Prise de parole au Congrès Mission 2016
Il faut éveiller la faim des gens !
Dans la pastorale, on parle d'un cycle de l’évangélisation, avec 4 étapes :
Susciter des disciples
Renouveler l’Église
Les entraîner à servir
Les faire devenir apôtres et donc susciter des disciples... etc.
Jésus dit "Allez et FAITES des disciples" : il ne dit pas "devenez des disciples" mais "faites des disciples". La distinction est importante.
Dans le document d’Aparecida, les évêques d'Amérique Latine nous donnent des indications sur comment faire des disciples missionnaires. On y trouve plusieurs éléments très forts que nous allons reprendre ici. Les évêques ont interrogés des catholiques qui ont quitté l’Eglise pour une autre "Église". Pourquoi ont-ils fait ce choix ? Voici les motifs qui ressortent :
Ils ont fait une expérience religieuse jamais expérimentée dans l’Église catholique
Ils ont découvert une vie communautaire brûlante et chaleureuse
Ils ont reçu une formation doctrinale et biblique pertinente et transformante
Ils ont découvert une communauté qui a un engagement missionnaire de l’ensemble de la communauté
Les évêques ont conclu à une tragédie, car dans tout cela il n’y a rien d’étranger à ce qu’est l’Église catholique, aucune raison théologique ou doctrinale ! Les raisons qui font que certains quittent l'Église catholique, c'est parce que les catholiques ne vivent pas leur foi comme ils le devraient, d’où cette proposition qu'ils nous offrent d’un processus pour que des disciples deviennent des apôtres.
Tout part de là. N'importe quelle vie chrétienne véritable vient d'une rencontre avec Jésus. Ce n'est pas forcément une rencontre fulgurante comme en témoignent certains convertis, c'est parfois une rencontre progressive, ou la rencontre quotidienne dans la prière. En tout cas, la vie chrétienne a comme socle la rencontre d'une âme avec Jésus.
Cette rencontre doit être constamment renouvelée, re-proposée, par des témoignages missionnaires entendus, par les homélies dans nos paroisses. Il faut annoncer l'évangile à temps et à contre-temps (2 Tm 4, 2). Il s'agit d'annoncer le kérygme. Sans le kérygme, l’évangélisation est un processus stérile. C’est le socle, le fondement de la proclamation chrétienne. Sans le kérygme, tout le reste est stérile, et c’est ce que l’on constate souvent dans l’église. On enseigne et on baptise, mais on ne fait pas des disciples.
Une fois "passée" la rencontre avec le Christ, la liberté reste entière et un choix revient à l'homme. Cette décision se décline en 3 volets :
Une décision de croire en Lui, d’être son ami.
Une décision explicite de suivre Jésus. De changer de façon de penser, de vivre.
Une décision d’accepter la croix du Christ.
Cette décision est actée dans le choix du baptême et ensuite renouvelée régulièrement dans l’eucharistie. C'est un chemin de croissance en maturité, en amour et en suite de Jésus.
Ainsi, après la rencontre avec le Christ, nous devons être attentifs à accompagner les nouveaux disciples, à travers un processus de catéchèse et une explication de la vie sacramentelle. Cette étape est essentielle pour que la vie chrétienne prenne racine.
Il ne peut y avoir de vie chrétienne sans communauté, sans Église. "Un chrétien seul est un chrétien en danger". Nous avons une grande responsabilité dans le fait d'accueillir les nouveaux paroissiens, de repérer les nouveaux visages ou les personnes qui semblent seules, par exemple à la sortie de la messe.
Malheureusement de nombreux cathos convertis quittent leur paroisse à cause d'une vie fraternelle pas assez riche, pas assez existante. Le meilleur témoignage reste celui d'une communauté unie dont on puisse s'exclamer : "Voyez comme ils s'aiment !" (Tertullien)
Être disciple demande de partager avec d’autres sa JOIE ! Lorsqu'on a fait une vraie rencontre avec le Christ et qu'on a appris à vivre de sa vie (ce qui s'apprend sans cesse), on ne peut pas rester assis sans rien faire. Un feu envahit petit à petit le cœur et doit nous pousser à annoncer le Christ, à annoncer ce visage que nous avons rencontré.
Lors de sa conversion sur le chemin de Damas, Paul devient momentanément aveugle. Lorsqu'il rencontre Ananie, ce dernier lui annonce que c'est le Seigneur qui l'envoie. Alors les écailles tombent des yeux de Paul, et il est empli d'un désir, d'un feu d'aller partager la Bonne Nouvelle. Ananie va le former en ce sens.
Dans un corps, il y a différents systèmes (digestif, respiratoire etc…) et pour que le tout soit en bonne santé, il faut que chaque système soit en bonne santé et en plus interconnecté avec les autres systèmes. Dans l'Église, il y a quelque chose de similaire avec 5 systèmes :
Prière – louange
Service
Communauté
Formation
Mission
Il faut bien définir le sens de ces mots :
Prière. Prier, c'est avoir l’esprit et le cœur tournés vers Dieu. La source et le sommet de notre prière (et de la vie chrétienne), c’est l’Eucharistie, où se renouvelle l'offrande de Jésus à son Père. Il n'y a pas de plus grande prière. Mais l’Eucharistie n’épuise pas tous les champs de la prière.
Service. Il s'agit de servir à l’intérieur de l’Eglise mais aussi de faciliter les services tournés vers l’extérieur.
Communauté. Dans une vraie communauté : on partage nos cœurs, nos vies. On est prêts à dépendre les uns des autres. On a le désir d’être ensemble. Le contre-exemple parfait, c'est quand, à la fin de la messe, le prêtre dit « allez dans la paix du Christ » et qu’on dirait qu’il a dit « au feu » car tout le monde part en courant.
Formation. Quelqu’un qui est formé va croître en maturité dans la foi et devenir de plus en plus disciple.
Mission, évangélisation. Annoncer le nom de Jésus, la personne de Jésus, l’enseignement de Jésus. Trois types :
La pré-évangélisation pour préparer le terrain
Le service pour ouvrir la porte, pour accueillir : on aime les personnes, alors on les sert. Sans service, la parole n’est pas audible, mais sans parole, l’action n’est pas comprise.
La parole, l’annonce. Dans la troisième lettre de Pierre, on lit : "soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous". Il faut des actions explicites d’évangélisation !
Dans l'Évangile on trouve le grand commandement et le grand envoi. (Finale de Matthieu 28)
Cette façon d’aborder la vie d’une paroisse est essentielle. Elle permet de voir quels sont les systèmes qui sont en bonne ou en mauvaise santé. Elle redéfinit le soin pastoral, le souci pastoral.
Presque tout le monde pense que c’est le service doit être auprès de ceux qui souffrent. Certes, c’est une des tâches de l’Eglise, mais cela ne résume pas tout ce qu’est le souci pastoral.
Psaume 22 : il y a l’herbe fraîche et l’eau : donc la nourriture. Pour que les brebis deviennent fortes et grandes, matures et prennent leur place dans le monde, il faut les nourrir. C’est le cœur du souci pastoral.
Ezéchiel 34 : vous n’avez pas nourri correctement le troupeau.
Comment nourrir les fidèles catholiques ?
À la messe, une fois par semaine, on verse la nourriture dans la mangeoire collective et ils viennent. C’est la source et le sommet de la vie chrétienne (on l'a déjà dit). Donc parfois c’est la source et le sommet de rien du tout, parce qu’il n’y a aucune vie chrétienne entre deux dimanches !
Nous devons nourrir nos moutons pour qu’ils deviennent des "super-moutons" (= super forts, super armés), pas juste pour les maintenir en vie, puis les enterrer quand ils meurent? Mais pour qu’ils deviennent des "super-moutons" : formés, instruits, forts et donc des disciples missionnaires.
Nous devons aller d’un service pastoral conservateur vers un service missionnaire, passer de la maintenance à la mission. La paroisse est comme un centre d’entraînement. En vertu de leur baptême, tous les chrétiens sont des disciples missionnaires.
La première étape c'est de changer notre façon de penser. Il y a une inertie à dépasse pour entrer dans un nouveau mouvement.
Pour de nombreuses paroisses, l’évangélisation n’est pas un processus normal. D'ailleurs, on a un peu inversé ce que Jésus faisait : Jésus enseigne les adultes et bénit les enfants, et nous on enseigne les enfants et on bénit les adultes. Il faut changer cela !
A. Quelques moyens
Les parcours Alpha : les fruits sont EXTRAORDINAIRES. Les gens entendent le kérygme ; ils expérimentent l’Esprit Saint, l’amour de Dieu, la rencontre personnelle avec le Christ. Ils deviennent disciples, vraiment, ils suivent Jésus. Ils entrent dans la vie communautaire, fraternelle et ils veulent devenir disciples.
Le témoignage de vie : on demande aux paroissiens de témoigner devant tous, après l’homélie : de dire à tous comment Jésus a changé leur vie. On insère aussi des témoignages de paroissiens dans les feuilles paroissiales. Il s'agit de montrer à tous que Jésus agit dans la vie des gens ! Il faut répéter, insister, pousser, recommencer.
Certains paroissiens n’en peuvent plus : « quand allez-vous cesser de nous parler d’Alpha ? » C'est vrai, des paroissiens vont partir, car ils aiment n’avoir aucune attente, être statiques et aussi qu’on ne leur demande rien non plus. Ils ont peur, ils partent. C’est ce qui s’est passé avec Jésus !!! Certains sont partis, tous tristes…
Il faut l’accueil et les attentes en même temps. C'est cela, aimer d'un amour exigeant comme Jésus ! Il regarde le jeune homme riche, et il l’aime. Puis ensuite il lui donne un grand coup sur la tête « va, vends tout ce que tu as, etc. » C'est un amour très exigeant, parce que Jésus a des attentes élevées : il ne dit pas « va, vends 70% de ce que tu as » (comme nous on aurait dit), il dit "Vends TOUT".
B. Accueil des paroissiens... et exigence
Il existe 4 types de paroisses du point de vue de l'accueil
Bas niveau d’accueil et bas niveau d’exigence : rien ne va.
Bas niveau d’accueil et hautes exigences : on ne vous aime pas mais on attend beaucoup de vous… pas terrible non plus.
Haut niveau d’accueil et basses exigences : on est très sympas, très chaleureux, très contents de vous voir mais on n’attend rien de vous. Plus profondément, cela signifie qu’on ne pense pas, qu’on ne croit pas que Dieu va vous transformer, vous bénir ! Mais c’est sympa… Suivre le modèle de Jésus : mon Père est glorifié, vous portez beaucoup de fruits... On est sur la bonne voie, mais il manque quelque chose.
Haut niveau d’accueil et hautes exigences : c’est la bonne direction !
Quelles sont les attentes, les exigences de la paroisse envers les nouveaux paroissiens ? Cinq exigences, engagements qu’on leur demande :
La prière : venir à la messe tous les dimanches, ou au moins commencer à mettre en place la pratique, si ce n’est pas le cas.
La fraternité : se lier avec d’autres
La croissance : grandir dans la foi car Dieu veut que nous grandissions !
Le service : se mettre au service de nos frères, particulièrement les plus pauvres.
Le don : donner vos talents en demandant de l'aide pour les discerner. Et donner de l’argent pour la vie de la paroisse.
Le plus grand danger, ce n’est pas que nos buts soient trop hauts et qu’on les manque, mais bien qu’ils soient trop bas et qu’on les atteigne.
C. Formuler la vision de la paroisse
Il est important de mettre des mots sur le but à atteindre, sur ce qu’on désire devenir.
J'ai accompagné une paroisse dans cette réflexion, et telle fut leur réponse : construire « une paroisse en bonne santé et en croissance dans la Foi, (car un organisme en bonne santé grandit, se développe) qui amène les personnes au Christ, forme des disciples et les envoie pour transformer le monde ».
Les paroissiens s’engagent aux 5 points ci-dessus énoncés ci-dessus (prière, fraternité, croissance, service, don). Bien sûr il existe des croyants qui n’en sont pas là et il faut les accompagner, comme les enfants dans une famille qui ne sont pas encore capables de tout faire, car s’il n’y a pas d’enfants, la famille meurt. Mais le but est que tous, peu à peu, grandissent dans les 5 points tout en accueillant de nouveaux enfants.
Avant d'aller plus loin, voici un portrait du disciple missionnaire qu’on essaye de construire
il a une relation personnelle avec Jésus
il peut partager sa foi avec d’autres
il est ouvert à l’action de l’Esprit Saint
il a des bases de théologie
il a une connaissance et l’amour de l’Écriture
il prie quotidiennement
il a une vraie expérience de la communauté chrétienne
il va à la messe et reçoit régulièrement le sacrement de réconciliation
il peut prier à haute voix pour conduire une prière
C'est exigeant, c'est audacieux (c'est notre "super-mouton" de tout à l'heure). Et cela arrive… une personne après l’autre. Dans une paroisse, augmente alors petit à petit la proportion de chrétiens qui ressemblent à cela.
C'est comme pour faire avancer une voiture bloquée dans la neige. Au début, c’est super dur, et une fois qu’elle est lancée, c'est beaucoup plus facile. Cela peut prendre des années, il ne faut pas se décourager.
Quelques clés :
Que le plus important reste le plus important. Ne pas disperser les énergies dans tous les sens. L’énergie du service va souvent tout absorber. Faire moins permet souvent de faire plus. Au début on dit souvent oui à tout, et on se retrouve avec beaucoup trop de choses. Il faut parfois faire moins pour permettre à Dieu de faire plus.
Pour ne pas se disperser, mettre en place un processus cohérent, un game plan (« une règle du jeu » « un jeu de piste »), c'est-à-dire une vision pour former des disciples qui vivent joyeusement la mission de Jésus dans le monde. Une méthode.
L'enjeu est enfin de mettre en place une culture. Tous les éléments reflètent Alpha car Alpha est formidable comme parcours, mais plus que cela Alpha est formidable comme culture. Les valeurs Alpha sont une excellente base de la paroisse.
Les premières pierres : nous allons prendre ici l'exemple des parcours Alpha mais cela peut évidemment s'appliquer à tous nos parcours paroissiaux.
Une église qui invite, ouverte accueillante. Il est bon pour les paroissiens d’inviter à des parcours comme le parcours Alpha, car être invité à la messe est souvent trop difficile pour ceux qui ne croient pas ! Même si on essaye d’avoir une liturgie soignée (chants, prédications…). Dans les parcours de nos paroisses, les gens entendent l’évangile pour la première fois. Lorsqu'on fait des week-ends thématiques, surtout ceux sur le thème de l'Esprit Saint (pensez par exemple aux parcours d'effusion de l'Esprit Saint), ils font une expérience de conversion, c’est fabuleux et on en voit les fruits.
L'équipe Alpha : les participants qui ont un potentiel de leadership intègrent l’équipe Alpha. L'objectif est que 50% de l’équipe soit nouvelle à chaque parcours. Les équipiers expérimentent la vie fraternelle. Il faut que les anciens partent pour que les nouveaux arrivent. Alpha c’est un « leadership pipeline ». De manière générale dans nos paroisses, il faut que les services tournent, s'appuyer sur des personnes expérimentées mais aussi laisser la place à la nouveauté. L'attitude générale doit être : "Il faut que lui grandisse et que je diminue"
Les petits groupes : c’est la pierre angulaire. Des groupes de taille moyenne 20-30 personnes qui se retrouvent toutes les 2 semaines chez l’un d’eux. Le format est le suivant : repas - prière - enseignement par un d’eux - discussion - prière les uns pour les autres. Après deux ans du parcours Alpha, on a commencé les groupes de liaison et actuellement, das notre paroisse, il y a 14 groupes de liaison soit 300 à 400 paroissiens qui vivent cela ! En dehors d'Alpha, on voit se multiplier partout en France les "fraternités paroissiales"
Le service : doit être supervisé par le responsable du groupe de liaison. Tous ou presque tous les membres de nos paroisses doivent être engagés dans des services. "Moi je suis au milieu de vous comme celui qui sers" (Lc 22, 27) : si nous voulons ressembler à Jésus, nous sommes appelés à servir.
La formation : il faut créer des groupes de formation et faire de la catéchèse pour adultes. Tout le monde ne peut pas aller suivre des cours à l'université ou dans des instituts : nos paroisses doivent trouver des moyens de former en continu les paroissiens.
Ce sont les principes d’Aparécida qu'il faut retenir, nous en avons développé certains plus que d'autres :
Être disciples-missionnaires pour le Christ
Option préférentielle pour les pauvres
Conversion pastorale
Défense de la vie, de la famille et de la création
Option pour les jeunes
Engagement pour la justice, la démocratie et le bien commun
Nouvelle évangélisation et culture
Église pauvre pour les pauvres
Il faut être plus attachés à la mission qu’à la méthode, car nos modèles sont basés sur des schémas du passé. Il faut en général changer même la méthode, la façon d’être pasteur, le leadership, la façon de conduire une paroisse. Nos prêtres ont la triple mission de célébrer (prêtre), d'annoncer (prophète) et de conduire le peuple de Dieu (roi). Laissons-nous donc transformer par l'Esprit Saint, qu'il vienne transformer nos cœurs et nos paroisses pour faire de nous des disciples-missionnaires !