Deux points techniques :
Importance d'avoir une grosse Bible avec plein de notes
Ordre des lettres du Nouveau Testament à connaître par cœur : RoCoCo GalEphePhi ColTeTe TimTimTit PhilémHé
« Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie… nous vous l’annonçons. » 1 Jean 1,1-3
Le Nouveau Testament couvre une période très brève, à la fois dans les événements qu’il raconte et dans le temps de son écriture : à peine trente ans d’histoire, et une génération pour tout consigner.
Mais cette courte période concentre l’accomplissement de toute l’histoire du salut.
Tout ce que Dieu avait préparé dans l’Ancien Testament trouve ici son aboutissement, et même son dépassement, dans la personne de Jésus-Christ.
Le but du Nouveau Testament est de montrer comment tout ce qui avait été préparé dans l'Ancien Testament s'accomplit dans la personne de Jésus... Et peut-être même un peu plus.
Et pour comprendre ce que cela signifie, il faut se replacer dans le contexte des premiers témoins.
Imaginons-nous entre les années 30 et 60 après Jésus-Christ. Que s'est-il passé ? Ça n'est pas aussi simple ni rapide que cela peut sembler pour nous.
Sur le moment, tout s’est passé très vite : la prédication de Jésus, la Passion, la Résurrection, la naissance de l’Église. Les Apôtres ont eu besoin de temps pour comprendre ce qu’ils vivaient.
Le soir de la Résurrection, ils n’avaient à peu près rien compris. Ils étaient perdus, incrédules, désorientés. L’épisode des disciples d’Emmaüs est symptomatique. Ils ont tout vécu — les miracles, les enseignements, la croix, la tombe vide — et pourtant ils n’ont pas encore saisi le sens profond de tout cela. Au début, l’Église c'est quelques gars analphabètes et une poignée de femmes qui ont vu vivant un homme qui était mort...
Il a fallu que les Apôtres repensent à tout ce qu'ils avaient vécu. Ils ont dû relire toute leur expérience à la lumière de la Résurrection. Et petit à petit, ils se sont rendu compte que tout ce qu’ils avaient vécu avec Jésus correspondait à ce que les Écritures annonçaient du Messie.
Ils ont compris que la souffrance et la croix n’étaient pas une défaite, mais le passage "obligé" ("il fallait") du Messie.
« Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » (Luc 24,26)
Comprendre que la crucifixion de Jésus ne contredit pas sa messianité n'est vraiment pas évident à comprendre. Cette compréhension n’a pas été donnée d’un coup : elle a été progressive, éclairée par l’Esprit Saint. Le Nouveau Testament, c’est justement le fruit de cette relecture croyante.
Le Nouveau Testament n’est pas un récit de la vie de Jésus. Les Évangiles ne sont pas des biographies au sens moderne. Le but des évangélistes n'est pas de faire la fiche Wikipédia de Jésus. Ils ne cherchent pas à tout raconter, mais à témoigner de ce qu'ils ont compris de Jésus, après coup. Ils veulent nous faire faire l'expérience qu'ils ont fait eux-mêmes. Ils nous disent en quelque sorte :
« Voilà ce que nous avons vécu avec lui, et voilà ce que nous avons compris ensuite, à la lumière de sa résurrection et de l’Esprit Saint. »
Autrement dit : les évangiles ne sont pas écrits pour raconter ce que Jésus a fait, mais pour nous faire entrer dans l’expérience qu’ils ont vécue.
« Ces choses ont été écrites pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. » (Jean 20,31)
Ils se retrouvent confrontés à une sacrée difficulté. Comment témoigner d'un événement, le donner à comprendre... Alors que soi-même on ne l'a pas compris sur le moment ?! Tous les évangiles sont pris dans cette tension : raconter l'événement, tout en montrant qu'on ne l'a pas reçu, pas compris sur le moment parce qu'il n'est compréhensible qu'à la lumière de Pâques et de la Pentecôte... mais en le donnant tout de même à comprendre, à recevoir.
Ce que les apôtres ont reçu, ce n’est pas d’abord une connaissance intellectuelle ou historique, mais une rencontre vivante. Ils ont connu Jésus, ils l’ont vu mort, puis vivant, et peu à peu ils ont compris qui il était vraiment. S'ils écrivent, c'est pour que nous puissions arriver nous-mêmes à la connaissance de la Personne du Christ.
Le Nouveau Testament est donc un témoignage de foi, destiné à nous faire vivre la même expérience : non pas savoir ce que les apôtres ont vécu (au fond, on s'en fiche de l'histoire de Pierre ou de Jacques), mais vivre à notre tour ce qu’ils ont découvert.
« Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Jean 20,29
La vraie question du Nouveau Testament n'est pas « Qu’a fait Jésus ? » Mais plutôt : « Qui est Jésus ? »
Les Évangiles nous conduisent à cette question centrale.
Tout ce que Jésus dit, tout ce qu’il fait, vise à révéler son identité.
Par ses paroles - il parle avec l’autorité même de Dieu.
Par ses gestes, il agit comme seul Dieu peut agir : il pardonne, il ressuscite, il sauve.
Par sa mort et sa résurrection surtout - il manifeste le visage de l’amour divin et accomplit notre salut.
Le Nouveau Testament n’est pas simplement le récit d’un passé ou une belle biographie : c’est l’annonce d’une présence vivante. C'est pourquoi dans cette Parole, le Christ vivant nous parle aujourd’hui.
Lire le Nouveau Testament, c’est entrer dans le mouvement même de la foi apostolique.
C’est marcher, comme eux, du regard extérieur (un rabbi, un prophète) vers la connaissance intérieure (le Fils de Dieu, le Seigneur vivant).
Chaque fois que nous ouvrons l’Évangile, nous sommes invités à faire la même route que les disciples d’Emmaüs : d’abord désorientés, puis éclairés par l’explication des Écritures, et enfin le cœur brûlant, reconnaissant le Seigneur à la fraction du pain.
« Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route ? » (Luc 24,32)
En un mot, le message de Dieu dans le Nouveau Testament, c’est celui-ci : Dieu a parlé en son Fils, et désormais il nous fait entrer dans sa vie.
Il ne s’agit pas seulement de savoir ce qu’il a fait, mais de le rencontrer, vivant, aujourd’hui.