Introduire éventuellement la pédagogie ignacienne de l’exhortation apostolique
La pédagogie de Jésus. Jésus se trouve face à un légiste, quelqu’un de très érudit, confronté à la tentation de l’abstraction. Il ne répond pas à la question car c’est trop abstrait, il ne rentre pas dans la réflexion sur les catégories de prochains et de types d’amour qu’il faudrait leur apporter. C’est une voie sans issue. Il lui raconte une histoire. Il le met en présence d’un acte de charité, une histoire d’amour. Il propose une parabole concrète où il faut aimer. Plutôt que d’asséner une vérité principielle, Il fait plutôt contempler un agir juste. Pour transformer nos cœurs, nous aussi contemplons la façon dont les saints ont agi pour répandre la Bonne Nouvelle.
L’arrière-plan. La parabole s’inscrit dans une réflexion qui traverse les siècles et qui prend racine dans la réaction de Caen à la question de Dieu “où est ton frère?” : “Suis-je le gardien de mon frère?”. L’histoire du salut, c’est l’histoire d’une fraternité humaine blessée. Cette blessure de la fraternité humaine est une conséquence du péché : en péchant, l’homme rejette le Père. Nécessairement, il rejette son frère. Travailler à la restauration de la fraternité entre nous c’est donc travailler à la restauration de la filiation divine pour tous les hommes. L’indifférence est une alliée hyper précieuse du démon, sous couvert de « j’ai rien fait de mal » la Parabole montre que surtout, tu n’as rien fait de bien non plus. Les deux premiers commandements ne vont pas l’un sans l’autre parce qu’ils actuent tous les deux la filiation divine de l’humanité.
L’abandon. Nous devons reconnaître une tentation de nous désintéresser d’autrui, des autres, en particulier des plus faibles. Nous devons aussi reconnaître l’écueil abominable de l’urgence : nous sommes pressés – alors nous ne nous arrêtons pas pour nos frères. Or la vie n’est pas un temps qui s’écoule mais un don pour vivre la rencontre : §66. Le Bon Samaritain est donc la seule option – Jésus en montre l’exemple aussi en Jn 4 où il s’arrête au puits de la Samaritaine (dont tout le sépare aussi), où Il l’écoute et s’en fait même le débiteur « Donne-moi à boire ». Toute autre option conduit du côté des brigands. Chaque jour, plusieurs fois par jour nous nous sommes confrontés à un choix : l’option d’être des bons samaritains ou un voyageur indifférent qui passe outre. En période de crise nous devons nous déterminer. Il n’y a pas de neutralité : toute personne qui n’est pas un brigand, ou elle est blessée, ou elle charge un blessé sur ses épaules.
Les personnages. La question c’est nous : je suis le gardien de mon frère ? même et surtout de celui qui est le plus éloigné de moi. Détail que nous ne pouvons pas ignorer : les deux indifférents sont des religieux. Sans commentaire… Il s’agit d’assumer la réalité qui est la nôtre pour atteindre ici même les confins du monde. Pour décloisonner le monde, il n’y a pas besoin de changer de vie. Il suffit juste d’ouvrir les yeux sur une réalité autre que la nôtre (ex perso). L’homme blessé peut être un SDF, mais aussi mon propre père, mon voisin (à la Messe), la caissière au supermarché… entraînons-nous à nous décloisonner en ouvrant notre cœur dans la rencontre. (ex perso)
Notre foi, c’est que le Christ a offert sa vie pour tous et pour chacun. Personne ne se trouve hors de son amour universel.
Dans la construction de FT : à partir de l’illumination de l’Evangile le Pape dégage quelques principes fondamentaux qui vont orienter l’action. (Exercices). Faire de ce qu’on vient de contempler un principe d’action.
§87 « Un être humain est fait de telle façon qu’il ne se réalise, ne se développe ni ne peut atteindre sa plénitude que par le don désintéressé de lui-même » (= GS 24, quasi mot à mot, en plus simple). Le point de départ de la réflexion qui va suivre ce n’est pas la société, la communauté, le peuple, mais la personne. Comment est-elle faite ; comment s’accomplit-elle? Elle s’accomplit par cette loi fondamentale du don de lui-même. Le Pape part donc de l’intime du coeur et va vers l’universel. Le Seigneur, et le Pape à sa suite, nous invite d’abord à aller vers nos frères car c’est le principe de notre propre bonheur.
La loi d’extase consiste à sortir de soi-même pour trouver en et par autrui un accroissement d’être. Il y a un mouvement propre à l’amour qui va de l’intérieur à l’extérieur. L’amour authentique dilate les capacités d’aimer (ex perso). A l’opposé des relations en apparence intenses mais étroites car exclusives, fusionnelles, égoïstes, jalouses. « Les groupes fermés et les couples autoréférentiels, qui constituent un “nous” contre tout le monde, sont souvent des formes idéalisées d’égoïsme et de pure auto-préservation. » Ne nous résignons pas à vivre enfermés dans un fragment de la réalité (§191). Le terme de kaléidoscope qui revient tant sous la plume du Pape nous invite à quitter nos œillères sur la réalité. Elle est bien plus riche !
La loi du péché tend absolument à empêcher cette extase. Aussi, toute ouverture, quelle qu’elle soit, va dans le sens de la diffusion du Bien – et donc de l’Evangélisation. Encore une fois, entraînons-nous…
Le dogme chrétien, c’est le maximum de l’amour. Pape François : §95 l’amour génère une ouverture croissante. L’amour nous met en tension vers l’universel. Aimer c’est toujours aimer plus. Dans la parabole, le légiste veut canaliser l’amour. Considérer que tout ce que l’on a fait comme amour hier n’est que le début de ce que je vais encore faire. Engrenage de l’amour. De la proximité à la périphérie : ouverture qui est géographique et existentielle. Le pape parle des exilés cachés de nos sociétés (handicaps, personnes agées, etc…).
Ce maximum se situe aussi dans une permanence : tout et chaque instant peut être effusion de charité rappelle le Pape, et en tant que tel il est mission. On ne peut pas se reposer d’aimer. Se demander dès aujourd’hui : quel amour ai-je mis dans le travail? En quoi ai-je fait progresser le peuple? Quels liens ai-je favorisés, quelle joie ai-je semée, à quelle paix sociale ai-je participé ?
§101 Transcender un monde de partenaires (dimension efficace, économique) vers un monde de prochains (celui que l’on aime). >Vers la fraternité universelle. Dans la Parabole, alors que les deux premiers personnages ont le regard fixé sur leur fonction au point de ne pas voir le blessé, le Samaritain lui répond à un appel intérieur. La vision libérale du monde fait de nous au mieux des partenaires. Mais dans cette logique, si je ne suis pas partenaire, je suis adversaire. Il n’y a pas de moyen terme. Dans ce schéma, le mot de prochain n’a aucun sens. Construire un monde selon l’évangile, c’est apprendre à transcender ces catégories et à entrer dans une autre logique.
Or pour cela, il faut changer notre regard. §106 Le Pape évoque un amour universel qui promeut les personnes. Tant la personne qui aime (on en a parlé plus haut) que celle qui est aimée. Témoignage : «j’aime bien parler avec toi, parce que toi, tu ne me juges pas ». Seule la bienveillance éduque et fait grandir (Ga 5, 22) – comme dans une famille. Penser le monde en termes de communauté. Si je réussis à aider une seule personne à vivre mieux, cela justifie déjà le don de ma vie. On peut être inquiets de ne pas avoir annoncé le nom de Jésus : le Pape répond §196 – cf. Mt 25 – aucune des œuvres faites avec amour ne sera perdue, ni aucune des préoccupations sincères pour les autres, ni aucun des actes d’amour envers Dieu, ni aucune fatigue généreuse, ni aucune patience douloureuse. Tout cela envahit le monde, comme une force de vie. Sinon Thérèse de Lisieux ne serait pas patronne des missions.
Croire en Dieu, c’est aussi croire en l’homme. Jésus s’est incarné : en tout homme est Son image et notre manière de le regarder peut La remettre au premier plan. « La semence du Verbe est innée dans tout le genre humain » affirme st Ambroise.
Il ne s’agit pas d’être relativiste mais cela doit nous amener à une écoute de chacun pleine d’Espérance. Pour évangéliser par l’amitié, il faut savoir « sauver la proposition », ou percevoir un rayon de la vérité là où il se trouve chez notre prochain, même s’il luit dans d’épaisses ténèbres. Cardinal Newman : « on nous objecte : ces choses se trouvent chez les païens, donc elles ne sont pas chrétiennes ; nous autre, nous aimons mieux dire : ces choses se trouvent dans le christianisme, donc elles ne sont pas païennes ».
cf. Charles de Foucauld avec les musulmans ou les moines de Tibhirine. La méthode de l’Eglise est double : se rendre proche de manière à accueillir tout ce qui est assimilable ; pouvoir annoncer en tout temps la Parole. Méthode qui demande humilité et amour car elle exige non seulement une adaptation extérieure, mais aussi un exode intérieur à la manière d’Abraham « quitte ton pays, ta famille, la maison de ton père pour aller vers le lieu que je te montrerai ».
Mais surtout, surtout, cette évangélisation par l’amitié n’est possible que dans la prière. L’écoute des motions de l’Esprit Saint. Cf la prière finale : “insuffle en nos cœurs un esprit fraternel. Inspire-nous un rêve de rencontre, de dialogue, de justice et de paix.” Il s’agit bien d’une vision inspirée par l’Esprit Saint.
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[1] Hans Urs von Balthasar, Die Wahrheit ist symphonisch, Johannes Verlag, Einsiedeln, 1972. La vérité est symphonique, Aspect du pluralisme chrétien, Paris, éditions SOS, 1984, p. 56s.