Je ne veux pas vous promettre que la messe sera un moment où vous allez vivre une conversion fulgurante, qui va immédiatement changer votre vie. Au premier abord, ça peut bien paraître ennuyeux, répétitif. Et c’est là probablement si on ne comprend pas ce qu’on vient y faire.
Être chrétien, c’est aller à la messe, car c’est là que nous construisons notre identité chrétienne, que nous apprenons à faire de la place à Dieu dans notre vie, que nous nous laissons bousculer, interroger, déranger par la présence de Dieu qui vient à notre rencontre AUJOURD’HUI.
Cela se vit dans 3 lieux.
La Bible c’est un gros bouquin de 2500 pages, dont les premières remontent à environ 3000 ans. C’est difficile à lire, on ne sait pas trop par quel bout commencer.
À la messe, on en reçoit quelques petits extraits, trois, qui ne sont pas pris au hasard, mais qui nous sont proposées par l’Église pour aujourd'hui. Des lectures qui correspondent non seulement au temps qu’on vit (faire un rappel sur les temps liturgiques) mais surtout qui ont du sens les unes par rapport aux autres. Cela permet de prendre conscience que Dieu parle dans une histoire, Jésus s’inscrit dans une histoire : on ne peut pas comprendre un livre de la Bible sans le mettre en relation aux autres. On ne peut pas comprendre le commandement nouveau que nous donne Jésus si on n’a pas en arrière-plan les 630 commandements de la Loi de Moïse, et la façon dont Israël en a vécu et y a été « éduqué » par Dieu pendant des siècles.
Ce qu’on entend donc à la messe ce n’est donc pas seulement des extraits pris au hasard, mais déjà une interprétation de la Parole de Dieu. La messe nous donne donc des clefs pour mieux comprendre la Bible, Dieu, la vie chrétienne, le monde…
C’est aussi le sens de l’homélie : donner des clefs de lecture pour rendre cette Parole actuelle, pour qu’elle puisse mieux nous rejoindre. Je préfère vous prévenir, ça ne marche pas à tous les coups…
C’est le cœur de la messe, et c’est d’ailleurs son deuxième nom : Eucharistie, ou action de grâce. Ce qu’il se passe lorsque le prêtre est à l’autel et prononce la bénédiction sur le pain et le vin. Il s’inscrit dans toute la tradition de l’Église, qui transmet de génération en génération depuis 2000 ans ces paroles que Jésus a prononcées le soir du Jeudi Saint, lors de son dernier repas avec ses disciples, et sa promesse d’être présent à chaque fois que « vous ferez cela en mémoire de moi ».
La messe ne consiste pas à répéter certaines phrases parce qu’elles sont écrites dans un texte considéré comme important (la Bible concrètement), ou à rejouer une scène découverte dans ce livre. Mais c’est parce que les apôtres présents ce fameux jeudi soir ont compris que c’était un événement unique, parce que Jésus leur a fait cette promesse, et a lui-même recommencé ce geste avec eux après sa Résurrection (Lc 24) qu’ils ont reproduit cela après la Résurrection de Jésus. Et même plus : c’est devenu le cœur de chaque rassemblement des chrétiens. Et c’est bien parce que c’est aussi important que ces paroles ont toutes leur place dans la Bible. C’est bien parce que c’est aussi important qu’elles sont prononcées chaque dimanche, chaque jour même, dans toutes les églises du monde !
Mais alors pourquoi est-ce que c’est si important ? J’ai intitulé ce topo « La messe, une affaire de vie ou de mort ». Sympa comme titre… Rassurez-vous, je ne vous menace pas de mort si vous ne venez pas à la messe. La vie et la mort dont il s’agit ici, c’est celle de Jésus : c’est lui qui est mort sur la Croix pour nous, et qui est ressuscité, si bien que la mort n’est plus la fin de la vie humaine. Et c’est précisément cela que nous célébrons à chaque messe.
Lorsque Jésus dit « ceci est mon corps, livré pour vous » en montrant du pain, il nous donne l’interprétation de sa propre mort qui adviendra le lendemain. C’est aussi, je pense, la meilleure manière de comprendre toute la vie de Jésus : pour nous. Pour les malades, les exclus, les pauvres, les païens, les pécheurs, les perdus… tous ceux qui attendent leur salut de Dieu. Mais la Croix est le lieu où cela s’exprime le plus fort, car c’est aller jusqu’à la mort « pour nous », par amour pour nous. Et ce sacrifice, nous le croyons, n’a pas été vain : ce n’est pas une mort que nous célébrons à chaque messe, mais c’est bien la victoire de Jésus ressuscité sur la mort et qu’il nous partage sous la forme de ce pain.
Le signe du pain n’est pas anodin : dans toute l’histoire de la Bible, c’est Dieu qui nourrit son peuple, au désert, lors de la famine ; c’est aussi la promesse du Royaume de Dieu que nous attendons : un festin auprès de Dieu. La Parole de Dieu elle-même est déjà appelée pain, vous avez sûrement déjà entendu cette phrase : « L’homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
Or dans l’Eucharistie nous ne mangeons pas un simple pain : nous mangeons la vie que Dieu nous donne, c'est-à-dire Jésus vivant présent dans ce pain. Sa vie donnée par amour devient notre pain quotidien, sa présence personnelle et aimante devient ce qui nourrit notre vie chrétienne.
Cela signifie aussi que notre manière de comprendre la vie que Dieu veut nous donner, c’est l’événement de la Croix.
C’est pour cela que la messe est si importante pour l’Église. Elle est à la fois le lieu où l’Église naît, dans ces rassemblements pour reproduire la fraction du pain, qui devient Corps du Christ, et le lieu où l’Église prend conscience de ce qu’elle est vraiment, c'est-à-dire à son tour Corps du Christ.
Les premiers théologiens, que l’on appelle les « Pères de l’Église », ont beaucoup travaillé cette question, pour mieux comprendre ce qu’est l’Eglise. L’Eucharistie est le lieu où l’Église se construit car tous nous mangeons le même pain. Ça paraît bête, mais en réalité c’est très profond. Car venir communier à la messe, comme je l’ai dit plus haut, c’est plus profondément recevoir Jésus vivant, ressuscité, la vie que Jésus a livré non seulement pour moi, mais pour toute l’humanité. Recevoir le pain du Corps du Christ, c’est aussi se demander ce qu’il en est des autres. Qu’en est-il de tous ceux qui ne viennent pas communier ? De ceux qui ne peuvent pas, car ils sont malades, ils ne peuvent plus se déplacer, ils n’osent plus sortir de chez eux ; et ceux qui ne viennent pas car ils n’ont jamais reçu l’annonce de cette Bonne Nouvelle que Jésus aujourd'hui encore donne sa vie pour eux.
Ce qui construit l’unité de l’Église ce n’est donc pas les efforts que chacun peut déployer pour ne pas trop râler contre le sermon qui sera ennuyeux aujourd'hui ou contre les chants qui ont été un peu trop rapides ou contre dix mille choses qui peuvent empoisonner la vie de l’Église. Ce qui construit cette unité c’est l’amour infini de Dieu qui se donne dans ce sacrement, et qui nous permet de prendre conscience de notre fraternité, lieu concret où s’exprime notre vie chrétienne et où elle se nourrit pour prendre soin des plus pauvres et des plus isolés. En recevant l’amour de Jésus dans l’Eucharistie, je suis mis en mouvement pour aimer mes frères.
Ce n’est pas pour rien que Jésus a dit : « c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on saura que vous êtes mes disciples ». Car c’est bien ce qu’il y a de plus difficile, aimer celui qui est juste à côté de moi, sur le même banc que moi à la messe et qu’il faut supporter quand il décide d’éternuer au mauvais moment ou qu’il me cache la vue quand il se lève. Si cet amour existe, alors on saura que vraiment Dieu est à l’œuvre dans nos vies, et que la messe n’y est pas pour rien.
J’ai dit beaucoup de choses, et l’important n’est pas de tout retenir, mais peut être de comprendre que chaque dimanche il y a quelque chose à attendre à la messe. Pour cela il faut y venir bien sûr ! Et s’y préparer, en désirant y rencontrer Jésus présent.
Ça commence par fixer ce RDV dans un agenda, d’organiser l’emploi du temps du dimanche en fonction de la messe, et non pas l’inverse.
Ça peut être aussi de venir avec une intention particulière, de se dire aujourd'hui je vais prier particulièrement pour…
Ça peut être aussi de se former pour approfondir le sens de cette messe, parce que ce qu’on a vu au KT c’est bien, mais ça correspond aux attentes et aux capacités d’un enfant de 8 à 15 ans, et il me semble que vous avez passé cet âge-là ! Pour cela on a telle proposition dans la paroisse.