Père Guillaume de Menthière
Plan
I/Le crime contre l’Esprit Saint
II/L’Enfer c’est le refus d’aimer
III/Les tentatives de négation de l’Enfer
IV/La liberté humaine
Si Dieu seul est cause de l’œuvre du Salut, comment admette qu’il puisse y avoir des créatures qui ne soient pas sauvées ? La responsabilité de cet échec incombe alors entièrement à Dieu qui parait fort peu divin. S’il est possible pour l’homme d’être damné, cela ne saurait venir d’une déficience dans la volonté de salut universelle de Dieu, ou d’une quelconque impuissance de sa part de mener son projet à bonne fin. Parce que la créature participe à son salut comme on l’a déjà vu, elle peut être responsable de sa perte. Elle peut résister à tous les assauts de la miséricorde divine. La grâce peut solliciter en vain une liberté.
I/Le crime contre l’Esprit Saint
N’est-ce pas cela le crime contre l’Esprit Saint dont parle Jésus dans l’Evangile, dont il parle en termes terribles (Mc 3;28-29) ? Que peut être ce péché contre l’Esprit ? Saint Thomas d’Aquin explique qu’il est par nature irrémissible parce qu’il est refus de l’Esprit, ie refus du Salut offert à l’homme par l’Esprit Saint : « Par l’Esprit Saint il a envoyé la rémission des péchés. » (formule d’absolution dans le sacrement de réconciliation). Jean Paul II dans Dominum et vivificantem écrit : « Le blasphème contre l’Esprit Saint consiste précisément dans le refus radical de se tourner vers les sources de la rédemption dont l’Esprit Saint est le dispensateur intime. » La non rémission est liée comme à sa cause à la non pénitence, ie au refus radical de se convertir.
II/L’Enfer, c’est le refus d’aimer
L’orgueil humain est tel qu’il peut passer outre tous les avertissements divins, ignorer toutes les menées de la grâce. Un cœur qui n’est plus capable d’aimer, de donner, de recevoir n’est plus en état de jouir du paradis. « L’Enfer c’est de ne plus aimer. » (Bernanos). Or Dieu ne peut pas aimer à notre place. C’est à chaque créature libre de s’ouvrir ou de se fermer à l’amour. L’Enfer est un lieu où l’on ne peut plus s’ouvrir à l’amour en aucune façon, incapable du moindre acte altruiste.
Nul ne sera en en Enfer sans l’avoir voulu. Ce n’est pas Dieu qui damne l’homme mais l’homme qui se damne. C’est la puissance de la liberté humaine. La perspective que la liberté humaine puisse faire échouer le projet divin de salut universel en choisissant la damnation éternelle nous donne le vertige, mais Dieu a pris ce risque-là.
III/Les tentatives de négation de l’Enfer
Il n’a pas manqué de théologiens pour essayer de diminuer la portée du dogme de l’Enfer. On a ainsi essayé d’expliquer que les damnés étaient tous simplement détruits, et donc que l’Enfer n’était rien d’autre que le néant. Il n’y aurait pas d’Enfer souffrant, mais une sorte de volatilisation des méchants. Cela n’a bien sûr aucun fondement dans les écritures. On aussi soutenu que l’Enfer n’était qu’une hypothèse pédagogique. Ce serait un peu comme la bombe nucléaire des grandes puissances, menace que l’on brandit dans le but de ne pas s’en servir. D’ailleurs l’Eglise n’a jamais affirmé qu’il y ait quelqu’un en Enfer. Certains soutiennent cette idée d’un Enfer hypothétique. Evidemment, cette vue se heurte déjà aux démons dont on est sûr qu’ils sont en Enfer. Mais cette opinion se heurte aussi à l’Ecriture et à la Tradition. Le paradis est certes prévu pour tous, mais rien ne garantit que tous y soient. Quand Jésus décrit le Jugement Dernier en distinguant les boucs des brebis (Mt25), c’est vraiment une étrange exégèse que de dire que les boucs sont un cas chimérique ! Si Dieu nous menace de quelque chose de faux, comment ne pas douter du reste ? Certes il faut espérer pour tous et pour chacun, mais rien dans la Révélation ne nous permet d’affirmer que tous obtiendront le Salut.
Alors que faire devant cette perspective terrifiante de l’Enfer ? S’en tenir aux données de l’Ecriture et les méditer, comme le fait Saint Ignace. Il faut se garder de spéculer sur cette réalité. Se souvenir que « personne n’est plus digne de l’Enfer que moi-même. » (Michel Ange) L’Enfer est avant tout une possibilité pour moi-même si je n’ai pas recours à l’infini miséricorde de Dieu. L’humilité et la confiance, voilà ce qui convient. Personne ne peut se mettre à l’abri de l’immense malaise que suscite en nous la perspective d’une éternelle damnation. Il nous faut vivre avec ce tourment, sans tenter de s’en séparer à bon compte par quelque tour de passe-passe théologique. « Je ne vous donnerai pas ce que je n’ai point. Je vous effraie parce que je suis effrayé. Je vous donnerai plus de sécurité si j’en avais moi-même. Mais je crains le feu éternel. C’est des impies qu’il est parlé et non de moi me dira quelqu’un. Quelque pécheur, quelque adultère, quelque trompeur, quelque voleur, quelque parjure que je sois, j’ai pour base le Christ je suis chrétien, je suis baptisé ! Sans être corrigé de tes crimes, sans avoir fait pénitence, peux-tu bien te promettre le Royaume des Cieux ? Je ne le pense point, car ceux qui commettent ces crimes n’entreront point dans le Royaume des Cieux. Ignores-tu donc que la patience de Dieu mène à la pénitence ? » (Saint Augustin)
IV/La liberté humaine
Ce qui est en jeu dans cette question de l’Enfer c’est le sérieux de la liberté humaine. L’homme a ce pouvoir exorbitant de mettre en échec ce projet de Dieu. A moins que ce ne soit justement le projet de Dieu que de nous laisser cette pleine et entière liberté. Ce qui serait en fait un échec au projet de Dieu serait de devoir contraindre un amour ou arracher par force un consentement. On touche là à des mystères qui nous confondent : l’abime de la liberté divine. Il nous faut résister non au désir de comprendre mais à l’illusion d’avoir compris… Dans sa liberté, chaque homme peut donc accueillir la grâce du salut ou la refuser et se perdre.
Synthèse personnelle
1/Le crime contre l’Esprit Saint : Refuser l’Esprit Saint, c’est en fait refuser la grâce e refuser la pénitence. Parce qu’il est refus du pardon, il est par nature irrémissible.
2/L’Enfer c’est le refus d’aimer : Un cœur qui refuse d’aimer, de se donner, de recevoir l’amour est incapable de jouir du paradis. L’Enfer est donc ce lieu où toute forme d’amour est impossible.
3/Les tentatives de négation de l’Enfer : Certains soutinrent qu’il n’y avait pas d’Enfer mais une simple volatilisation indolore des méchants. Cela n’a aucun fondement. D’autres affirmèrent qu’il s’agit d’une hypothèse pédagogique, une menace dont on ne se sert pas comme la bombe. On rétorquera qu’il y a au moins les démons en Enfer et que Jésus semble fortement indiquer qu’il y aura du monde en Enfer. Il faut donc s’en tenir à l’Ecriture avec humilité et bien considérer l’Enfer comme une possibilité.
4/La liberté humaine : L’Enfer est en fait l’illustration de la pleine liberté de l’homme que Dieu prend bien au sérieux.