Point de départ : un don immense
Pourtant le don s’épuise. Pourquoi ?
En réalité, il n’a pas reçu, il a pris. Souvent nous remplaçons le don par la possession, l’acte de recevoir par l’acte de prendre.
a) Exemple déployé : le temps
Exemple : le temps. Considérer qu’il s’agit de « mon temps ». Que j’utilise, dont je fais ce que je veux. Que je rentabilise. Et du coup les autres me « prennent » du temps.
En réalité je ne possède pas ce temps. Je ne suis pas à son origine. Je ne le maîtrise pas. « Qui d’entre vous peut rajouter une coudée à la durée de sa vie ? »
Le temps est un don, un don gratuit que je reçois. Ca peut être une routine de chaque matin. Qu’est-ce qui changerait si je considérais le temps de chaque journée comme un cadeau qui m’est donné, que je ne possède pas, mais que je reçois ?
b) Autres exemples : les relatons
Vrai dans les relations : utiliser les autres pour me faire valoir, ou moins grossièrement comme « bouées affectives ». Je peux « posséder » mes amis, « posséder » celui ou celle avec qui je suis en couple.
Pourquoi faisons-nous ainsi ?
Parce que recevoir, c’est très difficile.
Expérience de recevoir un compliment, une parole valorisante. On est gêné, on minimise.
Pourquoi est-ce si difficile ? Parce que accepter de recevoir, c’est accepter de dépendre de quelqu’un d’autre. C’est renoncer à contrôler et à maîtriser. « Ni Dieu ni maître. »
Lorsque je reçois un cadeau, je reçois un don gratuit, pour lequel je n’ai rien fait.
Raison pour laquelle notre relation avec nos parents peut être si difficile. Accepter que mon père soit mon papa, que ma mère soit ma maman, c’est reconnaître que j’ai reçu la vie d’eux, que je dépends d’eux.
Exemple perso.
Très difficile pour nous de lâcher ce contrôle – ce qui signifie que c’est très difficile de nous laisser aimer. On préfère tuer le don, et donc tuer la relation, pour protéger notre contrôle narcissique. Préférer la possession au don, c’est préférer son cocon à la relation.
Le fils tue son père. Pour pouvoir posséder, il nie celui dont il dépend. « Vivre sans père », sans dépendre de personne (il quitte la maison).
a) L’épuisement
Ce que découvre bien vite le fils, c’est que ce cocon est illusoire, il s’épuise très vite. Bien sûr la richesse s’épuise. Mais aussi la nourriture, c’est-à-dire la vie. Et : la joie, la fête.
Pourquoi ? Parce que s’approprier le don, c’est détruire ce que l’on prend.
Si je prends une voiture, à la fin j’ai une voiture. Mais si je prends ce qui est don, je n’ai pas un don, je n’ai plus rien. On ne peut pas s’approprier un don.
Aujourd’hui on parle beaucoup de la « société de consommation ». Vous propose de plutôt le penser comme « société de la possession ». On ne veut pas recevoir, mais prendre, utiliser.
Exemple perso de la montagne
Si la joie est un don qui jaillit en moi, vouloir posséder la joie, c’est la détruire. Si ma vie est un don, s’approprier ma vie c’est finalement abîmer ma propre vie. On peut encore se dire que : vouloir être indépendant, être la source de soi-même, c’est un déni de réalité – et donc ça nous conduit toujours dans le mur à la fin.
b) Le coup de génie du fils
Le coup de génie du fils, c’est de rentrer en lui-même. S’arrêter et descendre au fond. Deux découvertes :
« J’avais un rêve, et j’ai été déçu. » « J’attendais le bonheur, et je ne l’ai pas vraiment trouvé. » Peut être vrai même si ce rêve est bon (ici : explorer le monde, déployer sa vie). Il réalise qu’il s’est trompé de rêve. Dans notre vie, à un moment où à un autre, nous sommes forcément confrontés à ces déceptions. Déceptions professionnelles, déceptions amoureuses, déceptions amicales…
« Où est la source du don ? » Le don qui ne déçoit pas, le don surabondant ?
Impasse du développement personnel : faire surgir la solution de moi. Souvent par une forme de contrôle. Techniques etc. peuvent être très bien par ailleurs, elles ne nous remettent pas dans le don : elles restent décevantes.
Vous laisse avec cette question : où est pour moi la source du don ?
Finalement le fils rentre. Et là on rencontre son frère. On pense peut-être qu’il nous ressemble plus. Lui n’a pas cherché à tout s’approprier, n’a pas dilapidé la fortune… C’est un gars bien.
Lui a des revendications. « J’ai droit à » puisque j’ai fait ce qu’il faut. Ce « j’ai droit à » est terrible. C’est l’autre façon de refuser le don : non plus la possession, mais la revendication.
Exemple perso
Exemple : le salaire. « J’ai droit à » ?
En fait proche du précédent : idée qu’on doit mériter le don. Mériter l’affection des autres. Être digne de, être à la hauteur de. Très profondément ancré en nous, même enkysté en nous. Qu’est-ce que je pense avoir besoin de mériter, dans ma vie, dans mes relations ? (silence)
Le premier fils aussi : « je ne mérite pas ». Je vais y revenir.
Drame du fils aîné : il vit au milieu du don (« tout ce qui est à moi est à toi »), mais il ne s’en rend pas compte. La vie qu’il mène, les gens qui sont autour de lui, les biens… Tout cela lui est donné, et lui vit enfermé dans une prison intérieure.
Finalement « un père avait deux fils », mais « deux orphelins n’avaient pas de père ». L’un comme l’autre n’arrivent pas à recevoir l’amour de leur père, l’un et l’autre restent à l’extérieur, ne rentrent pas dans la fête qui leur est offerte.
Dieu est comme un père pour nous
Dieu veut nous donner
Auprès de lui se trouve la vie. On peut relire la parabole avec : Qui donne ? Qui nourrit ? Où est la fête ?
Laisse dire sa demande de pardon (important), mais aucun reproche.
Dieu ne guette pas nos fautes, il guette notre retour à la maison. Supplie d’entrer.
Tout début de la Bible : Dieu cherche Adam.
Toute fin « voici que je me tiens à la porte et je frappe »
Dieu nous cherche parce que nous sommes ses fils, ses filles, et qu’il nous aime.