"Soyez saints comme je suis saint" (Lv 19;2)
Ces quelques mots sont un commandement, c'est-à-dire une demande qui vient de Dieu. Dieu veut que nous soyons saints. Qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'il veut que nous soyons comme lui ! C'est bien différent de la tentation de la Genèse : le serpent proposait à Adam et Ève d'être comme des dieux, ce qui est bien différent d'être comme Dieu.
Dieu veut nous donner part à sa divinité. La tentation serait de prendre cette divinité, sans Dieu, vouloir être comme Dieu mais sans lui, sans l'amitié avec Dieu. Dieu veut nous faire participer avec lui, nous faire entrer dans l'amitié avec lui.
Être saints comme lui a deux sens.
Agir comme lui ;
Être comme lui : rien ne doit nous distinguer de Jésus sinon qu'il est fils par nature et nous par adoption.
On va parler de la vie éternelle.
Une autre idée majeure est que notre vie sur la terre dépend de notre relation au ciel. En effet, dans cette dynamique d'agir comme Dieu et d'être comme lui, il s'agit d'entrer dans un dialogue permanent avec Dieu pour devenir de plus en plus semblable à lui, et entrer dans la ressemblance avec lui.
Les saints aussi ont un rôle important à jouer. Si nous sommes ici aujourd'hui c'est peut être parce que certains ont prié pour nous. C'est cela, la communion des saints.
Dans un premier temps, nous verrons que l’homme est fait pour l’éternité. Depuis toujours, il porte en lui un désir d’absolu, une soif de vie qui ne s’éteint pas, signe qu’il est appelé à vivre au-delà de la mort.
Ensuite, nous chercherons à comprendre pourquoi la vie éternelle dépend du Christ. C’est en lui, par sa mort et sa résurrection, que s’ouvre le passage vers la véritable vie, celle qui ne connaît pas de fin.
Enfin, nous nous demanderons quelle sainteté nous sommes appelés à rechercher. Être saint comme Dieu est saint, c’est entrer dans sa vie même, apprendre à aimer comme lui, et laisser son amour nous transformer dès ici-bas.
L'idée d'éternité ne date pas d'hier. Déjà les hommes préhistoriques ou les Égyptiens enterraient leurs proches et, après leur mort, continuaient à avoir des rites pour les nourrir. De même, Platon et Aristote affirment qu'à la mort l'âme subsiste. Il y a quelque chose qui subsiste à la mort et il n'est pas besoin d'être chrétien pour le pressentir.
Aujourd'hui on a tendance (avec le transhumanisme notamment) à vouloir repousser le plus loin possible la vie humaine. On veut repousser la mort, l'éviter. On n'a jamais eu aussi peur de la mort. Il n'y a qu'à voir les derniers films : Avatar (2009), Transcendance (2014), etc... Certains veulent transplanter le cerveau dans un robot pour survivre. En fait, on veut faire disparaître le corps. C'est le rêve de l'homme moderne ! Quelle espérance a-t-on ?!
La bonne nouvelle est bien plus belle que ça. On ressuscite avec notre corps pour l'éternité ! En effet, Jésus ressuscité a un corps ! Il mange avec ses amis ! Mais alors, quel corps ? Le nôtre ! Nous vivrons la grâce dans notre corps qui sera donc guéri. Le corps est le média de l'amour. On a tous un compte à régler avec notre corps : après la résurrection des corps, ce sera bon. Nous serons réconciliés avec nous mêmes. Nous serons réconciliés avec notre corps comme un lieu où on peut se donner. Mais à cause du péché originel le corps peut aussi être le lieu de la fermeture et non celui de l'ouverture. La fermeture du corps va avec celle du cœur.
Par la résurrection, nous sommes aussi physiquement changés. Dieu nous transforme et nous transformera à la résurrection. Au matin de Pâques on annonce Jésus ressuscité. À partir de là, on a le choix entre la vie dans l'éternité ou la vie pour rien. C'est tellement splendide de savoir que l'on va vivre pour l'éternité. Imaginons que nous allons vivre sans fin ! Jamais nous n'allons nous arrêter de vivre. Nous sommes faits pour vivre. Pourquoi refuser de croire ce vers quoi tout notre être tend ? Si on est blessé on refuse de croire. Si l'amour nous blesse on finir par le nier. C'est pareil pour la vie. Profondément, nous avons un désir, un besoin d'absolu. Nous sommes créés par un être infiniment aimable, qui nous donne une dignité infinie, pour que nous soyons élevés jusqu'à sa grandeur, ce qui nous donne une dignité encore plus grande. Et nous on dit qu'on est un bête amas de cellules, né du hasard...
Croire en la vie éternelle ça change tout parce que la vie n'est plus la valeur absolue, on est prêt à tout pour la sauver. La valeur absolue c'est alors l'amour. Et on peut donner sa vie par amour. Je peux donner ma vie pour les autres. Je ne donne pas pour dire que je suis quelqu'un de bien. La seule raison pour laquelle je (me) donne, c'est parce que je sais que Dieu m'aime d'un amour infini, malgré tout. Le chrétien sait qu'il n'est pas digne mais il est la quand même parce qu'il croit en l'amour de Dieu. On peut dire au Seigneur : "Tu m'aimes". Il faut le répéter jusqu'à ce qu'on le croie.
Un bon exemple est celui de Pierre. Pourquoi Dieu confie-t-il l'Église à celui qui l'a trahi ? Parce que Pierre sait qu'il n'est pas digne. Parce qu'il connaît la misère humaine. Ce qui rend cela possible, c'est la miséricorde. Il faut apprendre, accepter d'être aimable. Vraiment ! C'est fondamental ! On peut pas se donner si on se trouve nul.
Tu imagines Jésus monter sur la croix en disant bon je me donne à vous mais franchement, c'est pas un cadeau, je suis nul ?!?
Certains font des expériences de mort imminente. Ces personnes font une expérience d'un monde autre. Et elles changent de vie radicalement. Ils n'ont plus peur de la mort car ils savent que ce qui les attend après est merveilleux. D'ailleurs ils ne veulent pas revenir pour la plupart !
En bref :
Toute expérience humaine finit par devenir lassante, parce que nous cherchons l'absolu de toutes nos forces. Le désir d'absolu et d'éternité n'est pas folie. C'est le désir d'être Dieu qui est folie. Nous ne sommes pas faits pour être Dieu mais pour être comme lui. Cf 1Th 4; 14 (la mort paisible dans le Christ) - Rm 5; 21 (la mort du péché pour rentrer dès maintenant dans la vie éternelle) - Rm 8; 11 (la mort de la mort !)
On découvre alors que l'amour est la valeur ultime. Vivre dès aujourd'hui de la vie éternelle demande du courage et de la foi, de sacrifier du confort et de la sécurité. Mais le Seigneur nous soutient toujours et nous demande de faire des pas que nous sommes capables de faire.
On peut ainsi passer à la vitesse supérieure du côté spirituel, comme le petit José des Cristeros.
Prenons l'exemple du jeune homme riche. Jésus lui dit (en résumé) : "Cet absolu que tu cherches, c'est moi. C'est moi ton absolu, ton infini, ta perfection que tu cherches tant." La vie éternelle demande ce détachement : je suis fait pour la relation à Dieu et aux autres. Je ne trouve pas l'absolu en moi même.
En Matthieu 19, le thème est simple : détachement, détachement, détachement. On ne vivra pas toujours sur terre. Le détachement libère intérieurement. Et immédiatement on devient pertinent ! Et on réalise nos rêves, parce qu'on trouve l'absolu.
Saint Jean l'Évangéliste propose une pédagogie : croire au Christ, croire que Dieu nous parle, et l'écouter parler à notre cœur.
Croire (cf Jn 3;15-16). Croire au Christ c'est la première œuvre que Dieu attend de nous.
Jésus demande de croire dans la parole de Dieu (Jn 5;24-26). On ne peut pas vivre sans Bible. Elle donne la vie. Il faut entrer dans la parole de Dieu.
Écouter Dieu parler : Sh'ma Israël (Dt 6;4). Ce qu'on retient c'est ce que Jésus dit à notre cœur. Pas les enseignements !
"Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour." (Jn 6; 53-54)
Il y a un parallèle chez saint Jean entre le Prologue et le discours sur le Pain de vie, au chapitre 6.
Le discours sur le Pain de vie nous ramène à ce que saint Jean dit dès le début : le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. Il est venu parmi nous et se donne en nourriture. C'est un peu violent ! C'est la partie difficile : accepter que Jésus soit mort pour moi. Qu'il ait été broyé pour que je vive. "Est-ce que tu crois que tu as ce prix à mes yeux ?" Telle est notre valeur. Notre prix c'est Dieu. Personne ne peut plus dire je suis nul. Notre valeur est inestimable parce que Dieu nous a estimé à cette valeur là ! C'est lui qui nous donne cette dignité. On va à la messe pour accepter ce prix que nous avons. C'est nécessaire pour la vie éternelle.
Sans eucharistie je n'ai pas la vie de la grâce en moi (voir Jn 6;32-34). La grâce est un don que nous n'avons pas mérité. Si on s'éloigne de l'eucharistie on s'éloigne de la grâce. S'éloigner du corps (le Christ) c'est s'éloigner de l'Esprit (Saint).
« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »
Jésus leur dit : « N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous, les Douze ? Et l’un de vous est un diable ! » (Jn 6; 68-70)
Entrer dans cette obéissance est difficile, cela passe par la pénitence. Mais quand on a entendu la parole de Jésus : "je te donne ma vie" cela change tout. Qu'est-ce que cela veut dire ?
J'accepte que tu m'aimes.
Je te laisse le droit d'intervenir quand tu veux dans ma vie même si ça me gêne.
Tu as le droit de me corriger même si ça fait mal.
Seigneur, si je te donne ma vie c'est pour être saint. En dessous ce n'est pas acceptable. C'est ça mon ambition. C'est dire : "tu as tous les droits sur moi et moi je n'en ai aucun, parce que tu es Dieu et pas moi."
Finalement ce n'est qu'un acte de justice. La bonne nouvelle c'est qu'on ne sacrifie que le mal ! Sacrifier, c'est couper un lien. Jeûner, c'est couper le lien mauvais qu'on peut avoir avec la nourriture. De même le don, etc... On coupe tous les mauvais liens qui nous séparent de Dieu.
En bref :
La vie éternelle avec le Christ est un chemin en 3 étapes :
Croire à Jésus - écouter et recevoir la Parole
Manger Jésus - recevoir le Pain de Vie
Obéir en Jésus - faire pénitence
La vie éternelle est donnée à tous, mais pas la sainteté ! Il ne faut pas confondre non plus sainteté (qui vient de Dieu) et perfection (que je veux comme venant de moi). Il s'agit de se donner, encore et encore, humblement. Il ne faut pas confondre sainteté et humanisme : le plus beau, c'est Jésus et il faut l'annoncer.
Ceux qui agissent vraiment pour les pauvres créent des missionnaires. Et le plus grand désir, c'est que même les plus pauvres reçoivent l'évangile.
Attention à ne pas non plus identifier sainteté et souffrance. Quand on n'est pas saint, on souffre. Il y a 2 souffrances : celle du diable qui souffre pour ses péchés, celle de Jésus qui souffre pour les nôtres. L'une est mauvaise, l'autre est bonne. La croix est le lieu de notre victoire. Il y a une souffrance, mais elle vient du fait que Jésus nous aime et que nous ne l'aimons pas, ou pas assez. Comme Jésus, il s'agit de ne pas arrêter d'aimer, mais il y a une souffrance s'il n'y a pas de retour.
Il ne faut enfin pas mélanger sainteté et mysticisme désincarné, ou ésotérisme.
Être saint c'est vivre avec Dieu, imiter Jésus.
Vivre avec le Père : c'est la Providence. Le Père me guide, m'envoie les personnes et les moyens. Je n'ai pas de souci à me faire.
Vivre avec le Fils : c'est le salut. La conversion continuelle. Apprendre à aimer pour les autres.
Vivre avec l'Esprit : c'est la vie surnaturelle. Oser entrer dans cette vie de foi, d'espérance et de charité. Ce n'est pas grave de ne pas comprendre. Comprendre c'est prendre, et on ne peut pas prendre Dieu !
En bref :
Vivre avec Dieu, entrer dans la vie même de Dieu, c'est la seule chose que l'on puisse faire ici-bas ! Et ce n'est qu'après que nous saurons si nous sommes saints.