« La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours. Dans cette Exhortation je désire m’adresser aux fidèles chrétiens, pour les inviter à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par cette joie et indiquer des voies pour la marche de l’Église dans les prochaines années. » (§1)
Ainsi commence l’exhortation du Pape François qui a pour but de nous inviter à redécouvrir la source de l’évangélisation dans le monde contemporain.
A l’école du Pape François, nous allons ce soir essayer de tirer quelques enseignements de la Joie de l’Evangile, pour nous encourager à vivre chacun personnellement et en communauté une nouvelle étape évangélisatrice.
Ce n’est pas rien ce que nous propose le Pape François, c’est un projet de vie, un guide qui permet à chaque chrétien de se réaliser personnellement, de vivre pleinement :
« La vie augmente quand elle est donnée et elle s’affaiblit dans l’isolement et l’aisance. De fait, ceux qui tirent le plus de profit de la vie sont ceux qui mettent la sécurité de côté et se passionnent pour la mission de communiquer la vie aux autres. […] La vie s’obtient et se mûrit dans la mesure où elle est livrée pour donner la vie aux autres. C’est cela finalement la mission ».
Si nous avons le désir que la vie augmente en nous et dans le monde, alors la question est : sommes-nous prêts à livrer notre vie pour donner la vie aux autres ?
Une autre expression marquante de l’introduction d’EG est l’expression : « une éternelle nouveauté ». Le centre de l’annonce que nous portons au monde est toujours le même : « le Dieu qui a manifesté son amour immense dans le Christ mort et ressuscité. »
Jésus est ressuscité, il est vivant et donc il rend ses fidèles (donc nous) toujours nouveaux. Jésus peut toujours renouveler notre vie, chaque jour. Il y a donc une éternelle nouveauté dans notre relation avec Jésus. Et par conséquent, il y a aussi une éternelle nouveauté dans toute action évangélisatrice. Le Pape nous dit : « Jésus-Christ peut rompre les schémas ennuyeux dans lesquels nous prétendons l’enfermer et il nous surprend avec sa constante créativité divine. »
C'est-à-dire que l’idée n’est pas de faire du nouveau à la force du poignet, mais de laisser l’Esprit Saint nous conduire et nous montrer par quel chemin nouveau il veut nous mener.
Dans ce topo nous aurons 3 parties :
1) Le concept de disciple missionnaire : Nous verrons d’abord ce renouvellement que le Seigneur veut nous faire vivre dans notre relation avec lui, et qui est la 1ère étape. Nous présenterons le concept de disciple-missionnaire dont parle EG.
2) Nous verrons à quel renouvellement le Seigneur nous appelle dans l’évangélisation, avec cette idée chère au Pape François d’ « église en sortie ».
3) Nous parlerons de 5 attitudes de l’église en sortie qui sont détaillées dans EG.
Voici comment le Pape définit ce concept :
« La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires. » (§120)
La 1ère condition pour devenir un disciple-missionnaire, c’est de renouveler aujourd’hui notre rencontre avec Jésus-Christ. Et c’est vraiment un appel insistant du Pape. Il en parle dès le début de l’exhortation et aussi dans le chapitre de conclusion qui donne un peu « l’esprit de l’évangélisation ». Même si nous avons l’impression de déjà avoir fait cette rencontre avec le Christ, ce n’est pas fait une fois pour toutes. Nous devons la renouveler chaque jour. Ouvrons notre cœur pour entendre cet appel :
« J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que « personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur ». Celui qui risque, le Seigneur ne le déçoit pas, et quand quelqu’un fait un petit pas vers Jésus, il découvre que celui-ci attendait déjà sa venue à bras ouverts. […] J’insiste encore une fois : Dieu ne se fatigue jamais de pardonner, c’est nous qui nous fatiguons de demander sa miséricorde. » (§3)
Il n’y a que cette conscience renouvelée chaque jour que le Seigneur nous aime infiniment, inconditionnellement, qu’il vient vraiment nous sauver, nous guérir, qui nous poussera à le partager au monde.
Lm 3,22-24 « Voici ce qu’à mon cœur je rappellerai : les faveurs du Seigneur ne sont pas finies, ni ses miséricordes épuisées, elles se renouvellent chaque matin. Grande est sa fidélité. »
« L’aujourd’hui du psaume », « aujourd’hui ne fermons pas notre cœur »
Le Pape nous donne ce petit conseil :
« Si nous ne ressentons pas l’intense désir de le communiquer, il est nécessaire de prendre le temps de lui demander dans la prière qu’il vienne nous séduire. Nous avons besoin d’implorer chaque jour, de demander sa grâce pour qu’il ouvre notre cœur froid et qu’il secoue notre vie tiède et superficielle. […] Quel bien cela nous fait qu’il vienne toucher notre existence et nous pousse à communiquer sa vie nouvelle ! »
Et puis il nous donne un peu plus loin la raison d’être de l’évangélisation :
« On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose, que pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose.» (§266)
Les questions que nous pouvons chacun nous poser dans cette première partie :
Où en suis-je de mon désir d’évangéliser ?
Si ce n’est pas un désir intense, la question est alors peut-être : ai-je ce désir de renouveler ma rencontre avec Jésus aujourd’hui et chaque jour qui va suivre? Est-ce que je le laisse encore agir dans ma vie, me sauver ?
Suis-je intimement convaincu de ce qui précède (avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître…) ? (Car comme nous dit le Pape : « Une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne. »)
La Pape s’appuie en premier sur la Parole de Dieu, sur le fait que dans la parole de Dieu, il y a toujours ce dynamisme de « la sortie » que Dieu veut provoquer chez les croyants. On peut ainsi reprendre l’appel d’Abraham « Quitte ton pays, etc… », l’appel de Moïse à aller vers une nouvelle terre et dans l’évangile, cet envoi en mission des disciples « Allez de toutes les nations, faites des disciples ».
Cet « allez » de Jésus aux disciples, nous devons tous l’entendre une nouvelle fois pour nous aujourd’hui comme un appel à aller là où il y a encore de l’inconnu. « Tout chrétien et toute communauté discernera quel est le chemin que le Seigneur demande, mais nous sommes tous invités à accepter cet appel : sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Evangile. »
Il y a un point marquant aussi dans la vie de Jésus, que souligne le Pape. Dans Marc 1, 38 « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, afin que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti. » « Quand la semence a été semée en un lieu, il ne s’attarde pas là pour expliquer davantage ou pour faire d’autres signes, au contraire l’Esprit le conduit à partir vers d’autres villages. »
La Parole de Dieu a un potentiel en soi que nous ne pouvons pas prévoir, et on doit avoir cette confiance qu’elle est efficace et qu’elle dépasse nos prévisions.
Est-ce qu’on a toujours ce souci dans nos groupes de prière, dans nos évangélisations personnelles d’aller toujours plus loin, d’aller toujours vers des personnes nouvelles ? Ou bien, une fois qu’on est sortis, on se contente de bien s’occuper de la brebis qu’on a récupérée (on la bichonne pour être sûrs qu’elle recevra bien tout ce sont elle a besoin) mais on laisse dehors toutes les autres qui n’entendront jamais parler de l’amour de Dieu ?
Témoignage perso
C’est le kérygme que le Pape exprime ainsi : « Jésus Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer. » (§164)
Tout doit être ordonné à ce message qui est le cœur de l’évangile. C’est à la fois la 1ère annonce, et à la fois ce qui est premier, principal. Dans toutes nos actions pastorales, on doit revenir à ce message. On doit toujours l’annoncer de façon nouvelle, par des mots, par des gestes.
C’est important de soigner la façon dont on va transmettre ce message. C’est cela que les personnes évangélisées doivent pouvoir comprendre de ce qu’on annonce, avant de comprendre que cela implique tel comportement moral ou tel autre.
En fait si nous croyons c’est avant tout parce que nous connaissons le Christ. D’où l’importance de travailler son témoignage…
« L’Eglise « en sortie » est une Eglise aux portes ouvertes. »
Un des points chers au Pape François est que nous puissions être vraiment des « facilitateurs de la grâce » et non pas des « contrôleurs ». Ce point nous invite quand même à nous poser la question de l’accueil que nous faisons de personnes qui viennent de plus loin, ou qui traversent à un moment de leur parcours des difficultés.
C’est normal qu’on ne fasse pas n’importe quoi n’importe comment. Mais il faut toujours se poser la question : est-ce que c’est juste ou pas de mettre telle ou telle barrière ? Est-ce que j’ai confiance dans l’action possible du Seigneur et dans le fait que son temps n’est pas toujours le nôtre ?
Témoignage perso
L’autre point très important que souligne le Pape François, c’est que ce sont « les pauvres qui sont les destinataires privilégiés de l’Evangile ».
Il y a une expression marquante dans EG : « on a aujourd’hui développé une mondialisation de l’indifférence. Presque sans nous en apercevoir, nous devenons incapables d’éprouver de la compassion devant le cri de douleur des autres, nous ne pleurons plus devant le drame des autres. […] La culture du bien-être nous anesthésie. »
Le Rocher ou les collocations Lazare sont partis d’un jeune qui ouvre son cœur, se laisse toucher par la souffrance du monde et ose se lancer dans une aventure.
Il y a une autre demande du Pape qui est centrale dans cette encyclique : « développer le goût spirituel d’être proche de la vie des gens. » « La mission est une passion pour Jésus mais, en même temps une passion pour son peuple. »
Il n’y a qu’à regarder la façon dont vit Jésus dans l’évangile :
« Quand il parlait avec une personne, il la regardait dans les yeux avec une attention profonde pleine d’amour : « Jésus fixa son regard et l’aima » (Mc 10,21). »
Il est accessible, quand il s’approche de l’aveugle ou qu’il mange et boit avec les pécheurs. Il est disponible quand il laisse une prostituée lui oindre les pieds ou quand il accueille de nuit Nicodème.
« Séduits par ce modèle (de Jésus), nous voulons nous intégrer profondément dans la société, partager la vie de tous et écouter leurs inquiétudes, collaborer matériellement et spirituellement avec eux dans leur nécessité, nous réjouir avec ceux qui sont joyeux, pleurer avec ceux qui pleurent et nous engager dans la construction d’un monde nouveau, coude à coude avec les autres. Toutefois, non pas comme une obligation, comme un poids qui nous épuise, mais comme un choix personnel qui nous remplit de joie et nous donne une identité. Parfois, nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant, Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse. Quand nous le faisons, notre vie devient toujours merveilleuse et nous vivons l’expérience intense d’être un peuple, l’expérience d’appartenir à un peuple. »
Témoignage perso
Pour certains, c’est naturel d’aller à la rencontre du monde, d’être proche de la vie des gens. Pour ceux pour qui c’est plus difficile, pourquoi ne pas choisir quelque chose qui nous y aide ? Aimer & Servir ? Un service régulier dans l’antenne du Rocher proche de chez moi ? Porter la communion aux malades dans ma paroisse ? Tout simplement passer du temps avec le SDF que je croise tous les matins ? Pensons aussi à ceux qui nous sont naturellement proches : notre famille, nos grands-parents.
Et même s’investir dans des associations non cathos pour que le message de Jésus soit porté partout.
Nous sommes une religion de la relation, qui nous vient de la Trinité. Nous sommes invités à entrer en relation avec Dieu et avec les autres. Cette façon d’être en relation les uns avec les autres doit être un témoignage pour le monde.
Le Pape nous parle de « la nécessité de découvrir et de transmettre la « mystique » de vivre ensemble, de se mélanger, de se rencontrer, de se prendre dans les bras … ».
« L’idéal chrétien invitera toujours à dépasser le soupçon, le manque de confiance permanent, la peur d’être envahi, les comportements défensifs que le monde actuel nous impose. Beaucoup essaient de fuir les autres pour une vie privée confortable, ou pour le cercle restreint des plus intimes, et renoncent au réalisme de la dimension sociale de l’Evangile. […] Pendant ce temps-là, l’Evangile nous invite toujours à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre, avec sa présence physique qui interpelle, avec sa souffrance et ses demandes, avec sa joie contagieuse dans un constant corps à corps. La foi authentique dans le Fils de Dieu fait chair est inséparable du don de soi, de l’appartenance à la communauté, du service, de la réconciliation avec la chair des autres. »
Témoignage perso
C’est le Seigneur qui a pris l’initiative avec chacun d’entre nous de venir à notre rencontre. Et donc ne soyons pas des « contrôleurs de la grâce ». Osons aller chercher ceux qui sont loin.
A quelle personne vais-je oser dans les semaines qui arrivent proposer quelque chose de plus ? Est-ce que j’ose sortir de mes groupes d’amis déjà préétablis pour aller chercher d’autres personnes ? Est-ce que j’ose me lancer dans un service régulier de compassion ?
On en a déjà beaucoup parlé. Est-ce que j’implique dans la vie des personnes que j’aimerais évangéliser ? Est-ce que je m’intéresse à leur vie concrète ? Est-ce que je sens l’odeur des brebis ? Est-ce que je me laisse déranger, quitte à ce que cela me coûte un peu ?
L’évangélisation doit avoir beaucoup de patience. C’est la patience apostolique qui est absolument nécessaire lorsqu’on accompagne quelqu’un. Est-ce que je reste fidèle dans mes amitiés, dans mes relations familiales, même quand les fruits tardent ? Est-ce que je garde cette confiance dans l’action du Seigneur ?
Témoignage perso
« La communauté évangélisatrice est toujours attentive aux fruits parce que le Seigneur la veut féconde. »
C’est comme le semeur dans la parabole, qui n’a pas de réactions plaintives ni alarmistes, quand il voit poindre l’ivraie parmi le grain.
Est-ce que je prends le temps de reconnaître les fruits, même s’il y a de l’ivraie ?
Comme Jésus qui finalement donne sa vie jusqu’à la croix, malgré l’ivraie, est ce que les résistances que je peux rencontrer dans mes évangélisations, me pousse à me donner toujours plus ?
Il est important de célébrer chaque petite avancée !
« La mission au cœur du peuple n’est ni une partie de ma vie ni un ornement que je peux quitter, ni un appendice ni un moment de l’existence. Elle est quelque chose que je ne peux arracher de mon être si je ne veux pas me détruire. Je suis une mission sur cette terre, et pour cela je suis dans ce monde. Je dois reconnaître que je suis marqué au feu par cette mission afin d’éclairer, de bénir, de vivifier, de soulager, de guérir, de libérer. »
Est-ce que je crois que je suis une mission sur cette terre ?