Je me suis beaucoup ennuyé avec la Bible. Une fois qu’on a compris qu’il faut aider les pauvres et qu’on connait les histoires…
Notre problème c’est qu’on lit la Bible comme les Grecs : on a des questions, on a des réponses. Mais la façon dont Jésus parle et dont les Juifs écrivent ce sont des énigmes. C’est la lecture rabbinique de la Parole de Dieu. Voilà ce dont on va parler. D’une méthode de lecture de la Bible.
On va prendre Matthieu 13;31 et s'y initier.
Première chose, la Parole on ne la lit pas on l’écoute ! On l’écoute. Ensuite on la reprend, mais avec nos propres mots. Qu’est-ce que ça dit ? On en discute nous-mêmes avec nos propres mots. On colle au texte, mot par mot ! Par exemple là on parle des oiseaux du ciel. L’homme commence par prendre le grain et il sort dans son champ !
Normalement on se dit que l’histoire est stupide ou qu’elle nous échappe. Le mot juif pour parabole veut dire provocation.
Qu’est-ce qui est bizarre ici ? D’abord la parabole est sensée être une image du Royaume des Cieux mais en fait on ne voit pas trop le rapport… Et puis le gars il ne plante qu’une seule graine ! Personne ne fait ça. Tous les oiseaux du ciel viennent dans les branches, ça aussi c’est bizarre. Et puis le sénevé c’est moche en plus... Pour ceux qui écoutent cette histoire est complètement absurde. Il faut se laisser interpeler par ces bizarreries, ne pas les neutraliser.
Maintenant on va voir ce à quoi ce texte se rapporte : Dn4,9-18 et Ez17,23.
Ézéchiel fait une belle prophétie avec un cèdre magnifique. Idem Daniel. On passe de petits à grands, on devient puissant comme Dieu est puissant (grâce à lui). Jésus dit quelque chose de très différent. Ce n’est plus un beau cèdre du Liban, c’est un pauvre moutardier… Pourquoi Jésus dit ça ? J’ai l’impression de comprendre et en fait je ne comprends rien… Soit je reste à l’extérieur, soit je décide de rentrer dans ce qui me bouscule.
On peut aussi faire appel à notre mémoire, tout ce que ce texte déclenche en nous. Notre imagination aussi éventuellement. On peut penser par exemple au chant du serviteur souffrant « il n’avait ni beauté ni éclat », ce qui fait contraste avec l’arbre de Vie de la Genèse qu’on s’imagine souvent luxuriant, avec plein d’oiseaux etc. On peut penser à l’arbre de Zachée (un sycomore). Au « si vous aviez la foi grosse comme une graine de moutarde ». A la parabole du semeur (sauf qu’il en met partout).
On a entendu, on a raconté pour intérioriser, on a fait attention à ne rien oublier, on a cherché les bizarreries, on s’est appuyé sur toute l’Écriture. Maintenant, Dieu est caché dans cette parabole. Et nous aussi. Alors on peut reprendre le passage, le reméditer, en cherchant à voir pour moi où est Dieu, où est le Père, où est le Fils, où est l’Esprit, où je suis dans cette parabole. Par exemple pour moi le Père est le semeur, et le Fils la graine qui tombe dans la terre, tout petit parmi les hommes mais qui en fait va donner quelque chose de grand parmi nous, et en même temps un peu mal fichu : l’arbre. Mais on peut aussi lire autrement.
L'intérêt est de traverser ces différentes étapes ensemble. En échangeant ainsi en groupe, on s’éclaire les uns les autres, tout en s’attachant à rester bien proche du texte - car cette méthode propose une lecture très littérale du texte, qui colle au texte.
On peut se mettre en petits groupes et reprendre les paraboles suivantes Mt 7,44 ; Mc 8,15 et Mt 13,33.