procréation est le bien ou la sanctification des époux. C’est inscrit au cœur du mariage.
Il y a quelque chose qui m’a fait très bien comprendre cela, ainsi que l’articulation entre le mariage et le sacerdoce, même si c’est peut-être une formulation à prendre avec des pincettes. La vocation du prêtre, en agissant in persona Christi et particulièrement dans la célébration des sacrements c’est d’apporter la véritable Sainte Trinité sur terre. La vocation des mariés c’est de ressembler à cette Sainte Trinité. Il y a une espèce de mouvement descendant et de mouvement ascendant. Ce n’est pas totalement juste et il faudrait préciser cela, mais cette image exprime tout de même une vérité très profonde. En tout cas je la trouve très belle.
Néanmoins cela peut faire peur. On ne se sent pas vraiment à la hauteur de l’enjeu ! C’est pour cela que dans le mariage, Dieu s’engage avec nous. Comment pourrions-nous ressemble à Lui sans Lui ? Dieu s’engage avec nous pour tout le chemin à venir. Quand on célèbre la messe, quelle que soit l’heure, quel que soit le jour Dieu vient. Avec le mariage d’une certaine façon c’est encore plus fort : non seulement il nous rejoint « sur le moment » mais en plus il s’engage pour tous les instants qui suivront ! C’est pour cela aussi qu’il y a une véritable valeur sacramentelle dans le mariage : Dieu est impliqué, agit… Et on ne peut rien faire sans lui. D’ailleurs, si le but du mariage est de devenir « icône de la Trinité » et qu’on enlève la Trinité, on peut dire carrément que le mariage n’a plus aucun sens !
Dernière remarque : cela nous montre aussi qu’il y a bien une double alliance dans le mariage. A la fois une alliance entre les deux époux et une alliance entre Dieu et les hommes. On aperçoit tous les liens qu’on peut faire entre le mariage, l’Alliance entre Dieu et les hommes, entre le Christ et l’Eglise… Tout cela participe d’un même mystère, on l’a déjà un peu évoqué. C’est une histoire d’alliance pour la vie, alliance qui a comme fin une union très profonde. Cela transparait dans toute l’Ecriture et d’une façon ou d’une autre est une constante de tout ce qu’on peut vous dire ce soir. Je ne m’étends pas plus.
On a donc bien parlé du sens du mariage, de ce à quoi il répondait chez nous, de ce vers quoi il nous emmenait… Je voudrais vous montrer une petite vidéo qui illustre cette relation particulière entre l’homme et la femme.
Pub coca prêtre
Pas vraiment ce à quoi on s’attendait hein ? Cela étant dit, ça soulève quand même une vraie question. Si c’est si beau et tout de se marier, si on est faits pour ça, pourquoi est-ce que certains choisissent-ils de rester célibataires ? Est-ce que ce n’est pas contradictoire avec tout ce qu’on vient de raconter ?
Alors d’abord une petite mise au point pratique sur le célibat des prêtres. Cela n’a pas toujours été comme ça. Pendant plusieurs siècles, les prêtres se sont mariés ! La première trace formelle que l’on trouve allant dans le sens du célibat date du concile d’Elvire au IVème siècle. Ensuite il faut savoir que même aujourd’hui dans l’Eglise catholique il y a des prêtres mariés : c’est le cas dans les Eglises non romaines. Enfin ce n’est pas un dogme ou un article de foi, ce qui signifie que l’on peut revenir dessus. Si demain le pape décide que les prêtres peuvent se marier ça ne pose pas plus de problème que ça.
Bon, cela étant dit, l’Eglise y attache tout de même une grande importance. Le concile Vatican II dit qu’il y a une « haute convenance » entre l’ordre et la loi du célibat. Le canon qui parle du célibat des prêtres dit « Les clercs sont tenus par l'obligation de garder la continence parfaite et perpétuelle à cause du Royaume des Cieux, et sont donc astreints au célibat, don particulier de Dieu par lequel les ministres sacrés peuvent s'unir plus facilement au Christ avec un cœur sans partage et s'adonner plus librement au service de Dieu et des hommes. » C’est quand même fort. Enfin c’est une pratique qui a toujours existé et été fortement présente dans l’Eglise… A commencer par Jésus et les Apôtres !
Cela étant posé, sans rentrer dans le débat et un argumentaire plus détaillé, on peut dire que le prêtre épouse l’Eglise. Il se donne à Dieu d’une façon autre, particulière, pas meilleure mais différente. Le célibat c’est pour lui un moyen de mieux vivre ce don à Dieu et aux autres. C’est aussi le don lui-même : les prêtres ne sont pas ceux d’entre nous qui ne sont pas appelés au mariage : on est tous appelés au mariage et faits pour se marier ! C’est très important. C’est donc un don particulier qui est aussi une façon de se rapprocher du Christ et d’être un signe du Royaume pour les autres.
Ce qui compte ici c’est que le mariage et la virginité pour le Royaume s’éclairent mutuellement, se soutiennent mutuellement. On a besoin des deux ! Je finis en vous citant Saint Jean Chrysostome : « Dénigrer le mariage, c’est amoindrir du même coup la gloire de la virginité ; en faire l’éloge, c’est rehausser l’admiration qui est due à la virginité ... »
Finalement on voit donc qu’on est tous faits pour le mariage qui est inscrit dans notre ADN le plus profond, dans notre essence même, gravé dans notre chair ! Il est un moyen privilégié de grandir en sainteté en devenant à la ressemblance de la Sainte Trinité.
Maintenant que l’on sait où on va avec le mariage (la sainteté et la ressemblance de Dieu par l’amour mutuel), il s’agit de savoir comment on y va. D’accord le mariage est le lieu de l’épanouissement de l’amour humain qui devient divin, mais comment est-ce qu’il réussit cela ? L’Eglise recense 4 grands piliers du mariage dont on va prendre le temps de parler maintenant. Vous allez voir que ces piliers on les retrouve en fait dans le rituel du mariage où ils sont tous exprimés très clairement !
Pour découvrir le premier, on va regarder un petit extrait d’Exodus, il s’agit de la scène du mariage de Moïse et de Sephora.
Extrait Exodus
Le mariage c’est une question d’engagement. Un engagement fort. Si je m’engage, c’est librement. Sinon ce n’est pas un engagement. Voilà donc le premier pilier duc mariage : la liberté. Elle est absolument fondamentale !
D’ailleurs quelle est la première question que le célébrant pose aux futurs époux (cf. tout à l’heure) ? « Vous allez vous engager l'un envers l'autre dans le mariage. Est-ce librement et sans contrainte ? ». C’est le préalable à tout le reste en fait.
C’est cette liberté qui permet de poser un choix qui soit total, c’est-à-dire qui nous engage vraiment tout entier, dans tout notre être, notre personne avec notre corps, notre affectivité, notre intelligence, notre spiritualité… C’est notre liberté qui fait l’unité de tout cela et qui l’unifiera à l’avenir. C’est pourquoi il est indispensable qu’elle soit présente, d’autant plus que le choix est fort ! C’est pour toute la vie !
Ce qui nous mène naturellement au deuxième pilier : c’est l’indissolubilité. Quand on se marie, c’est jusqu’au bout, « jusqu’à ce que la mort nous sépare ». On s’engage à aimer pour toujours et en fait c’est indispensable de s’engager pour toujours. Il y a une très belle phrase de Saint Jean Paul II qui dit que « Celui qui ne choisit pas d’aimer pour toujours aura du mal à aimer ne serait-ce qu’un seul jour. » Ce qui veut aussi dire qu’on s’engage pour une période qu’on ne connait pas, qui sera faite d’évènements qu’on ne connait pas, et avec quelqu’un qui va changer et qu’on ne connait pas encore complètement… Pour comprendre ça je vous propose qu’on regarde de nouveau le même extrait d’Exodus, mais cette fois je vous invite à faire particulièrement attention à tout ce qui se dit quand on parle d’inconnu.
Extrait A beautiful mind
Alors ? [Attendre des réponses] Ce qui domine c’est la confiance. On n’en parle pas dans les piliers du mariage, mais en fait elle est indispensable si on veut pouvoir aborder sereinement cet aspect d’indissolubilité. Notons au passage que cette confiance découle de la liberté.
Cette confiance en l’autre, c’est une confiance en son amour pour moi et en mon amour pour lui. Je ne le connais pas parfaitement, mais je choisis d’avoir confiance en lui, et en moi en décidant maintenant d’aimer ce que je ne connais pas encore. J’ai confiance en ce qu’il prend ce même engagement pour moi. J’ai confiance en ce que notre engagement tiendra (parce que nous ferons en sorte qu’il tienne) même dans les circonstances que je ne connais pas encore. Mais c’est aussi une confiance en le secours que Dieu nous apportera. Evidemment qu’aimer la même personne toute sa vie relève du délire. Evidemment que c’est très difficile voire impossible. Mais là le sacrement est aussi un secours pour nous. Il donne une grâce sur laquelle on peut s’appuyer. Et puis surtout il met Dieu dans le coup, et qu’on s’appuiera sur lui dans la suite. Et comme dit Jésus : « Pour les hommes ce n’est pas possible, mais pour Dieu tout est possible » (Mt19,26).
L’indissolubilité donc c’est ce qui fait qu’on est mariés pour la vie et qu’on ne peut pas de « démarier ». C’est une union indissoluble. Quelques précisions là-dessus.
D’abord on est mariés pour la vie. Ce qui veut dire qu’après la mort… Eh bien on ne l’est plus. C’est à cause de cela par exemple qu’un veuf peut se remarier. Mais ça veut aussi dire qu’on n’est plus marié dans le Royaume des Cieux. En fait ça nous montre bien que le mariage est au service de notre sanctification. C’est un moyen sur cette terre pour devenir saint. Jésus lui-même l’exprime quand des pharisiens viennent l’interroger en Luc 20,27. Les pharisiens lui demandent ce qu’il adviendra d’une femme qui aura eu plusieurs maris sur cette terre. En aura-t-elle plusieurs dans la vie éternelle. Jésus leur répond que « les fils de ce monde-ci prennent femme ou mari ; mais ceux qui auront été jugés dignes d’avoir part à ce monde-là [il parle du Royaume des Cieux] et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils sont fils de Dieu, étant fils de la résurrection. » On n’est plus mariés dans le Royaume des Cieux ! Cela étant dit, on peut légitimement s’attendre à ce qu’on ait quand même une relation privilégiée avec notre femme ou notre mari là-haut, parce que cette vie-là est profondément liée à cette vie-ci.
Deuxième point : le mariage est indissoluble, mais on peut divorcer. Comprenons-nous bien. Quand on est mariés à l’Eglise on est marié pour la vie. Mais l’Eglise reconnait évidemment que parfois le mariage rate. Et la situation de la vie à deux n’est plus tenable. Même si c’est triste et regrettable, ce qu’on appelle la séparation physique peut être nécessaire. L’Eglise accepte que deux époux divorcent à la mairie si c’est nécessaire. Cependant ils restent engagés l’un envers l’autre. Ils se sont eux-mêmes engagés envers l’autre pour leur vie. On comprend aussi pourquoi il fallait être libre et bien conscient de ce qui se passait pour s’engager…
J’en profite pour parler d’une dernière chose très importante sur la question de l’indissolubilité. C’est ce qu’on appelle la nullité du mariage. Rien à voir avec un divorce. Quand il y a un divorce on dit : « il y a eu un mariage un jour, mais on le défait ». La nullité dit « il n’y a jamais eu de mariage ». L’Eglise peut reconnaître qu’un mariage est nul et non avenu (il ne s’est jamais passé, les époux n’ont jamais été mariés), c’est-à-dire que le sacrement n’était pas valide pour de multiples raisons, et notamment si l’un des deux époux n’était pas libre de s’engager, qu’il y a eu un mensonge sur la personne, c’est-à-dire une dissimulation volontaire d’un élément important et majeur nécessaire au discernement (une maladie grave par exemple), ou plus généralement si les époux étaient en désaccord dès l’origine et le jour de la prononciation du mariage sur l’un ou l’autre des piliers ou n’en avaient pas connaissance.
Evidemment ce pilier est aussi exprimé lors du mariage lorsque le prêtre demande : « En vous engageant dans la voie du mariage vous vous promettez amour mutuel et respect. Est-ce pour toute votre vie ? » Plus tard les époux disent eux-mêmes : « Pour nous aimer fidèlement dans le bonheur et dans les épreuves, et nous soutenir l'un l'autre, tout au long de notre vie. » Et c’est tellement important qu’on y revient encore une fois dans la prière finale où le prêtre dit « Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas. » Evidemment c’est une référence à l’Evangile où Jésus dit en Matthieu 19,6 : « ils ne sont plus deux mais une seule chair. Eh bien, ce que Die a uni que l’homme ne le sépare pas ». On voit que Jésus lui-même se réfère à la Genèse : la boucle est bouclée.
L’Eglise fait donc preuve de beaucoup de réalisme, d’adaptation à la réalité humaine avec la nullité du mariage et la séparation physique, tout en tenant très fermement l’indissolubilité absolue du sacrement et de l’engagement des époux. C’est un pilier fondamental sur lequel on insiste beaucoup à la suite de Jésus. Cela va de pair avec la fidélité.
Ce troisième pilier est très très profondément lié à l’indissolubilité. Là encore on pourrait reprendre les paroles très fortes de Jésus, reparler de toute l’importance de la confiance en long en large et en travers, rappeler de nouveau que « Pour les hommes ce n’est pas possible, mais pour Dieu tout est possible » (Mt19,26) et que tout ça prend son sens parce qu’on s’engage avec et devant Dieu et pour aimer comme lui, donc fidèlement.
Plutôt que de reparler de tout cela, un tout petit mot sur la question très difficile des divorcés remariés. Vous le savez surement, l’Eglise demande à ces personnes ne pas se confesser et de ne pas communier. On a déjà dit précédemment que le divorce civil et la séparation physique, même s’ils sont tristes, dramatiques et entourés d’une grande souffrance ne sont pas un problème en soi. Ce qui fait difficulté c’est le remariage. Pourquoi ? L’Eglise considère à juste titre qu’en vivant avec un autre ou une autre que celui ou celle à qui l’on s’est marié en promettant fidélité et amour pour toute sa vie, on n’est pas fidèle à sa promesse de mariage. C’est une promesse d’engagement de toute la personne corps et âme extrêmement fort, pris devant et avec Dieu. La renier, c’est donc poser un acte de rejet à la force proportionnelle et une véritable coupure de Dieu. Bien sûr aucun péché, aucune coupure n’est sans remède pour la miséricorde et la tendresse du Père. C’est pour cela qu’existe la confession. Mais la confession n’a de sens que si l’on se repent véritablement et donc que l’on désire le changement. C’est la raison pour laquelle dans l’acte de contrition on dit « je prends la ferme résolution, avec le secours de Votre Sainte Grâce de faire pénitence et de ne plus recommencer ». Si je décide de continuer tout en demandant pardon, ça n’a plus de sens. Pour cette raison si une personne divorcée remariée ne désire pas de changement, l’Eglise lui demande de ne pas se confesser : le sacrement n’est pas valide (parce que les conditions requises ne sont pas réunies, exactement comme tout à l’heure avec la nullité du mariage), il n’est pas effectif si vous voulez. C’est d’ailleurs la même chose pour nous : si on a déjà décidé de continuer à péché, on ne peut pas aller se confesser ! C’est la première étape. Ensuite, l’Eglise considère qu’on ne peut pas aller communier si on a soi-même décidé sans recours de se couper radicalement de Dieu. Si l’on est en état de péché grave, l’Eglise nous demande d’aller d’abord nous confesser. Je ne peux pas vivre en même temps la co-mmunion et la dé-sunion. Pour cette raison et dans la continuité du premier point, l’Eglise demande aussi aux divorcés remariés de ne pas communier. Cette explication étant posée, ajoutons que l’Eglise répète aussi sans relâche que Dieu passe par d’autres moyens pour rejoindre ces personnes, que c’est un point extrêmement douloureux et délicat et que l’Eglise continue à y réfléchir et à l’approfondir pour voir comment permettre à ces personnes de vivre leur foi et leur situation (souvent très compliquée) de la façon la plus respectueuse et la plus juste.
But (naturel) du mariage avec le bien des époux : " C’est par sa nature même que l’institution du mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation qui, tel un sommet, en constituent le couronnement " (GS 48, § 1) « Les enfants sont le don le plus excellent du mariage et ils contribuent grandement au bien des parents eux-mêmes. » (GS50)
Participation à l’œuvre divine, cocréateurs.
Au-delà : Place dans liturgie.
Quatrième pilier, celui de la fécondité. L’Eglise précise même qu’avec le bien mutuel et la sanctification des époux, c’est l’autre but du mariage. Ce but, contrairement au premier est dit naturel, on comprend assez bien pourquoi. Ainsi dans Gaudium et Spes : « C’est par sa nature même que l’institution du mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation qui, tel un sommet, en constituent le couronnement ». Il y a donc une forme d’achèvement dans la procréation. Pourquoi cela ?
Dieu invite l’homme et le couple à participer à la vie divine, on l’a déjà dit. Or quoi de plus propre à Dieu que d’être Créateur ? C’est aussi à cet aspect-là que les époux sont associés. On peut repenser au premier appel de Dieu à l’homme et à la femme : « soyez féconds et multipliez-vous ». Ce n’est pas le seul, mais c’est le premier. En donnant la vie, le couple s’associe à Dieu. Ça va tellement loin qu’on dit que les époux sont « cocréateurs ». Ils sont vraiment associés à Dieu.
En fait le propre de l’amour c’est de déborder, d’aller au-dehors de lui-même. C’est pour cela que Dieu crée le monde et crée l’homme, c’est pour cela qu’il vient nous rejoindre, c’est pour cela que les époux ont des enfants. Il est naturellement fécond, il prote de fruit à l’extérieur. S’il devient un jeu de ping-pong entre deux personnes pour l’éternité, en vase clos, on voit bien qu’il y a un problème. L’amour finit par se dessécher, s’atrophier et finalement par mourir. C’est pour cela que l’amour « fusionnel » pose problème. Il n’est pas viable et finalement n’est pas vraiment de l’amour. C’est aussi pour cela que le Gaudium et Spes nous dit que « les enfants sont le don le plus excellent du mariage et ils contribuent grandement au bien des parents eux-mêmes » (GS50). Ils contribuent au bien des parents en participant au déploiement toujours plus grand de leur amour.
Là encore le texte liturgique est tout à fait explicite : « Êtes-vous prêts à accueillir les enfants que Dieu vous donne et à les éduquer selon l'Évangile du Christ et dans la foi de l'Église ? »
Il est important de remarquer que la fécondité ne s’arrête pas à la seule procréation. « La fécondité de l’amour conjugal s’étend aux fruits de la vie morale, spirituelle et surnaturelle que les parents transmettent à leurs enfants par l’éducation. » (CEC1653) Elle va même au dehors du seul cercle familial et de l’éducation des enfants, dans tout ce que le couple peut porter comme fruit en étant en mission, en service, en témoignant et en étant un témoignage. Cette dimension de témoignage est d’ailleurs importante : si comme on l’a dit tout à l’heure les époux deviennent à l’image de Dieu et de la Trinité, ils doivent par leur vie être une marque pour les hommes de la présence de Dieu et un signe de « quelque chose de Dieu ». « C’est à l’amour que vous urez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra. » (Jn13,35)
Si l’Eglise, tout en insistant sur la primauté et le rôle si particulier de la procréation, insiste aussi sur la multiplicité des fécondités possible, c’est aussi pour signifier qu’un couple qui ne peut pas avoir d’enfants peut vivre un mariage authentique et fécond ! Dans le catéchisme : « Les époux auxquels Dieu n’a pas donné d’avoir des enfants, peuvent néanmoins avoir une vie conjugale pleine de sens, humainement et chrétiennement. Leur mariage peut rayonner d’une fécondité de charité, d’accueil et de sacrifice. » (CEC1654) Comme toujours l’Eglise essaye d’accompagner autant que possible les situations difficiles et douloureuses que travers l’homme.
Bon maintenant on a tout ce qu’il faut pour faire un beau mariage, on sait où on va (vers la sainteté), on sait comment (les quatre piliers [les faire redire aux gens]). Alors imaginez-vous sortez de l’église avec tout ça en tête, vous vous êtes dits oui, librement etc… Ça y est c’est bon vous êtes mariés ? Eh bien oui... Mais il manque encore quelque chose ! Quelque chose de tellement important que s'il n'arrive pas ensuite, le mariage sera dissolu. Ce quelque chose dont on va parler dans cette dernière partie c’est l’union charnelle, sexuelle.
L’union charnelle, c’est le sommet du mariage et au fond le lieu privilégié de l'alliance entre les époux. En fait l’union charnelle est le lieu privilégié du don total. C’est le « je me donne à toi tel que je suis » en acte, en actes incarnés ! C’est le lieu où on quelque part on « renouvelle », ou plutôt on réactualise l’engagement tout en le réalisant. Et s'il manque complètement... Au fond on ne vit pas l'alliance du mariage.
Cette union est inscrite dans l’ADN du mariage et de l’amour de l’homme et de la femme. On repense au verset de tout à l’heure : « l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et ils formeront une seule chair ». Et puis quand Eve vient vers Adam celui-ci la reconnait par son corps : « Pour le coup c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! ». Et Dieu appelle l’homme et la femme à être féconds. Bref c’est dans l’ADN de l’amour sponsal.
Et d’ailleurs l’union charnelle permet de vivre aussi au plus haut point les quatre piliers du mariage. C’est en quelque sorte l’accomplissement, la réalisation de tout ce que le mariage promet et engage. Pour comprendre ça, je vous propose de regarder la suite de l’extrait d’Exodus de tout à l’heure.
Extrait Exodus suite
[analyse de la vidéo]
C’est le lieu où je me donne librement à l’autre, tel que je suis. C’est le lieu qui scelle au sens très littéral de pose un sceau sur mon engagement. C’est le lieu qui est celui de ma fidélité à l’autre. Et c’est évidemment le lieu privilégié de la fécondité du couple.
En plus de tout cela, c’est un lieu de don total à l’autre. Je me donne avec tout mon être en acte, avec mon corps, mon affectivité, mon histoire, mon intelligence, etc. Un don plein et entier qui permet une union très profonde.
Jean-Paul II va jusqu’à dire que cette union sexuelle est ce qu’il y a de plus proche de ce qui se passe pendant l’Eucharistie. Le Christ épouse l’Eglise, l’Eglise épouse le Christ. Le mari épouse sa femme, la femme épouse son mari. Et ils se donnent l’un à l’autre très profondément, dans un don total, librement choisi, que rien ne défera, qui restera fidèle et portera du fruit !
Le concile nous dit que l’Eucharistie est « source et sommet de toute vie chrétienne ». De la même façon on peut dire que l’union sexuelle est « source et sommet de la vie sponsale ». Et vraiment le lieu de réactualisation de l’engagement du mariage et de ses promesses puisqu’il contient en condensé (et en acte) tout ce que célèbre le mariage.
En plus de cela puisque le but du mariage est de nous faire être à la ressemblance de la Sainte Trinité, l’union sexuelle est aussi ce qui nous en approche (de même que l’Eucharistie nous en approche et nous y fait participer). On a à la fois les moyens, la fin, la récapitulation de tout cela dans l’actualité de l’aujourd’hui… C’est beau !
On peut au passage s’étonner ou plutôt s’émerveiller de la place grandiose que le christianisme accorde au matériel, au concret au charnel. C’est aussi pour cela que l’on peut élever la sexualité si haut ! Qu’on repense au texte de la Genèse, à notre Dieu qui s’est incarné (in-carné), qui a travaillé le bois pendant 30 ans, à la promesse de la résurrection de la chair, à la sexualité qui nous aide à être à l’image de Dieu et qui nous donne de devenir participants de la création… On est la religion de l’Incarnation ! C’est très fort ! On n’est pas la religion du livre…
Pour terminer je voudrais dire un mot de la chasteté. On est tous appelés à vivre la chasteté. Y compris les couples mariés qui ont des relations sexuelles. La chasteté n’est pas réservée aux religieux et aux célibataires ! Qu’est-ce que ça veut dire être chaste ? Saint Jean-Paul II définit la chasteté en reprenant Kant qui dit qu’il s’agit de « toujours prendre l’autre comme une fin et jamais comme un moyen ». Être chaste c’est aimer l’autre pour lui-même en fait ! Ca ne veut pas dire « ne pas avoir de relations sexuelles », au contraire ! Vous comprenez pourquoi on doit tous le vivre, y compris les couples mariés ! Ca veut dire apprendre à convertir notre regard, les désirs de nos cœurs, notre imagination, nos paroles, etc… Comme j’aime bien ce sujet, j’en profite pour ajouter un petit mot. On dit que la sexualité vécue chastement dans le mariage est remedium concupiscentiae. Alors qu’est-ce que ça veut dire ce jargon latin ? En fait c’est assez simple. Une des conséquences du péché originel c’est la concupiscence, c’est-à-dire l’attrait en nous qu’il y a pour le mal, l’attirance, le biais, la sensibilité au mal. A bien différencier de la tentation. Cette concupiscence elle se déploie en particulier dans le domaine de la sexualité. Ce que dit l’Eglise c’est qu’en apprenant à vivre la sexualité avec la chasteté dans le mariage, on apprend aussi à convertir cela. Le mariage est un remède à la concupiscence, un remedium concupiscentiae ! Petit à petit ce qui est mauvais se convertit pour devenir saint et charitable !
Techniquement les deux époux s’administrent l’un à l’autre le sacrement.
Prêtre qui bénit : témoin nécessaire.
CEC1623 : « Selon la tradition latine, ce sont les époux qui, comme ministres de la grâce du Christ, se confèrent mutuellement le sacrement du Mariage en exprimant devant l’Église leur consentement. Dans la tradition des Eglises orientales, les prêtres ou évêques qui officient sont les témoins du consentement mutuel échangé par les époux (cf. CCEO, can. 817), mais leur bénédiction est nécessaire aussi à la validité du sacrement (cf. CCEO, can. 828). »
On vient de voir que quelque part la sexualité est le mariage lui-même, ou en tout cas qu’elle est sa célébration et son actualisation (en actes), et c’est aussi ce qui fait du mariage un sacrement particulier. A priori, quand les époux consomment leur mariage, le prêtre n’est pas là… Ce qui veut dire que les époux vivent le sacrement entre eux, et même qu’ils se l’administrent l’un à l’autre. Les époux se donnent le sacrement l’un à l’autre. C’est unique : dans tous les autres sacrements c’est le prêtre ou l’évêque qui est ministre de la grâce, c’est-à-dire qui administre le sacrement.
Cette particularité on la voit d’ailleurs très bien dans le rituel du sacrement lui-même. Si le prêtre pose les questions préalables, c’est bien les époux ensuite qui échangent leur consentement et prononcent toutes les paroles d’engagement et reçoivent celle de l’autre. Quand je me confesse, c’est le prêtre qui reçoit ma confession. Quand je me marie, c’est mon époux ou mon épouse. C’est ce qu’exprime le catéchisme : « Selon la tradition latine, ce sont les époux qui, comme ministres de la grâce du Christ, se confèrent mutuellement le sacrement du Mariage en exprimant devant l’Église leur consentement. »
Quel est le rôle du prêtre alors ? Il est double. Il y a un rôle de bénédiction, et un rôle de témoin. Il est témoin pour l’Eglise, c’est-à-dire qu’il est là pour marquer le fait que les époux se sont engagés devant l’Eglise et donc devant Dieu. Cela en fait un témoin indispensable (on peut se passer de tous les témoins de mariage, sauf du prêtre). On voit qu’au lieu d’un prêtre on pourrait très bien avoir un diacre, un moine… Au fond, cela pourrait même être un laïc (mais pas n’importe comment évidemment).
Cela est légèrement différent dans les églises orientales (non romaines donc), puisque le catéchisme précise que « Dans la tradition des Eglises orientales, les prêtres ou évêques qui officient sont les témoins du consentement mutuel échangé par les époux (cf. CCEO, can. 817), mais leur bénédiction est nécessaire aussi à la validité du sacrement (cf. CCEO, can. 828). »
Retenons en tout cas que ce sont les époux qui s’administrent le sacrement, à l’église, et quand ils le célèbrent dans l’union charnelle. Cela permet d’introduire une remarque très importante sur la façon dont le consentement est échangé, et donc la façon dont le mariage est vécu. Quand on se marie à la mairie, le maire demande : « Jean-Jacques, voulez-vous prendre Micheline pour épouse ? ». Je prends ma femme, mon mari. Devant Dieu, souvenez-vous de ce qui s’est dit au tout début : « Micheline je te reçois pour épouse et je me donne à toi. » En fait c’est une différence fondamentale. Je prends et je suis pris, ou je reçois et je donne. C’est hyper profond, on pourrait passer beaucoup de temps à travailler ça… Mais j’ai pitié de vous. On n’a pas vraiment approfondi la dimension de don dans le mariage, mais je pense qu’elle transparait dans tout ce qui précède. En tout cas on voit bien que si on prend et est pris au lieu de se donner et de recevoir, on casse toute la dynamique de la liberté, de l’engagement, de la confiance, de la gratuité, etc…
Que dire pour conclure ? Récapitulons un peu le chemin que nous avons parcouru. Le mariage, l’union entre l’homme et la femme est voulu par Dieu depuis l’origine. Il est à la fois inscrit dans notre nature et magnifié par la grâce, qui vient en faire un authentique chemin de sainteté, par l’amour mutuel et la ressemblance de Dieu, en étant « icône de la Trinité ». L’Eglise propose quatre piliers pour avancer dans cette participation à la vie divine, piliers qui s’appuient tous sur véritable alliance avec Dieu : la liberté, l’indissolubilité, la fidélité et la fécondité. Tous ils s’inscrivent dans la dynamique d’un don total vécu avec Dieu. En effet, Dieu s’engage avec nous le jour de notre mariage. Enfin on a exprimé que l’union charnelle des époux était le sommet du mariage, ce qui permettait de le traduire en actes et de le renouveler sans cesse. En cela on peut faire un vrai parallèle entre l’union des époux et l’Eucharistie, qui actualise le don de Dieu aux hommes, l’union de Dieu et des hommes, etc… Par cette union, les époux s’administrent le sacrement l’un à l’autre.
Enfin, je pense qu’au-delà de tout ce qu’on a dit (oui on a dit beaucoup de choses), le principal c’est de rester dans l’humilité et l’émerveillement face à ce grand mystère. C’est un don magnifique que Dieu nous fait, et on ne peut que se redire sans cesse que le mariage exprime et signifie un mystère bien plus grand et profond que nous. Le mystère de l’Alliance entre Dieu et les hommes et celui de la vie éternelle au fond. On peut garder sans cesse cet émerveillement et rendre grâce à Dieu !