« Ecoute Seigneur je t’appelle, pitié réponds moi. C’est ta face Seigneur que je cherche, ne me cache pas ta face. Espère le Seigneur, sois fort, prends courage. Espère le Seigneur. » (Ps27)
Aujourd’hui c’est le grand shabbat avant Pessah. Les Apôtres sont planqués chez eux, Marie est chez elle. Nous sommes dans un grand silence. Le Roi sommeille. Le Verbe se tait. Il va en fait nous parler par ce silence. Dieu nous parle aussi par son silence. Lorsque Dieu se tait dans l’Ecriture c’est toujours pour se faire entendre d’une manière nouvelle.
Le Samedi Saint est une journée particulière. On ne célèbre pas de sacrement (sauf la réconciliation). Il n’y a pas de lumière, les églises sont dépouillées.
C’est le moment où Dieu va mettre en pratique de manière forte ce « Adam où es-tu ? ». Il part à notre recherche. Il va chercher Adam et Eve aux Enfers. Dieu veut prendre toute l’humanité par la main pour l’arracher à la mort. Le Triduum c’est une descente de Jésus aux Enfers, dans la profondeur du cœur de l’homme. Là où sont nos grands désirs, mais aussi ces angoisses secrètes, ces souffrances secrètes. C’est ce que Jésus vient visiter en ce jour. Dieu continue d’aller chercher notre oui.
Benoit XVI « Dieu attend le oui de la créature comme un fiancé attend le oui de sa promise. »
Dieu vient nous provoquer à aimer. Il vient mendier notre amour.
C’est un jour très délicat. On accueille une miséricorde de Dieu (ie « Un amour plus puissant que la mort. » - JP2), qui nous visite pour nous provoquer à aimer en retour .C’est un jour où Dieu peut faire une œuvre très profonde en nous.
Jésus est descendu aux Enfers et non pas en Enfer. Ratzinger « C’est sans doute un des articles de foi les plus étrangers à notre science. » Pourtant Ac, 1P, Ro en parlent.
L’âme du Christ descend aux Enfers. « Dieu est mort » (Nietzsche)… et c’est nous qui l’avons tué.
Prenons les disciples d’Emmaüs (Luc24). Jésus est mort. Les disciples rentrent chez eux. On voit bien que les disciples ont du mal à accueillir la nouvelle de la résurrection. Ces hommes sont en fait morts à leur espérance. Ces hommes sont effondrés. C’est ça l’expérience du samedi saint.
On fait en fait l’expérience que Dieu est au-delà de tout. Nous sommes dépassés. « Mon Dieu mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps21)
D’abord on confesse qu’il est vraiment mort. Jésus sur la Croix a fait l’expérience d’une solitude, de l’abandon du Père (mais il continue de prier). La solitude, c’est quelque chose du péché (« Dieu l’a fait péché pour nous. » Saint Paul). Jésus a fait l’expérience de quelque chose du péché, l’expérience de la précarité humaine, de l’angoisse. L’angoisse c’est la peur de rien, celle qui n’a pas d’objet. L’angoisse est souvent soulagée par la présence de quelqu’un d’autre. La parole de quelqu’un qui nous aime nous aide… Mais pas complètement. Parce que ma solitude la plus profonde ne peut pas être visitée par l’autre. L’autre ne peut pas vivre avec nous ce que nous vivons. Notre mort, nous la vivrons seul. L’Enfer, c’est ce lieu où aucune parole ne peut plus nous rejoindre. C’est la solitude absolue.
Jésus est venu visiter cela. Il vient comme « expérimenter » (avec beaucoup de guillemets) et descendre au plus bas. Il est descendu tout en bas tout en bas. Le Christ est bien mort, mais il est aussi venu rejoindre toutes nos solitudes intérieures.
Le Samedi Saint, c’est la descente du Christ aux Enfers et dans nos lieux de solitude et d’angoisse les plus profonds, ceux où il nous semble parfois que le Père nous a oubliés.
Le temps de l’Eglise c’est le temps de l’espérance. Nous vivons dans un paradoxe. D’une part le monde est déjà sauvé… et d’autre part quand nous regardons le monde et nos propres vies, il y a de quoi en douter. Il suffit de regarder l’état du monde pour se dire que le Messie n’est pas venu disent les Juifs. Nous pouvons douter de la puissance de la résurrection légitimement, parce que nous n’en voyons pas tous les effets avec nos yeux. C’est pour cela que c’est le temps de l’espérance.
Paul réconforte les Romains et dit « toute la création jusqu’à ce jour gémit dans les douleurs de l’enfantement » (Rm8,29). L’histoire du monde est celle d’un accouchement. La tête de l’Eglise qu’est le Christ est passée. Le reste va passer aussi, c’est bon. Mais… ils ne sont pas encore passés.
L’espérance est cette vertu qui nous fait attendre et désirer la vie éternelle en nous appuyant sur les promesses du Christ. L’espérance est une ancre dit Hébreux. L’espérance c’est beaucoup plus que l’espoir.
L’espoir, c’est attendre un bien futur qu’on ne possède pas encore et qu’il est possible d’atteindre. On s’appuie sur nos propres capacités.
L’espérance est beaucoup plus grande. C’est la vie de Dieu, la réconciliation avec Dieu, ce qui est impossible avec nos propres forces. Parfois on vit comme des païens, en se contentant de l’espoir (en s’appuyant sur nous-mêmes). Le but de la vie chrétienne c’est de passer de l’espoir à l’espérance.
Col1,23 la stratégie du Diable c’est de nous détourner de l’espérance.
Cinq domaines de combat par rapport à l’espérance.
a. Le combat sur la présence et la fidélité de Dieu
Dieu est absent de ma vie, il m’a oublié… Il aime ta sœur ma pas toi… Il ne répond pas à tes prières…
La réponse, c’est celle de la Croix. Malgré les apparences, Dieu a tout donné. Il est bon. « Qui nous séparera de l’amour de Dieu ? Oui j’en ai l’assurance, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu » (Ro)
La grâce à demander c’est que Dieu vienne visiter ces lieux de solitude.
Il nous faut aussi accepter une forme de désolation. Saint Ignace dit qu’il y a trois causes à la désolation. Un, le péché. Deux, Dieu veut faire grandir notre amour, veut que l’on s’attache d’avantage à Lui, que nous l’aimions lui et pas les dons qu’il nous fait. Trois, il veut nous faire grandir dans l’humilité : on voit que tout ce qu’on faisait avant était grâce à Lui.
C’est le moment de poser l’acte de foi de la présence de Dieu en nous. « Vous êtes le temple de l’Esprit Saint. » (1Co3,16) « Tu étais au-dedans de moi et moi j’étais au dehors. » (Saint Augustin)
b. Recherche de l’efficacité et de la fécondité
Que ce soit au travail, dans les études, notre vie spirituelle…
C’est la question de la fécondité de notre vie. Le Diable c’est « fait ça, et ça, et ça ». C’est l’activisme. Le marthalisme dit le pape François.
La seule solution, c’est de demander la grâce de l’Esprit Saint. Qu’il soit le maître de la recherche de la fécondité. Ça ne s’oppose pas à l’efficacité. Mais la fécondité est au-delà. « Au soir de notre vie nous serons jugés sur l’Amour. » (Saint Jean de la Croix) Le reste, c’est du vent.
Rm5,5 « L’espérance ne déçoit point parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous fut donné. »
La fécondité est d’une manière ou d’une autre liée au sacrifice. On porte du fruit par de petits renoncements. En prenant un tout petit peu sur nous. Là où j’ai aimé, il y a un fruit.
c. Condamner ou porter un regard d’espérance sur les autres
C’est la charité concrète en fait. Demander le regard de Dieu pour regarder nos frères et sœurs. L’amour a un regard d’espérance : je vois les limites de mon frère ou de ma sœur, mais Dieu le voit comme déjà sauvé. (1Co13)
C’est l’art de vouloir faire pousser le bon grain au lieu d’arracher l’ivraie.
Il faut supplier pour avoir la grâce de ne pas critiquer. « La maladie des bavardages et des commérages. » François « Celui qui critique a le démon sur la langue et celui qui l’écoute l’a dans l’oreille. » (Saint François de Sales)
d. Se révolter ou compatir face aux situations de détresse
Pourquoi Dieu permet-il ceci ou cela ?
Pourquoi ? Je ne sais pas. La seule chose que je sais c’est que Dieu est bon.
Jésus a pleuré son ami Lazare. Il y a la tentation de l’indignation. Mais l’indignation ne sert à rien ! On est en colère contre des causes, mais c’est la logique du bouc émissaire. La vraie réponse, c’est la compassion et l’engagement, sans nous laisser complètement atteindre, parce que nous avons l’espérance.
e. Se décourager vis-à-vis de soi-même ou entrer dans l’espérance
C’est l’épreuve que nous avons en voyant nos difficultés à nous convertir, nos limites… Il nous faut réentendre cette parole à Saint Faustine « tes péchés ne lasseront jamais ma miséricorde ». « Dieu ne se lasse jamais de nous pardonner. » (Pape François)
C’est là que l’on passe véritablement de l’espoir à l’espérance. C’est la conversion dans la conversion. « Seigneur soyez vous-mêmes ma sainteté. » (Sainte Thérèse) Il faut demander cette grâce de l’espérance. La sainteté c’est de se relever.
C’est toute la question des addictions et des dépendances. Si nous nous relevons et entrons dans le combat, ça ne nous éloigne pas de la sainteté. C’est la sainteté des pauvres qui toujours se relèvent. Dieu ne refuse jamais cette première grâce qui donne le courage d’agir. Dieu nous donnera toujours la grâce de faire un pas. Il s’agit de choisir un tout petit bien que l’on peut essayer de faire, et l’on peut retrouver l’espérance.
Nos fragilités et nos péchés sont les portes d’entrée de la grâce.
Saint Paul parle du casque de l’espérance, Hébreux du plein épanouissement de l’espérance.
Notamment par la prière. Les sacrements bien sûr nous fortifient dans l’espérance. La Parole de Dieu joue une place majeure dans notre prière. Elle nous apprend à reconnaître la présence du Seigneur dans nos frères. La louange est l’arme majeure de l’espérance. C’est confesser dans la foi la victoire de Jésus. C’est un acte de foi en la bonté de Dieu, en la fidélité de Dieu.
Faut se muscler le cœur !
Notamment en s’engageant dans la mission. Il y a trois nourritures dans la vie spirituelle : la Parole de Dieu (nourrit la foi), l’eucharistie (nourrit la charité), faire la volonté du Père (Jn4,34) (nourrit l’espérance). Il s’agit de vivre l’instant présent dans l’espérance.
Pour vivre cela, nous pouvons prier Marie qui prie pour nous aux deux moments les plus importants de notre vie : maintenant et à l’heure de notre mort.