Si vous êtes là a priori c’est que vous avez apprécié la dernière soirée où on parlait un peu de qui est Jésus et de ce qu’il avait affirmé. Moi je vous propose que ce soir on continue un peu dans cette veine là mais en abordant une question un peu particulière…
Un peu comme la semaine dernière le but évidemment n’est pas de vous démontrer ceci ou cela, mais plutôt de vous dire un peu comment nous on voit les choses pour que vous puissiez ensuite en discuter ensemble.
Bref, pour commencer une petite devinette : quel est le point commun entre David Beckham, Vin Diesel, Johnny Halliday et le Pape ?
Attendre des réponses.
Réponse : ils ont tous une croix autour du cou !
Bon alors là faut qu’on s’arrête deux minutes quand même. La croix c’est un instrument de torture et de mise à mort. Et un vraiment horrible. Pour vous donner une idée c’est tellement cruel comme moyen d’exécution que les Romains ont fini par l’interdire. Pour rappel, c’est quand même l’époque où quand on était dirigeant on envoyait des gens se faire bouffer vivants par des lions dans des arènes pour remonter dans les sondages… Pas un modèle de civilisation quoi, et pourtant même eux ça leur semblait finalement barbare ! En fait c’est un peu comme si on se baladait avec un pendentif de guillotine ou avec des boucles d’oreilles en chaise électrique quoi… Ça ferait bizarre quand même.
Bon et pourtant c’est un signe qu’on voit absolument partout, et surtout dans les églises qui sont censées être un lieu de paix, de tranquillité, tout ça… Et au beau milieu de tout ça, paf un instrument de torture. Ce n’est quand même pas un logo de rêve pour les chrétiens…
Bref, je vous propose que ce soir on parle de la mort de Jésus. Pourquoi Jésus est-il mort ? Et sur une Croix en plus ! Et puis finalement qu’est-ce qu’il y a de différent entre la mort de Jésus et celle d’un grand homme comme Socrate avec la cigüe par exemple ?
En fait je vous donne déjà une piste, et puis on y reviendra dans la suite, mais à la limite c’est le seul truc vraiment important ce soir. C’est dans l’Evangile de Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné Son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. » Je sais que ça a l’air vraiment bizarre dit comme ça, mais au fond tout ça c’est une histoire d’amour…
Pour avoir le point de départ sur la mort de Jésus, en fait il suffit de voir ce que dit Jésus lui-même. Par exemple « ce ne sont pas les biens portants mais les malades qui ont besoin de médecin. Moi je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. » (Mc2,17) Ou Saint Paul qui dit que « Jésus est mort pour nos péchés. » (cf. 1 Corinthiens 15, 3-4). En fait le mot qui revient tout le temps et sur lequel il faut qu’on s’arrête un peu c’est le mot « péché ». Déjà parce que déjà ça fait un peu gros jargon de catho, et puis en plus si on est honnête trois minutes ça fait partie des mots qui se trimballent avec l’étiquette « gros chiant » collée sur le front.
En fait péché à l’origine c’est un terme de tir à l’arc. Et tout bêtement ça veut dire viser à côté, rater sa cible quoi. Alors de quelle cible est-ce qu’il s’agit ? En général celle vers laquelle on tend tous, absolument tout le temps c’est le bonheur. Ce qu’on vise, c’est d’être heureux.
Bon mais il y a quelque chose qui vient brouiller cette affaire, c’est qu’en nous cohabitent le bien et le mal. Pour les littéraires j’ai une belle phrase qui illustre ça, de Soljenitsyne qui dit « La ligne qui sépare le bien du mal ne passe pas entre les Etats, ni les classes sociales, ni les partis politiques, mais au travers du cœur humain, de chaque cœur humain ». Pour les autres et ceux qui dorment déjà, j’ai aussi une petite illustration en vidéo.
Vidéo Gollum.
Je crois qu’on fait tous l’expérience de ce genre de dialogue intérieur entre un bien et un mal. « Pfff est-ce que je dois vraiment loguer ça ? » « En vrai ce bus/ce train ça passe sans ticket non, y a jamais de contrôleur après tout… ». Je suis sûr qu’on a tous plein d’exemples en tête !
Quel rapport avec le péché ? Nous cherchons le bonheur, mais on le vit à travers des actes. Et quand on a un choix à faire entre deux choses (par exemple passer avec ou sans ticket), au fond on essaye de voir lequel est meilleur pour nous. Si on pousse la logique jusqu’au bout, on essaye de voir lequel des deux nous rendra heureux. Pécher c’est simple, c’est faire le mauvais choix ! On choisit quelque chose en pensant que c’est ce qu’il y a de mieux pour nous… Et ça rate. On se trompe de cible quoi.
En fait c’est ça qu’on appelle le bien et le mal ! C’est ce qui est bon ou ce qui est mauvais pour nous et pour les autres. Et dans la Bible ou chez les cathos, le mot qu’on utilise pour parler du mal, c’est « péché ».
Un petit passage de la Bible pour illustrer ça. C’est Dieu qui parle et qui dit « je mets devant toi la vie et la mort, le bonheur et le malheur. Choisis donc la vie ! Si tu écoutes les commandements, que tu aimes ton Dieu, que tu gardes ses commandements, tu vivras. » (Dt30,19s) En plus ce passage montre que ce que Dieu demande à l’homme, c’est pour l’aider à aller vers la vie et le bonheur (alors que parfois on a l’impression que c’est le contraire, Dieu déciderait une loi, et ensuite il récompense ou il punit selon si on suit ou pas).
Donc en conclusion, pécher c’est se tromper de cible en faisant quelque chose qui est mauvais pour nous et les autres, c’est-à-dire quelque chose qui est mal.
Bon mais finalement est-ce que c’est si grave ? La plupart du temps quand on fait une boulette ou quelque chose dont on se dit au fond de nous (façon Gollum) que c’était quand même pas tip top, on a vite fait après coup de minimiser, de relativiser en se disant que c’était juste pour cette fois, que les autres font souvent pareil, d’ailleurs ils sont même plutôt pire, etc… Alors, finalement pas si grave ? Est-ce que c’est sans conséquences ?
En fait je crois qu’il y en a quand même quelques-unes, et au moins trois.
a. Le péché me rend malheureux et me blesse
La première conséquence du péché, elle est sur nous. Le gros gros problème du péché c’est qu’il nous blesse en nous empêchant d’aimer. Et finalement ça nous rend malheureux. Par exemple quand on passe la soirée à dire du mal de quelqu’un, le lendemain si je le recroise, je sais que je vais me mettre à voir dix fois plus ses défauts, il va m’énerver beaucoup plus vite, etc. Bref ça me porte pas à l’aimer. On voit bien ça aussi quand on devient jaloux. On se renferme sur nous-mêmes et on a beaucoup de mal à aimer l’autre. Avec le péché vient comme un durcissement, un rétrécissement du cœur. Il devient tout sec et fermé sur lui-même.
C’est la première grosse conséquence du péché. Il abime notre cœur et nous empêche d’aimer. Au fond c’est aussi ça qui nous fait du mal.
b. Impact sur les autres
La deuxième conséquence c’est sur les autres. En fait ce sont les mêmes conséquences, c’est-à-dire que ça ne rend pas heureux, voire ça rend triste, et que ça rend difficile d’aimer. Pour continuer sur le même exemple, dans un groupe ou une section où tout le monde passe son temps à se critiquer, on sait tous que ça installe une vieille ambiance pourrie, désagréable, où tout le monde est mal à l’aise. On se met à jouer un jeu en face des autres au lieu d’être nous-mêmes, etc… Il y a plein d’autres exemples évidemment : dans un groupe où quelqu’un se met en colère et sors de ses gonds, on sait que ça part vite dans tous les sens, tout le monde s’énerve aussi, on rentre chez soi triste et frustré. C’est un peu l’engrenage en fait !
c. Rend addict
La dernière conséquence du mal c’est qu’en quelque sorte on devient addict. Plus ça va, plus ça devient dur de s’en passer et donc moins on est libre. Si je pense tout le temps qu’à ma gueule, le jour où je me dis que je vais peut-être faire un sacrifice personnel pour quelqu’un d’autre ça me demande un effort complètement surhumain ! Pareil si je suis avare, attaché à mon argent ou à ce que je possède, mes privilèges etc, ça devient affreusement difficile de s’en détacher ! Du coup on perd en liberté. Jésus est très très cash là-dessus, il dit même qu’on devient « esclaves du péché » (Jn8,34).
Bref le péché isole, rend triste et empêche d’aimer, à la fois nous et les autres. Et en plus on a du mal à s’en dépêtrer ! Et c’est bien pour ça qu’on appelle ça le mal. Là aussi c’est important de pousser la logique jusqu’au bout. C’est ce que fait Saint Paul quand il dit que puisque le mal, le péché nous isole, nous enferme, nous ferme le cœur, « le salaire du péché c’est la mort » (Rm6,23).
a. Quelques rencontres
Bon mais alors et Jésus dans tout ça, qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ? Alors ça fait un peu bizarre dit comme ça, mais c’est très simple et très fort en même temps : il vient nous sauver du péché. Il vient nous sauver de tout ça. En fait c’est lui-même qui le dit très clairement, à la fois dans sa vie et dans sa mort.
Souvent on connait surtout Jésus pour ses miracles, parce que multiplier les pains, marcher sur l’eau et guérir les paralytiques ça a de la gueule. Mais Jésus a aussi passé beaucoup beaucoup de temps à parler du péché. Contrairement à ce à quoi on s’attend parfois, il n’en parle pas pour dire : c’est mal, c’est mal, c’est mal. Il en parle plutôt pour parler de l’amour de Dieu, qui malgré le mal qu’on se fait à soi-même et du coup aussi à Dieu, continue à nous aimer et est là pour nous aider à nous relever. [raconter l’histoire du fils prodigue]. En fait le cœur de ce que raconte Jésus c’est ça.
Et il va même plus loin que ça. Il pardonne lui-même les gens. En fait là où les hommes constatent qu’il y a un mal, un vrai mal objectif et ne savent finalement pas très bien comment faire pour s’en débarrasser, pour en guérir, Jésus invite à pardonner, et surtout à se tourner vers Dieu et vers lui pour recevoir cet amour qui pardonne.
b. Qu’est-ce que Dieu a à voir avec ça ?
Evidemment ça ça a choqué les gens. [raconter l’histoire du paralytique, allusion à la semaine précédente]. Les juifs trouvent scandaleux que Jésus pardonne les péchés, parce que pour eux c’est la place de Dieu. Nous ça nous semble un peu bizarre, après tout qu’est-ce que Dieu a à voir là-dedans ?
En fait Dieu a tout à voir là-dedans, pour deux raisons. La première c’est que le mal atteint en nous quelque chose de très profond. La critique, l’égoïsme, l’orgueil, la colère, tout ça nous blesse finalement profondément. C’est pour cela qu’après c’est si dur de s’en détacher et que ça nous empêche tant d’aimer. Et le seul qui peut réparer ça, c’est Celui qui nous a créés, c’est Dieu. En fait le seul qui puisse vraiment guérir nos blessures, c’est Dieu. Il faut quelqu’un qui ait cette puissance là et cet amour-là.
La seconde c’est que Dieu est aussi blessé par ce que nous faisons. Rappelez-vous l’histoire du fils de tout à l’heure qui se barre loin de la maison de son père avec tout son fric. Vous croyez qu’il se sent comment le père ? C’est un peu comme quand un enfant désobéi à ses parents et se fait du mal à lui-même : les parents sont aussi blessés dans l’amour qu’ils portent à leur enfant qui d’une certaine façon les envoie promener. En fait on s’abime soi-même, on casse la relation avec les autres, mais on casse aussi la relation avec Dieu.
Bref, Jésus a donc beaucoup parlé du mal et du péché pendant sa vie, principalement pour dire et montrer que Dieu était plein d’amour pour l’homme malgré cela, qu’Il voulait l’aider à se tirer de ce piège du mal. Il dit aux hommes autour de lui que Dieu les attend et les appelle à revenir vers lui dans l’amour au lieu de s’enfermer dans le mal.
a. Comment est-il mort ?
Maintenant qu’on a dit tout ça on peut en revenir à la question du début qui était celle de la mort de Jésus.
D’abord, comment est-il mort ? Jésus est mort crucifié. La crucifixion, Cicéron en parlait comme de « la torture la plus cruelle et la plus odieuse ». La crucifixion c’est une mort très lente, qui dure plusieurs heures et où l’on finit par mourir d’un mélange d’asphyxie, de déshydratation, d’hypothermie et d’épuisement qui mènent à l’arrêt cardiaque. Même aujourd’hui on ne sait pas vraiment ce qui domine là-dedans et ce qui cause vraiment la mort.
b. Pourquoi : pour nous
Maintenant, pourquoi est-il mort ? Là encore réponse est à la fois très simple, très riche et très complexe en même temps. Il est mort par amour pour nous. Qu’est-ce que ça veut dire ?
Une petite histoire pour comprendre ce que ça veut dire mourir « pour quelqu’un ». [histoire de Maximilien Kolbe] En fait Jésus a accepté de subir le mal jusqu’au bout, un mal quand même très violent (il a été torturé et exécuté comme le pire des meurtriers, tous ses amis l’ont abandonné, sauf ceux qui l’ont trahi…) pour finalement en triompher.
c. Pourquoi : parce qu’il l’a accepté
Ce qui est très important en effet c’est que Jésus a accepté cela librement. Il aurait pu s’enfuir. Il aurait pu se battre, se défendre, ou même laisser ses amis combattre pour lui (cf. Saint Pierre). Mais il l’a accepté, par fidélité à son message, par fidélité à ses amis. Il a été lui-même, il a aimé jusqu’au bout. Il dit d’ailleurs : « Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne » (Jn 10,18). Ou encore « Je suis venu non pour être servi, mais pour servir, et donner ma vie en rançon pour la multitude » (Matt 20, 28).
d Pourquoi : par amour
Mais le plus important dans tout ça, c’est que Jésus est mort par amour pour nous. Malgré tout le mal qu’il a subi, il a continué à aimer. Jamais il ne se révolte, ne combat, ne frappe, ne se met en colère. Il pardonne à Saint Pierre qui l’a trahit et surtout après des heures de torture sur la Croix, il prie pour les hommes qui l’ont mis sur la Croix après l’avoir dénudé et flagellé en disant « Pardonne leur Père » (Lc23,34). En fait Jésus a été plus grand, plus fort que le mal qui s’abattait sur lui. Il n’a pas cédé, il ne s’est pas laissé ronger mais il a continué à aimer. Et c’est pour cela qu’on dit qu’il a vaincu le mal et grâce à lui « nous sommes vraiment libres » (cf. Ga5,1 ; Jn8,36).
C’est bizarre de dire que Jésus est vainqueur s’il est juste mort sur la Croix. C’est pour ça que pour nous la Résurrection est si importante ! En fait si Jésus est pas ressuscité, « vaine est notre foi » dit Saint Paul. S’il est pas ressuscité, Jésus reste un type sympa qui a raconté des beaux trucs et puis c’est tout. Mais trois jours après la mort de Jésus, les Apôtres ont eu la surprise de découvrir que le tombeau était vide, et ensuite de rencontrer Jésus bien vivant, en chair et en os ! Bref, Jean vous a déjà raconté ça la semaine dernière.
Et finalement, c’est ça qui change tout. Parce que ça veut dire que Jésus est allé au cœur du mal et de la mort… Et qu’en fin de compte c’est l’amour et la vie qui ont été plus les plus forts. Ça veut dire qu’il y a une limite au pouvoir du mal. Jean-Paul II a même dit que « l’amour de Dieu, c’est la limite que Dieu impose au mal ». Nous on se fait bouffer par ça, mais grâce à Jésus il y a quelqu’un qui a aimé jusqu’au bout, en toute chose, sans se laisser atteindre par le mal ! LA deuxième chose c’est que Jésus était aussi Dieu, si bien qu’on peut se joindre à Lui, Lui demander de nous rejoindre et à notre tour ne pas nous laisser écraser, enchaîner, et « mettre en esclavage » par ce mal qui ronge.
Ca veut aussi dire que Dieu nous aime tellement, qu’il se fait tellement proche de nous qu’il a vécu la souffrance, il a vécu la mort. C’est pour ça que nous disons que Dieu s’est fait proche de nous et qu’on le prie : parce qu’il vit avec nous tous les aspects de notre vie, y compris les pires.
A la question « pourquoi Jésus est-il mort ? » nous ce qu’on répond c’est qu’il est mort par amour et pour nous sauver. Bon et alors qu’est-ce que ça change concrètement dans notre vie ? Eh bien comme je le disais tout à l’heure, on peut prier un Dieu qui a vaincu le mal. Et très concrètement, moi par exemple je vois que quand je me mets à devenir jaloux de quelqu’un, ou orgueilleux ou je sais pas quoi, eh bien quand j’essaye de confier ça à Jésus et de lui demander de m’aider, il m’aide à changer mon cœur. Être sauvés, c’est clair que ça veut pas dire qu’on fait plus le mal, parce que des conneries on en fait encore des pelletées ! Mais ça veut dire que dans le mal, ou la souffrance (ou la mort) nous nous tournons vers Dieu et qu’il vient nous y rejoindre pour nous aider à en triompher. Ca veut dire avoir quelqu’un avec soit (Jésus) qui continue à nous aimer comme on est, toujours. C’est pour ça qu’on essaye de laisser de la place à Dieu pour qu’il nous rejoigne avec amour là où on est. C’est ce qu’on fait par exemple quand on va se confesser, à la fois pour demander pardon à Dieu et pour qu’il guérisse notre cœur qui se fermait et se durcissait ! Et comme la confession c’est quand même un drôle de truc, je vous propose de finir sur une note sympa en regardant une petite vidéo !
Vidéo Bref je suis allé me confesser