Nous allons nous intéresser à la vocation du mariage, envisager le mariage sous l‘angle du sacrement de mariage chrétien comme source de libération, et non seulement comme bénédiction.
Une grande majorité d’entre vous seront concernés dans leur vie par le sacrement de mariage. Quel est le contexte dans lequel nous sommes tous, vous les jeunes, vos parents, vos grands parents ? Lorsqu’on pose la question aux jeunes, cathos ou non : qu’attendez vous de la vie, de l’amour ? Ils désirent rencontrer un homme ou une femme, l’aimer, faire alliance, éduquer les enfants, être fidèles.
C’est le désir de 85% des moins de 35 ans, autant dire qu’il s’agit d’une aspiration universelle. Les gens pressentent confusément que c’est ce mariage qui peut combler leur cœur et leur vie ; ils attendent la révélation.
L’Eglise est actuellement la seule institution du monde à croire vraiment que c’est le cœur de l’aspiration de l’homme.
Or quelle est la réalité ?
6 divorces pour 10 mariages, aujourd’hui les projections montrent que deux personnes qui se mettent sérieusement ensemble pour construire un projet (même indépendamment du mariage) ont 7 à 9 chances sur 10 de ne pas finir leur vie ensemble.
Et il ne faut pas croire que toutes ces séparations sont faciles. Les gens ne disent pas que ce n’est pas grave, j’en trouverai un autre ou une autre. Non, pour la grande majorité, c’est dramatique, c’est le projet de vie le plus important qui s’effondre, le bonheur de la vie conjugale. La question actuelle n’est pas « est-ce que tu vas divorcer ? » mais « quand vas-tu divorcer ? ». Humainement ce n’est pas supportable. Tous nous sommes concernés par ce tsunami, nous et nos enfants qui sont les premiers à payer la facture. On ne peut pas se résoudre à cela.
Aujourd’hui l’œuvre que l’Eglise doit développer c’est de sauver les couples et de sauver les familles et vous donner à vous les jeunes que vous puissiez réussir votre couple. Pas de discours gentillets, bisounours.
Nous allons nous appuyer sur l’enseignement de Jean Paul II, en allant au cœur du problème, car il en va de votre bonheur et il faut faire mentir les statistiques.
Pourquoi tant aspirent à ce bonheur et tant se fracassent ? Pour répondre, il nous faut comprendre quelle est notre génétique théologique, quelle est notre anthropologie.
Examinons l’Évangile de Matthieu, ch 19. Jésus affirme : pour comprendre ce qu’est le mariage, ce à quoi vous êtes appelés, revenez aux origines. Et c’est la Genèse Ch 1, 2 et 3 qui explique ce qu’est la grande bénédiction du couple et en même temps la grande épreuve du couple. Retenez que ce n’est pas simplement l’homme ou la femme qui sont à l’image de Dieu mais c’est le couple qui est à limage de Dieu. C’est à dire que la mesure de la vie conjugale, c’est la vie trinitaire, c’est l’intensité de l’amour trinitaire. Pourquoi aspire-t-on tellement à la vie conjugale, pourquoi une telle énergie dans notre désir de l’autre ? Parce que notre mesure c’est la Trinité. Je n’attends pas seulement d’être « bien » avec mon conjoint, mais j’attends beaucoup plus, une relation intense, car c’est inscrit dans nos gènes théologiques. C’est également le cri d’Adam : « voici l’os de mes os, la chair de ma chair », cela vient des profondeurs. Jean Paul II nous explique que le propos d’Adam devant Eve est déployé dans le Cantique des cantiques, où est décrite l’intensité de la relation conjugale sous tous ses aspects.
C’est à ce bonheur-là que nous sommes appelés : faire une seule chair.
D’où la notion forte que Jean Paul II a déployé : le langage des corps des époux tel que dessiné (dessin ou dessein ?) depuis les origines est toujours valable. C’est la langue de la liturgie. La liturgie est la célébration visible d’un mystère invisible. La sexualité est la liturgie propre des époux. Cela est expliqué par Saint Paul dans l’épitre aux Ephésiens ch 5. L’union de nos âmes, de nos cœurs, est célébrée dans notre corps devant Dieu à l’image de la Trinité. Nous glorifions Dieu dans notre corps. C’est un don immense de joie qui nourrit la vie conjugale
Voici l’intensité du projet de joie et de bonheur.
L’exultation d’Adam et Eve n’est pas toujours au rendez-vous tous les jours. Pourquoi ?
Il y a eu la catastrophe du péché originel : nous sommes marqués par trois blessures profondes qui demeurent en nous et qu’il nous faut guérir. Première blessure : je suis coupé dans mon unité entre moi et moi, entre mon âme et mon corps : je peux mentir avec mon corps tout en pensant autre chose avec mon âme. Je suis dissocié. Nous avons du mal à nous aimer nous même pleinement. Deuxième blessure : je suis fracturé dans ma relation à l’autre. D’une part, j’essaye de l’aimer et je n’y arrive pas et d’autre part, je ne me sens pas aimé par l’autre. Troisième blessure, la plus grave, celle qui me coupe de Dieu. Au lieu de voir le Père comme celui qui ne cherche qu’à m’aimer, à me remplir de son amour, j’ai peur de lui. Résultat : je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas comme nous dit Saint Paul.
Cette blessure d’amour que nous expérimentons tous nous propulse dans un combat intérieur : le désir est intact mais voilé par une nature blessée. Je cherche à compenser ces blessures par des anti-dotes : sexe, pouvoir argent, qui me valorisent car j’ai besoin d’amour. J’ai le désir de la communion des âmes mais la sexualité elle-même devient un lieu de blessure et la situation est alors dramatique.
Revenons à l’Evangile de Matthieu 19 : les apôtres disent « si c’est cela le mariage alors autant ne pas se marier ». C’était il y a 2000 ans ! On entend cela autour de nous tous les jours aujourd’hui ! N’oublions pas que la plupart des apôtres étaient mariés.
Curieusement Jésus ne leur dit pas « mais si, allez faites un effort ! » Il répond, je suis d’accord avec vous, c’est impossible pour l’homme sauf si cela vous est donné. De même que la vocation au célibat qui est aussi un don. Ainsi sans le salut du Christ, nous ne pouvons réaliser ce à quoi nous aspirons. C’est le Christ qui nous permet de retrouver accès à notre nature originelle et de réaliser ce à quoi nous aspirons. C’est par la foi que nous accédons à la possibilité de réaliser nos aspirations conjugales.
L’enjeu est énorme. Jésus nous donne la clé de la compréhension et de la réalisation. Jésus nous sauve pour nous réintroduire dans ce dessein éternel de Dieu pour le mariage. Cela donne lieu à la catéchèse la plus longue d’un pape, pour vous. C’est lui qui libère et qui sauve.
Quand je me suis marié, je pensais qu’on était au sommet et qu’ensuite il fallait tenir ! Mais en fait, pas du tout ! Le Seigneur nous conduit sur des chemins qu’on ne pouvait imaginer. Le baptême est à la personne ce que le sacrement de mariage est au couple. C’est le baptême conjugal, c’est le don du salut conjugal au couple. Cela n’est pas entendu et si peu connu ! C’est bien plus qu’une bénédiction sur un amour déjà existant, le sacrement de mariage est plus puissant : c’est le don du salut. Il vient guérir des blessures inscrites en chacun de nous, en faisant une œuvre de guérison de bonté dans chacune de nos vies, il fait œuvre de libération. L’Eglise est comme un hôpital de campagne pour le mariage, nous dit Jean Paul II.
Il vient guérir nos blessures intimes dans la sexualité qui mettent tant d’amertume en nous. Cela n’est pas de morale ! Dieu veut du bonheur pour nous, si nous sommes tombés dans ces travers c’est parce que nous sommes blessés et que nous avons besoin de sa miséricorde. Le Christ est venu pour guérir chacun de nous. Jean Paul II nous dit bien que les chrétiens se marient à l’Eglise non pas seulement pour bénir leur union conjugale, ils se marient parce qu’ils ont conscience d’en avoir besoin ! Etes-vous conscients que sans le Christ vous ne pouvez rien faire, y compris vous aimer jusqu’à la fin ? Pas possible d’être fidèle à l’autre sans le Christ, de donner sa vie incessamment, tous les jours, pour l’autre sans le Christ. Le sacrement du mariage est pour les bras cassés de l’amour !, ceux qui savent qu’ils ne peuvent pas y arriver, Jésus veut faire le job pour nous ! Il faut juste se laisser faire ! Il faut être des chercheurs de grâce !
Écoutons Benoit XVI : « Il faut reconnaître l’échec de l’Église ces dernières décennies dans cette annonce de l’évangile du mariage », nous en avons fait une soupe béni-oui-oui !
Jean Paul II : « Tant dans l’Eglise réduisent le sacrement de mariage à un mariage civil saupoudré d’un peu de rites religieux alors qu’il faut le hisser à la hauteur des réalités spirituelles et humaines », sinon on ne comprend rien au mariage chrétien. Trop souvent nos pastorales servent de la soupe et après on s’étonne que tant de mariages se fracassent.
Ecoutons le pape François : « le plus important c’est : Jésus t’a sauvé ! » Il faut l’appliquer à la pastorale du mariage.
Ecoutons Jésus à Nicodème : comment naitre de nouveau ? Il te faut naitre de l’eau et de l’Esprit. L’eau c’est le sacrement. Il faut que la foi prenne corps, prenne vie. Il faut connaître la puissance de libération de Jésus dans le mariage.
Nous sommes comme la samaritaine : elle a eu cinq maris et vit avec un sixième homme. Et elle n’est toujours pas satisfaite : elle n’a pas encore compris que le septième mari, celui qui est parfait, qui va la combler, c’est Jésus. Nous sommes comme la samaritaine : nous cherchons le mari ou la femme idéale. Seul Jésus peut combler les aspirations de notre cœur ; sinon nous recherchons le bonheur comme nous essayons de saisir le savon dans la douche, qui glisse et nous échappe sans cesse ! Plus on cherche l’amour par la performance, plus nous sommes déçus, moins on est rassasié. Ce que nous cherchons, c’est la communion des êtres, la communion des âmes. L’étreinte du corps est l’étreinte de l’âme. Ce qui nourrit la sexualité, c’est la communion des âmes. Jean Paul II disait que dans toute sexualité, il y a toujours la recherche de l’intensité des origines. Notre soif d’amour dans la sexualité témoigne de notre soif de Dieu !
Quand Jésus a apaisé cet amour, alors on peut commencer, à cheminer dans un amour humain qui va devenir progressivement visage de Dieu, manifestation de l’image de Dieu, à chaque fois qu’un homme et une femme s’unissent en lui.
C’est un Evangile très pédagogique.
Jésus va à la noce et le vin vient à manquer.
Nous avons là les deux lois de l’amour.
La première loi est celle du monde : le bon vin est au début du mariage. Là, c’est intense ! On s’éclate puis après c’est decrescendo. Et alors, la pente est raide ou douce, cela dure un an ou cela dure 30 ans mais au bout, il n’y a plus de vin ! Il n’y a plus d’amour. Ou alors s’il y a encore du vin, c’est de la piquette ! On cohabite avec pépère ou avec mémère mais on s’emmerde ! Regardez autour de vous c’est la réalité.
La deuxième loi est celle de Jésus. Oui bien sûr, il y a du vin au début, mais même quand il n’y en a plus et qu’il ne reste que de l’eau, jésus peut la transformer en un vin meilleur ! C’est la loi de l’amour conjugal selon Jésus : Jésus peut transformer notre eau ou parfois notre vinaigre (car le péché est là, nos limites sont là!)
Entendre : « Le jour de notre mariage c’était le plus beau jour de ma vie ! » C’est déprimant !
Avec jésus le meilleur vin est toujours devant ! Parce que Jésus le veut ainsi !
Accueillez la puissance de bénédiction et d’action de Jésus dans vos vies. « Ce que Dieu a uni l’homme ne peut le séparer » : Dieu agit dans nos vies : il unit. Mais il faut le laisser faire, d’où la nécessité du discernement, de la préparation. Les fiançailles sont le noviciat du mariage.
La sexualité est bonne, voulue par Dieu, créée par Dieu pour notre bonheur et c’est en elle qu’est donnée la vie, la nouvelle vie d’un enfant. C’est un lieu magnifique mais aussi un lieu de pauvreté ; la sexualité est un langage et il faut des années pour l’apprendre. Il faut des années pour combattre nos passions, non pour les éteindre mais pour les mettre au service de ce qui est juste, de ce qui respecte, dilate la relation conjugale. Cela demande un combat en nous. Ce combat en vaut la peine, car c’est le combat de votre fidélité de toute une vie. Le combat de la continence avant le mariage porte des fruits toute la vie. Menez le même si c’est dur. Mais il faut en comprendre le sens profond pour le mener sinon c’est de la morale et la morale ne tient pas face aux passions. Ce qui compte c’est votre vie spirituelle en Dieu, que vous ayez compris le trésor que le Seigneur nous a confié. Et alors lorsqu’on l’a compris, on s’en approche comme Moïse en ôtant nos sandales car ce lieu est sacré.
L’Église est ringardisée sur le terrain de la sexualité et de la famille alors que c’est le contraire : c’est un chemin intense vers le bonheur. Benoit XVI : « il est important d’inviter les époux sur un chemin de montée, de renoncement de purification et de guérison pour non seulement gouter le plaisir d’un instant mais l’avant gout du sommet de l’existence, de la béatitude vers laquelle tend tout notre être. Oui, l’eros peut élever en extase vers le divin. »
Jésus n’est pas d’abord une contrainte mais une immense bénédiction
Seigneur nous avons tous le cœur blessé par des relations qui n’ont pas été justes ; notre âme a soif de toi, notre affectivité a soif d’amour. Seigneur, nous te demandons de venir visiter ces souvenirs douloureux, les panser, les guérir, les oindre de ta douceur. Libère nous de tous ces liens qui nous ont blessé. Fais ton œuvre de libération, guérison, joie. Nous te confions tous ces couples que ces jeunes vont former. Prépare les pour qu’ils reçoivent de toi cette unité. C’est toi Seigneur qui unit. Nous te confions ces perles. Revivifie la grâce du sacrement de mariage des couples mariés. Visite les, garde les fidèles, appelle les à témoigner de la puissance de ton nom.