Nous allons montrer ici que la promesse et le don de l’Esprit Saint ne sont pas une sorte de cerise sur le gâteau dans le plan du salut, un accessoire dont on pourrait à la rigueur faire l’économie, mais au contraire l’achèvement de ce plan, ce vers quoi tout converge.
Il y a 2 récits de la Création dans la Genèse :
Gn 1 : Le cosmos et l’humanité
L’Esprit de Dieu y présent dès le principe : il plane sur les eaux. C'est lui qui vient donner forme à ce qui est « tohu-bohu » (expression hébraïque rendue dans nos Bibles par « informe et vide »). La création est une œuvre bonne, qui distingue et ordonne, qui met chaque chose à sa place.
Dieu y crée l’homme à son image, à l’image du « nous » divin, dans lequel, désormais, nous pouvons voir la Trinité.
Gn 2 : Zoom sur l'humanité : homme et femme
Dieu souffle dans les narines de l’homme une haleine de vie. On ne parle pas de l’Esprit Saint. Mais il apparaît clairement que Dieu donne à l’homme, et à l’homme seul, de partager quelque chose de ce qu’il est, et pas n’importe quoi : son propre souffle de vie. Comme le rappelle Gaudium et spes (1965) au n°3 : "L’homme est la seule créature voulue pour elle-même, et à l’image de Dieu." Il existe donc une connivence particulière entre Dieu et l’homme.
Nous n'arrivons pas à faire le bien que nous voudrions faire, pourquoi ? À cause de la chute d'Adam et Ève, le péché originel, où le diable nous a fait douter de la bonté de Dieu.
Dans la Genèse, cela engendre pour l'homme la peur de Dieu (Adam et Ève se cachent, ayant découvert qu'ils étaient nus), puis l'exil du jardin d'Éden. Le diable a fait douter Adam et Ève de la bonté de Dieu, il a brisé ce lien originel qui existait entre le Créateur et sa créature.
S'ensuite une division dans toute la suite de la Genèse (et de l'histoire du salut), consécutive à ce péché. L'appel de Dieu "Adam, où es-tu ?" (Gn 3,9) résonne au début de l'histoire sainte racontée par la Bible.
Dans le livre de l'Exode, on voit que Dieu peut (et veut) nous libérer. Il se révèle dans le signe le plus éclatant du miracle : le passage de la Mer Rouge à pied sec ! Or, l’assèchement de la mer s'effectue par un fort vent. Et en hébreu vent = ruah = esprit. Sans doute n’y a-t-il pas ici de volonté de rapprochement immédiat entre ce souffle et l’Esprit, mais disons au minimum que l’image est forte.
Dieu aurait pu libérer son peuple de mille et unes manières. Il le fait en traçant un chemin sec à travers la mer, symbole de mort, grâce à un souffle puissant… Peut-on déjà y voir une préfiguration du fait que c’est « l’Esprit de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts » (Rm 8,11) ?
Au désert, le don de la Loi a lieu pour aider l'Homme à choisir le Bien.
Les « 10 paroles » (qu’on appelle habituellement les « 10 commandements », ou décalogue) répondent aux 10 paroles de la création. Par le décalogue, Dieu (re)donne à son peuple la Loi de la création. Mais elle demeure extérieure à l'Homme et reste donc insuffisante : la Loi révèle le péché mais ne change pas le cœur de l'Homme.
On n’arrive toujours pas à restaurer l'alliance entre Dieu et l'Homme.
Tout au long de l'histoire sainte, Dieu ne cesse de dire à son peuple qu'il l’aime. On pourra voir en particulier dans le livre d'Osée :
"Oui, j’ai aimé Israël dès son enfance, et, pour le faire sortir d’Égypte, j’ai appelé mon fils. Quand je l’ai appelé, il s’est éloigné pour sacrifier aux Baals et brûler des offrandes aux idoles. C’est moi qui lui apprenais à marcher, en le soutenant de mes bras, et il n’a pas compris que je venais à son secours. Je le guidais avec humanité, par des liens d’amour ; je le traitais comme un nourrisson qu’on soulève tout contre sa joue ; je me penchais vers lui pour le faire manger." (Os 11, 1-4a)
Ou encore dans le livre de Jérémie :
"Depuis les lointains, le Seigneur m’est apparu : Je t’aime d’un amour éternel, aussi je te garde ma fidélité." (Jr 31, 3)
L'exil à Babylone est l'occasion pour Dieu de la promesse d'une alliance nouvelle :
En Jr 31,31-34 : Dieu promet à l'homme une connaissance intérieure de l'alliance et de la loi. Comment ?
Dieu gravera la loi dans le coeur des hommes et leur fera don de son Esprit : "Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. [...] Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit [...] Vous habiterez le pays que j’ai donné à vos pères : vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu." (Ez 36, 24-28)
Il y a une attente très forte autour de cette promesse. Dans le livre de Joël (Jl 3,1-2) on lit : « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair, Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens des visions. Même sur les esclaves, hommes et femmes, en ces jours-là, je répandrai mon Esprit ».
Cette attente rejoint l’attente du Messie.
Au début de l'évangile de Luc, l'Esprit Saint est omniprésent :
Dans l'annonce à Zacharie : à propos de Jean-Baptiste (Lc 1,15)
Dans l'annonce à Marie : à propos de sa conception virginale (Lc 1,35)
Lors de la Visitation : Elisabeth est remplie d’Esprit Saint (Lc 1,41)
Lors de la naissance de Jean-Baptiste : Zacharie est rempli d'Esprit Saint (Lc 1,67)
Syméon en est rempli (Lc 2,25), il a été prévenu par l'Esprit Saint avant (Lc 2,26) et il est poussé au temple par lui (Lc 2,27)
Par toutes ces interventions, on observe que par l'Esprit Saint, Dieu prépare sa venue dans la chair.
Saint Cyrille d’Alexandrie (412-444), dans son commentaire sur l'Évangile de Jean, écrit :
"Lorsque le temps de cette générosité a fait venir sur cette terre le Fils unique incarné, c’est-à-dire un homme né d’une femme, selon la sainte Écriture, Dieu le Père nous a encore donné son Esprit, et le premier qui le reçut fut le Christ, comme étant le premier exemplaire de la nature renouvelée. Jean le Baptiste l’affirme : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel et demeurer sur lui."
Les annonces de l’Ancien Testament sont confirmées ici : l’Esprit Saint est celui par qui Dieu va restaurer toute chose, celui par qui il va restaurer l’Homme. Et comme le Christ veut être "l’aîné d’une multitude de frères" (Rm 8,29), il est revêtu de l’Esprit Saint à son baptême par Jean, comme signe de ce qui adviendra à tout homme par le baptême.
La croix est la manifestation de l'amour de Dieu pour l'humanité : Jésus a assumé notre souffrance jusqu'au bout et nous libère de notre péché : "Lui-même a porté nos péchés dans son corps sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice ; par ses blessures, vous avez été guéris." (1 P 2, 24).
On peut identifier 3 moments du don de l'Esprit :
C'est le dernier don du Christ sur la croix : Jésus "remet l'esprit", par son cœur ouvert dont jaillit l'eau (Jn 19, 30.33-34)
Après la résurrection : l'Esprit Saint est le 1er don du Christ. Pour quoi ? Pour le pardon des péchés. "Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit: Recevez le Saint-Esprit. Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus." (Jn 20, 22-23)
À la Pentecôte, au moment où les apôtres sont envoyés en mission (et toute l'Église à leur suite).
En bref, l'Esprit Saint est celui qui nous donne cette loi nouvelle en l'inscrivant au fond de notre cœur. On l'a vu, il est aussi clairement relié à l'envoi en mission des disciples et au pouvoir de pardonner les péchés.
Dans la lettre aux Éphésiens, Paul écrit que l'Esprit Saint est donné comme une avance sur l’héritage promis (Ep 1, 13-14). C'est une avance réelle : il atteste déjà en nous que nous sommes enfants de Dieu et donc cohéritiers du Christ (Rm 8, 16-17). Et donc c’est lui qui conduit notre mission, exactement comme jadis il avait conduit celle du Christ (en le poussant au désert par exemple, cf Lc 4, 11).
Ainsi par exemple :
Ac 3, 2 : c’est lui qui ordonne le départ de Barnabas et Paul.
Ac 16, 6 : au contraire, l'Esprit interdit d’aller en Asie.
En réalité (et surtout) : l'Esprit Saint est libre d’agir comme il veut quand il veut (Jn 3 : "L'Esprit souffle où il veut"), et cela même avant le baptême (cf Ac 10, 44) pourvu qu'un cœur soit prêt à le recevoir.
En fait, c'est notre histoire à chacun. Nous avons tous besoin d'être sauvés et d'être renouvelés dans le don de l'Esprit Saint. Notre destinée, c’est d’être habités et conduits par l’Esprit Saint, à son écoute, attentifs à ses appels. C’est cela que nous voulons vivre pour annoncer au monde la bonne nouvelle du salut.
COMMENTAIRE DE SAINT CYRILLE D'ALEXANDRIE SUR L'ÉVANGILE DE JEAN
C'est pour nous que le Christ, au baptême, a reçu le Saint-Esprit
Le Créateur de l’univers avait décidé de récapituler toutes choses dans le Christ, par une réalisation magnifique, et de restaurer la nature humaine dans son premier état. Il promet donc de lui rendre, avec tous les autres dons, le Saint-Esprit. En effet, elle n’aurait pas pu autrement retrouver la possession paisible et durable de ses biens.
Aussi Dieu a-t-il fixé le moment où le Saint-Esprit descendrait vers nous, et il nous en a fait la promesse : En ces jours-là – évidemment ceux de notre Sauveur –, je répandrai mon Esprit sur tout être de chair.
Lorsque le temps de cette générosité a fait venir sur cette terre le Fils unique incarné, c’est-à-dire un homme né d’une femme, selon la sainte Écriture, Dieu le Père nous a encore donné son Esprit, et le premier qui le reçut fut le Christ, comme étant le premier exemplaire de la nature renouvelée. Jean le Baptiste l’affirme : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel et demeurer sur lui. ~
Si l’on dit que le Christ a reçu le Saint-Esprit, c’est en tant qu’il s’est fait homme et en tant qu’il convenait à l’homme de le recevoir.
Sans doute, il est le Fils de Dieu le Père, et engendré de sa substance, et cela avant l’incarnation et même avant tous les siècles. Malgré cela, il n’éprouve aucune tristesse à entendre le Père lui dire, maintenant qu’il s’est fait homme : Tu es mon Fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.
Celui qui était Dieu, engendré par lui avant les siècles, le Père dit qu’il est engendré aujourd’hui : cela signifie qu’il nous accueille en lui comme des fils adoptifs, car toute l’humanité était contenue dans le Christ en tant qu’il était homme. En ce sens, on dit que le Père, alors que son Fils possédait déjà son Esprit, le lui donne de nouveau, de telle sorte que nous soyons gratifiés de l’Esprit en lui. C’est pour cela qu’il prend en charge la descendance d’Abraham, selon l’Écriture, et qu’il s’est rendu en tout semblable à ses frères.
Ce n’est donc pas pour lui-même que le Fils unique a reçu le Saint-Esprit. Car l’Esprit est à lui, en lui et par lui, comme nous l’avons déjà dit. Mais parce que, s’étant fait homme, il possédait en lui toute la nature humaine, il a reçu l’Esprit afin de la récapituler tout entière, en la restaurant dans son premier état. ~ Nous pouvons donc voir, par un sage raisonnement et en nous appuyant sur les affirmations de la sainte Écriture, que le Christ n’a pas reçu l’Esprit Saint pour lui-même, mais plutôt pour nous, qui étions en lui. Car c’est par lui que nous parviennent tous les biens.