La première visite du pape François hors du Vatican a été très symbolique : il s'est rendu à Lampedusa. Il a rappelé le cri de Dieu au début de la Bible : "qu'as tu fait de ton frère ?" Et il demande qui a pleuré la mort de son frère ? De nos frères noyés ? Il nous a parlé de la mondialisation de l'indifférence.
Il y a plein de paramètres : l'isolement, tout ce qui touche à la maladie,...
Le pauvre c'est celui qui montre ses blessures, comme le Christ après sa Passion. Le pauvre c'est aussi celui qui a tout son temps, parce que souvent il est désœuvré. Le pauvre, c'est celui qui n'attend rien d'autre que Dieu lui-même.
En fait il nous renvoie à nous mêmes et à qui nous sommes.
"Le Christ de riche qu'il était s'est fait pauvre pour que dans sa pauvreté nous trouvions la richesse." (2 Co 8;9)
L'Église a très vite considéré le pauvre comme étant le centre de sa vocation : l'école, les hôpitaux... À chaque fois qu'il y a une crise, le Seigneur suscite des hommes et des femmes d'une grande pertinence pour montrer que par des gestes simples et des attitudes concrètes on pouvait éradiquer la pauvreté. Par exemple, Saint Vincent de Paul, qui sensibilisait les grands de ce monde à la misère du monde, Mère Teresa qui a livré sa vie au service des plus miséreux...
Et puis au XIXe siècle, cela a pris une autre ampleur. Avec la révolution industrielle, de nouvelles pauvretés se sont manifestées.
En 1891, Léon XIII publie Rerum novarum et pointe l'ouvrier comme étant celui qui risque de passer à la trappe.
En 1931, Pie XI, dans Quadragesimo anno réaffirme les grands principes de la Doctrine Sociale de l'Église.
En 1963, Saint Jean XXIII écrit Pacem in terris ou il affirme que sans la paix il n'y a pas de développement possible.
En 1964, Gaudium et spes se pose la question de la participation des chrétiens aux hommes toujours en s'appuyant sur la DSE,
En 1967, Humanae Vitae de Saint Paul VI sur la natalité,
En 1981, Laborem exercem de Saint Jean Paul II sur le sens du travail,
En 1987, Sollicitudore socialis de Saint Jean Paul II sur la solidarité et l'équité en particulier entre Nord et Sud,
En 1991, Centesimus annus de Saint Jean Paul II sur la liberté religieuse et la dérive totalitaire du libéralisme,
En 2009 Caritatis in veritate de Benoit XVI sur la question financière
En 2013, Evangelii gaudium de François qui veut une église pauvre pour les pauvres
En 2025, Dilexi te, de Léon XIV réaffirme l'option préférentielle de l'Église pour les pauvres
Les piliers de la Doctrine Sociale de l'Église sont le bien commun, la subsidiarité, la solidarité, la destination universelle des biens (dont l'option préférentielle pour les pauvres). L'économie doit être ordonnée au social.
On va travailler sur quatre ordres de pauvreté. On peut diviser en deux grandes catégories :
Pauvreté de l'avoir qui se divise en pauvreté matérielle négative et pauvreté matérielle positive;
Pauvreté de l'être qui se divise en pauvreté spirituelle négative et positive.
(On s'inspire ici de "Aimer autrement" du Père Cantalamessa).
La pauvreté matérielle négative c'est la misère. Elle est subie et éloigné de la dignité d'homme et de Dieu. On peut penser à Job. La pauvreté matérielle positive c'est choisir d'être pauvre comme moyen d'avancer vers Dieu : on peut penser à l'envoi des disciples en évangélisation. La pauvreté spirituelle négative c'est la mort d'une part du moi intérieur, un désert spirituel. On peut penser à la parabole du semeur. La pauvreté spirituelle positive c'est se vider de soi-même pour accueillir plus grand. On peut penser à la petite Thérèse ou au passage du pharisien et du publicain. Ce sont peut être aussi les pauvres intellectuellement et qui pourtant nous touchent par leur façon de prier ou de parler de Dieu.
Parlons enfin du Pauvre par excellence: le Christ (cf Lc 4, 18). Finalement, Jésus s'est identifié aux pauvres (Mt 25). Même dans la sainte Trinité, le Père donne son amour au Fils, et le Fils est complètement dépendant de cet amour. Et cette dépendance exprime en fait la parfaite liberté. Le Père lui-même dépend du retour d'amour de son Fils, de sa filiation. En Dieu s'exprime une forme de pauvreté d'une grande noblesse : l'un se reçoit de l'autre, nul ne peut vivre sans l'autre. On se réalise en se donnant. Il y a une forme de désappropriation de soi même pour accueillir l'autre. Il s'agit de sortir de soi. Jésus se dépouille vraiment de lui même jusqu'à l'abaissement suprême de la Croix. "Dieu a tellement pris la dernière place que personne ne pourra lui ravir" (Charles de Foucauld) Cet abaissement de la Passion est une forme de pauvreté spirituelle positive. Dieu se penche sur nous en se dépouillant complètement.
Il faut donc demander à l'Esprit Saint de nous faire voir Jésus dans le pauvre.
Il y a un pont où il y a un passage à faire : passer du faire à l'être. On fait des choses mais aider les pauvres c'est d'abord être avec (exemple d'une initiative comme Le Rocher). Cela demande une certaine pauvreté. J'ai à recevoir du pauvre. "Les pauvres sont nos maîtres" (Saint Vincent de Paul). François explique que nous devons nous laissons évangéliser par eux. Il nous faut reconnaître la force salvifique de leur existence.
Il faut aussi mettre les bonnes lunettes pour ne pas se laisser écraser par la désespérance. Il faut alors se rappeler que ce n'est pas nous qui portons la cité mais le Christ qui l'a portée. Il nous faut voir la cité avec le regard de Dieu, un regard de miséricorde. Dieu nous permet en fait d'être messager de la miséricorde. Après, Dieu nous a donné des talents et on va les mettre en œuvre pour agir dans la cité ! Et nous pouvons aussi apprendre aux autres à découvrir leurs propres talents et mettre nos talents et charismes au service du développement intégral.
Une dernière attitude : apprenons à écouter avant de parler (François). Les pauvres ont d'abord besoin d'être écoutés, et cela vaut pour toutes les formes de pauvreté et d'exclusion (cf La Joie de l'évangile, n°197 à 199).
Une conviction s’impose : le pauvre n’est pas d’abord un problème à résoudre, mais un visage à rencontrer. Depuis l’appel pressant du pape François à Lampedusa jusqu’aux grands textes de la Doctrine sociale de l’Église, tout nous conduit à reconnaître dans le pauvre un maître qui nous révèle notre propre vérité. La pauvreté, sous ses formes matérielles ou spirituelles, nous renvoie à ce mouvement profond qui traverse l’Évangile : se recevoir de Dieu pour mieux se donner.
Le Christ, Pauvre par excellence, nous montre que la véritable richesse est celle de l’amour qui se dépouille et qui accueille. La Trinité elle-même nous le dit : la vie se trouve dans la relation, dans la dépendance réciproque d’amour. Ainsi, servir les pauvres, c’est entrer dans cette dynamique de communion où chacun reçoit et chacun donne.