On commence par quelques chants de louange.
a. Dieu est cela suffit
D’abord parce que Dieu est, qu’il est bon : louer c’est rendre gloire à Dieu, reconnaître qu’il est Dieu, simplement. Avant même de dire merci pour quelque chose, louer Dieu c’est reconnaître qu’il est Dieu, tout puissant, grand, etc. C’est la forme de prière qui reconnaît le plus immédiatement que Dieu est Dieu ! Elle le chante pour Lui-même, elle lui rend gloire, au-delà de ce qu’il fait, parce que IL EST.
La louange c’est la prière des anges et des bienheureux : s’émerveiller devant Dieu. Louer, c’est entrer dans le mouvement de la création, qui dit la bonté de Dieu (cf. Gn 1 répétition de « et Il vit que cela était bon »). Comme elle est vécue à haute voix, elle manifeste la grandeur de Dieu au monde, et plus concrètement à mon voisin, à mes enfants, etc.
b. Action de grâce
C’est aussi pour exprimer notre gratitude : Dieu agit dans ma vie et celle des personnes autour de moi, et je l’en remercie, je manifeste que je crois que c’est lui qui agit. On rend grâce à Dieu permet d’ouvrir les yeux sur ce qu’il fait pour nous. La louange est donc concrète : on a les pieds sur terre, on peut remercier Dieu pour des choses concrètes du quotidien. C’est ce qu’on appelle plus précisément l’action de grâce. Sainte Thérèse d’Avila dit que Dieu ne continue à nous donner que si on prend acte et on remercie de ce qu’il a déjà donné.
c. La joie découle de la louange et non l’inverse
Parfois on croit que pour louer il faut être joyeux ou être un peu dans un optimisme niais tout-va-bien-tout-ira-bien. C’est tout à fait le contraire : on loue Dieu parce qu’il est digne d’être loué, le fait que j’ai passé une mauvaise journée ou que j’ai un coup de blues n’y change rien. Par contre, le fait de louer Dieu, donc d’entrer en relation avec lui, d’être uni à lui me donne la joie : c’est ça la béatitude.
Ps 37,4 : « Fais de l'Éternel tes délices, et il t'accordera ce que ton cœur désire »
Parce que louer fait entrer dans la joie d’être en relation avec Dieu. Une prière eucharistique dit : « la louange n’ajoute rien à ce que tu es, mais elle nous rapproche de toi »
Plus on reconnaît l’action de Dieu pour nous, sa Présence, plus on devient capable de la voir.
Ph 4,4-7 : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. (…) en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. »
Soyons dans la joie d’être devant Dieu, sans pour autant oublier tous nos soucis, mais en les présentant à Dieu dans une prière confiante.
d. La louange prière par excellence
La louange n’est pas une lubie du renouveau charismatique ou de la communauté de l’Emmanuel : c’est vraiment la prière par excellence de toute l’Église. Toute prière de l’Église est orientée pour la louange de Dieu et sa glorification. Une prière qui décentre de moi-même pour m’orienter vers Dieu.
Par exemple :
Pourquoi est-ce qu’on célèbre la messe ? « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Eucharistie veut dire « action de grâce », on l’appelle aussi parfois le « sacrifice de louange ».
« Notre Père qui est aux Cieux, que ton Nom soit sanctifié. »
Tout le début du je vous salue Marie, on ne demande rien mais on proclame les merveilles que Dieu a faite pour elle. Tout comme son Magnificat est un grand chant de louange et d’action de grâce.
L’Apocalypse : les bienheureux ne font que chanter des Alléluia et des cantiques diverses et variés. C’est la vocation ultime du chrétien d’être dans la louange, puisque la vie dans le Royaume de Dieu c’est d’être uni à Dieu, de devenir participants de la gloire même de Dieu, qui rayonnera en nous parce qu’elle nous prendra et nous saisira tout entier. « L'Homme est créé pour louer Dieu notre Seigneur » (St Ignace de Loyola)
e. Reprise
Donc, louer c’est rendre gloire à Dieu pour ce qu’il est et pas d’abord pour mon état intérieur ou pour ce qu’il me donne. Même si c’est aussi l’occasion de le remercier pour ce qu’il a fait pour moi, et d’avoir le cœur ouvert pour continuer à voir ce qu’il fait. Louer entraine à la louange, à la fois pour moi-même et pour mon entourage.
Mais, puisque la louange n’est plus un mouvement naturel, elle devient un exercice, et elle a une vertu : elle nous décentre de nous-mêmes et nous tourne vers Dieu pour nous rendre capables d’écouter ce qu’il a à nous dire. Ainsi la louange est en réalité un exercice pour nous remettre dans le bon sens, un exercice d’écoute de Dieu. C’est pour cela que nous vous proposons de louer pendant cette session : parce que nous croyons que Dieu a quelque chose à nous dire, à nous aujourd’hui, et que nous voulons l’écouter.
Si donc on a dit que la louange c’était reconnaître que Dieu est Dieu, que c’était le mode de prière qui soutient toutes les autres, elle n’est pas cantonnée à un temps de louange tel que vécu en session mais nous sommes appelés à avoir un cœur de louange en tout temps. C’est-à-dire garder notre regard fixé sur Dieu et sa bonté plutôt que sur mes galères, mes souffrances ou mes péchés. C’est entrer en relation avec Dieu pour ce qu’il est et pas pour ce qu’il me donne.
Voir en toute chose la bonté de Dieu, non pour relativiser les difficultés ou croire que tout va bien mais être dans la vérité : Dieu est bon et il m’aime. On ne loue pas pour que la vie devienne plus belle, mais insensiblement, apprendre à voir l’action de Dieu dans ma vie va la transformer.
Le mode d’emploi est donné par saint Paul : « Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur » (Ep 5, 19 ; Col 3, 16)
Donc :
Aspect communautaire, ecclésial : on loue ensemble, on prie ensemble, pour s’entraîner ensemble, parce que quand on prie ensemble on est sûr de toucher le cœur de Dieu.
On prie avec la parole de Dieu (souvent les chants du carnet vert sont inspirés par des psaumes ou autres textes de l’Écriture).
Mais on prie aussi « de tout [notre] cœur » avec nos mots à nous, simplement avec ce qu’on a sur le cœur.
On n’est pas là pour assister à une louange mais pour louer : donc chanter en pensant vraiment aux paroles qu’on dit, mais aussi ne pas hésiter à prier à haute voix entre les chants : c’est très simple. Comme Jésus (Mt 11,25) « en ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout- petits. »
Si la louange est la prière qui englobe toutes les autres, j’ai à m’y lancer tout entier : donc avec tout ce que je suis, avec mon corps aussi. D’abord par le fait de chanter à pleine voix, mais aussi par mes gestes, par exemple en frappant dans mes mains ou en les levant : c’est une façon de s’engager dans la prière, de se tourner vers Dieu.
Engager notre corps c’est une manière d’engager sa volonté : "Bon Seigneur, c’est pas la forme, je suis fatiguée, je suis triste, je suis en colère contre untel, mais maintenant je décide de te louer parce que tu es bon et que tu m’aimes, donc pour te montrer ma bonne volonté, je lève les mains." A la messe on implique notre cœur en étant debout, assis, à genoux, etc. Dans l’Apocalypse, il y a des prosternations, des lancer de couronnes, des sonnerie de trompe, etc. On peut demander au Seigneur la grâce d’être libre vis-à-vis des voisins si besoin.
Reprise d’un chant de louange en invitant à :
Louer avec son corps : frapper dans les mains, claquer des doigts, lever les mains, ouvrir les mains.
Penser vraiment aux paroles qu’on dit. Après le chant on peut proposer de répéter à voix haute une phrase du chant qui nous parle plus, qui devient notre propre prière.
a. Tout dépend de l'Esprit Saint
Chacun de nous avons reçu l’Esprit Saint par le Baptême et par la Confirmation. L’Esprit Saint c’est Dieu agissant dans nos cœurs, celui qui nous apprend à recevoir l’amour de Dieu et à aimer à notre tour. C’est lui qui nous rend « prêtre prophète et roi » par notre Baptême.
b. L'Esprit Saint dans l'Ecriture
Dans l’Ancien Testament, seuls certains personnages sont revêtus de l’Esprit Saint et ont la capacité de parler au nom de Dieu, de connaître sa volonté : ce sont les prophètes. Dieu promet que cet Esprit sera donné à tout son peuple : Jl 3,1 « Alors, après cela, je répandrai mon esprit sur tout être de chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens seront instruits par des songes, et vos jeunes gens par des visions. »
Ensuite avec Jésus qui nous donne l’Esprit Saint, c’est toute l’Église, chacun des chrétiens qui reçoit l’Esprit Saint. ES qui nous fait entrer en relation, en communion avec Dieu. Rappelez-vous par exemple les actes des Apôtres : c’est sans cesse l’Esprit Saint qui inspire aux Apôtres de partir à tel endroit, de demander conseil à telle personne, etc.
c. L'Esprit Saint dans la vie de l'Eglise aujourd'hui
L’Esprit Saint appelle à la suite de Jésus et donne les moyens de répondre à son appel. Par la mort et la résurrection de Jésus, nous sommes devenus à notre tour des temples de l’Esprit Saint : 1 Co3,16 « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? »
Croyez-vous que cette mort et cette résurrection a changé quelque chose ? Quelque chose pour vous ?
a. Définition
Charisme = en grec charis = grâce = don offert par Dieu.
C’est un don de Dieu donné à l’un pour le service de tous. Pas parce que la personne est meilleure ou parce qu’elle l’a mérité mais un don de Dieu, un cadeau. Dieu passe par moi pour faire du bien aux autres, et inversement.
Charisme = « grâce spéciale par lesquelles l’Esprit Saint rend les fidèles aptes et disponibles pour assumer les diverses charges et offices qui servent à renouveler et à édifier davantage l’Église » (Lumen Gentium n°12)
Les papes ont encouragé à recevoir les charismes donnés par l'Esprit. En 1998 Jean-Paul II déclare : « Accueillez avec gratitude et obéissance les charismes que l’Esprit ne cesse de répandre ! N’oubliez pas que chaque charisme est donné pour le bien commun, c’est-à-dire pour le bénéfice de toute l’Église ! »
b. Les deux types de charismes
Les charismes ordinaires : dans la vie quotidienne, se greffent sur un talent, une capacité naturelle de discernement, de gouvernement, d’écoute, pour la faire grandir par la grâce de Dieu. Par ex. qqn qui chante naturellement bien peut recevoir un charisme qui fait que son chant porte ses voisins à la prière. Dans toute notre vie nous sommes invités comme baptisés à nous laisser façonner l’Esprit Saint.
Les charismes extraordinaires dans la prière, c’est ce qu’on va préciser maintenant.
La prière est un dialogue : on loue Dieu pour le louer, pas pour avoir une réponse à nos problèmes. Mais Dieu est bon et donne surabondamment. Donc il répond. Dans les louanges que nous vivons ici, rien n’est préparé à l’avance : ni le choix des chants, ni les textes ou les paroles données entre les chants.
On peut dire quelque part que les chants font entrer dans la communion : on chante tous les mêmes paroles. Les charismes souligne l’unicité de chacun : chacun a quelque chose de propre à donner et à recevoir. La communion que donne l’Esprit Saint n’est pas fusion.
1Co12 « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. »
Le cœur de la vie charismatique c’est de grandir dans l’amour. Accepter que Dieu passe par moi pour parler aux autres, et inversement.
Les principaux charismes dans la louange :
Chant en langue : « Je sais pas comment te dire ce que je peux pas écrire, faudrait qu’j’invente des mots qu’existent pas dans le dico ». La prière dépasse les mots que je connais, c’est comme un bébé qui babille qui réjouis sa maman. Rm 8,26 « Bien plus, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. » Comme tout charisme, il n'est possible que si j’accepte de l’exercer ; donc en l’occurrence, il faut accepter d’ouvrir sa bouche et de sortir des sons, en croyant que l’Esprit Saint va faire de mon babillage une prière. St Augustin en parle. 1Co14,2 : « En effet, celui qui parle en langues ne parle pas pour les hommes, mais pour Dieu : personne ne comprend, car, sous l’effet de l’inspiration, il dit des choses mystérieuses. » Anecdote personnelle de glossolalie
Texte : cf la conversion de st Augustin, ou le début d’Histoire d’une âme de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Les saints se laissent bousculer par la Parole de Dieu : « elle est vivante la Parole de Dieu, énergique » He 4,12. Ouvrir au hasard et me laisser interpeller, écouter.
Image : la Bible en est remplie, c’est une impression forte d’une scène, d’un objet, d’un mot que reçoit quelqu'un pour le transmettre aux autres.
Prophétie : exprimer ce que Dieu dit, parler au nom de Dieu « mes enfants… ». C’est une parole de Dieu, donc elle fait ce qu’elle dit : réconforte, console, donne la joie, apaise, etc. Extension du ministère de prophète à tous les baptisés. Dire à haute voix ce que je perçois de ce que Dieu me dit.
Parole de connaissance : dire ce qui se passe dans le cœur de quelqu’un. Permet à la personne d’objectiver ce qu’elle vit, d’en prendre conscience et édifie l’assemblée.
a. Vérification des charismes
Conforme à l’Évangile et au message de l’Église. Respecte la liberté des autres (pas : va te confesser) et la mienne. Bon sens.
Soumission au discernement communautaire : on ne fait pas Église tout seul, on n’exerce pas les charismes tout seul. Donc souvent il y a un binôme chargé de discerner si les charismes sont cohérents, ou alors on peut toujours demander à son voisin ce qu’il pense de ce qu’on a reçu.
Les charismes tournent vers Dieu et pas vers celui qui l’exerce.
Le moteur et la fin : la charité. Jésus guérit après avoir été saisi de compassion. Fruit de l’ES : faire grandir dans l’amour.
Unité communion par la diversité. Ordre : cohérence avec ce qui est dit dans le reste de la louange.
b. En pratique
Croyez-vous que Dieu peut passer par vous pour parler aux autres ? Alors demandez l’Esprit Saint ! Lc 11,13 « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »
Dieu n’agit pas sans nous : ouvrir sa bouche pour louer à haute voix, lever les mains, et pourquoi pas chanter en langue ou ouvrir sa Bible.
On ne discerne pas tout seul.
Quelle parole je retiens ? Qu’est ce qui m’a étonné ?
Qu’est-ce que je veux continuer à comprendre et à expérimenter pendant la session ?
Reprise de chants de louange avec invitation à louer de tout notre cœur et à laisser jaillir une prière spontanée entre les chants.
Chant d’invocation de l’Esprit Saint