Tout le monde doit avoir le texte sous les yeux. Dans l'idéal, on a prié avec avant ou on prie avec après.
« Après cela, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment. »
"Après cela" : les événements de la Pâques relatés au chapitre 20.
Sur l’expression "Se manifesta" et l’acte de révélation :
Intervient deux fois (versets 1 et 14) et doit se lire en regard du chapitre 20 où Jésus se tient, vient, est vu. Ici, il s’agit donc d’un autre mode de présence. Le terme correspond à un acte de révélation et va donc appeler la foi.
Ailleurs chez Jean : efanerosen est également utilisé par Jean à Cana, et "connote, selon l’étymologie, la transparence en pleine lumière d’une réalité […] céleste".
Ailleurs dans l’évangile : Chez Luc la pêche miraculeuse est en début d’Evangile (Lc 5) : elle est donc bien un acte de révélation. (cf. v. 14).
Le chapitre 20 nous avait introduit à la thématique de la foi : croire sans voir est un avantage (20,29), et la rencontre et la foi dans le Ressuscité transforment (les disciples sont "frères" pour la première fois en 20,17).
« Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples. »
La réalité ecclésiale est déjà là. Ils sont 7 (dont un "laïc" parmi les deux autres disciples ?). En 20,22 l’Esprit a été répandu : de nouveau c’est à la communauté qu’il se manifeste.
On relève "ensemble" (v2), "nous aussi" (v3) et "avec toi" (v3) : c’est une vraie communauté.
« Simon-Pierre leur dit : "Je m’en vais à la pêche." Ils lui répondent : "Nous aussi, nous allons avec toi." Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien. »
Les disciples sont dans leur quotidien, ils font ce qu’ils ont à faire hyper humainement. Pourtant ils ont déjà vu le ressuscité. Deux interprétations possibles :
Négative : Ils n’ont décidément rien compris, ils n’ont pas encore été transformés. "Le mec retourne chez Danone" - Agnus.
Positif : On peut aussi y lire un axe clair pour notre chemin de sainteté : la rencontre du ressuscité ne les déconnecte pas de leur devoir d’état. Et cet attachement à leur devoir d’état n’empêche pas le Ressuscité de se manifester. C’est justement dans leur quotidien renouvelé que se déploie leur vie nouvelle et la résurrection. Notre quotidien est le lieu (un lieu) où Jésus nous rejoint pour nous transformer radicalement (et là effectivement ça le révolutionne un peu).
"Cette nuit-là ils ne prirent rien" : justement dans le quotidien qui sans lui semble sombre, improductif, stérile même… invitation à l’espérance.
« Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. »
De nouveau la résurrection : "au lever du jour" (en fait "le matin", même terme qu’en 20,1 pour le matin de la résurrection), "le rivage".
Jésus est là, mais je ne le vois pas, je ne le sais pas, je ne le reconnais pas. Cf. espérance.
"Ils ne savaient pas que c’était lui" à mettre en regard avec "leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître" (Lc24) : le nouveau mode de présence du Ressuscité appelle l’acte de foi pour la reconnaissance. En Luc 24 on sait toute l’importance du geste eucharistique pour cette reconnaissance et cet acte de foi : on va voir qu’il en est de même ici.
« Jésus leur dit : "Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ?" Ils lui répondirent : "Non." »
"Les enfants" rappelle le discours d’adieu (cf.13,33). Jésus parle ici comme dans ce discours en unité avec le Père. Ainsi par Lui qui est Fils, les disciples deviennent eux aussi fils et enfants. Conforme à ce qui avait été annoncé en 1,12 qui fait le lien avec l’acte de foi : "il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom".
Jésus pousse les disciples à reconnaître leur vulnérabilité et leur échec. La question a dû pas mal les gonfler : mais l’action miraculeuse du Seigneur nécessite un acte d’humilité. Il les met donc face à la vérité (humilité). Jésus qui veut agir dans ma vie demande que je me reconnaisse faible et tout petit « Sans toi, je ne peux rien faire » (Jn 15, 5). Ce qui va toujours avec l’acte de foi. Foi – humilité (vérité).
« Il leur dit : "Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez." Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons. »
Confiance des disciples et du pro envers un touriste sur le rivage qu’ils ne connaissent même pas (et en particulier pour Pierre).
Surabondance qui est le fruit de la confiance, et toujours le signe de l’action de Dieu. Elle montre que les disciples sont dépassés par leurs propres actions ("ils n’arrivaient pas à le tirer", et leur acte porte plus loin que ce dont ils sont capables… puisqu’ils sont incapables).
Parallèles, en particulier sur la surabondance :
Les noces de Cana en 2,6s
La multiplication des pains en 6,11s
« Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : "C’est le Seigneur !" Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. »
Comme au chapitre 20, le disciple bien-aimé comprend tout de suite (20,8 : "il vit et il crut").
Quand il n’y a rien à voir (chapitre 20) il croit, quand il y a quelque chose à voir (chapitre 21) il croit.
C’est celui qui s’est le plus laisser aimer par Jésus qui est le plus capable de le reconnaître y compris dans sa vie quotidienne.
Il y a aussi une question d’entrainement : celui qui a déjà posé un acte de foi en repose plus facilement un nouveau (après celui de 20,8).
Il reconnaît Jésus au miracle (sicut dixit) et à la surabondance.
Magnifique complémentarité entre le disciple bien-aimé et Pierre : l’un comprend, l’autre agit immédiatement, l’acte de foi est entier à eux deux fides quae et fides qua. Les deux se complètent, c’est profondément ecclésial.
D’ailleurs aucun ne convoite la place de l’autre, le disciple bien-aimé ne se jette pas à l’eau, Pierre se meut le premier comme au chapitre 20.
L’action de chacun à sa place les constitue Eglise : cf. 1 Co 12-13, Eph 4.
L’Eglise a besoin d’interprètes et de pasteurs qui « se jettent à l’eau ».
Sur le vêtement :
A partir de Genèse : Un homme nu qui se cache pour se présenter devant Dieu, ça nous rappelle Adam. C’est la faute originelle du premier Adam qui est soldée par Jésus Nouvel Adam par la résurrection. A la fin de son évangile, Jean renvoie aux origines. Toutefois et c’est très important, même marqué par la culpabilité, Pierre ne se laisse pas abattre, son espérance, sa foi dans l’amour inconditionnel de Jésus pour lui est plus forte que sa culpabilité et sa faiblesse.
A partir de Jean sur le vêtement lui-même : Faut-il y voir le vêtement de service ou le vêtement sacerdotal ? Peut-être les deux. Le verset 18 reprend le même verbe ("serrer") et nous fait donc plus pencher pour le vêtement de service.
« Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres. »
Pierre est déjà devant… et il a déjà passé la tenue (de service) au verset précédent. Il a en fait déjà commencé à rentrer dans ce à quoi Jésus va l’appeler. L’appel du Christ n’est pas détaché ou plaqué de notre vie. Il la déploie. Et aussi : il travaille en profondeur pour préparer Pierre (et nous) par avance (Rm8).
« Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. »
Jésus a déjà du poisson ! Pourtant quand ils n’avaient rien il leur a quand même fait prendre quelque chose, qu’ils n’ont que grâce à lui (qui a déjà). Et après, même si le poisson est déjà prêt, il leur fait quand même apporter le leur. En fait Dieu n’a pas « besoin de nous », mais en attendant il nous fait participer, complètement gratuitement. La participation à l’œuvre de Dieu est vraiment un acte d’amour gratuit de sa part.
« Jésus leur dit : "Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre." »
"Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré."
Au v. 6 les disciples ne peuvent pas tirer le filet, à 6 gars qui devaient avoir l’habitude. Ici, Pierre seul tire le filet. Ce qui a changé : le commandement du Seigneur. Donc le Seigneur donne la force nécessaire au temps voulu par lui (confiance – encore une fois « hors de moi… », et patience - Is 60, 22).
Dans la continuité de l’engagement plein et entier de Pierre qui se jette à l’eau. Il se donne pleinement, et sa force est comme décuplée par le désir de s’approcher du Seigneur. C’est sa façon à lui de l’aimer.
Le filet ne se déchire pas. Il faut avoir de l’audace. Espérance aussi : le filet est l’image de l’Eglise dont Pierre est la tête. L’intégrité de l’Eglise est préservée par le Seigneur. Cf. 11,52 où on retrouve les enfants : "Jésus allait mourir pour la nation, et ce n’était pas seulement pour la nation, c’était afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés."
Symbolique du chiffre 153 : on peut faire de savants calculs, peu importe.
« Jésus leur dit alors : "Venez manger." Aucun des disciples n’osait lui demander : "Qui es-tu ?" Ils savaient que c’était le Seigneur. »
Aucun ne le questionne. Ils savent déjà : questionner serait contrôler.
Manuel de Diéguez, Science et Nescience : « Demander ‘qui es-tu ?’, c’est confier la réponse à la seule chair et c’est renier, déjà, le divin ». Ne pas poser la question, c’est justement rentrer dans la reconnaissance divine. Donc le fait que les disciples ne posent pas la question est déjà un acte de foi.
Confirmé par le fait que toutes les fois où cette question est posée dans l’évangile (en 1,19 ; 1,22 ; 8,25) c’est par des juifs incroyants.
« Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson. »
Dans la suite du verset précédent ("venez manger"), c’est un geste évidemment eucharistique qui permet, achève et complète "encore" la Révélation et la manifestation. Parallèle direct avec Luc 24.
Le geste eucharistique rétablit la communion, que la mort avait brisée alors que les disciples s’étaient dispersés et avaient laissé Jésus seul.
D’ailleurs le poisson n’est pas un icqus mais un oyarion, c’est-à-dire un "quelque chose à manger" donc on est bien dans le cadre eucharistique, celui où le Christ est notre vraie nourriture.
« C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples. »
Glose, rien à signaler, si ce n’est la redite de la « manifestation » qui encadre donc ce passage.
a) Le cadre du dialogue, son principe
Prend place après le repas eucharistique (début de v14) : il ne faut pas détacher les deux l’un de l’autre. En effet, c’est le don qui est premier, pas l’appel ou la demande (même s’il s’agit d’une demande et d’un appel d’amour).
« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Voilà ce à quoi nous sommes appelés : à un amour radicalement préférentiel pour le Seigneur. La question que pose Jésus, la première, c’est de savoir si nous l’aimons par-dessus tout. Centralité de Jésus même par rapport à nos frères, qui reviendra en 22.
L’amour est premier et seul. On voit que la seule condition de la mission dont Pierre va être investi, c’est l’amour de son Sauveur.
b) Le dialogue d’amour
Réponse de Pierre, mot à mot Toi, tu le sais : je t’aime. Ou v. 18 Tu sais tout, tu sais bien que je t’aime La radicalité de notre remise au Seigneur va jusque-là : même de mon amour pour le Seigneur je ne suis pas juge, même mon amour pour le Seigneur je ne le connais pas. Lui seul peut en juger, toi, tu le sais. Je ne peux que l’aimer autant que je peux et m’en remettre à lui pour tout le reste. Déprise de mon « propre » amour, mais aussi confiance dans le fait que le Seigneur, lui, sait.
A la troisième demande, Pierre répond non pas par oîda utilisé en 15 et 17, mais par gignoskô qui insiste sur l’élément existentiel de la connaissance : Pierre a confiance que malgré sa faiblesse, Jésus connaît, a fait l’expérience de son amour pour lui. Il pose un acte de foi profond, d’engagement existentiel.
La décroissance des termes d’amour employés (Jésus demande agapô les deux premières fois et Pierre répond phileo ; Jésus demande phielo la troisième fois) vont dans ce sens : Jésus appelle Pierre avec sa pauvreté, son incapacité, qu’il connaît et qu’il va pallier (on se rappelle du filet v. 11). Il « se met à son niveau ». Il y a un chemin d’humilité chez Pierre par rapport à avant la Passion. Il ne fait plus de promesses bravaches (par exemple en répondant bravement agapô). Il reconnait humblement ce dont il est capable… et ce dont il est incapable.
D’ailleurs, ce qui « intéresse » Jésus, c’est l’amour de Pierre. Son oui, sa confiance. Pas son incapacité, pas son péché. Il ne lui reparle pas de sa trahison (mais il ne l’ignore pas non plus : il lui fait faire un chemin de guérison), de ses faillites. Dans la droite ligne de tout ce qu’on voit dans l’Ecriture depuis le début de l’année.
c) Ce qui en ressort (le fruit)
« Fais paître mes agneaux. » La réponse de Pierre est fragile (« toi, tu le sais », verbe jilv) mais Jésus l’investit, l’envoie en mission. Quelle preuve de confiance et de relèvement !
La triple investiture vv.15, 16, 17 répond bien évidemment au triple reniement de Jn 18, la peine de Pierre v. 17 montre que lui-même y pense. Là où le péché a abondé, la grâce surabonde. Jésus reprend pied à pied le péché (trois fois) pour bénir trois fois de façon complètement disproportionnée.
D’ailleurs « toi tu le sais » : c’est Jésus qui rend capable.
Par ailleurs c’est hyper beau de constater que Pierre ne réagit pas à l’investiture pastorale que Jésus lui donne par trois fois : son seul souci (tristesse, « toi, tu sais tout ») est que Jésus ne puisse douter de son amour. C’est donc cet amour pour Jésus qui est fondateur et raison de la mission de Pierre. On le trouve dès le début, on le retrouve à la fin : c’est lui l’essentiel. La source et l’âme de l’appel de Jésus et de la mission, c’est l’amour préférentiel pour lui.
L’Evangéliste signifie d’ailleurs que Jésus va faire avancer Pierre en sainteté après son institution au v. 18b-19 : celui qui n’ose répondre que jilv à ce moment-là va glorifier Dieu par sa mort. Or Jésus l’a dit (Jn15, 13) : il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Donc si Jésus se contente d’un amour imparfait de Pierre lors de son institution, il l’amènera à aimer agapv. Non seulement il l’y amènera mais il le lui dit, comme une promesse ratifiant la profondeur de son pardon, de sa confiance, de son amour. Quelle miséricorde…
« Ayant dit cela, il lui dit : "Suis-moi" » (v.19). « Cela », c’est tout ce qui précède : le relèvement, l’institution, l’annonce du martyr. Donc l’appel de Jésus n’est pas seulement un appel à *tout ce qui précède*, mais plus profondément et plus puissamment à marcher dans ses pas. A le suivre lui. Ce « suis-moi » n’est plus celui de Jn1, 43 (appel de Philippe) : c’est celui de la configuration à Jésus jusqu’à la mort.
La configuration de Pierre participe de tout le mouvement du passage qui consiste à mettre Jésus à la seule et unique première place. « Pour moi vivre c’est le Christ. » (Phi1,21) Par amour tu renonces pour lui à ce dont tu pensais être constitué (verset 18), jusqu’à la mort. Ainsi tu glorifies Dieu.
Au v.7, Pierre se jette à l’eau vers Jésus.
Le plongeon dans l’eau, baptizô, évoque le baptême, la configuration par excellence au Christ, le passage par Sa Mort (l’eau) et Sa Résurrection.
Dans le NT, la mention du vêtement évoque la tenue de noces (Mt26, 12), la robe blanche (Ap7, 9) de ceux qui les ont blanchies dans le sang de l’Agneau (Ap7, 14), la configuration au Christ en gloire.
Aux vv. 15. 16 et 17 Jésus nomme Pierre Simon, fils de Jean. Le nom hébreu est Simon, fils de Jonas ou Onias. On retrouve Simon, fils d’Onias en Si50, 1 : c’est Simon, fils d’Onias, le grand prêtre, qui pendant sa vie répara le Temple et durant ses jours fortifia le sanctuaire…par cette appellation, Jésus investit donc Pierre comme prêtre et pasteur. Leçon de Jn 21 : l’unique grand prêtre est Jésus, mais Pierre Lui est configuré et participe de cet unique sacerdoce parfait et éternel (cf. lettre aux Hébreux).
L’institution de Pierre comme pasteur « pais mes brebis » est clairement une configuration car le Berger, c’est Jésus cf. Jn10. D’ailleurs le pronom possessif mes évite tout malentendu. D’ailleurs le Bon Pasteur dépose sa vie pour ses brebis en Jn 10, 11 ; Pierre est appelé à la déposer aussi aux v. 18-19.
vv. 18-19 quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas. ó c’est exactement ce que Jésus a vécu dans sa Passion qui est annoncé pour lui-même à Pierre, avec les mêmes termes (cf. Jn12, 33 il signifiait par là de quelle mort il allait mourir/ Jn21, 19 il signifiait, en parlant ainsi, de quelle mort Pierre devait glorifier Dieu).
Parallèle avec 13, 31 « le Fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui » ou 17, 1 « Père, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie ». Le verbe « glorifier » avec Pierre comme sujet évoque à lui seul la configuration au Christ que Pierre est en train de vivre, car c’est le Fils qui glorifie le Père. Ainsi est suggérée aussi la promesse de la divinisation (2 P1, 4) : si nous sommes configurés au Christ, nous devenons fils dans le Fils et nous partagerons la gloire trinitaire. J J J
Parallèle avec 13, 36 « tu ne peux me suivre maintenant, mais tu me suivras plus tard ». Ici, il ce temps est arrivé. Il y a quelque chose d’un cheminement accompli. Confirmation de la configuration via l’appel au martyre.
Donc le Christ est : (1) la source de la vie de Pierre, (2) celui qui œuvre en lui (pasteur, berger), (3) celui vers qui son œuvre va (la glorification), (4) se fin (mort).
Pierre vit ici un nouvel appel, lui qui en a déjà vécu un certain nombre dans l’évangile.
D’ailleurs il lui redit « Simon, fils de Jean », exactement comme à son appel en 1,42.
De même Dieu ne cesse de nous appeler et de nous rappeler à lui.
Ce nouvel appel est dans la continuité du renouvellement pascal.
Cet appel est pour Pierre le moment de s’engager, de choisir, de « basculer ». Ce qui est marqué par l’évolution de son nom.
Initialement, il est appelé « Simon-Pierre ». Il est à la fois l’homme pécheur, le pauvre, celui qui ne connaissait pas Jésus et vivait sans lui, et l’homme que Jésus a appelé, son ami. Il porte en lui ce double héritage, qui est celui de l’homme ancien et de l’homme nouveau. Qui va-t-il devenir ?
On note que Jean s’adresse à l’ami de Jésus (verset 7). Celui qui croit, celui qui le connait. En effet, il n’y a que l’homme de foi qui puisse reconnaître Jésus.
Jésus s’adresse à Pierre par son prénom originel : Simon. Il insiste même sur cette origine « hors de lui (Jésus) » par la mention « fils de Jean » (alors que Pierre est né de Jésus). Il prend Pierre là où il est, il va le chercher au plus profond de lui-même, à la racine de cet « homme ancien » (qui en remontant est fils d’Adam). C’est véritablement un nouvel appel pour Pierre, à sortir de lui-même, à quitter cet homme ancien.
Quand enfin Pierre s’abandonne et « bascule », il devient justement « Pierre », et seulement Pierre. C’est le seul nom qui lui sera donné jusqu’à la fin (même quand il fera une bourde avec le disciple bien-aimé). Il est devenu l’homme nouveau. Il a choisi.
Tout cela est dans la droite ligne de la configuration au Christ.
L’enjeu, c’est de garder le regard fixé sur Jésus, et lui seulement.
« S’étant retourné, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait. C’est lui qui, pendant le repas, s’était penché sur la poitrine de Jésus pour lui dire : "Seigneur, quel est celui qui va te livrer ?" »
Pierre se détourne de Jésus, puisqu’il regarde derrière lui.
Il effectue le mouvement inverse de Marie-Madeleine qui au chapitre précédent se retourne par deux fois.
Le disciple bien-aimé a lui bien compris où était sa place : derrière Jésus… et derrière Pierre. Pierre sa place sera d’être devant (les autres) pour être derrière (Jésus) et derrière (Jésus) pour être devant (les autres).
On voit aussi ici que Pierre a été pris à part des autres.
On voit également que tout cela met en marche. Ce n’est pas statique : la vie avec le Christ est un mouvement, qui consiste à suivre.
Dire un mot sur l’Eglise pétrinienne et l’Eglise johannique des premiers siècles.
« Pierre, voyant donc ce disciple, dit à Jésus : "Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il ?" »
Pastoralement, la question de Pierre est juste. Elle correspond dans une certaine mesure à la charge qui vient de lui être donnée et dans laquelle il commence à rentrer.
En même temps, et même si on le comprend, il est un peu à côté de la plaque. Jésus lui dit « suis- moi », et lui il se retourne et parle d’un autre (comparaison !)
« Jésus lui répond : "Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi." »
D’ailleurs Jésus le recadre tout de suite. « Ce n’est pas le problème » (et « ce n’est pas ton problème »). Toi ce que je te demande c’est d’avoir les yeux fixés sur moi. Arrête de regarder ailleurs !
Ré-insiste sur l’amour préférentiel demandé par Jésus. Et sur le fait que la seule véritable tête, c’est lui.
Eclaire aussi le sens de la charge pastorale de Pierre.
Certes, il est appelé à paître les brebis du Seigneur, et donc à en prendre soin. Mais pas au risque de leur donner une place démesurée par rapport au Christ qui rappelle ici qu’il est le Seul Pasteur et que sa volonté (si je veux) est seule désirable.
Moi ça m’a tellement aidée…que t’importe ? Toi, suis-moi…quand le souci des frères ou de la mission prend trop de place, se rappeler que Jésus seul sait, agit, aime vraiment mes frères, et que pour moi la meilleure façon de paître les brebis qui me sont éventuellement confiées, c’est de me laisser configurer à lui, de le suivre, de le regarder, de l’aimer, qu’il soit premier. Et donc, de prier, prier puis de faire ce que j’ai à faire en le lui offrant. Combien de fois alors que j’avais le cœur en vrac pour tel ou telle personne, ce que j’ai fait de mieux pour lui (elle) ça a été d’éplucher les carottes ou de bosser ma théologie… que t’importe ? Toi, suis-moi.