« Que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi. »[1]
Dans ce court texte, nous allons présenter la façon dont Thérèse d’Avila aborde l’humilité. En nous appuyant principalement sur Le Château intérieur ou les demeures de l’âme et Le Chemin de la perfection, nous montrerons rapidement l’importance capitale qu’elle donne à cette vertu, dans la droite ligne de toute la tradition spirituelle de l’Eglise, et nous soulignerons brièvement quelques « moyens » qu’elle donne pour se laisser mettre dans l’humilité. Notre but sera de nous attarder sur le point particulier de l’estime des autres, qui revient comme un fil rouge dans les écrits de Thérèse. Ainsi dans le Livre de la Vie souligne-t-elle à de nombreuses reprises (malgré son âge avancé, son expérience et son déjà long chemin de conversion, ou son statut de mère supérieure et de réformatrice du Carmel) combien elle se sent petite au milieu des sœurs avec qui il lui est donné de vivre, et elle montre combien elle les tient en haute estime par rapport à elle : « Toutes les sœurs, excepté moi, faisant des progrès dans la vertu, car je n’ai jamais été bonne à rien, je m’avisais de ce petit exercice d’humilité : je pliais secrètement leurs manteaux lorsqu’elles étaient sorties du chœur, et il me semblait servir en cela ces anges qui venaient de chanter les louanges de Dieu. »[2]
L’humilité est la porte d’entrée, le chemin et l’âme même de la vie spirituelle. Toute notre vie de fils et filles de Dieu consiste en effet à rechercher l’union avec Dieu, c’est-à-dire à nous laisser unir à lui. Cette conversion, par laquelle nous sommes peu à peu tournés vers lui, implique de nous détourner de nous-mêmes. Chaque fois que nous nous préoccupons de nous, que nous nous regardons nous-mêmes, nous empêchons cette union avec Dieu. La vérité, c’est que nous sommes bien peu de choses, presque rien à vrai dire, et que la seule source de la vérité, c’est-à-dire la seule chose qui soit une pleine réalité, c’est notre Dieu d’amour. La vérité, c’est que nous ne sommes pas la vérité. La vérité, c’est Dieu.[3]
Et « l’humilité n’est pas autre chose que de marcher selon la vérité »[4], donc de marcher selon Dieu, vers Dieu, attaché à lui, à sa bonté, son amour qui sont bien substantiels, et non en nous attachant à nous-mêmes, qui n’existons que « par rapport » à lui ou selon lui.
Ici se trouvent dénoncés les deux formes sous lesquelles l’orgueil se cache. La première est l’attachement aux biens de ce monde, même bons en soi, car il s’agit de biens secondaires et de choses qui passent[5]. Dans Le chemin de la perfection, Thérèse dénonce ainsi entre autres l’attachement aux amitiés, y compris avec des confesseurs (Chap. V et VII), au confort du corps (Chap. XI), à sa volonté propre et à ses pensées (Chap. XIII et XVII).
La seconde est plus sournoise, car mieux masquée. C’est l’attachement à notre misère même. Au lieu de regarder le Seigneur, nous regardons notre péché et notre indigence, et donc en fin de compte nous nous regardons nous-mêmes. Croirions-nous que notre péché est plus grand que sa bonté, que son amour n’est pas assez vaste pour contenir tout le mal du monde[6] ? Tout ce à quoi cet égarement aboutit, c’est à nous couper de Dieu. Souvent en effet, obsédés que nous sommes par notre péché – et non par la miséricorde de Dieu – nous pensons que nous ne sommes pas dignes de Dieu, et donc cessons de prier, de participer à l’Eucharistie… peut-être même de nous confesser ! « Tenez-vous également en garde, mes filles, contre certaines humilités pleines d’inquiétude que le démon nous met dans l’esprit, en nous représentant la grandeur de nos péchés. C’est là un des artifices dont il a coutume de se servir pour troubler les âmes de mille manières. Souvent il les jette dans de telles angoisses, et leur fait une peinture si vive de leur indignité, qu’elles croient devoir s’abstenir de la communion, et suspendre toute oraison particulière. »[7] Dès lors pour l’Accusateur voilà la proie ferrée : elle a renoncée à se tourner vers Dieu… en se persuadant que c’était là un acte de piété !
Cette « humilité » n’est pas la véritable humilité. Elle n’est un orgueil déguisé. Au contraire, avec Marguerite-Marie il faut nous rappeler que le Seigneur nous a précisément choisis « comme abîmes d’indignité et d’ignorance »[8]. Nous nous sentons indignes : nous le sommes évidemment ! Le mystère de notre foi, c’est que notre Père aimant nous aime dans notre pauvreté, et vient se donner à nous dans cette pauvreté[9]. Car contrairement à nous, si Dieu connaît notre péché – bien mieux que nous d’ailleurs –, il ne le regarde pas[10]. C’est nous qu’il regarde.
Mais alors, comment éviter de tomber dans ce piège terrible, par lequel le père du Mensonge cause tant de dégâts[11] ?
« Ô Seigneur, tout notre mal vient de ce que nous ne gardons pas les yeux attachés sur vous. »[12]
Puisque nous sommes si petits, et puisque c’est le Seigneur qui est le terme de notre course, c’est lui qu’il nous faut regarder[13]. Et contrairement à ce que le Diviseur veut nous faire croire, ce n’est pas en regardant notre « limon »[14] (notre nombril) que nous nous connaîtrons mieux – c’est pourtant souvent un argument que nous utilisons pour justifier cet égarement : « pour devenir humble, je dois voir en vérité tout mon péché et toute ma pauvreté ». C’est en regardant le Seigneur : « Mes filles, si nous voulons acquérir une véritable humilité, il faut jeter et arrêter nos yeux sur Jésus-Christ, le souverain bien de nos âmes, et sur ses saints [et non "considérer uniquement notre limon et notre misère"]. Cette vue, je le répète, ennoblira notre entendement, et la connaissance de nous-mêmes cessera de nous décourager et de nous abattre. »[15]
En effet, la vérité sur notre condition nous est bien mieux dite – en fait, nous est seulement dite – par la contemplation du Seigneur que par la « contemplation » de notre péché, du mal. Car le mal est toujours fondamentalement un mensonge. Et paradoxalement, la meilleure façon de « connaître » le mal, et en fait de connaître la vérité, c’est donc de regarder celui qui est le Bien : notre condition de fils aimés du Père, de créatures face au Créateur, en dit bien plus sur nous que tout notre péché[16].
L’humilité n’est rien d’autre que regarder Jésus… au point d’oublier tout à fait de se regarder soi-même.
« La vraie humilité, quelque grande qu’elle soit, ne porte dans l’âme ni inquiétude, ni trouble, ni bouleversement ; elle est au contraire accompagnée de paix, de plaisir, de repos. Sans doute, sous l’action de cette humilité, une âme, par la vue de ses péchés, connait clairement qu’elle est digne de l’enfer ; elle s’afflige ; il lui semble que le monde entier devrait l’avoir en horreur ; elle ose à peine lever les yeux vers le ciel pour demander miséricorde ; mais elle trouve tant de suavité et de bonheur au fond de cette peine, qu’elle voudrait n’être pas un instant sans la ressentir. […] Détournez, autant qu’il est en vous, votre pensée de la vue de vos misères, et fixez là tout entière sur les richesses de la miséricorde de Dieu, sur la grandeur de l’amour de Jésus-Christ pour nous, et sur les ineffables souffrances qu’il a endurées pour notre salut. »[17]
Tout l’enjeu donc est de détourner son regard de soi-même pour le tourner vers le Seigneur. Et pour cela, il faut être tout entier persuadé de sa propre petitesse, de sa propre insignifiance, jusqu’à ne plus trouver aucun intérêt dans la considération de ses propres sentiments et préoccupations, et aucune valeur dans nos desseins et idées. L’histoire humaine, celle des saints et notre propre expérience nous montrent que cela est rien moins que facile[18]... Il faut donc saisir toutes les opportunités qui nous sont données pour nous dessaisir de nous-mêmes et renoncer à notre volonté propre. Il y a plusieurs lieux que nombre d’entre nous pouvons travailler pour cela, et que Thérèse reprend avec toute la tradition spirituelle[19]. Citons ici les principaux, sans chercher à y mettre de l’ordre.
Pour se détacher de soi-même, il faut apprendre à oublier ses petits soucis. Et pour cela, il faut commencer par cesse de se plaindre : « Il me semble, mes sœurs, que c’est une imperfection de se plaindre sans cesse de légers maux. Si vous pouvez les endurer sans parler, faites-le. Quand le mal est grave, il se fait connaître autrement que par vos plaintes, et il ne peut rester longtemps caché. »[20] Il n’y a pas moyen de devenir pauvre si on n’oublie pas aussi son confort. Comme Thérèse le note avec le tempérament bien trempé qui est le sien : « Voulez-vous être pauvres et bien traités ? Cela ne s’accorde pas. »[21]
Un autre moyen est de chercher à se détacher de sa volonté propre par tous les petits actes de mortification que l’on peut trouver, car « tout ou presque consiste à renoncer au soin de nous-mêmes et à ce qui concerne notre satisfaction. »[22] Ici on notera que Thérèse n’insiste pas franchement sur la lourdeur des actes de mortification[23] que sur leur nombre ! En effet, si elle ne l’affirme jamais explicitement à notre connaissance, elle donne tant et tant d’exemples de lieux sur lesquels nous devons nous déprendre de nous-mêmes et de notre volonté propre, et tant et tant d’exemples d’actes à poser pour cela, que l’on sent bien que pour se convertir, ou plutôt pour faire de la place au Seigneur pour qu’il nous convertisse et nous unisse à lui, il est nécessaire de faire le ménage un peu partout !
Un autre moyen encore est de ne jamais se plaindre lorsque l’on nous fait du tort, même si nous sommes dans notre bon droit, ou lorsqu’on nous fait des reproches, même si c’est à tort. Si nous regardons véritablement vers Jésus, que nous importe ? Si nous ne sommes attachés qu’à son regard seul, qui lui nous connait, que nous importe le regard que les autres portent sur nous et leur jugement ? « Que nous importe que toutes ensemble nous condamnent [les créatures], pourvu que vos regards, Seigneur, ne trouvent aucune faute en notre âme ? »[24] En effet, « Celui qui est véritablement humble doit désirer sincèrement être méprisé, persécuté et condamné sans sujet, même pour des choses graves. S’il veut imiter Notre Seigneur, en quoi le peut-il mieux ? »[25] Cette discipline, si elle peut paraître particulièrement difficile, notamment lorsque nous sommes dans notre « bon droit », est un chemin spécialement excellent pour apprendre à se reconnaître tout petit.
Notre orgueil en effet ne cesse de se rebeller pour essayer de nous faire trouver en nous-mêmes quelque valeur. Il faut sans répit repousser cette tentation, qui nous empêche d’accueillir l’amour gratuit de Jésus comme la seule chose de valeur et de prix en nous et en notre vie. Les propos de Thérèse peuvent nous paraître durs ou abusifs, par exemple lorsqu’elle affirme : « Vous devez croître en mérite en vous humiliant, et en croyant sincèrement que vous êtes même au-dessous du peu que vous faites. »[26] Cela ne se comprend qu’en revenant sans cesse au désir de se laisser unir tout entier à Jésus, et à l’impérieuse nécessité pour cela de n’accorder du prix à rien d’autre, et surtout pas à soi-même. C’est un décentrement radical qu’il s’agit d’opérer.
Dans la suite du dernier point de conversion proposé (accepter comme vrais et sans jamais se défendre toutes les reproches que l’on nous fait), et pour permettre se décentrement radical, Thérèse revient souvent sur la nécessité d’estimer les autres supérieurs à soi en toute chose, à commencer par la sainteté. Au long des pages qu’elle écrit pour ses sœurs, on la sent d’ailleurs particulièrement sensible au regard que la vie en communauté pousse à porter les uns sur les autres, et qui a vite fait de se transformer en jugement. Mais plutôt que de proposer de renoncer tout à fait à juger (ce qu’elle fait par ailleurs en combattant avec énergie toutes les paroles de critique, « un des plus grands maux des monastères » au chapitre VIII du Chemin de la perfection), elle le retourne pour en faire une arme d’humiliation massive… pour soi-même[28].
Cela commence par voir (et donc « juger ») et chercher à voir tout ce qui est beau et grand chez son prochain : « Une des plus belles preuves de l’amour qu’on a pour ses compagnes, c’est de se réjouir grandement en voyant leurs progrès dans la vertu, et d’en louer le Seigneur dans toute l’effusion de sa reconnaissance. »[29] Notons très vite que cela s’accompagne d’un doute sur son propre avancement : « celui qui est véritablement humble doute toujours de ses propres vertus, et croit celle des autres incomparablement plus grandes et plus véritables que les siennes. »[30]
En effet, il ne s’agit pas seulement de reconnaître combien nos frères et sœurs ont déjà laissé le Seigneur infusé sa grâce en leur cœur, et vivent des Béatitudes, mais encore combien nous-mêmes sommes peu avancés et peu convertis. Il s’agit de reconnaître (non pas de « faire comme si », mais bien de savoir) que nous sommes les derniers, les plus pauvres, les moins convertis. Ce chemin est sans aucun doute d’une radicalité à faire pâlir et regimber. Toutefois, comme le montre le titre de ce petit travail, on ne peut que reconnaître son inspiration scripturaire la plus directe. De plus, la lecture attentive des écrits de Thérèse montre bien combien il s’agit pour elle d’une arme de conversion extrêmement puissante, qu’elle place en réalité au cœur du chemin de conversion qu’elle propose. On imagine bien en effet toute l’humilité qu’il faut pour vivre cela, et donc toutes les humiliations à accueillir pour avancer : que d’occasions de se décentrer de soi ! Voici la preuve de l’importance capitale donnée par Thérèse à cette attitude intérieure : « Voulez-vous avoir, mes filles, une marque sûre de votre avancement dans la vertu ? Que chacune examine si elle se croit la plus mauvaise de toutes, et si, pour le bien et l’utilité des autres, elle fait connaître par ses actions qu’elle pense vraiment de la sorte : là est la marque certaine du progrès spirituel, et non dans les délices de l’oraison, dans les ravissements, les visions, et les autres faveurs de cette nature que Dieu fait aux âmes quand il lui plait. »[31]
Et pour cela, il ne faut pas hésiter à laisser voir (on pourrait même dire à montrer) toutes ses imperfections, ses fautes, ses erreurs… même ses péchés, afin que tous sachent bien que nous sommes effectivement les derniers des pécheurs : « Croyons toujours que nous avons fait peu de chemin et que nos sœurs, au contraire, en ont fait beaucoup ; et non seulement désirons être considérées comme les plus imparfaits, mais faisons tout ce qui peut dépendre de nous afin que l’on en soit persuadé. »[32] On comprend maintenant mieux pourquoi nous sommes invités à accepter reproches et accusations sans répondre. Cette perspective éclaire en fait tout le chemin d’humilité qui nous est proposé.
« Elle est dure cette parole, qui peut l’écouter ? »[33] Voilà quelle peut être notre réaction devant ce que Thérèse nous invite à vivre.
Pourtant, étonnamment, la lecture des textes de Thérèse laisse une impression lumineuse. C’est que notre sœur pratique elle-même ce qu’elle nous propose : son regard est sans cesse tourné vers Jésus. Tout en reconnaissant dès que cela lui est donné son abîme de misère et de péché, elle ne détourne pas les yeux de son Epoux. Ce chemin n’est donc pas un parcours de dur et pénible labeur. Au contraire, elle pourrait répondre comme Jésus : « C’est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. »[34] Il faudrait déployer avec force et beauté combien la doctrine proposée par notre sœur un chemin de vie, de joie, de bonheur, comme le montre toute l’ascension progressive de Château intérieur. Contentons-nous de terminer sur ses propres mots : « Il parait bien rigoureux, il est vrai, de dire que nous ne devons faire notre volonté en rien ; mais c’est lorsqu’on ne dit pas en même temps mes douceurs, les délices, la sécurité qui accompagnent cette abnégation, et les précieux avantages qu’on en retire, même pendant cette vie. »[35] Amen !
[1] Philippiens 2, 3. Toutes les citations bibliques sont tirées de la traduction de la Bible de Jérusalem (2005)
[2] Livre de la Vie, Chapitre 31 ; traduction proposée par le site du Carmel en France, http://www.carmel.asso.fr/
[3] Cf. Jean 14, 6 : « Moi je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. »
[4] Le Château intérieur ou les demeures de l’âme, Demeure VI, Chap. X, in Œuvres de Sainte Thérèse, tome III, Ed. Jacques Lecoffre et Cie, 1859, p.515
[5] « Nous ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles ; les choses visibles en effet n’ont qu’un temps, les invisibles sont éternelles. » 2 Corinthiens 4, 18
[6] Pourtant « la limite imposée au mal, dont l’homme est l’auteur et la victime, est en définitive la Divine Miséricorde » - Jean-Paul II, Mémoire et identité
[7] Le chemin de la perfection, Chap. XXXIX in Œuvres de Sainte Thérèse, tome III, Ed Jacques Lecoffre et Cie (1859), p.258-260
[8] Dialogue lors de la 1ère apparition de Jésus à Marguerite-Marie. On pense aussi à Bernadette Soubirous : « C’est parce que j’étais la plus pauvre et la plus ignorante que la Sainte Vierge m’a choisie. »
[9] « Personne ne résoudra ce mystère en concepts abstraits : comment il se fait que Dieu ne voit plus ma faute en moi, mais dans le Fils Bien-Aimé qui la porte ; que Dieu l’y aperçoit là, transformé en amour souffrant, et m’aime parce que je suis celui qu’aime douloureusement son Fils. Or, tels Dieu nous voit dans l’amour, tels nous sommes. » - Hans Urs von Balthasar, L’amour seul est digne de foi, Ed. Parole et Silence 1999 (1966), p.82-83
[10] « Si notre cœur nous juge, Dieu est plus grand que notre cœur. » 1 Jean 3, 20
[11] « Il y a un grave inconvénient à considérer uniquement notre limon et notre misère. Je disais naguère que les œuvres des âmes en état de péché mortel, sont comme des eaux noires et infectes s’échappant d’une source corrompue. […] Je dirais qu’il nous arrive quelque chose d’analogue, lorsque nous demeurons enfoncés dans la considération de notre misère : au lieu de couler pur et limpide, le fleuve de nos œuvres entraîne dans son cours la fange des craintes, de la pusillanimité, de la lâcheté et de mille pensées qui troublent. […] Ô mes filles, que d’âmes il doit y avoir à qui le démon cause de grandes pertes par ces sortes de pensées ! » - Le Château intérieur ou les demeures de l’âme, Demeure I, Chap. II, in Œuvres de Sainte Thérèse, tome III, Ed. Jacques Lecoffre et Cie, 1859, p.308-309
[12] Le chemin de la perfection, Chap. XVII in Œuvres de Sainte Thérèse, tome III, Ed Jacques Lecoffre et Cie (1859), p.102
[13] « Voilà donc pourquoi nous aussi […] nous devons […] courir avec constance l’épreuve qui nous est proposée, fixant les yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus. » - Hébreux 12, 1-2
[14] Le mot est utilisé de façon régulière par Thérèse pour parler de notre péché et notre misère, avec celui de « fange ». Par exemple, et en lien avec notre propos : « A mon avis, nous croîtrions bien plus en vertu en contemplant les perfections divines, qu’en tenant les yeux de l’âme fortement attachés sur ce vil limon [de notre néant]. » - Le Château intérieur ou les demeures de l’âme, Demeure I, Chap. II, in Œuvres de Sainte Thérèse, tome III, Ed. Jacques Lecoffre et Cie, 1859, p.307
[15] Le Château intérieur ou les demeures de l’âme, Demeure I, Chap. II, in Œuvres de Sainte Thérèse, tome III, Ed. Jacques Lecoffre et Cie, 1859, p.308-309
[16] On pense par exemple au Psaume 8, qui parce qu’il garde du début à la fin les yeux fixés sur le Seigneur en dit bien plus sur l’homme que ne peut le faire un texte comme celui de 2 Samuel 11-12, qui décrit pourtant un comportement « très humain ».
[17] Le chemin de la perfection, Chap. XXXIX in Œuvres de Sainte Thérèse, tome III, Ed Jacques Lecoffre et Cie (1859), p.258-260
[18] On aurait pu pour illustrer l’argument de ce paragraphe citer la phrase de De Gaulle disant que « La chose la plus difficile du monde est de ne donner aucune importance aux choses qui n’en ont aucune »… mais ce n’est pas le lieu dans un travail de spiritualité.
[19] Sur les points qui suivent, on peut souligner la grande concordance entre ce que proposent Thérèse d’Avila et Jean de la Croix, ce dernier exposant dans La Montée du Carmel tout ce que l’âme doit entreprendre pour s’efforcer de se détacher de l’attrait pour les biens extérieurs, mais surtout intérieurs, ne mettant plus sa joie dans ses vertus – même bonnes-, ses hautes considérations – même justes -, ou les projets de sa volonté – même justifiés -, mais en Dieu seul.
[20] Le Chemin de la perfection, Chapitre XII, in Œuvres de Sainte Thérèse, tome III, Ed Jacques Lecoffre et Cie (1859), p.74
[21] Ibid. p.75
[22] Ibid. p.79
[23] Tout en notant bien que « la vie d’un bon religieux et de celui qui est au nombre des amis de Dieu est un long martyr » (Ibid. p.79)
[24] Ibid. p.96
[25] Ibid. p.94. Cela se comprend aisément : « Quoi ! Je pourrais désirer que quelqu’un pensât favorablement d’une créature aussi mauvaise que moi, après que l’on a dit tant de mal de vous qui êtes le Bien au-dessus de tous les biens ! Non, non, mon Dieu, cela ne se peut souffrir. » (Ibid. p.95)
[26] Ibid. p.112-113. On remarquera que Thérèse s’y applique elle-même de tout cœur, soulignant sans cesse ses imperfections. Par exemple : « Je suis loin, je le confesse, de la perfection que je désire et que je devrais avoir ; j’en dis autant de toutes les vertus et de tout ce que je consigne dans ce traité ; car il est bien plus facile d’écrire que de mettre la main à l’œuvre. » (Ibid. p.61)
[27] Philippiens 2, 3
[28] Non pas pour se « punir » soi-même, mais parce que « l’humilité ne peut s’enraciner dans le cœur qu’à travers les humiliations » (Pape François, Exhortation apostolique Gaudate et exsultate, n°118, 19 mars 2018), mots que Thérèse reprendrait certainement à son compte
[29] Ibid. p.57
[30] Ibid. p.257
[31] Ibid. p.115
[32] Le Château intérieur ou les demeures de l’âme, Demeure III, Chap. II, in Œuvres de Sainte Thérèse, tome III, Ed. Jacques Lecoffre et Cie, 1859, p.341
[33] Jean 6, 60
[34] Jean 6, 62
[35] Le Chemin de la perfection, Chapitre XII, in Œuvres de Sainte Thérèse, tome III, Ed Jacques Lecoffre et Cie (1859), p.80