Lecture de la fin de Jean 6.
Ce texte est riche, un peu déroutant et pas forcément très facile à aborder, mais on sent bien que Jésus dit quelque chose d'important. Ce que je vous propose, c'est de le reparcourir un peu avec vous. En 3 étapes, on se rend compte que, dans ce discours du Pain de vie, au début, Jésus parle avec la foule, tous ceux qui sont là, puis après il parle avec les disciples, puis tout à la fin, il parle aux 12, les apôtres, avec Pierre. Et en fait, ils en sont pas tous au même endroit et Jésus leur fait pas tous faire les mêmes étapes.
Au début, avec la foule, Jésus a cette affirmation un peu déroutante : « Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donne, c'est ma chair donnée pour la vie du monde ». Bon, quand Jésus dit cela, il y a une question simple qui se pose : est-ce que Jésus parle symboliquement ou est-ce qu'il parle littéralement ?
Dans l'Évangile, il y a plein de moments où Jésus se désigne et il dit par exemple « Je suis le bon berger » ou alors il va dire « Je suis la porte ». Personne ne vient voir Jésus en disant : « Mais Jésus, tu n'es pas une porte ». Mais là, visiblement, les gens ne réagissent pas comme ça. Les gens ont compris que quand Jésus dit « Je suis le pain de la vie », il ne disait pas les choses de la même façon. D'où la réaction de tout le monde de dire : « Mais comment est-ce que ce gars peut nous donner sa propre chair à manger ? ».
C'est le moment idéal pour Jésus pour clarifier si c'était une métaphore. Que va faire Jésus ? Il va insister cinq fois pour dire qu'il parlait bien littéralement. Il répète : « Amen, amen je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'avez pas la vie en vous ». Il insiste ainsi à cinq reprises pour confirmer que c'est tout à fait ce qu'il voulait dire.
Alors maintenant, si c'est cela que Jésus veut dire, ça nous emmène à une autre question : la question des disciples. La foule, à la fin, réagit en disant : « Cette parole est rude » ou « cette parole est dure ». Qui peut l'entendre ? Jésus leur répond : « Vous trouvez cela choquant ? Mais qu'est-ce que ça va être quand vous allez découvrir qu'en fait je suis Dieu ? ». En fait, ce que Jésus répond, c'est que puisqu'il est le créateur de l'univers, il peut bien prendre du pain et du vin et en faire son propre corps et son propre sang.
La seule façon de pouvoir commencer à recevoir cette parole dure, c'est de se dire que celui qui nous dit ça, c'est Dieu. À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s'en retournèrent et cessèrent de l'accompagner. C'est le seul moment dans tout l'Évangile où il y a des gens qui quittent Jésus à cause de quelque chose qu'il a enseigné. Jésus ne les retient pas. Il se tourne vers les 12 apôtres et leur demande : « Bon ben, est-ce que vous aussi vous voulez partir ? ».
Jésus fait tapis sur ce truc-là, il est prêt à tout risquer pour cette parole dont il insiste sur le caractère littéral. L'exemple qu'on peut prendre, c'est l'exemple de Pierre à la fin. Simon Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Toi, tu as les paroles de la vie éternelle ». Pierre n'est pas sûr d'avoir tout compris non plus, mais il dit : « Je n'ai pas tout compris dans tes paroles mais j'ai compris que quand tu parles, c'est vrai ». C'est vraiment l'attitude de la foi de Pierre : il a compris que celui qu'il fallait suivre, c'était Jésus.
Plus tard, lors du dernier repas, la Cène, cette parole s'accomplit : Jésus prend un pain et dit : « prenez et mangez ceci est mon corps ». Pourquoi fait-il cela ? Nous sommes faits pour l'amour et l'intimité, et cela s'exprime à travers notre corps. Le corps est le vecteur par lequel l'amour se déploie. Mais Dieu n'a pas de corps. Alors, pour entrer en relation avec nous, Dieu prend un corps, il se fait chair : c'est Jésus.
L'Eucharistie est ce don incroyable où Jésus se rend présent dans le pain et le vin. Dieu veut nous rejoindre dans l'intimité de l'amour qui passe par cette proximité du corps. Quand on touche le pain consacré, c'est Jésus qu'on touche réellement. Mais pourquoi sous l'apparence du pain ? Parce que si Dieu arrivait avec fracas, nous aurions peur de lui. Dieu se fait petit, se fait caché pour que je n'aie pas peur de m'approcher de lui. Dans le tabernacle, Dieu se cache pour que j'ose m'approcher.
Pour vivre avec Jésus, l'Eucharistie n'est pas optionnelle, car c'est là qu'il choisit de se donner. On ne va pas à la messe d'abord pour la musique ou le prêtre, mais parce que Dieu est là et qu'on va recevoir Jésus. Enfin, l'Eucharistie constitue l'Église. En recevant le même Jésus, nous devenons frères et sœurs. Comme le disait un prêtre : « Dieu ne sait compter que jusqu'à 1 » ; il nous aime chacun en particulier et nous unit les uns aux autres. On ne peut donc pas vivre sa foi tout seul dans son coin sans faire l'économie de son frère ou de sa sœur.