Préliminaire. 5 mn. Répondre à la question : Qu’est-ce que ça me fait d’être sauvé ?
Le péché – se tromper de bonheur - sépare de Dieu, des autres et de moi-même/ rend malheureux dès ici bas et aliène « esclaves du péché » (Jn8,34). « Le salaire du péché, c’est la mort » Rm 6, 23. Le péché a abîmé la nature humaine. Mais Dieu n’a pas renoncé à notre bonheur.
St Thomas d’Aquin dit (en gros) que si les « méthodes » de Dieu changent (on appelle ça des « économies » différentes – par exemple, le temps des prophètes n’est pas le temps de l’Incarnation qui n’est pas le temps de l’Eglise), son Dessein n’a pas changé puisqu’il se détermine par le but= conduire les créatures spirituelles à la béatitude. Et il est accompli en Jésus Christ.
Jn 3, 16 « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné Son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. »
C’est parce qu’il est Dieu et en tant qu’homme que Jésus nous sauve, par son Incarnation, sa mort et sa Résurrection, qui ne sont qu’un seul et même acte. Chaque étape est nécessaire à l’autre, mais si on veut comprendre ‘à quoi ça sert’ vite aif’
L’incarnation nous humanise de nouveau
Jésus est vrai homme ; en sa vraie humanité qui dit oui, l’humanité qui n’a pas su dire oui à Dieu, ni accueillir son amour en Adam et Eve devient capable en Jésus de vivre avec Dieu et en son amour.
GS 22 « Il a …avec des mains d’hommes », etc etc.
On voit aussi pendant la vie publique, Jésus guérit, redresse, console, relève… permet aux hommes de vivre pleinement leur humanité.
Ce que nous avions refusé (Max le Confesseur)= prendre le temps d’être hommes, prendre le temps d’être dans le temps, d’assumer notre humanité, Jésus le vit pleinement, parfaitement. (ex de la première tentation du Christ : « pourquoi tu t’emmerdes à être un homme ? »)
En s’incarnant, Dieu a fait pour nous ce que nous avions refusé : il a été homme, tout simplement.
Et du coup le péché est mis en échec. Le péché, qui était de refuser notre condition de créature, de refuser de tout recevoir de Dieu (et donc qui nous a amené à ne rien recevoir du tout) échoue lamentablement par l’Incarnation car le Verbe se fait chair et rend donc la chair de nouveau capable de recevoir de Dieu.
L’incarnation fait de nous des fils de Dieu.
Quand le Fils devient homme, les hommes deviennent fils. Jésus Christ nous établis comme fils de Dieu. Les pères de l’Eglise disent « le Fils de Dieu s’est fait homme pour que les hommes soient faits fils de Dieu ». Il nous donne l’adoption filiale. (Ep1) Ce n’est pas par nature que nous sommes fils, Jésus est l’Unique.
L’incarnation nous divinise
Mais le désir de Dieu est que nous devenions fils dans le Fils, pour partager la vie trinitaire. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu ». Par l’Incarnation, il y a ce que les pères ont appelé l’admirabile commercium, ou l’échange admirable = en la Personne de Jésus la divinité est unie à l’humanité, sans confusion ni séparation dit l’Eglise. Alors c’est toute l’humanité qui est rendue capable de, comme le dit 2 P 1, 4 « être rendue participante de la nature divine ».
Mais s’arrêter là (on peut le faire avec Jésus « ami », « solidaire », « modèle »…) est insuffisant. « N’édulcorons pas la croix du Christ », dit un théologien exceptionnel ;). Le salut par l’Incarnation n’est pas « suffisant » ou plus exactement il n’est pas accompli, parfait, il mène à autre chose et cette chose c’est la Croix…
On va essayer de contempler ce mystère.
En effet, les pères de l’Eglise ont compris que « tout ce qui n’est pas assumé n’est pas sauvé », or le péché est homicide Dieu, en s’incarnant, doit traverser la mort pour nous en libérer.
Je ne vais pas m’attarder là-dessus, mais Is 52-53, Ph 2, 6-11 ou encore la théologie de Hans Urs von Balthasar sont bouleversants pour comprendre le mouvement de la kénose : l’abaissement du Fils qui descend, pour nous sauver, jusqu’à l’abjection de la mort la plus déshumanisante. Jésus a traversé toutes les horreurs du mal et du péché, de la déshumanisation « il n’avait plus le visage d’un homme ». Et comme le péché est homicide (Jn 8, 44) et nous a séparés du Père, une séparation mortelle, le Fils dans sa Passion et dans sa mort a été jusqu’à assumer cette séparation avec le Père, qu’il a violemment ressentie à la croix « Mon Dieu, mon Dieu, pq m’as-tu abandonné ? ». C’est pour ça que Paul peut dire « il a été fait péché », phrase très forte, incompréhensible : Jésus a traversé, assumé le mal jusqu’à être déshumanisé (Is 53)
Jusqu’à cette peine infernale, « il est venu chercher ceux qui étaient perdus » (Lc 19, 10)
Par amour pour nous, Jésus, en assumant librement, dans l’obéissance et l’amour du Père cette séparation avec Dieu que notre orgueil et notre désobéissance avaient choisie, l’a retournée comme une chaussette : il a rouvert pour les hommes le chemin de l’union à Dieu- en se donnant Lui-même.
En bref : en mourant, Jésus a assumé tout le mal du monde, tous nos péchés. Dieu n’est pas sauveteur (la bouée lancée de loin) mais Sauveur. Il a porté ce péché (Ga 3, 13), Il a traversé le mal jusqu’au fond de son abîme.
Mais, comme le dit St Paul (1 Co 15, 14) « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi ». Pourquoi la Résurrection nous sauve, puisque sur la Croix « tout est accompli » ?
C’est ce que résume saint Paul dans cet hymne admirable : Ph 2, 6-11
Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : "Jésus Christ est Seigneur" à la gloire de Dieu le Père.
On explique.
Sur la Croix le Fils a accompli sa mission : prendre notre condition, assumer l’humanité et le péché, dans l’amour et la réception totale du don du Père. Ce mouvement de « vidage » (c’est moche), d’abaissement – on dit « kénotique » est le mouvement de toute la vie terrestre du Christ, et il est accompli, achevé, parfait sur la Croix.
Or (on s’accroche un peu) : ce mouvement n’est pas seulement celui du Fils incarné, mais celui même de l’amour trinitaire. Dans la Trinité Sainte (Jn 3, 35 « Le Père aime le Fils et a tout remis entre ses mains »), le Père donne tout au Fils et le Fils reçoit tout de Lui – ce qui veut dire : n’a rien a priori, n’est que disponibilité absolue au don infini du Père – et de ce mouvement d’amour est répandu l’Esprit.
Or la Croix est la perfection de ce mouvement dans l’humanité même du Christ. Parvenu au néant absolu, le Fils a tout, tout, tout donné, rien retenu. L’acte divin par excellence (ce don total de la vie du Père au Fils qui n’a rien retenu pour lui) s’accomplit donc précisément à cet endroit : dans l’humanité du Fils. Absolument toute donnée au Père, l’humanité du Fils devient le lieu de réception du don du Père au Fils : la vie divine envahit ce corps livré. C’est la Résurrection. [et par la suite l’effusion de l’ES]
En bref : Par la Résurrection de Jésus, l’humanité – et même la chair humaine – est donc envahie par la vie trinitaire. Jésus ressuscité libère l’humanité du péché et l’amène à ce pour quoi elle a été faite : la communion avec Dieu.
Mais nous avons été créés libres, et nous devons consentir à ce que notre vie soit ainsi divinisée…
Salut objectif/ subjectif. Par sa mort et sa résurrection, en Jésus, nous sommes complètement sauvés. Il n’y a plus rien à faire que de l’accepter. Dieu seul sauve, mais l’homme doit accepter ce Salut : St Aug Dieu nous a créés sans nous, Il ne nous sauvera pas sans nous.
Parler du pro nobis et de la substitution- inclusion.
Viens agir en moi (Ga 2, 20).
Sanctification de toute la vie. Chaque instant, chaque action. Rien n’est anodin. Thérèse de Lisieux. Ce monde et cette histoire ont été épousés, choisis par Dieu. Aimer le monde, l’habiter, habiter ma vie, être incarnés. Le chrétien, comme Paul, ne vit « pas le dos tourné au monde, vers un Dieu au-delà de l’univers, mais dans l’engagement de Dieu pour ce monde. » (Balth)
Jésus homme = le lien avec le Père. J’ai accès au Père. Je peux contempler Dieu, être unie à Lui. Jésus est l’union indissoluble de l’homme et de Dieu. Thérèse d’Avila. Amoureuse.
L’effusion de l’Esprit ó L’espérance ne déçoit pas (Rm 5, 5). Il n’y a aucune situation de péché désespéré. Je peux dès ici bas vivre de la vie divine.