Nous sommes tous d'accord pour dire qu'il serait bon pour nous tous d’ancrer notre vie un peu plus dans la prière, pour être des témoins du Christ dans notre vie.
Parce que qu’est-ce que prier, sinon rendre présent le royaume de Dieu sur Terre ? On voit bien que la prière ne peut pas être décorrélée de notre action. On doit prier et agir pour rendre présent le royaume de Dieu. Il est nécessaire de prier car c’est aussi cela qu’on a à apporter au monde.
Pour commencer, je vais vous parler ce soir de la prière donnée par Dieu, la prière par excellence, le Notre Père. Ma principale référence dans ce topo va être le CEC, vous le connaissez déjà tous sûrement mais une piqûre de rappel ne fait pas de mal !
On trouve la prière à deux endroits dans la Bible.
Dans l’Évangile selon saint Matthieu où il y a la version qu’on récite aujourd’hui,
Dans saint Luc dans une version “tronquée” (en tout cas moins complète que celle de Matthieu)
Penchons nous sur la manière dont elle est amenée dans ces deux Évangiles :
Chez Saint Luc : les disciples voient Jésus prier et lui demandent : “Apprends-nous à prier”. « Quand vous priez, dites : Père… ». On voit que c’est Jésus qui nous apprend à prier, et que c’est en communion avec Jésus que nous prions, car nous appelons Dieu Père et nous imitons sa prière ; d’ailleurs, nous ne faisons rien d’autre que réciter un extrait de l’Évangile, qui est la parole de Dieu.
La fin de la prière, c’est le Père : c’est Jésus qui nous montre comment prier, et il nous envoie son Esprit pour que celui-ci prie en nous. C’est l’Esprit qui nous permet d’appeler Dieu Père, en communion avec Jésus et toute l’Église (c’est pour cela que nous disons « nous »). Nous ne nous contentons donc pas de répéter une prière machinalement : nous accueillons en nous l’Esprit Saint qui vient prier.
Mais aujourd’hui, l’Évangile de Matthieu nous intéresse davantage : il est situé dans le Sermon sur la montagne, et fait partie de l’Évangile proclamé le mercredi des Cendres, sur la manière de vivre le carême (jeûne, aumône, prière personnelle). Ici, le Notre Père est donné pour rythmer notre vie quotidienne, inscrit parmi les petits efforts de chaque jour, donc lié à toute notre activité de foi.
C’est ici aussi que l’on voit que le Notre Père n’est pas réservé aux cérémonie religieuse, à la messe et tout aux célébrations liturgiques : il doit accompagner notre prière personnelle et toute notre vie. Il ne sépare pas la prière et les actes ; les deux s’articulent et ne vont pas l’un sans l’autre. Nous pouvons tous décider de vivre ce carême avec le Notre Père : le Seigneur Jésus nous l’a donné pour cela.
Comme c’est la prière donnée par Dieu, c’est une prière parfaite, ainsi reconnue par l’Église et même par toutes les Églises chrétiennes. Elle est au centre de l’Écriture, comme une synthèse de ce que Dieu nous demande dans la prière ; nous y reviendrons plus tard.
Saint Augustin dit que c’est la plus complète des prières de la Bible : on a beau chercher, tout ce qui est exprimé dans les prières bibliques est inclus dans le Notre Père. Ainsi, prions vraiment le Notre Père régulièrement : il est la clef de la prière. Les psaumes aussi sont de très belles prières, et je vous encourage à prier avec eux, mais tous les psaumes sont inclus dans le Notre Père.
Très vite, l’Église a prié le Notre Père. Il était répété trois fois par jour par les premières communautés chrétiennes. Avec les Béatitudes, c’est ce qu’on a retenu du sermon sur la montagne de plus important. Comme pour les psaumes, on prie comme Jésus, comme saint Paul, comme saint François, comme le Bienheureux Charles de Foucauld. On est en union avec tous les saints qui ont récité cette prière.
Avec le “notre”, il nous inclut tous, il ne dit pas "faites comme moi, dites mon Père." Non, il dit "priez avec moi." C’est la prière de communion par excellence car on la récite avec tous les chrétiens du monde entier. Les moines la récite tous les jours plusieurs fois dans leur liturgie des heures.
Elle est super importante dans la liturgie, on la reçoit à notre baptême et à notre confirmation. Comme le Credo, le Notre Père signe notre appartenance à l’Église.
Même dans notre prière personnelle, prier le Notre Père c’est très important, car c’est à la fois une prière très personnelle entre nous et Dieu, et ça nous unit aussi à toute l’Église, au Christ, et à l’Esprit Saint qui vient prier en nous grâce au Christ.
Là, c’est vraiment l’union au Christ pour appeler Dieu "Père." Le Pape François nous rappelle tout le temps que le but de notre prière c’est de pouvoir appeler Dieu Père, Abba Père. Notre Père, on se fait petit enfant devant lui pour qu’il descende et vienne. Mais la deuxième partie nous rappelle tout de suite que ce Père est au cieux. Ce n'est pas pour nous éloigner de lui car il nous est si proche, nous sommes ses enfants, mais pour nous tendre vers les cieux. On est tout de suite tournés vers les cieux qui deviennent présents à nous pendant la prière, vers la communion des saints etc.
Père c’est un si beau nom, c’est le nouveau nom que Dieu nous donne pour le nommer, c’est incroyable qu’on puisse le nommer par une réalité humaine, lui qui est bien plus que ça. Quand Dieu révèle son nom à Moïse qui lui demande, ce n'est pas ce nom-là, c’est un nom imprononçable, YHWH. Là, Dieu nous donne un nouveau nom, car on est maintenant par le Christ ses fils adoptifs.
Le Nous, nous rappelle que nous la prions en Église. L’Église, ce sont les enfants du Père qui se tournent vers lui. On est pas seul dans notre prière, même si on prie seul.
Dans l’Ancien Testament, lorsque Dieu donne son nom, c’est un nom que l’on ne doit pas prononcer, car pour les juifs (et nous nous inscrivons dans cette tradition), il serait très irrespectueux de nommer Dieu : ce serait en quelque sorte une manière de le posséder, de prétendre en avoir fait le tour. Mais Dieu a donné son nom à Moïse : cela signifie qu’il lui donne quelque chose d’énorme, qu’il se rend fragile, petit, qu’il nous permet de le nommer, voire d’être irrespectueux. À nous de choisir de ne pas l’être, et de rester respectueux envers ce Nom.
C’est un peu comme pour l’Eucharistie : Dieu se rend très vulnérable — on pourrait le profaner, le piétiner ou s’en servir pour des rites sataniques — mais c’est précisément pour cela qu’il nous revient d’être encore plus respectueux. D’où : « Que ton Nom soit sanctifié ». Seigneur, tu m’as donné ton Nom ; eh bien, je veux qu’il soit sans fin sanctifié.
En plus en grec, le mot logos qui désigne le fils, veut dire à la fois parole et mot, nom, c’est pourquoi on la traduit judicieusement par Verbe. C’est illustré dans la très très grande scène d’Indiana Jones Et La Dernière Croisade où il doit passer une épreuve en marchant sur les lettres du nom de Dieu. Le nom de Dieu c’est le Verbe, qui est celui qui nous montre le chemin vers le Père.
C’est le but de notre prière et de toute notre vie de chrétien : rendre actuel le royaume de Dieu dans notre vie chaque jour, faire venir son règne. J’en ai déjà parlé en introduction, on rend le royaume de Dieu présent à nous dans la prière pour ensuite pouvoir le rendre présent dans notre vie. C’est une prière double, dans le sens où elle implique notre prière personnel, et notre vie de chrétien en général. C’est donc cette demande que l’on fait à Dieu : Père, envoie moi ton Esprit, pour que je puisse avec ton Église, participer à la construction de ton royaume, et à son établissement sur Terre. C’est une prière très concrète, on confie cette mission que Jésus nous a donné.
Mais ça veut dire aussi qu’il faut le désirer : est-ce que je souhaite vraiment faire venir le règne de Dieu parmi nous ? Est-ce que je veux vraiment y prendre part ? Est-ce que je me donne les moyens d’y prendre part ? C’est crucial. Est-ce que je pense que ma mission sur Terre est de faire venir le règne de Dieu ? Et ça doit nous réjouir ! Le royaume de Dieu est présent pour nous, il vient dans notre monde. Quand Dieu nous dit le “royaume de Dieu est proche”, il est là !! Cela remet tous nos soucis quotidiens en perspective. Vous vous rendez compte, le royaume des cieux est parmi nous ! C’est aussi la dimension eschatologique du Notre Père, l’Église est entre la révélation et le retour de Dieu, on est dans l’attente de son royaume. Ça nous ramène à l’essentiel dans notre vie.
Que ta volonté soit faite. On n'a pas envie de dire ça mais pourtant c’est crucial ! C’est là que se joue notre liberté. Qu’est ce que c’est que la liberté ? C’est pouvoir choisir de faire ce qu’on veut on le sait. Mais est-ce qu’on fait attention à ce que ça veut dire ?
Pouvoir choisir c’est bon, on sait, il faut qu’on puisse faire un choix, et on se dit donc que plus on a de choix possible, plus on est libre. La liberté de… devient le droit de … Mais c’est très réducteur in fine. On oublie toute la fin, “ce qu’on veut” ! Qu’est-ce qu’on veut ? C’est cela qui est important : si on a tous les choix possibles et qu’on ne sait pas lequel choisir, cela ne sert à rien.
On ne sait pas ce qu’on veut, on peut perdre un temps fou à regarder des vidéos, et réaliser le lendemain qu'en fait ce n'était pas vraiment ce qu'on voulait faire. Mais là, Dieu est vraiment extraordinaire : parce qu’il nous connaît hyper bien, il nous a créés, alors il sait ce qu’on veut, puis il nous aide à pouvoir choisir ce qu’on veut. Il nous permet que ça soit notre choix, et il nous aide à le faire parce qu’on est trop faible, on n'arrive à rien nous !
Voilà pourquoi c’est seulement en Dieu qu’on est vraiment libre ! Car c’est lui qui nous accompagne dans notre volonté du début à la fin. Il nous aide à savoir ce qu’on veut, et à le choisir. C’est ça le vrai sens de "que ta volonté soit faite". C’est un acte de pleine confiance en Dieu pour être nous-mêmes vraiment libre. On se remet dans les mains du Seigneurs, lui qui sait mieux que nous ce qui est bon pour nous. Cela ne veut pas dire qu’il choisit à notre place, mais il veut qu’on prenne pleinement part à la renaissance de l’homme nouveau en nous. Pour cela, il faut lui faire confiance. Il vient voir le vieil homme en nous et lui dit : “Viens, j’ai envie de construire l'homme nouveau en toi, avec toi !” alors nous qu’est-ce qu’on répond ? “Que ta volonté soit faite, Seigneur !”
Mais, je l’ai dit au début c’est dur à dire, il est dur de désirer la volonté de Dieu, parce qu’on est faible, on est attaché à nos petites misères, alors on peut commencer par dire “que j’aie l’envie que ta volonté soit faite” et si c’est déjà trop dur, “que j’aie l'envie d’avoir envie”. Il faut vraiment que le Seigneur mette dans notre cœur ce désir que sa volonté soit faite pour que nous puissions le prier sincèrement.
Alors je vais dire deux mots sur la suite : sur la terre comme au ciel. Sur la terre, on comprend bien, et puis parfois quand même c’est assez naturel, surtout quand il s’agit des autres. Quand on assiste à des injustices, quand on a des doutes, on dit Seigneur faites qu’ils changent et que ta volonté soit faite. Mais au ciel, cela semble étrange de demander à Dieu qu’il fasse sa volonté au ciel, c’est lui qui s’occupe du ciel après tout, non ? C’est bizarre mais c’est comme ça, Dieu nous demande de prier pour le ciel. Sa volonté c’est que toutes les âmes viennent à lui, que tous les hommes soient sauvés (1 Tm 2, 4). Prier pour que sa volonté se fasse au ciel, c’est un condensé pour "priez pour les âmes du purgatoire, celles qui arrivent tous les jours". On dit qu'une âme arrive au ciel toutes les secondes. Vous vous rendez compte ? Une personne meurt chaque seconde, il en faut des prières.
Là on change de registre, on demande à Dieu, Jésus nous le dit juste après dans Saint Luc, demandez et vous recevrez, frappez et l’on vous ouvrira. Le Seigneur nous a permis ça très tôt dans la Bible, il permet à Abraham de négocier avec lui. C’est extraordinaire de penser qu’il se laisse influencer par nous. Ça nous pose une question hyper importante : pourquoi le Seigneur veut qu’on prie ? Il sait très bien sa volonté, il n’a pas besoin qu’on lui demande ? Pourquoi il nous demande de prier ? Et pourquoi, surtout, nos prières sont elles efficaces ? On a tous des témoignages de prières efficaces, et les murs de nos églises sont remplis de prières exaucées. En fait, je pose ces questions mais je n’ai pas la réponse, c’est un grand mystère : Dieu se rend vulnérable à nous, jusqu’à nous permettre d’influencer son action.
Pourquoi on lui demande du pain ? C’est à la fois une demande et une action de grâce. On rend grâce pour le pain que Dieu nous donne tous les jours, on rend grâce parce qu’il nous comble, pour sa générosité infinie. C’est aussi le moment de demander une nourriture spirituelle, car on prend soin de nos corps, mais la prière est le moment où on prend soin de notre âme. Ce pain quotidien est vital pour notre âme sinon elle dépérit. Et c’est aussi le pain partagé, “notre” pain, un pain pour plusieurs. On est invité à partager ce pain, à partager notre nourriture. Enfin, c’est le moment de prier pour ceux qui ne savent pas qu'ils ont faim, qu'ils ont besoin de Dieu. Le grand-père d’un de mes amis disait durant le bénédicité, “donne du pain à ceux qui ont faim, et donne faim à ceux qui ont du pain”.
C’est étonnant parce que le thème chez Saint Matthieu est très technique : on parle de dette et de débiteurs. C’est audacieux de demander ça.
Le comme n’est pas le comme de comparaison pour dire à l’identique. C’est un comme d’exemple, “soyez parfait comme votre Père céleste est parfait”. Bien sûr, on ne peut pas être parfait, mais on doit prendre exemple sur la perfection de Dieu pour nous. Alors ici, on demande "pardonne-nous, pour qu’à ton exemple, nous puissions pardonner, dans l’espoir d’un jour, être parfaitement miséricordieux comme toi". Soyez miséricordieux, comme votre Père céleste est miséricordieux.
C'est la fameuse phrase dont tout le monde a parlé au moment de la nouvelle traduction liturgique. On pourrait en parler mais ce n'est pas trop le lieu de cet enseignement, c’est juste qu’on s’est rendu compte que le texte grec avait retranscrit un verbe araméen plus complexe et proche de ce qu’on connaît de Dieu.
Ne pas laisser entrer, c’est aide nous à dire non à la tentation. On est faible, la clef du Notre Père c’est être humble, être petit enfant. On a besoin de l’Esprit de Dieu pour nous faire dire non à la tentation. Un tel combat n’est possible que dans la prière. On est appelé à être vigilants.
Le mal on sait qui c’est : le mauvais, Satan. Mais Satan a été vaincu, le Christ est ressuscité, il a vaincu la mort ! Donc c’est à la fois une demande, une action de grâce et un acte de confiance. Seigneur, libère-nous de Satan. Mais, dans la foi, je sais que Dieu nous a déjà libéré, merci Seigneur ! "Alors, Seigneur, fais moi vivre de cette résurrection". Et puis, cette demande nous invite à continuer à construire l’homme nouveau, l’Église nouvelle, libérée du mal, à l’image de Jésus Christ.
Cette formule est dite à la messe, mais il est possible de la dire au quotidien. Ce n'est pas dans l’Évangile, mais on l’a dit très tôt dans les premières communautés chrétiennes, c’est-à-dire celles qui ont rédigé les Évangiles. Elle redit les trois premières demandes du Notre Père, et permet de nous les approprier. On peut aussi rajouter des choses à nous. Mais il est important de garder le Notre Père “original” dans notre prière, pour toutes les raisons évoquées.
Le Notre Père c’est vraiment un cadeau, et comme chrétien c’est très important. C'est notre prière quotidienne, celle que Jésus priait. Si elle est aussi importante, c'est parce que c'est la prière du Fils, et que par cette prière, nous pouvons devenir fils avec le Fils.
La Bible (chez Matthieu, chez Luc)
Le Catéchisme de l’Église Catholique
La Pape François : Quand vous priez dites Notre Père