Il s’agit de la 3ème béatitude, et du thème des JMJ. Même si ce thème est dans la continuité des autres thèmes des JMJ depuis l’avènement du Pape François, il tombe bien aussi car nous entrons dans l’année de la miséricorde le 8 décembre prochain.
Je ne sais pas si ce thème, ce mot de miséricorde vous parle, mais la miséricorde est le 2ème nom de l’amour (cf. Pape François angélus du 06/09) ce qui fait qu’elle est non seulement un attribut de Dieu, mais qu’elle caractérise Dieu à proprement parler.
Pour parler de la miséricorde divine, l’Ancien Testament recourt à différents termes, les plus significatifs étant : hessed et rahamim. Le premier, appliqué à Dieu, exprime son indéfectible fidélité à l’Alliance avec son peuple, qu’il aime et pardonne toujours. Rahamim, quant à lui, peut être traduit par “entrailles” et renvoie en particulier au sein maternel, faisant comprendre que l’amour de Dieu pour son peuple est comme celui d’une mère pour son enfant. C’est pourquoi ce thème de la miséricorde est profondément une définition de Dieu.
La vie chrétienne authentique passe par l’accueil de la miséricorde du Père pour soi. Pour cela nous allons commencer à réfléchir ensemble à ce qu’est la miséricorde pour mieux la connaitre, en vivre et l’annoncer à notre monde qui a si soif.
« La miséricorde n’est pas pur sentimentalisme. En elle se vérifie l’authenticité de notre identité de disciples de Jésus et notre crédibilité en tant que chrétiens dans le monde d’aujourd’hui. » cf. Message du Pape François pour la XXXIe JMJ 2016
Notre vie commence par un regard d’amour fou de Dieu sur nous, depuis toujours. Nous allons entrer dans ce regard à travers une méditation du dialogue du jeune homme riche avec le Christ (Mc 10, 17-22), et particulièrement cette phrase centrale : « Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima ». Ce texte est à la racine de ma vocation de prêtre, et en particulier cette phrase.
17 Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? »
18 Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul.
19 Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. »
20 L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. »
21 Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »
22 Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
23 Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu !
« Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? »
Il y a deux attitudes que nous pouvons avoir face à cette question de la vie éternelle:
Parfois on se dit : c’est énervant cette histoire de vie éternelle, de Ciel, où enfin nous serions pleinement heureux ! Nous aimerions vivre notre vie en étant heureux, là, maintenant, pas seulement après ! Nous sommes attachés à notre bonheur terrestre.
Et puis voilà que surgit la souffrance dans la vie (maladie, mort d’un proche)…C’est alors l’inverse, nous voulons mourir, nous désirons le Ciel ; les paroles de l’Apocalypse de saint Jean «Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » résonnent dans nos cœurs. Nous voudrions tout de suite ce bonheur du Ciel. Alors nous pouvons avoir la tentation inverse : ne plus réussir à vivre l’instant présent en Dieu, ne plus accepter que notre vocation est dans sa main, et que nous avons à continuer notre chemin sur Terre, dans cette « vallée de larmes ». En même temps grandit notre Espérance du Ciel…
En fait nous désirons dans les deux cas le bonheur. Or, la vie éternelle, c’est la vie pleine, la vie en Dieu, et c’est ça le bonheur.
Alors ce bonheur, peut-on le connaitre ici ou devons-nous attendre le Ciel ?
Il nous faut comprendre que la vie éternelle est linéaire, c’est un chemin, qui va vers son accomplissement. La vie éternelle commence avec le baptême. Elle se poursuit au-delà de la mort, qui est un passage, et elle n’aura pas de fin. Notre vie éternelle est déjà commencée.
Cf. le jeune homme riche affirme d'emblée un lien entre les actes qu'il pose ici-bas et le bonheur du Ciel auquel il aspire. « Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éternelle ? »
Le baptême : il s’agit du premier sacrement de la miséricorde de Dieu ! Principal sacrement du pardon des péchés parce qu’il nous unit à Jésus, mort pour nos péchés, et ressuscité pour notre justification (cf. Rm, 4,25) « Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts (…) nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle » (Rm 6,4). Cf. rite du baptême avec le bébé qui sort de l’eau
En recevant le Baptême qui nous purifie, le pardon que nous recevons est plein et entier, mais néanmoins la grâce du Baptême ne délivre personne de toutes les faiblesses de la nature.
Le sacrement de réconciliation : c’est le moyen de rester connecter à la source du bonheur, Dieu : on se réconcilie avec Lui.
La foi nous fait goûter comme à l’avance, la joie et la lumière du Ciel, c’est-à-dire la joie de la vision béatifique, but de notre cheminement ici-bas. Nous verrons alors Dieu " face à face " (1 Co 13, 12), " tel qu’Il est " (1 Jn 3, 2). La foi est donc déjà le commencement de la vie éternelle. « La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas » (11, 1)
Maintenant, cependant, " nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision " (2 Co 5, 7), et nous connaissons Dieu "comme dans un miroir, d’une manière confuse, (...), imparfaite " (1 Co 13, 12).
Donc, désirer la vie éternelle, c’est désirer le bonheur, la plénitude de la vie en Dieu. Cette vie débute avec le baptême, elle se poursuit sur Terre par la Foi, l’Espérance, et l’Amour du baptisé, les actes bons qu’il pose. Par le moyen des sacrements, le baptisé s’accroche à la miséricorde infinie de Dieu. La vie éternelle s’accomplira à la fin des temps et à la résurrection des morts.
« Pourquoi m'appelles-tu bon ? Nul n'est bon que Dieu seul. (Mc 10, 18 ; Lc 18, 19) » Pourquoi Jésus fait-il cette réponse étrange au jeune homme ? Il l’invite :
à reconnaitre que Dieu est le Bien, le seul bon, la plénitude de la bonté, la béatitude parfaite.
à se décentrer par rapport à lui-même et à son propre désir. Ecoutons les mots : le jeune homme voulait FAIRE le bien et AVOIR la Vie. Jésus lui parle de l'ETRE de Dieu. Il l’invite à se tourner vers Dieu et vers Lui.
Reconnaitre que Dieu seul est bon nous permet dans un premier temps de prendre conscience de notre petitesse, de notre impuissance à faire des actes bons tous seuls. En effet, l'accomplissement d'une telle vie dépasse infiniment l'homme (créature finie, créature pécheresse). Seul Jésus, étant de condition divine, peut agir aussi parfaitement.
Puis, dans un second temps, cela nous conduit à nous tourner vers la source de la Bonté, de l’Amour, qui est Dieu et son fils Jésus, et à l’adorer. Demeurant en nous, Il nous donne la force d’accomplir des actes bons, et par sa miséricorde, nous aide à nous relever de nos actes mauvais.
C’est LA technique du diable depuis le début. Il cherche à déformer en nous l’idée de la bonté de Dieu. On voit déjà le Serpent dire à Eve « Dieu vous a dit que Vous ne mangerez pas du fruit de l’arbre… » Insinuant ainsi que Dieu n’est pas si bon que cela, qu’il empêche l’homme d’accéder au bonheur…. Il cherche à nous montrer que c’est bien d’aimer un peu Dieu, mais que si on lui donne tout on ne sera pas pleinement heureux, et donc qu’il n’est pas si bon que ça…
la prière du cœur : Répéter « Jésus j’ai confiance en Toi ». « Jésus j’ai confiance en ta miséricordieuse Bonté » Important de le dire à voix haute !
Témoignage: un jour où je me sentais incapable de continuer à vivre, incapable d’affronter ce qu’il m’était demandé de vivre, je me rappelle d’une marche en montagne, seule, ou j’ai répété en criant bien fort « J’AI CONFIANCE EN TOI JESUS !!!! » . C’était un acte de foi car je ne ressentais pas cette confiance, je la proclamais pour que Jésus vienne l’ancrer dans mon cœur.
Reconnaitre notre petitesse et l’infinie puissance de Dieu pour nous guérir. Une parole me touche beaucoup, cela a toujours été ma parole préférée à la messe : « Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri(e) ! ». En disant cela je reconnais ma petitesse, par rapport à Dieu, mais je ne m’en désespère pas ; je crois à la miséricorde de Dieu qui est immense, a son extraordinaire puissance: il m’aime malgré et même dans ma misère, dans ma petitesse. Il a le pouvoir de me purifier totalement !
Ste Thérèse a compris l’importance de rester petite. Lorsqu’elle reconnait sa faiblesse, elle reconnait qu’elle vient du néant et que tout ce qu’elle possède est pure grâce de Dieu, chaque vertu pratiquée est grâce de Dieu.
Plus on avance dans la vie spirituelle, plus on se rend compte de la nécessité de vivre suspendus à la miséricorde et à la grâce de Dieu.
Mère Agnès de Jésus demande à Thérèse ce qu’elle entendait par « rester petit enfant devant le Bon Dieu ». Elle répondit « c’est reconnaitre son néant, attendre tout du bon Dieu, comme un petit enfant attend tout de son père ; c’est ne s’inquiéter de rien ». Ce n’est pas en nous tendant de toutes nos forces, de toute notre vertu que nous pourrons espérer « créer » de la grâce divine. Rester petit, c’est devenir soi-même, se faire capacité pour laisser le torrent de l’Esprit Saint nous traverser. Grand paradoxe ! Le petit consent à sa petitesse! Pas comme une fin en soi mais bien comme un moyen d’espérer tout de Dieu et donc d’attirer sa grâce, et dc de grandir dans l’amour !
Mais attention ! La voie de l’enfant qui attend tout de la miséricorde et de la bonté de Dieu n’est pas une voie de la médiocrité, du refus de grandir dans l’Amour, en se contentant du moindre effort ! Non, le petit est certes un pécheur, mais c’est un courageux ! Il tombe, mais il se relève, confiant dans les bras de miséricorde du Père.
Réciter le chapelet de la miséricorde : pour nous et pour le monde : « Par sa douloureuse passion prends pitié de nous et du monde entier ! O Dieu saint, o Dieu fort, o Dieu éternel, prends pitié de nous et du monde entier[om1] [aD2] ! » On offre Jésus au Père, et dans un boomerang d’amour Dieu déverse sa miséricorde sur nous et sur le monde.
Ce Dieu bon, qui nous a créé libres, nous met sur notre chemin les 10 commandements qui balisent le chemin de la vie sur Terre et dans l’Eternité. En lisant ces commandements de Dieu, si on ne veut pas les rendre stériles et froids il est indispensable de les entendre à la lumière de la bonté de Dieu.
Le jeune homme ne demande pas : « que dois-je faire de bon pour ne pas transgresser les lois ? » Le bien et le mal ne se définissent pas d'abord pour lui par rapport à la loi, à la légalité. Il n'est nullement question de règles, d'obligations, de lois, mais de chemin à suivre pour parvenir à la vie éternelle.
Ces commandements nous sont donnés comme des balises sur une route de montagne, pour éviter les précipices, et non pour restreindre notre liberté. Il sait que nous nous mettons en danger de mort en ne respectant pas les balises. « Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements » (Mt 19,17) nous dit Jésus. Ces commandements ne sont jamais donnés comme une loi, une loi n’a jamais sauvé qui que ce soit, (l’ordre des choses dans l’évangélisation, c’est d’abord la rencontre avec Dieu).
Posons-nous chacun la question : est-ce que je vis de ces commandements ? Est-ce que je les connais ? Comment je les vis ? Comme une opportunité pour un chemin de bonheur vers la vie éternelle ou comme des règles qui m’empêche de vivre libre ?….
« Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre (facile je pense pour la plupart d’entre nous), ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol (MP3, téléchargement), ne porte pas de faux témoignage (vous savez le petit mensonge qui nous arrange, qui nous met en avant), ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » (Mc 10,19)
Une piste pour justement vivre de cette miséricorde est de les relire, les méditer dans notre cœur.
Et les remettre à la première place. Le sacrement de la réconciliation, c’est ce coup de volant qui vous remet au milieu de la route (comme dans certains jeux vidéos quand vous partez dans le décor…) et qui permet de repartir avec plus de forces sur le chemin de la vie. Je peux pour cela prendre mon agenda et noter la date à laquelle je prévois un créneau pour aller rencontrer un prêtre.
Oui ! La joie de Dieu est de pardonner ! Voilà la synthèse de tout l’Évangile (François dans le message pour les JMJ)
Voyez ce jeune homme : il a une vie qui est déjà rangée et droite, c’est la première étape.
Le jeune homme est fidèle depuis son plus jeune âge : il est droit, magnifique, avec un cœur qui cherche la volonté de Dieu. Cette attitude attire la grâce de Dieu, et c’est pour cela que « Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima » (Mc 10,21). Dieu n’attend pas que nous soyons parfaits, mais il voit que celui qui a l’âme droite, qui cherche le bien. C’est comme si Dieu fond face à lui. Même si bien sûr il l’aimait avant.
La droiture de cœur attire le regard de tendresse de Jésus ; la miséricorde du Père ne résiste pas au cœur qui cherche le bien. L’affection, la tendresse, c’est la miséricorde. Le mot « miséricorde » est composé de deux mots : la misère et le cœur.
Nous voyons là un peu comme une clé de vie, soyons des hommes et femmes droits, pas faux ou doubles, pour que Dieu puisse résonner pleinement dans nos vies.
L’écrivain indien Rabîndranâth Tagore
Ô Maître-Poète ! Je me suis assis à tes pieds. Que seulement je fasse de ma vie une chose simple et droite, pareille à une flûte de roseau que tu puisses emplir de musique.
Cette droiture d’âme qui attire le regard de Dieu, c’est ne pas être double. Est-ce que tout ce que je fais je peux le faire aussi bien auprès de mes amis de l’aumônerie, du groupe de prière de la communauté de l’Emmanuel… que devant mes autres amis. Ne pas cloisonner notre vie si non Dieu ne peut y répandre pleinement sa grâce.
L’Enjeu de ce que demande Jésus à cette âme droite c’est justement qu’il choisisse la sainteté…
Dieu ne nous demande pas la perfection : il nous dit « n’attends pas pour te livrer à l’Amour !!! ». C’est une telle libération de savoir cela ! Dieu nous prend tels que l’on est aujourd’hui, puis il nous façonne peu à peu, dans le secret de nos cœurs, si on lui fait confiance.
Un saint n’est pas celui qui ne tombe jamais mais celui qui se relève toujours (dans les bras du père miséricordieux) !
Témoignage : Combien de fois ai-je entendu cette phrase ? Je la connaissais intellectuellement, mais je ne la vivais pas. Mais, dans la vie spirituelle, ce qui nous as été dit ressurgi un jour et est vécu concrètement. On en prend conscience pour nous même ! Je tombais tout le temps dans un péché : c’était celui du découragement. Puis, je me décourageais de me décourager etc… je me disais « ça y est je me décourage encore, je suis nulle, je suis incapable etc… »! Mais cela voulait dire qu’à chaque fois, entre 2 chutes, j’avais repris courage !! Je m’étais relevée; prendre conscience de cela a fait grandir ma confiance en Dieu, car j’attendais tout de lui, et rien de mes propres forces.
Cf image de l’escalier de Thérèse ; rappelez-vous : le petit est celui qui tombe mais qui, courageux, plein de bonne volonté (c’est la seule chose que Dieu nous demande) recommence, il lève encore son petit pied… Du haut de l’escalier Dieu le regarde avec amour. Un jour, vaincu par nos efforts inutiles, il viendra lui-même nous prendre dans ses bras ; « Par la pratique des vertus, lever toujours votre petit pied pour gravir l’escalier de la sainteté, et ne vous imaginez pas que vous pourrez monter même la première marche ; non, mais le bon Dieu ne demande de vous que la bonne volonté ».
-Jésus dit au jeune homme riche « Si tu veux être parfait », et non pas si tu « peux ». Ce qui compte est ce que nous voulons ; notre bonne volonté ;
Souvent on a besoin de ressentir cette impuissance à travers une épreuve de la vie, puis de l’accepter et de s’en remettre à Dieu ; Il y a deux solutions quand la vie nous rend faibles : entrer dans la désespérance, ou devenir petit, espérant tout de la miséricorde de Dieu
-Joie de la confession qui libère ! Elle nous connecte avec le Ciel, et nous expérimentons la tendresse de Dieu ; Tellement heureux de nous voir revenir à lui.
Le jeune homme a rangé correctement sa vie, comme une ménagère range sa maison avec soin. Dans la générosité de sa jeunesse, il n'a pas ménagé sa peine. Il a accompli de beaux efforts.
Pourtant, face à Jésus, il n'est toujours pas satisfait : que me manque-t-il encore ? Du sein de sa richesse, il reconnaît une certaine pauvreté. Il fait l'expérience d'un manque, d'un non accomplissement, d'un "je ne sais quoi" qui ne le laisse pas tranquille. Par son dialogue, Jésus a permis au jeune homme de prendre conscience de cette insatisfaction profonde, de mettre des mots sur ce qu'il sentait confusément. Il l'a conduit progressivement à reconnaître que son cœur n'était pas pleinement comblé s'il se contentait de suivre à la lettre les commandements.
Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres.
Pour parvenir à ce bonheur, Jésus propose au jeune homme riche d'entrer par la porte de la pauvreté. Pourquoi ? Quels bienfaits entraîne donc la vente de tous ses biens ?
La vente des biens désencombre. La vente des biens permet de tout donner aux pauvres. La vente des biens permet de tout donner au Christ.
Il ne suffit pas d'être attiré par cette plénitude, encore faut-il la vouloir de façon efficace et libre. Vous, mes frères, vous avez été appelés à la liberté. (Ga 5, 15) Si tu veux, va, dit Jésus au jeune homme. La vie éternelle tant désirée est une vie de communion avec Dieu. Et une telle communion implique la liberté de ceux qui y participent, sous peine de ne pas être une réelle communion et de ne pas combler les cœurs.
Dieu étant lui-même suprêmement libre, il a créé l'homme à son image. Il l'a créé pour agir par lui-même, en digne serviteur.
Ce texte montre que vouloir vraiment, vouloir librement, c'est premièrement se laisser attirer, deuxièmement choisir les moyens, troisièmement les mettre en œuvre jusqu'au bout et, enfin, se réjouir. Jésus conduit le jeune homme à se déterminer lui-même de façon de plus en plus ferme dans sa volonté de rejoindre la béatitude, dans son désir d'obtenir la vie éternelle. Il permet à la liberté du jeune homme de croître, de mûrir.
En entendant les paroles qui l'appellent à se libérer de ses biens pour suivre Jésus, il y a dû y avoir une grande lutte intérieure dans le cœur et l'esprit du jeune homme. L'exercice de la liberté, dans un monde blessé par le péché, revêt la forme d'un combat. Je ne fais pas le bien que je voudrais faire et je fais le mal que je ne voudrais pas faire, observe très lucidement saint Paul.
Les premiers chapitres de l'Exode peuvent être lus dans la même perspective. Israël est en effet conduit hors de l'esclavage d'Egypte pour servir librement son Dieu. Il apprend péniblement à passer de la servitude à la liberté. A certains moments, les Hébreux se mettent même à regretter les marmites égyptiennes remplies de viandes, d'oignons et de toutes sortes de bonnes choses. Ils oubliaient le prix fort auquel ces marmites étaient payées : courber l'échine sous les fouets des chefs de corvée. Car la liberté est une aventure qui exige bien des sacrifices. Elle est un combat contre le confort apparent qu'offrent les péchés.
Bien des gens préfèrent la sécurité des chaînes de l'esclavage ("au moins, on est sûr d'avoir quelque chose dans son assiette !") au risque de la liberté. Bien des gens préfèrent laisser leur vie aller selon la dérive des courants plutôt que de diriger eux-mêmes leur pirogue [1]. Il est tellement plus "reposant" d'enterrer le talent reçu comme le serviteur paresseux. Que de "soucis" semblent alors évités ! Mais nous ne voulons pas cela !!!
Le jeune homme, pour son malheur et celui de Jésus, succombe à cette tentation. Il choisit la sécurité de ses richesses au risque de la suite du Christ.
Certains pères de l’Eglise disent que ce jeune homme a du ensuite faire demi tour pour que cela soit un happy end, l’enjeu pour nous ce soir est de ne pas partir tout tristes…
Sans la miséricorde nous ne pouvons pas accueillir les exigences de la vie chrétienne. C’est la source de notre vie, c’est Dieu Lui-même ! Ecoutons et aimons ce Dieu qui abaisse Son cœur jusqu’à nos péchés, nos infirmités, nos blessures personnelles. Que nous puissions offrir à Dieu notre vie, dans un acte d’offrande à Sa miséricorde (Rm 12,1-2), avec joie et paix. C’est le chemin de la sainteté, c’est le chemin du bonheur.
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[1] Cette question est étudiée, entre autres, par Etienne de la Boétie, un philosophe français, dans son Discours de la servitude volontaire, Payot, Paris, 1985.