Cet enseignement a été conçu pour être donné en deux fois à des personnes participant à un rassemblement chrétien mais n'étant pas elles-mêmes chrétiennes - ou de très loin.
Pour moi qu’est-ce que ça veut dire que Jésus sauve / être sauvé ?
Pour moi qui est Jésus au cœur de mon quotidien ? Agit il et comment ?
L’enseignement précédent nous a parlé de la relation. Mais au fond, pourquoi dit-on que notre vie de foi est une relation ?
Quand on regarde l’histoire de l’humanité, on voit que presque toutes les religions, presque toutes les philosophies, ont en commun une chose : elles tiennent Dieu à distance.
Soit on le nie — “il n’existe pas, tout cela n’est qu’une idée” —, soit on en a peur — “il est trop grand, trop lointain, inaccessible”. Et quelque part, c’est logique : Dieu est transcendant, infini, immensément au-dessus de nous. Alors l’homme, tout petit, limité, se dit : “Je ne peux pas l’approcher. Je ne suis pas digne.”
Mais voilà qu’avec Jésus, tout change.
Au bout d’un moment, Dieu ne se contente plus d’envoyer des messagers, des prophètes, des signes. Il vient lui-même nous parler. Comme le dit la Lettre aux Hébreux : « Après avoir parlé autrefois aux pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils » (He 1,1).
Dieu ne vient plus simplement révéler une vérité. Il vient se révéler lui-même. Il ne nous envoie pas un message : il vient en personne. Et ça, c’est bouleversant.
Parce qu’en Jésus, on peut vraiment connaître Dieu. Pas seulement en théorie, mais dans la rencontre. En Jésus, Dieu se montre très directement — parce que Jésus est Dieu. Quand je rencontre Jésus, je rencontre Dieu lui-même.
Et là, la relation devient absolument directe. Parce qu’en lui, dans son être même, Dieu et l’homme se rencontrent. Jésus prie avec son cœur d’homme, il aime avec son humanité, mais c’est Dieu lui-même qui prie, qui aime, qui agit à travers lui. Alors, voyez : en Jésus, Dieu vient établir la relation d’une manière radicalement nouvelle. Ce n’est plus une relation à distance. Ce n’est plus une relation à travers des intermédiaires. C’est une relation face à face, cœur à cœur.
On peut dire que Jésus pulvérise le gouffre infini qui séparait l’homme et Dieu. Attention : ce gouffre, il existe toujours. Dieu reste Dieu, l’homme reste homme. Mais en Jésus, il est franchi une fois pour toutes. Pour l’éternité. C’est le miracle de la relation devenue possible.
Et comment Dieu fait-il cela ? Non pas en s’imposant. Non pas en écrasant l’homme sous sa puissance. Mais au contraire, en s’approchant infiniment. En s’abaissant infiniment. En se faisant tout petit. Pour qu’on n’ait plus peur. Pour que personne ne puisse dire : “Dieu est trop grand pour moi.” Parce que désormais, Dieu a un visage d’homme. Dieu a une voix humaine. Dieu a un cœur qui bat.
Alors, quand vous priez, imaginez cette scène toute simple : Pierre et Jésus, ou Marie et Jésus, assis ensemble le soir, après une longue journée. Ils parlent. Ils rient peut-être. Ils s'écoutent. Eh bien, c’est cela, la vie de foi. C’est cela, la relation avec Dieu. Pas une idée abstraite. Pas une relation de peur. Mais une amitié réelle, vivante, avec Celui qui est venu jusqu’à nous.
Dieu s’est tellement approché que désormais, je peux lui parler comme à un ami.
En Jésus, Dieu prend l'initiative et rentre lui-même en relation. C'est lui qui l'établit, lui qui la rend possible. Notre foi, dès lors, devient une réponse — pas une théorie ni un sentiment vague, mais une réponse relationnelle : dire « oui » à l’amour de Dieu qui s’approche.
Croire en Jésus, c’est apprendre à prier autrement. Ce n’est plus prier par peur, ou parce qu’il le faut, mais entrer dans une relation confiante. Quand je prie, je n’ai pas à présenter un visage « convenable » à Dieu, comme si je devais être à la hauteur. Voir ce que Candiard dit à ce propos dans Sous le figuier... Dieu n’attend pas de nous un masque ou une belle performance spirituelle. Il attend notre vrai visage. Ce qu’il veut, c’est nous-mêmes, simplement.
C’est libérant de savoir que Dieu n’attend pas de nous des exploits, mais une présence. C’est ce que Jésus répète sans cesse : « N’ayez pas peur ! » (Lc 5,10 ; Mt 14,27). Pensons à Pierre, à Marie : leur foi ne vient pas d’un effort héroïque, mais d’une confiance qui s’ouvre à Dieu tel qu’il est, et qui accepte d’être vue telle qu’elle est.
Cette proximité ne doit cependant pas nous faire oublier que Dieu est Dieu. Oui, c’est simple : Dieu se laisse approcher. Mais il n’en reste pas moins Dieu. Ce n’est pas parce qu’il se fait proche qu’il devient notre copain. Il demeure le Tout-Autre, celui qui nous dépasse infiniment. Il est le Créateur, le Tout-puissant, l'infiniment grand. Oui, Dieu viens à nous, oui, Dieu veut entrer en relation avec moi, mais ce n'est pas une relation entre deux partenaires symétriques.
Le risque serait de réduire Dieu à nos émotions, à un simple « je sens que Dieu m’aime ». Réduire Dieu à "un bon copain" qui nous rassure sans jamais nous déplacer. Non. Dieu est Dieu, nom de Dieu ! S’il se fait proche, c’est pour nous sauver, pour nous transformer, pour nous tirer hors de nous-mêmes. Et c’est là le mystère : il nous aime d’un amour infini, mais cet amour est un feu qui transforme. Candiard encore dit que "ce qu'il y a de plus exigeant chez Dieu, c'est son amour".
Ce qui est prodigieux dans cette relation justement, c'est que ce soit Dieu lui-même qui est face à moi. Un Dieu qui me dépasse, et pourtant est bien là avec moi. Voilà pourquoi cette relation est si étonnante, si grande. Dieu nous dépasse toujours et donc Dieu nous déplace toujours. Il m’attire toujours plus haut, toujours plus loin. Sa proximité ne me laisse pas à moi-même : elle m’ouvre à l’adoration.
Ou : entrer dans l’espérance
Lire He1, 1-2 jusqu'à "Fils". Qu'est-ce que cela veut dire pour moi ? En particulier :
Quand Dieu me parle-t-il ("à bien des reprises", "aujourd"hui") ?
Comment me parle-t-il ?
Ou, si je ne crois vraiment pas en Dieu, passer au conditionnel : comment Dieu pourrait-il ...
Dieu agit. Il ne se contente pas d’exister, ni de contempler le monde d’en haut. Dieu est acte. Il est mouvement, vie, don, action. Et cela change tout.
Quand on regarde Jésus, on voit un Dieu qui fait quelque chose. Ce n'est pas un sage qui se contente de parler et d'enseigner comme Socrate, Bouddha ou d’autres maîtres spirituels. Non : Jésus agit. Il guérit, il relève, il pardonne, il entre dans la vie des gens. On croit souvent que ce qui est important dans la vie de Jésus, c'est son enseignement. Pourtant ce n'est pas ce que croit les chrétiens ! Nous croyons que le plus important dans la vie de Jésus est ce qu'il a accompli, ce qu'il a "fait" de sa vie, et dont on va parler aujourd'hui.
On pourrait dire, comme certains l’ont résumé : « Les évangiles sont des récits de la Passion précédés d’une longue introduction. » Tout, dans la vie de Jésus, converge et prépare ce moment essentiel : sa Passion, sa mort et sa résurrection.
Jean 3,16 dit : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. » Voilà l’acte de Dieu : il donne. Dieu n’est pas venu pour nous expliquer des choses, pour résoudre des énigmes philosophiques ou pour commenter le monde. Il est venu parce qu’il nous aime. Et cet amour, il ne le dit pas simplement : il le fait.
C’est le grand principe de l’Écriture : Dieu ne s’explique pas, il se raconte. De la Genèse à l’Apocalypse, Dieu agit. Il crée, il appelle, il libère, il conduit, il sauve. On ne peut pas "expliquer" Dieu, mais on peut raconter comment il vient à notre rencontre et agit dans la vie des hommes. Il n’est pas un grand horloger qui règle le monde et le laisse tourner tout seul. Il agit sans cesse dans le monde. Et parce que Dieu est amour, son acte est toujours un acte d’amour. L'amour n'est pas une idée ! On ne peut pas croire que "Dieu est bon", "Dieu nous aime", et ne pas croire qu'il agisse réellement, très concrètement et intensément dans nos vies. Nous croyons que Jésus est le sommet de cette action, de cet amour de Dieu.
La vraie question de la foi, ce n’est pas : « Est-ce que Dieu existe ? » Mais bien : « Est-ce que Dieu agit ? Et est-ce que je crois qu’il agit dans ma vie ? » C’est cela, le vrai acte de foi : croire que Dieu agit ici et maintenant, dans ma vie, et que ce qu’il fait est un acte d’amour, un acte bon pour moi. Car l’action de Dieu n’est jamais neutre, ni froide, ni arbitraire : c’est l’amour trinitaire qui se déploie, qui se donne, qui recrée tout. C'est ce que nous proposons aujourd'hui : poser un acte de foi que Dieu agit dans vos vies, et qu'il veut votre bien. C’est cela que nous contemplons en Jésus. Tous les miracles, les paraboles de Jésus, Noël et tout le reste dépendent seulement de cela.
Pour nous sauver, Dieu assume notre condition humaine. Il ne l’évite pas, il ne la survole pas. Il ne nous regarde pas "de loin". Il y entre pleinement, il partage littéralement notre vie. Il ne la méprise pas, il ne la néglige pas, ne s'en désintéresse pas, mais la vit lui-même pour que jamais plus nous ne croyions qu'il ne s'intéresse pas à nous, qu'il est lointain.
Jésus entre dans le temps. Il ne le subit pas : il le choisit. Il ne se contente pas de vivre “comme” un homme, il vit vraiment notre vie. Il travaille, il dort, il pleure, il rit. Il vit pleinement — sans rien laisser de côté. Tout ce qui est humain, il le prend pour le remplir de la présence de Dieu.
Et cette action culmine dans la Passion, c'est-à-dire sa mort sur la Croix et sa Résurrection Là, Jésus choisit d’aller jusqu’au bout. L’Évangile dit qu’il « durcit sa face pour monter à Jérusalem » (Lc 9,51). C’est un choix réel, libre, pleinement conscient. Il n’a pas subi la Passion : il l’a habitée.
Dieu, en Jésus, a choisi de traverser notre souffrance, notre mort. Et il le fait non pas pour prouver quelque chose, mais pour tout assumer. Tout. La souffrance, la solitude, l’injustice, la peur, le péché. Rien n’est laissé dehors. Tout ce que nous vivons, il l'a vécu et habité. Il n'y a plus d'aspects de notre vie (comme la souffrance ou la solitude justement) qui soient coupés ou éloignés de Dieu.
Dans beaucoup de philosophies ou de sagesses, on cherche à fuir la souffrance, à l’oublier, à la dépasser. Mais Jésus ne fuit pas. Il entre jusqu’au bout dans la réalité humaine. Et ce faisant, il la sauve.
TOUT EST SAUVÉ. Il n’est rien qui ne soit sauvé. Pas une blessure, pas un péché, pas une nuit. Dieu a rejoint jusqu’au plus bas pour que rien ne reste en dehors de son amour. Il n’y a pas de « mais pas ça » dans le salut. Tout est pris, tout est transfiguré.
Et parce que Dieu agit ainsi, nous pouvons entrer dans la vie. Pas seulement survivre, mais vivre vraiment. Commencer enfin à vivre pleinement notre vie. Car vivre pleinement notre vie humaine, c’est déjà entrer dans la vie de Dieu. Il n’y a pas deux vies — l’une humaine sans Dieu et l’autre divine, la vie de Dieu —, il n’y a qu’une seule Vie, celle de Dieu qui se communique.
Alors voici la question : Est-ce que je veux entrer dans ce don ? Est-ce que je crois que Dieu agit dans ma vie, aujourd’hui, par amour ? Est-ce que je lui permets d’agir ? [La question théologique derrière c'est salut objectif - salut subjectif]