Cet enseignement s'inspire largement du livre du Père Pascal Ide, Les sept péchés capitaux, ce mal qui nous tient tête. Merci de le préciser en cas de réutilisation.
L'enjeu des péchés est la vie éternelle. Comme on le voit en Mt 18, 6-9 : la parole de Dieu ne doit pas être prise au premier degré (il ne s'agit pas littéralement de couper la partie du corps qui nous entraîne au péché : certains, comme Origène, ont été excommuniés pour cela à leur époque). Les péchés capitaux ne sont pas les péchés les plus graves, ce sont ceux qui sont les racines des autres.
« Le péché de ce siècle, c'est la perte du sens du péché » (Pie XII). C'est la théorie de la grenouille : pour la faire mourir, inutile de la jeter dans de l'eau brûlante, elle s'échappera, il s'agit de faire monter la température progressivement, pour qu'elle ne se rende compte de rien. Mais comme les grenouilles, nous éprouvons des difficultés à distinguer notre péché. On peut donc se demander :
En quoi consiste tel péché ?
Pourquoi il est capital ?
Comment se dissimule-t-il ?
Comment y remédier ?
Péché vient d'un mot hébreu qui veut dire rater sa cible. La cible de notre vie c'est le bonheur, mais le péché est ce qui nous fait rater la cible du bonheur. C'est aussi une idole : une réalité finie, qui se fait passer pour infinie. C'est donc prendre pour Dieu, ce qui ne l'est pas.
Sortir du légalisme : il ne faut donc pas considérer Dieu comme un père fouettard qui désigne les péchés, comme des règles ou interdictions qui nous empêchent de vivre. Car Dieu veut nous sanctifier, Il veut notre bien.
Sortir du relativisme : ne pas considérer les péchés comme des « péchounets », "ce n'est pas grave, tout le monde le fait..." ; c'est l'histoire des grenouilles qui ne se rendent pas compte de l'environnement.
Le péché est une blessure d'amour contre Dieu, les autres et soi-même.
Extrait du film Mission – dialogue entre le Père Gabriel et Mendoza (qui a tué son frère). Mendoza, emprisonné dans son orgueil, choisit un chemin de rédemption : il traîne son armure, ses armes, etc. (qui représentent sa vie passée et ses péchés) à travers la forêt. Ancien marchand d'esclaves, il veut réparer son crime. Mais le film montre la difficulté qu'il a à se pardonner à lui-même. Finalement, on peut lire la joie sur les visages des Guaranis lorsqu'ils lui accordent leur pardon.
L'attitude du prêtre : il ne juge pas, il encourage Mendoza vers un nouveau chemin de vie, il fait preuve de courage et conduit Mendoza vers la vérité. => Il unit Amour et Vérité.
La réaction de Mendoza : il exprime d'abord son désespoir, puis décide finalement d'en sortir.
Ils sont à la racine des autres péchés. Capitis voulant dire « tête » en latin, donc les péchés capitaux ne sont pas les plus graves.
Le péché capital par excellence, celui par lequel tout arrive. Le propre de l'orgueilleux c'est de se croire meilleur que les autres. C'est celui qui vit pour lui seul et/ou par lui seul. « L'égoïste, c'est celui qui ne pense pas à moi ».
Le problème de l'indépendance : il y a bienheureuse faiblesse qui vous donne d'avoir besoin des autres. St Claude La Colombière disait : « qu'est-ce que je serais devenu si je n'avais pas été malade ». Il ne faut pas croire que nous n'avons jamais besoin des autres. Nous avons besoin des autres, donc il faut accepter par humilité d'avoir besoin des autres.
Attention, l'humilité n'est pas la modestie : il y a une fausse humilité qu'il faut combattre. Typiquement quelqu'un qui n'arrête pas de dire qu'il est nul, et donc finalement qui renie les talents donné par le Seigneur. Et de surcroît fait preuve d'orgueil, ses talents étant aussi champ de bataille spirituel.
Comment le reconnaître ?
Ceux qui se mettent toujours en avant.
Ceux qui ont toujours raison.
Ceux qui n'ont jamais tort
Ceux qui entend toujours ce qu'il veut
Une sorte de perfectionnisme (il faut reconnaître que l'on peut ne pas être capable de tout faire)
L'ami c'est celui qui a le courage de venir nous voir et de nous corriger.
Quels remèdes ?
Pratiquer l'humilité en acceptant humiliations quotidiennes (sans les rechercher, mais en acceptant celles qui se présentent)
Sortir par l'égoïsme par le don de soi
Cultiver la discrétion (de grandes et belles choses se passent dans la discrétion, mais aussi de moins belles choses)
Ne pas se dénigrer (pour combattre la fausse modestie)
Enfin avoir de l'humour sur soi, reconnaître ses talents, mais trouver l'équilibre avec de l'humilité. L'humour ayant la même racine qu'humilité (Le P. René-Luc dit que la neuvième des huit béatitudes c'est : « Bienheureux ceux qui savent rire d'eux-même, ils n'ont pas fini de s'amuser »)
C'est le péché du diable, jaloux de l'Homme. Mauvaise nouvelle, nous sommes tous concernés, bonne nouvelle, il existe un remède !
La jalousie est une tristesse de l'âme, en vue du bonheur de l'autre : on n'a trop souvent du mal à se réjouir du bonheur de l'autre.
En quoi est-ce un péché capital ?
Malveillance et critique
Satisfaction du malheur de l'autre
Volonté d'imiter...surtout chez les ados.
Incapacité à faire des compliments
Déception devant la réussite
Peut aller jusqu'à l'homicide : cf. Caïn et Abel
Par rapport à soi, c'est un manque d'estime de soi et de son bien propre. On passe son temps à regarder ce qu'est l'autre et non pas les talents que l'on a et donc on oublie, on refuse de voir les talents reçus. Notre plus grand bien, ce n'est pas notre propre bien, mais le bien commun.
Quels remèdes ?
Reconnaître sa jalousie
Accepter ses qualités, mais aussi ses défauts.
Bénir telle personne que nous jalousons. (Idem pour le jugement)
Consentir au manque : accepter que la plénitude totale n'est pas de ce monde.
Cultiver l'estime de soi
Éviter de susciter la jalousie.
Au paradis, nous nous rendrons compte qu'il n'y aura plus d'envie : notre bonheur sera celui des autres.
Telle ou telle qualité chez quelqu'un « c'est le Christ qui est divisé entre chacun des saints » (Jean Cassien)
Elle peut être bonne quand elle se met au service de la Justice (ex : Jésus essaie d'ouvrir le cœur des Pharisiens – St Marc). Cette colère de Jésus n'est pas un manque d'amour, mais a pour objectif de faire grandir les autres.
« Celui qui ne se met pas en colère quand il y a une occasion pour le faire commet un péché » (St Jean Chrysostome)
Quels éléments de discernement d'une colère juste ?
L'objet doit être juste. L'objet est juste seulement si l'argument est fondé et non basé sur un a priori ou un jugement. D'où la nécessité de discerner avant de se mettre en colère. Suis-je vraiment en possession de toutes les informations pour se mettre en colère. Donc ne pas juger trop vite...et même essayer de ne pas juger du tout !
L'intention doit être droite (mue par la charité et non par tel ou tel de mes intérêts)
Elle doit être proportionnée
Souvent la colère est liée à un refus de la diversité de l'humanité (on ne supporte pas la différence chez l'autre alors on se met en colère).
Elle devient un péché lorsqu'elle ne respecte pas ces 3 critères.
On distingue les colères rouges : emportement brutal ; des colères blanches qui sont une sorte de fiel amer. La colère peut être contre autrui, mais aussi contre soi-même : l'exemple même est le petit qui casse son jouet par dépit. Et parfois, on est tellement en colère contre soi-même que l'on refuse de se pardonner, c'est aussi un péché.
En quoi est-ce un péché capital ?
La colère entretien des pensées négatives, notamment le jugement. Par surenchère, en acte ou en parole, la parole donne naissance à d'autres péchés.
Quelques remèdes …
J'apprends peu à peu à me mettre à la place de l'autre. Pourquoi telle personne réagit comme ça ? (Parfois une colère totalement démesurée est révélateur d'une profonde blessure)
Désidéaliser l'autre qui a ses failles
Exercer l'humilité
Ne pas fuir notre colère (notamment pour les colères blanches) - Entrer dans un chemin de pardon
« Empêcher la colère d'atteindre le cœur, sinon le visage ou bien la langue puis finalement les actes » (un père du désert)
Tout péché se fonde sur un désir naturel. Posséder est un désir naturel. Le problème c'est quand l'objet nous possède. « On ne peut servir deux maîtres à la fois »
Avarice matérielle : Avarice, Cupidité, absence de générosité
Avarice spirituelle : Refus de donner du temps, prendre du temps pour servir
Pourquoi est-ce un péché capital ?
Dissimulation (cacher ses biens)
Mensonge (frauder le fisc)
Injustice (refus de payer une dette)
Insensibilité du cœur (vis à vis des pauvres)
Inquiétude (de ne pas avoir assez)
Violences (les héritages)
Nous éloigne de Dieu (le jeune homme riche)
Comment le reconnaître ?
« Vous êtes avare si vous désirer longuement, ardemment et avec une inquiétude les biens que vous n'avez pas » (St François de Sales) – On en veut toujours plus et cela prend la première place.
Ne pas oublier de confesser ce péché d'avarice, lorsqu'on refuse de donner du temps pour qui que ce soit, ou de prêter une affaire
Quels remèdes ?
En positif : intégrer un juste amour des choses (de l'argent)
En négatif : pratiquer le renoncement, entrer dans la sobriété de tout, se contenter de ce que l'on a et pratiquer la confiance (lorsque l'on est inquiet face à l'avenir, pratiquer la confiance – L'humble c'est celui qui ne s'inquiète de rien)
Ouverture aux autres : si j'ai reçu ce que je possède, je ne le possède pas pour moi, mais pour les autres. De plus, il ne faut pas oublier que je dois tout à Dieu
« Dieu ne nous jugera pas sur ce que nous aurons donné, mais ce que nous aurons gardé » (Ambroise de Milan)
Aimer les bonnes choses n'est pas un mal. Le problème n'est pas le plaisir, mais le plaisir désordonné ou immodéré. La vertu contraire est (bien souvent) sobriété. C'est un excès par excès, soit trop, soit trop peu.
La gourmandise peut être matérielle : en quantité, en qualité (ne supporter que les mets fins), selon le temps (manger à toute heure) ou la manière (se servir en premier, engloutir), ou spirituelle : ne chercher que les émotions spirituelles fortes, arrêter d'avancer dès que la sécheresse arrive.
Comment la reconnaître ?
Justifications sociologiques : "en France c'est un art de vivre."
Justification psychologiques : les souvenirs gastronomiques de l'enfance
Les dysfonctionnements liés à la nourriture ou la boisson (TCA, alcoolisme) tiennent souvent plus de la blessure que du péché.
En quoi est-ce un péché capital ?
Nous rend lourd au sens figuré, intellectuellement et spirituellement. Aliène la liberté.
Nourriture rime avec luxure, oralité avec sexualité. Le manque de maîtrise de soi dans les deux domaines est lié.
Attitudes extérieures : bavardage, médisance, exubérance.
Attitudes intérieures : égoïsme, impatience, manque de charité.
Quels remèdes ?
Intégrer le désir et renoncer à l'excès.
Traiter la vraie cause, souvent plus profonde (j'ai passé une sale journée : je file au frigo et je me goinfre)
Savoir renoncer
Prendre le contre-pied aux mauvaises habitudes
Idée : si tu veux savoir quelle intimité un homme entretient avec Dieu, regarde le à table. »
Imaginer le Christ à table.
Le péché n'est ni dans la sexualité, ni dans le plaisir sexuel, redisons le une fois de plus.
La jouissance est déréglée quand la sexualité est détournée de son but : le don. Cela peut être en acte (masturbation, pornographie, prostitution,…) en imagination, regard et parole.
« Ni le corps ni l'esprit ne peuvent être joyeux séparément » (Roger Garaudy)
La luxure blesse :
L'autre : il est réduit à son corps, ou à une partie.
Soi-même : la luxure fragmente le sujet. La personne entre dans la peur et la culpabilité.
Dieu : « Votre corps est le temple de l'Esprit Saint. Glorifiez Dieu dans votre corps. »
Ses conséquences :
Le mensonge
Le manque de prudence et de responsabilité
Complique la vie
Attriste
Embrume l'intelligence des vérités spirituelles
Aliène
Quels remèdes ?
Pratiquer la chasteté (garde du regard, garde de la parole)
Fuir les occasions de péché
Poser des petits actes de renoncement
Ne pas tomber dans la désespérance
Prier Marie
La paresse est sans doute le péché capital le plus méconnu et le plus sous-estimé : bien plus qu'un simple manque de courage pour sortir du lit, elle est un dégoût spirituel qui peut nous éloigner progressivement de Dieu.
Comment la reconnaître ?
Plus grave que de rester au lit ou de procrastiner.
Dégoût de l'action
Assoupissement spirituel et dégoût des choses de Dieu (acédie, la joie d'être en présence de Dieu s'éteint, la vie spirituelle est sans saveur)
Elle peut s'accompagner d'un activisme débordant (agitation intérieure, quête perpétuelle de la nouveauté,…)
Quels remèdes ?
Descendre en soi-même
Prier
Vivre l'instant présent
Persévérer sans remettre en cause les engagements
Faire son devoir d'état
Les sept péchés capitaux ne sont pas une fatalité, mais un appel à la conversion et à la liberté. En les reconnaissant avec humilité et en accueillant la grâce de Dieu, nous pouvons progressivement nous en libérer pour avancer vers la sainteté et le véritable bonheur.