On ne réalise pas assez l'importance de l'Ascension.
Il y a 3 périodes dans l'histoire du salut :
La préparation évangélique, l'humanité se prépare a accueillir le verbe de Dieu
L'incarnation : 30 ans de vie cachée du Christ + 3 ans où la parole de Dieu a été annoncée
De l'Ascension à la Parousie : c'est notre temps, depuis les Actes des Apôtres jusqu'à aujourd'hui, où nous sommes dans l'attente du retour du Christ en gloire
L’Ascension est pour les apôtres et pour nous la fin d'un rêve. La fin du messianisme politique. Pour nous, c'est la fin de la chrétienté qui s'impose au monde.
Il y a une conséquence à cela : l'Église se retrouve ballottée entre la persécution du monde et l’aide de Dieu, dans un monde où il s'agit de laisser pousser le grain et l'ivraie tout ensemble. Nous serons toujours dans une Église persécutée mais soutenue par les consolations de Dieu.
Quand il monte au ciel, le Christ élève notre histoire. C’est une dimension verticale, une étape décisive dans la relation entre Dieu et l'homme aujourd'hui. Le Christ ne disparaît pas totalement. Il est encore plus présent, notamment par les sacrements. Par son Ascension il est tout à tous. D'ailleurs il l'affirme : "Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28, 20)
Par les sacrements, le même Christ peut se donner partout. Il n'est plus inscrit dans une temporalité comme lorsqu'il était soumis à la loi de l’incarnation. Attention, le cas des apparitions ou de la bilocation est différent, c'est une représentation. Mais une représentation ne peut pas se donner totalement.
Alors que par le sacrement le Christ se donne vraiment. Il est vraiment présent par un acte sacramentel... Ce n'est pas une représentation symbolique ! Donc c'est pour nous un énorme avantage que le Christ soit monté au ciel : "il est de votre intérêt que je m’en aille car ma présence sera plus manifeste et présente partout dans le monde." Ce n'est pas une désertion : Il est encore plus présent depuis qu'il est au ciel. Dans l'eucharistie par exemple, le Christ est vraiment présent à des millions de personnes à travers le monde, qui ne se connaissent pas, ne se rencontreront probablement jamais, mais font partie du même corps mystique du Christ.
L'Ascension met le salut à notre portée : le Christ élève notre histoire. Le salut nous est donné. En cela, l'Ascension a une portée anthropologique. Elle n’est pas une désincarnation. Lorsque que le Christ ressuscité, il n'est pas un pur esprit : il ressuscite avec son corps. Il mange avec les disciples après, et plusieurs fois, pour bien nous montrer qu'il a un vrai corps. À l'Ascension, si vous me suivez bien, il monte donc au ciel avec son corps. C'est absolument fou. On est trop habitués à penser cela, mais est-ce que nous avons vraiment saisi (ou au moins en partie) la folie d'imaginer Jésus montant au ciel avec son corps ?
Il y a un corps dans la Trinité ! Ce corps ne rajoute rien puisqu'il ne manquait rien à l'origine, mais c'est une nouveauté dans la Trinité. Cela nous rappelle l’importance du corps. Le corps n’est pas un objet, un outil, un véhicule pour notre pensée.
Nous sommes ambivalents : à mi-chemin entre exaltation et mépris du corps. C'est l'attitude du transhumanisme qui veut dépasser les limites du corps (jusqu'à l'ultime limite de la mort). Or, ce que disent la Résurrection et l'Ascension, c'est que je ne peux être sauvé sans mon corps !! Je ne peux pas être sauvé simplement par mon âme.
Nous sommes rendus participants de la nature divine. Nous aurons accès à une autre nature que celle que nous avons à la base. Nous avons en nous un désir de se dépasser, d'être transcendés en quelque sort. Par l'Ascension, nous avons l’espérance que l'humanité connaîtra une "promotion", nous aurons le droit au plus haut des honneurs divins.
Et les anges, alors ? Les anges n'ont pas de corps, ils sont purs esprits. Ils ont une nature supérieure à la nature humaine mais l’homme sera élevé dans la gloire, et la nature humaine a été glorifiée par l'incarnation de Dieu dans un corps d'homme. C'est pour cela que l’ange Gabriel est à genou devant Marie.
Il y alors un vrai enjeu d'évangélisation, un vrai enjeu de restaurer la nature humaine dans une société qui si souvent dénigre le corps, ou au contraire le porte aux nues. L'Homme est formidable : à la fois vulnérable et porteur d'infini. "L'homme passe l'homme", dit Pascal, il connaîtra l'Ascension et l'Assomption de sa propre nature. C'est porteur d'une immense espérance pour nous-mêmes. Nous n’allons pas être transformés : nous participerons à la nature divine tout en gardant notre nature.
Loin d'être un lieu de tristesse, loin d'être le jour où Jésus nous abandonne pour rejoindre son Père, l'Ascension est la fête où, plus que jamais, nous pouvons célébrer la bonté de Jésus, Dieu avec nous, Dieu fait homme parmi les hommes, pour nous donner part à sa divinité.