« Ils m’honorent des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. » Isaïe
L’oraison est une forme de prière très simple. « Expression la plus simple du mystère de la prière » (CEC). Application de « toi quand tu pries, retires toi dans ta pièce la plus retirée, et prie ton Père qui est présent dans le secret ». Mais on va se tenir spécialement en présence du Christ Ressuscité, visage du Père pour nous.
Faire oraison, c’est d’abord entrer en soi « dans la pièce la plus retirée ». Puis par la foi, entrer en présence de Dieu présent en nous, et plus encore, dans une relation personnelle avec le Christ Ressuscité, et même une relation d’amitié. C’est ce dernier point qui fait passer de la pensée intellectuelle au cœur. Car prier « ce n’est pas beaucoup penser, c’est beaucoup aimer » (Thérèse d’Avila).
Qu’est-ce que la foi ? Dans la doctrine spirituelle, c’est une vertu surnaturelle, infusée au baptême, et qui est une faculté de connaissance qui nous permet de sortir de nous-mêmes, pour rentrer en contact avec un autre qui est Dieu, « de façon certaine, mais de façon obscure » (CEC). La vertu de foi a donc besoin d’un acte de volonté de notre part pour se déployer. C’est ce qu’on appelle un acte de foi : une impulsion venue du fond de nous, et qui peut s’accompagner de paroles (je crois en toi, que tu es là, je suis là pour toi et tu es là pour moi). L’acte de foi nous permet de sortir de « l’orbite de notre moi » pour aller vers Dieu. C’est la force de la foi qui permet cela.
La foi nous permet non seulement de toucher la tunique du Christ (femme hémorroïsse) mais de toucher sa personne même, son « Tu » vivant.
L’oraison est une offrande de notre temps. Ce que nous avons de plus précieux ! Grande différence avec les paroles spontanées, ou « oraisons jaculatoires). C’est un temps prolongé. C’est là qu’on allume le feu, et les oraisons jaculatoires mettent de petites brindilles dans le feu pour qu’il continue à brûler.
Dans nos vies si chargées, cela demande « une ferme détermination » (Thérèse d’Avila), ferme détermination de ne pas lui reprendre ce temps en cours de route.
Un lieu, un moment. L’un et l’autre propices au recueillement. Très précieux de se constituer un coin prière chez soi.
Déterminer une position corporelle qu’on pourra tenir pendant un temps prolongé (sans s’endormir ni se faire de mal).
Fixer une durée. Et la tenir jusqu’au bout ! Là est la fidélité. Commencer chacun à sa mesure. 5, 10, 20 minutes. Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus : « à moins de 30 minutes, on aura du mal à entendre Dieu ». Son conseil si vraiment trop dur : fractionner pour que ça fasse quand même 30’. Dans l’expérience personnelle de l’enseignant : commencer d’emblée avec un très long temps. Une heure. Parce que là on goûtera vraiment ce qu’est l’oraison. Quitte à diminuer ensuite pour fixer quelque chose de tenable dans la durée.
Se préparer. « La prière vaut ce que vaut sa préparation. » (Romano Guardini) Prendre le temps de se poser. Respirer. Faire des prosternations à la mode orientale. Faire attention à son état mental.
A l’entrée dans la prière, Thérèse d’Avila recommande de faire un bref examen de conscience.
Puis premier acte de foi : signe de croix. Il contient beaucoup de choses. La Passion. La Trinité. La descente du Fils pour nous sauver.
a) Se tenir en présence de Dieu
Chercher la compagnie du Christ ressuscité. Dans la foi, nous sommes assurés qu’il est présent et nous regarde avec amour. On peut s’aider de la Parole de Dieu, mais l’oraison n’est pas d’abord une structuration autour de la Parole de Dieu. On cherche à se tenir en présence de Dieu.
Thérèse d’Avila se contente de lui parler. Mais il ne s’agit pas de bavarder. Il n’y a pas à meubler le silence. Juste à être en sa présence. « L’oraison mentale est un échange intime d’amitié où on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé. » (Thérèse d’Avila) Garder son regard sur lui.
b) Quelques aides
Pour elle, l’humanité de Jésus est au cœur de l’oraison. Se tenir dans la compagnie du Sauveur.
Pour nourrir cette oraison, on peut dire un notre Père très lentement, prendre une image qui nous inspire, redire une Parole de Dieu.
A la fin, on peut remercier Dieu d’avoir été présent, et lui demander la grâce de demeurer en sa présence.
c) Importance de la fidélité
La régularité est absolument essentielle. Tout le monde s’accorde là-dessus. Le caractère quotidien. Pour y arriver, « placer les gros cailloux ». Et l’oraison est essentielle pour passer du notionnel au réel.
La vie d’oraison est un chemin. On rencontre vite doutes, aridités, distractions…
Avant même de commencer, on pourrait se dire « ce n’est pas pour moi, je ne suis pas assez intelligent, érudit »… Pour faire oraison, il suffit d’avoir la foi, et de désirer connaître Jésus ! Ce n’est pas un acte intellectuel. Tout le monde en est capable ! « Il ne s’agit pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer. » (Thérèse d’Avila)
a) Les distractions sur lesquelles j’ai une prise
L’oraison n’est pas indépendante du reste de ma vie. Enjeu majeur des écrans qui captent l’attention. Limiter autant que possible l’usage des écrans dans sa vie quotidienne – et évidemment bannir pendant l’oraison.
L’ascèse est un appui précieux. Elle aiguise l’attention à la présence intérieure.
Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus invite à sa vie intérieure par l’Ecriture, etc. le reste du temps.
Un conseil pratique : avoir un petit carnet pour noter les idées de « to-do » qui surgissent pendant l’oraison.
[Faire un « sas » au début de l’oraison. Au tout début, déposer sa valise au Seigneur.]
b) Les distractions sur lesquelles je n’ai pas prise
« La folle du logis » dit Thérèse en parlant de l’imagination. On ne peut pas la faire taire. Ne pas se tendre, et revenir simplement à Jésus. Si certaines sont plus tenaces, les transformer en intention de prière.
C’est normal de ne rien sentir. « On ne capte pas des ondes radios avec une pelle de terrassier ! » (Marie-Eugène) Notre intelligence n’est pas forcément faite pour percevoir toutes les actions de Dieu en nous – ce qui ne signifie pas que Dieu n’agit pas.
[Quand un chirurgien opère, le patient ne sent rien. Alors que c’est précisément le moment où il se passe le plus de chose dans le patient !]
Dans l’oraison, il ne s’agit pas d’abord de sentir, mais de consentir. [Il ne s’agit pas tant de connaître que d’être connu. Car il vaut mieux être connu que connaître.]
Pour traverser cela, il est très précieux d’avoir un accompagnateur spirituel.
Et de toute façon : on apprend à prier en priant.