Aujourd'hui, les décisions se prennent souvent au niveau émotionnel. On veut emporter le morceau, donc on essaye de court-circuiter la réflexion au profit de la pitié, de l’émotion et de la peine.
Ex : Tout ce qui touche à l’euthanasie.
Mais, il existe tout de même des systèmes éthiques. Principalement 2 :
Morale héritée de Kant : l’impératif catégorique (il est mal, en toute circonstance, d’agir de telle ou telle manière. Il y a des choses qui ne se font pas). Point de vue minoritaire, considéré comme « conservateur » voire « réactionnaire ». Dans cette perspective, il ne sera jamais possible de mentir, même à un tueur venant exécuter un innocent qui se cache chez moi.
Morale plus anglo-saxonne : le conséquentialisme. La seule chose qui compte, ce sont les conséquences de mon action. Ce qu’elle entraîne. Dans son versant plaisir/déplaisir, c’est l’utilitarisme. Le but absolu de toute action, c’est de maximiser le bonheur. Il faudrait d’abord quantifier le bonheur sur cette terre, puis on pourrait essayer de l’augmenter. Dans cette perspective, aucun interdit absolu (!). De plus, la fin justifie toujours les moyens.
Exemple pour mettre ces 2 perspectives en lumière : Peut-on pousser un gros sur une voie de chemin de fer pour arrêter un train ? Oui dit l’utilitariste si ça sauve la vie d’au moins 2 personnes. Non, dit l’autre, car « ça ne se fait pas ».
La part de vérité :
Il y a du vrai chez le déontologue. C’est ce que l’église appelle « les actes intrinsèquement mauvais ». Mais cette morale semble inadaptée à la richesse des situations (complexes). Savoir qu’il y a des gestes toujours mauvais, ne dit pas quoi faire le reste du temps.
Il y a du vrai chez le conséquentialiste car les conséquences de mon acte entrent dans sa détermination. Par exemple, si un médecin dit qu’un traitement peut entraîner « de légères nausées » ou bien « une stérilité absolue du sujet sur 3 générations », ce n’est pas tout à la fait la même chose.
En fait, il y a une pauvreté commune à ces deux approches, elles négligent la perspective de l’homme agissant, dans son action. Que veut l’homme qui est en train d’agir ? C’est là-dessus que se porte la morale ! Ce n’est pas sur l’efficacité de nos actions que nous serons jugées, mais sur leur bonté. Or, le caractère bon/mauvais d’une action dépend d’abord de ce que l’homme fait.
Exemple : l’homme allongé sur son lit…
L’homme qui pompe, pour diffuser un poison, pour tuer les personnes, pour que des dirigeants justes arrivent, pour que s’établisse le Royaume de Dieu… Pas pareil !
Autre exemple : la différence entre tuer et laisser mourir. « Urgences » de Ogien.
Il faut donc rentrer dans la subjectivité de l’agent. On peut alors distinguer 2 implications de la volonté, prochaine et éloignée :
La volonté : ce qui est voulu dans l’acte que je pose et qui en vient à définir mon acte.
L’intention : ce qui me meut à poser tel ou tel acte.
Beaucoup ne voient que la 2ème implication de la volonté : « c’est l’intention qui compte » : je vais vous buter dans d’atroces souffrances, mais c’est pour le bien de l’Humanité, donc avec une bonne intention. Désolé =)
Si vous avez bien compris, pouvez-vous répondre « Est-ce que fumer est un péché ? » En fait, tout dépend de ce que « fumer » veut dire, car tout le monde ne pose pas le même acte en fumant. C’est un cas limite mais on peut dire qu’en faisant pareil, tout le monde ne fait pas la même chose.
2 actes extérieurement identiques (soumis à la même description), seront en fait très différents (chirurgien VS torture ou prendre la pilule comme contraceptif VS comme traitement hormonal…).
Prendre le temps d’habiter ses actions pour ne pas rester à la surface de ce que l’on fait. Exemple à la chapelle ! Que fais-je ? Différents niveaux de profondeur…
Notre morale requiert donc que l’on comprenne ce que fait l’agent pour déterminer si l’action posée est conforme ou non au souverain Bien de notre vie.
Car l’action transforme celui qui la pose : on ne peut donc jamais faire un mal en vue d’un bien car on atteint le bien visé : il est devenu un mal.
Ex : Puis-je tuer une personne pour lui prendre ses organes et les donner à 5 personnes. Je sauve 5 vies. Oui, sauf que je fais de moi un assassin, ce qui est bien plus grave que de laisser mourir 5 personnes. L’agent est transformé par son action.
Rappelez-vous, le but de la vie morale est notre préparation/disposition à entrer dans la vie éternelle. Les conséquentialistes ne peuvent le comprendre.
Mais pourquoi ne pas en rester à une position déontologique ? Car cette position aussi oublie que ce qui qualifie l’acte, c’est mon engagement subjectif. Ainsi : Ai-je le droit de mentir ? Non dit Kant ! Mais la vérité est une valeur spirituelle qui n’est pas due à tous. Je ne peux pas donner une info à quelqu’un qui va en faire mauvaise usage. Donc, je ne suis pas tenu de dire la vérité à un assassin. Tout ce que je ferai pour le détromper sera autre chose qu’un mensonge.
Ex : Un homme me demande à la sortie du métro où se trouvent les bars gays du quartier… Que faire ?
Y a-t-il des exceptions au droit de tuer ? Peut-il y avoir des considérations plus importantes que la dignité de l’homme ?
Non et la légitime défense en est un exemple. On a le droit de tuer en se défendant, pas la même chose que de tuer pour se défendre. Dans la réalité, c’est pas toujours simple.
Ex : Du sang et des larmes (on tue le terroriste, pas le berger)
Ce sont les 2 autres critères à regarder pour prendre en compte la moralité d’un acte.
Intention : c’est la volonté extérieure à l’acte : non pas que fais-je, mais pourquoi je fais ceci ?
Souvenons-nous de 1Co 15 : « Si j’offre mon corps en sacrifice et que je n’ai pas la charité… »
Circonstances : ce sont les éléments secondaires qui entourent l’acte. Ainsi, voler, c’est pas top, mais voler 500 Euros à une mamie sans le sous, c’est plus grave que 10 Euros à un riche.
Attention, une circonstance, ne peut jamais faire qu’un acte mauvais devienne bon (« oui, mais dans ces circonstances… »). En revanche, dans une circonstance, un acte bon (boire un verre de vin), peut devenir mauvais (je vais conduire et je tiens très mal l’alcool, je dois être à jeun pour un examen médical…).