On a parlé de beaucoup choses ce WE… Je vais essayer de ne pas trop vous en rajouter avec ce dernier enseignement. Moi j’aimerais qu’on revienne à la source de tout. Comme le monde est bien fait la source de tout ça va être Jésus à la fin évidemment, mais pour arriver à Jésus on va repartir de nous. On va commencer par se demander qu’est-ce qui motive nos actions. La recherche du bonheur bien sûr mais plus profondément. Comment est-ce que nous recherchons le bonheur ?
Là je ne résiste pas à l’envie de vous faire un petit syllogisme. Puisque le bonheur véritable se trouve dans la contemplation de Dieu de la vie éternelle, on recherche au fond la sainteté, qu’on en ait conscience ou non. Et être saint, c’est être sauvé. Or Saint Thomas d’Aquin nous dit que « lorsqu’un être atteint ce pour quoi il est fait, on dit qu’il est sauvé ». Très belle formule qu’on peut retenir par ailleurs, elle résume tout. Nous cherchons donc à atteindre ce pour quoi nous sommes faits, c’est-à-dire à « devenir ce que nous sommes » dirait Sainte Catherine de Sienne. Pourquoi ? Parce que c’est cela devenir vivant, c’est cela être au fond. C’est cela exister. Ne pas être soi-même c’est ne pas être puisqu’on ne peut pas être autre chose.
Donc nous cherchons à être heureux, c’est-à-dire à être saints, c’est-à-dire à être sauvés, c’est-à-dire à devenir nous-mêmes, c’est-à-dire à être. Ça va ? Promis c’était le seul point intellectuel du topo.
En fait c’est ce besoin très profond qui habite nos vies. Le père Jacques Philippe dit que « J’ai besoin de savoir qui je suis, j’ai besoin d’exister à mes propres yeux et à ceux des autres. Nous sommes tous en « manque d’être », manque qui est extrêmement profond. »
Ce manque d’être on le porte en nous comme une grosse blessure, comme un trou béant que l’on cherche à combler. Le but ici c’est qu’on essaye de voir ensemble rapidement quels sont les pièges dans lesquels on tombe, les « fausses solutions » qu’on trouve pour combler ce trou pour pouvoir voir ensuite quelle est la seule solution pour combler ce manque d’être.
On va commencer par voir les obstacles et on va en voir trois. Pour introduire les deux premiers on va commencer par écouter Saint Paul. Je vous reprends le passage de Saint Paul dont on parle tout le temps, le seul à connaître : Galates 5. Vous le connaissez tous, c’est celui qui commence par : « C’est pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage. » Ça vous revient ? Saint Paul s’intéresse de très prêt à la question de la liberté. Et il y trouve deux obstacles principaux.
Le premier piège c’est le piège de ce que Saint Paul appelle « la chair ». Ce qu’il met derrière ce mot c’est « ce qui dans la nature humaine blessée et pécheresse résiste à Dieu ».
[Faire lire à quelqu’un des versets 13 à 21]
Saint Paul dit ça en très dur et très gros mais au moins on comprend bien l’idée. En gros, ça consiste à se livrer à l’égoïsme et au péché au lieu de suivre l’Esprit.
Quel rapport avec le besoin d’être de tout à l’heure ? Cette inclinaison de la chair, c’est en fait une première tentative inefficace d’y répondre. Ça consiste à essayer de remplir le trou avec des choses que l’on trouve autour de nous. En fait c’est ce qu’on fait à chaque fois qu’on pèche. Je cite encore le Père Jacques Philippe : cette erreur là c’est celle qu’on fait à chaque fois qu’on attend de quelque chose de ce monde « une plénitude, une paix, un bonheur, une sécurité que Dieu seul peut donner ». On essaye de remplir de nous-mêmes au moyen du monde.
Essayons de préciser un peu ce qu’exprime Saint Paul.
Une première façon d’essayer de combler ce manque du besoin d’être par le monde c’est de passer par la richesse, la possession matérielle. J’utilise les biens que je possède pour exister. Là on confond avoir et être. C’est grossier, et cependant ce qu’on fait quand on est avare et qu’on s’attache l’argent, c’est ce qu’on fait quand on pèche par gourmandise, par luxure parfois aussi.
A un deuxième niveau on essayer de combler ce manque par l’acquisition et l’exercice de talents. C’est déjà un peu mieux parce qu’on se développe soi-même mais cette fois on confond faire et être. On cherche à faire bien. Et ça se transforme vite en « faire mieux que les autres », où on voit arriver l’orgueil et la jalousie. En fait je suis dans l’illusion que je vais pouvoir exister grâce à moi-même. Je vais à la force de mon poignet, de mon talent de ma grandeur, de mes qualités faire ma propre valeur. C’est ce qui fait ma valeur. Le problème de ça c’est qu’on atteint assez vite nos limites personnelles. On n’est pas capables de tout. On n’est pas parfait. Donc on finit toujours par se prendre le mur dans la figure. Et plus on l’a ignoré longtemps ce mur plus ça fait mal quand on le prend.
A un troisième niveau enfin, on essaye de combler ce manque en acquérant du pouvoir sur les autres. On cherche à manipuler, à dominer les autres. Parce que je crois que le regard des autres va me faire exister bien sûr, ce qui était déjà là avec le niveau précédent, mais pas seulement. Avoir du pouvoir sur les autres, c’est aussi chercher à les rendre dépendant de soi, quand on veut que nos amis aient « besoin » de nous, qu’ils nous racontent tous leurs secrets, qu’ils fassent toujours appel à nous dans le besoin et la difficulté, etc. C’est aussi je crois le piège dans lequel on tombe quand on juge les autres. Quand on se berce de l’illusion de « tout avoir compris » de « tout avoir analysé » de l’autre. En fait je me sers de l’autre pour qu’il me fasse exister, pour me sentir important. C’est l’exact contraire de la chasteté. C’est là aussi qu’on voit qu’on devient carrément dangereux les uns pour les autres, d’où la phrase de Saint Paul : « Mais si vous vous mordez et dévorez les uns les autres, prenez garde que vous allez vous entre-détruire ».
Donc les trois pièges de la chair : essayer de se faire exister par ce qu’on possède, puis par ce qu’on est et fait, puis par ce qu’on maîtrise ou domine des autres
Quel rapport de tout ça avec la liberté ? Après tout c’est le thème de notre WE. Eh bien en faisant ainsi je m’enchaîne en me rendant moi-même dépendant de choses qui me sont extérieures, et qui sont limitées. Si je considère que ma valeur dépend de ce que je possède, ce que fais, ce que je domine, alors je vais me mettre au service de ce que je cherche à posséder, à faire, à dominer. Et cette chose deviendra mon maître. Et l’argent comme le reste est bon serviteur mais mauvais maître. Et j’en resterai serviteur et esclave car cela ne me suffira jamais.
Ça va pour le premier piège ?
[On peut faire le lien avec le jeune homme riche]
Deuxième piège repéré par Saint Paul : la loi.
[Faire lire à quelqu’un des versets 4 à 8]
Celui-là il est plus subtil… Et pourtant Paul est quand même très très virulent. Que reproche-t-il à ceux à qui il s’adresse ? Dans quel piège sont-ils tombés ? En fait c’est un piège à double tranchant.
a) Premier aspect : l'orgueil de vouloir se sauver seul
Le premier aspect de ce piège, c’est celui de l’orgueil, l’orgueil des pharisiens. Comme précédemment avec la chair, je cherche à faire mon salut moi-même. Je cherche à « me faire » moi-même, à la force de mes actes, de mes actions et de ma « grandeur ». En fait Dieu est complètement exclu du processus. Très profondément c’est un refus de l’amour de Dieu. Je vous cite le père Jacques Philippe. Quand on suit la loi ainsi, c’est-à-dire comme les pharisiens, on fait « comme s’il [y] avait une dette à payer à Dieu, alors que le Christ a acquitté toute dette de l’homme envers Dieu sur la Croix ». On refuse d’être petit, pécheurs et de devoirs être sauvés par Dieu parce qu’on en est pas capables tous seuls. On refuse de recevoir de Dieu et on veut faire seul. En fait c’est au moins aussi grave que le piège de la chair de tout à l’heure.
Derrière tout cela il y a un refus de la gratuité de l’amour. Une notion clé sur laquelle on va revenir ensuite mais qui est en fait déjà présente. En fait c’est une peur qui refuse l’amour, qui enferme et qui tue. « Autant cette logique de la loi est source de mort (orgueil, désespoir, légalisme, mercantilisme [qui] tuent l’amour), autant la logique de la grâce est source de vie, car elle permet l’épanouissement de l’amour. L’amour de Dieu est absolument gratuit, il n’y a pas à le mériter, à le conquérir, il n’y a qu’à l’accueillir au moyen de la foi. » Je crois qu’avec des paroles pareilles le lien avec la liberté est évident. Il faut lâcher prise ! Arrêter de vouloir se justifier tout seul ! Accepter de s’ouvrir à la grâce alors qu’on ne l’a pas méritée. C’est très vrai quand on a péché. A la fois il est important de chercher à réparer dans la mesure du possible, et d’ailleurs c’est pour cela qu’on nous donne une pénitence. Et en même temps à un moment il faut accepter que la miséricorde de Dieu est gratuite, sans commune mesure avec ce qu’on peut faire ou mériter nous-mêmes. Si on ne passe pas cette étape à un moment, on garde un cœur fermé et on refuse l’entrée à Dieu. Parfois la meilleure chose à faire c’est d’aller se jeter au pied de Jésus et d’aller pleurer devant le Saint Sacrement… En fait on aimerait être parfait pour plaire à Dieu. On aimerait pouvoir lui dire : regarde, je suis un bon gars. On a l’impression que Dieu nous aime malgré notre péché et que ça va pas. On aimerait être mieux. Mais en fait tout ça est hyper égocentré et orgueilleux ! Pour sortir de ça il faut comprendre que Dieu ne nous aime pas malgré ce que nous sommes mais avec ce que nous sommes. Pas parce qu’on est des gars biens mais parce qu’on est des pauvres types.
Donc premier aspect du piège de la loi, vouloir se sauver tout seul.
b) Deuxième aspect : vouloir mériter le salut
Deuxième aspect du piège de la loi, je laisse parler le père Jacques Philippe : « Le piège est le suivant : en faisant de la pratique de la loi la condition du salut, on se met dans une logique selon laquelle le salut provient, non d’un amour gratuit de Dieu manifesté dans le Christ, mais des œuvres que Dieu accomplit. » On en revient toujours à la même notion de gratuité, je ne m’étends pas plus.
Ce qu’il faut voir c’est que là encore j’essaye de me faire moi-même, j’ai un gros problème d’être. Et là encore je perds ma liberté en me rendant esclave de quelque chose, en l’occurrence la loi, mais aussi mon orgueil, ma vision de moi-même, etc. La loi est bonne en soi mais elle est perverse si elle devient logique de vie.
Finalement avec tout ce qu’on vient de dire, on identifie un problème central : celui de l’orgueil. L’orgueil qu’est-ce que c’est ? C’est ce que j’utilise pour essayer artificiellement de remplir le vide de mon être… Au lieu de le remplir véritablement. C’est un moi artificiel qui tente de combler le manque. « Ce moi artificiel a certaines caractéristiques qui lui sont typiques : comme il est artificiel il requiert une grande dépense d’énergie pour être entretenu, et comme il est fragile il demande à être défendu. L’orgueil et la dureté vont toujours de pair. »
Cet orgueil se déploie aussi dans le domaine spirituel quand j’essaye de me construire tout seul, de me faire tout seul, de me sauver tout seul. C’est ce qu’on vient de déployer tout à l’heure.
Le problème de fond c’est qu’on essaye de prouver et de se prouver à soi-même sa valeur en s’identifiant à nos talents, à ce que l’on fait, et on se laisse persuader qu’une atteinte dans le faire, un échec, est une atteinte de l’être. Or « l’homme est plus que le bien qu’il est en mesure d’accomplir. Il est enfant de Dieu, et qu’il fasse le bien ou n’y arrive pas encore, ou qu’il en devienne incapable, il reste enfant de Dieu, car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables. Notre Père du Ciel ne nous aime pas pour le bien que nous faisons, il nous aime gratuitement pour nous-mêmes, parce qu’il nous a toujours adopté comme ses enfants. » C’est cela la véritable humilité : je suis ce que je suis.
Que faire pour s’en sortir ? La réponse bien sûr c’est Dieu. Mais il y a un préalable à cela, c’est de comprendre la notion de gratuité. « Apprendre à aimer, c’est extrêmement simple : c’est apprendre à donner gratuitement et apprendre à recevoir gratuitement. » On a beaucoup de mal avec ça, on a toujours l’impression qu’on doit rendre ce qu’on a reçu, et quand on offre on attend quelque chose en retour. Il faut apprendre à faire don du don, faire présent du présent.
Cela vaut pour les choses, mais cela vaut aussi pour ce qui est beaucoup plus grand : nous-mêmes, notre vie. Là aussi on refuse de recevoir gratuitement… Jusqu’au jour où on lâche prise pour de bon. Pour lâcher prise, il faut s’accepter pauvre, pas plus et pas moins que ce que l’on est. Il faut accepter d’être tel que l’on est, notamment avec nos pauvretés. Et on s’en réjouit puisque c’est là que Dieu vient nous rejoindre ! « On ne peut recevoir gratuitement que si l’on se reconnait et si l’on s’accepte pauvre, ce à quoi l’orgueil se refuse absolument. »
Donc la clé pour ne pas se faire avoir par ces emprisonnements dont on parlait tout à l’heure c’est d’accepter la gratuité de l’amour, et le moyen pour aller vers cette acceptation et cette gratuité c’est l’humilité.
Bon et finalement qu’est-ce qui va nous sauver ? La miséricorde de Dieu. C’est-à-dire l’amour de Dieu donné gratuitement, inconditionnellement, sans réserve.
Pour se faire exister devant les autres et soi-même, on essayait d’accumuler les richesses, les talents, les réussites, les pouvoirs,… Et ces moyens sont faibles et échouaient. Avec Dieu on découvre qu’on n’a besoin de rien de tout cela. Seulement d’être. Tu es ? Je t’aime nous dit Dieu. Plus besoin de courir après nous-mêmes, les autres, etc. Plus besoin de chercher à être. On reçoit tout de Dieu.
Cette réponse est hyper forte et hyper libératrice. Elle nous libère et nous débarrasse de toutes les entraves qu’il y avait, elle supprime tous ces moyens infidèles, elle prend avec elles nos blessures, nos misères, nos faiblesses. C’est la méditation du premier topo : Jésus le vit et il l’aime. C’est aussi simple que ça.
Et en même temps ça demande une immense humilité. Parce que ça demande de comprendre que tout dépend de Dieu. Absolument tout. On peut prendre deux phrases de la Bible pour le comprendre. La première « qu’as-tu que tu n’aies reçu ? ». Recevoir l’amour gratuit de Dieu, c’est comprendre et découvrir qu’on tout reçu de lui. Tout ce que nous sommes. On pourrait dire « Qu’es-tu que tu n’aies reçu ? ». Et c’est pour ça que nous sommes beaux et aimables, profondément aimables. Mais c’est aussi tout ce que nous avons comme talents, ce que nous avons fait de bon dans notre vie, les amitiés que nous avons construites, les gens que nous avons aidés… Tout cela, c’est grâce à Dieu. Tout ce qui nous est arrivé de bon, tout ce qui nous a construits, ça vient de Lui. Parce qu’il est un Père attentionné, plein d’amour et d’un amour passionné. La deuxième « À qui irions-nous Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Se plonger dans cet amour de Dieu, c’est aussi comprendre qu’en fait on n’a pas d’autres solution. Le seul recours qu’on a c’est Dieu. Est-ce qu’on a compris, c’est-à-dire est-ce qu’on a éprouvé, est-ce qu’on a accepté que le seul sur qui nous puissions vraiment nous appuyer, c’est Dieu. Nos qualités, ça marche pas. La famille, ça marche pas. Les amis, ça marche pas. Soi-même, ça marche pas. Mais Dieu lui, on peut toujours compter sur lui. Il est la seule ressource. C’est ce qu’on met toute notre vie à comprendre, et c’est hyper beau, parce que ça veut dire que Dieu nous aime vraiment sans mesure. Il nous aime et nous donne tellement qu’il n’y a rien d’autre qui puisse tenir la comparaison.
Le Père Jacques Philippe résume ça très bien et avec des termes très forts. « L’homme libre, le chrétien « mûr » spirituellement, c’est-à-dire devenu vraiment « enfant de Dieu » est celui qui a éprouvé son néant radical, sa misère absolue, qui a été comme « réduit à rien », mais au creux de ce néant a finit par découvrir une tendresse ineffable, l’amour absolument inconditionnel de Dieu. » La miséricorde du Père est devenue sa « seule et unique » espérance et sécurité.
Un petit mot enfin sur le moyen d’aller vers cela, vers cette pauvreté spirituelle qui permet de recevoir l’amour de Dieu.
Le meilleur moyen d’aller vers cela, c’est de comprendre avec notre cœur que Dieu est celui qui donne tout (Qu’as-tu que tu n’aies reçu) et que c’est le seul (Seigneur à qui irions-nous ?). C’est cela qui nous rend libre et nous permet d’être heureux et d’aimer. Mais ça ne se fait pas tout seul. En fait le meilleur moyen de « comprendre » cela c’est de l’éprouver, c’est-à-dire d’en faire l’expérience. C’est pour ça que Dieu permet que nous vivions des épreuves spirituelles.
Elles peuvent être douloureuses, elles le sont presque tout le temps d’ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’on coupe, qu’on élague, qu’on supprime des choses en nous. Ces choses c’est toutes ces choses artificielles que l’on se construit pour se remplir, pour essayer d’une façon ou d’une autre de « gagner notre place », dans le monde et au ciel. Il faut enlever tout cela comme on taille un rosier : « Les épreuves que l’on peut traverser dans la vie chrétienne, ces « purifications » n’ont pas d’autre sens que d’être un travail de destruction de ce qu’il y a de construit et d’artificiel dans notre personnalité pour que puisse émerger notre être véritable, à savoir ce que nous sommes pour Dieu. » En fait on ne peut pas croire que Dieu est le seul sur lequel on peut compter tant qu’on ne l’a pas vécu. Ce qui veut dire éprouver que tout le reste se casse la figure. On ne peut pas être humble sans avoir été humilité. (« Il faut beaucoup d’humiliations pour un peu d’humilité » « On ne devient pas humble, on est mis dans l’humilité »). Ça peut paraître dur. Mais en fait ces moments-là sont aussi des moments de joie profonde ! Si on les accepte, si on en tire profit pour laisser de la place à Dieu, on découvre la présence de celui-ci de façon encore plus forte que ce que l’on pensait ! On découvre la force de son amour qui est encore plus grande que ce que l’on pensait ! Etc.
Dieu nous apprend aussi ainsi qu’il ne nous aime pas parce que nous l’aimons ou pour ce que nous faisons pour lui mais qu’il nous aime tout court (« L’amour n’a pas de pourquoi »). Là aussi c’est une expérience qui peut être douloureuse, parce que d’un coup on se rend compte qu’on est pécheur, qu’on n’arrive pas à prier, pas à aimer, pas à parler à Dieu, pas à rien. « Avoir donné sa vie à Dieu et se retrouver incapable du plus petit mouvement d’amour envers Dieu est une souffrance terrible car c’est le sens même de notre vie qui semble perdu. » Mais là encore, c’est aussi une source de joie quand on laisse la place à Dieu et qu’on découvre son amour. Cela permet « que je ne m’appuie pas sur l’amour que j’ai pour Dieu, mais exclusivement sur l’amour que Dieu a pour moi. » Pour finir je vous laisse avec une très belle phrase du père Jacques Philippe qui raconte « Un prêtre m’a dit un jour en confession : quand tu ne crois plus à ce que tu peux faire pour Dieu, continue à croire à ce que Dieu peut faire pour toi. » Je vous invite à la noter, à la graver et à vous en souvenir la prochaine fois que vous traversez une période difficile spirituellement. « Quand tu ne crois plus à ce que tu peux faire pour Dieu, continue à croire à ce que Dieu peut faire pour toi. »
Quelques mots pour finir ce WE sur la liberté. Avec tout ce qu’on vient de dire, on voit qu’en fait celui qui est vraiment libre, c’est celui qui n’a rien parce qu’il a compris que tout lui venait de Dieu. Cet homme-là n’a plus rien à perdre. Quoi qu’il se passe autour de lui, il peut toujours continuer à aimer avec la grâce de Dieu, et cela suffit. « Seul est vraiment libre celui qui n’a plus rien à perdre, parce qu’il a été dépouillé de tout, détaché de tout, qu’il est « libre à l’égard de tous. » (1Co9,19) En fait sa vraie richesse c’est son indestructible vie intérieure avec Dieu, et du coup il peut donner et se donner sans limite au dehors et donc aimer. Il y a une phrase d’une sœur de communauté qui m’a toujours beaucoup touchée, elle répète « notre vie on l’a déjà donnée ». Être libre c’est ça, c’est exactement ça. Quand on a tout reçu de Dieu, on a aussi tout donné, on est libres pour aimer. « Notre vie on l’a déjà donnée ».
Pour suivre cet enseignement, je vous propose d’aller nous mettre devant Jésus et de reprendre la phrase « qu’as-tu que tu n’aies reçu ». On va pouvoir tout passer en revue dans notre vie, et à la fois (1) voir ce qu’on a du mal à « donner », ce dont on a du mal à accepter qu’on l’ait reçu et (2) rendre grâce pour ce qu’on a reçu. En fait je vous propose qu’on fasse une prière d’action de grâce qui dise : « Merci parce que j’ai tout reçu de toi. Merci parce que tu me donnes ton amour gratuitement et tu me donnes tout ». On peut aussi prier avec cette phrase de tout à l’heure : « Seigneur je ne fais rien moi-même, mais par contre j’ai foi en ce que tu peux faire pour moi. J’ai foi en ton amour gratuit pour moi ».