Pascal Ide, Célibataires, osez le mariage !, Ed. Saint Paul 2017 (1999)
« Le mariage est l’aboutissement logique du célibat. » Louis de Funès, Carambolages
« C’est ici [dans le baptême] et ici seulement que toute vie trouve son sens définitif. Dès lors, la double vocation, matrimoniale et consacrée, n’est plus qu’une modalité de cet appel premier. Pour cette raison décisive, le célibataire ne se définit surtout pas négativement, comme « ni [marié] ni [consacré] », mais positivement, comme fils et fille de Dieu appelé dès aujourd’hui (et non pas demain ou « un jour, [quand] mon prince viendra ») à « offrir [sa] personne en sacrifice vivant, Saint est capable de plaire à Dieu » (Rm 12, 1) » p.9
« Lorsque la personne abandonne le désir impatient d’être épousée, elle devient paradoxalement beaucoup plus épousable. » p.10
« En tant que promesse, l’amour passion est fondateur. Reste qu’il n’est ni assuré ni nécessaire, ni surtout l’essentiel. » p.12
Déni : comme si accessoire ou secondaire. Masqué par suractivité ou multiplication des relations éphémères.
Souvent forme de honte ou de culpabilité, comme si anormal et responsable de cette situation.
Faire le constat, c’est reconnaître un fait présent. Se dire « Je suis célibataire ».
Changer de regard. Ce n’est pas une honte. État qui présente des avantages (liberté, temps disponible), des contraintes et des souffrances (surtout la solitude). « Reconnaître et accepter le célibat ne signifie pas que vous vous en satisfaites ni que vous ne souffrez pas du manque. Mais je veux seulement vous rappeler de ne pas en nier ou en gâcher les réelles possibilités. » p.24
Reconnaître les joies et ne pas focaliser sur les manques. « Le bonheur est d’abord une question de regard. » p.24
Sortir de la honte en arrêtant de se croire rejeté (par sa famille, son groupe social).
Nommer sa honte pour la dépasser. Souvent on a honte d’avoir honte.
Apprendre à se connaître.
Refuser les fausses solutions.
Utiliser l’arme de l’humour contre la honte.
Se libérer du regard des autres qui sont incapables de comprendre ce que je vis.
Être soi-même. « Vous avez le droit à votre identité, comme tout le monde. Soyez vous-mêmes. N’attendez pas d’autrui qu’il vous donne ce droit. Vous n’êtes pas que la tante célibataire bonne à garder les enfants - même si c’est source de grandes joies ; vous n’êtes pas le dépanneur qui doit toujours prendre ses jours de repos hors des vacances scolaires, à cause des familles. Votre vie de relation vous appartient. » p.27
Oser dire : « Je suis célibataire » sans justification, sans excuse, sans changer de ton, sans quitter l’interlocuteur des yeux. « Arrêtez de vous cacher en prenant votre portion célibataire au supermarché. » p.27
Vivre aujourd'hui. « Arrêtez de vous envoyer ce message négatif : "Demain sera mieux si je ne suis plus célibataire." » p.28 C’est aujourd’hui que je vis.
Me demander : quel est le but, le sens de ma vie ?
Le bonheur n’est pas un état passif mais un acte. Cet acte c’est le don.
Trois (quatre) mauvaises façon de vivre le don :
L’activisme. Se traduit par l’agitation. Parfois activisme pour de bonnes choses mais qui coupe du don (Marthe). Alimenté par : impression de n’exister qu’en faisant des expériences, dépendance à la reconnaissance des autres, FOMO, focalisation sur l’avoir (plus de compétences, plus de culture, plus de…)
La captation (de la personne à épouser). « Être en chasse » sans accueillir l’autre pour lui-même. Préférer le mariage au marié. En conséquence, négligence du don (pour plus tard), des amis (surtout déjà mariés), possessivité… Cultiver les amitiés avec ses amis « casés », c’est préserver la gratuité du don. Prier pour son futur mariage… mais aussi sa vocation à la sainteté. Le mariage est une priorité, mais une priorité seconde.
La fuite de soi.
Prendre le temps de se connaître soi-même. Passe par la solitude.
Le don sans retard (dès aujourd’hui).
Le don sans retour. En particulier : ne pas s’approprier ses amis. Avoir confiance en ma valeur indépendamment d’eux.
Le don sans restriction. Rencontrer l’autre pour lui-même, hors des check-lists de caractéristiques intéressantes (âge, travail…). Cultiver ses amitiés au lieu de vivre des relations « utiles ».
Deux vocations seulement : mariage et vie consacrée. Cf. Familiaris consortio 11
Trois raisons pour lesquelles le célibat n’est pas une vocation :
Pas rencontré de célibataires qui rêvent de l’être et ont abandonné tout désir d’une vie à deux sans aucun regret.
Les raisons avancées sont souvent : régressives (absence de contraintes, crainte de l’ennui et de la routine dans le mariage et donc fuite de la faille), blessées (déceptions amoureuses répétées, impossible fidélité), égoïstes (priorité aux choix professionnels, refus des contraintes), mixtes (déni de l’altérité). Souvent : déception, manque de confiance en l’amour.
L’homme et la femme sont faits pour se donner.
Donc : commencer par être au clair sur sa vocation. Et pour ça : discerner sérieusement.
Quatre stratégies pour éviter de se positionner face au mariage :
Le déni. Souvent par le fatalisme ou la fuite dans le travail. Prend la forme aussi des retardements (« quand je serai… ») et « je ne suis pas comme tout le monde ».
Les exigences. Recherche de la personne qui « me correspond parfaitement » : fuite de la différence. Risque du rapide « catalogage » par critères péremptoires.
Les compensations partielles. Le flirt. « Même si c’est le garçon qui fait les premiers pas, la fille s’arrange pour qu’il les fasse. » p.77 citant Denis Sonet.
L’accusation. Contre l’autre sexe souvent. Très argumentées. Peut-être juste. Le point : suis-je habité par le ressentiment ? Dans ce cas c’est à moi de me réouvrir. Souvent : réducteur (diabolise), généralisation abusive (tous, toujours).
Un dysfonctionnement est toujours bilatéral.
Ne laissez pas la peur de souffrir à nouveau prendre les commandes de votre vie.
Entretenir un certain habitus du changement, pour ne pas se refermer subtilement.
Il y a dans mon état de célibat des causes extérieures et intérieures. Les causes intérieures sont pour part subies, pour part voulues. À moi de prendre mes responsabilités.
Relire ses « échecs » passés. Comprendre. Pour guérir et pour avancer, ne pas reproduire.
Souvent : reproduction de systèmes familiaux, recherche de la figure manquante de la mère / du père.
Critère de discernement du blessé : je vais vers l’autre pour exister. L’éloignement de l’autre est vécu comme une perte de soi.
Accepter les sentiments sans le juger. Braver les interdits (interdits de ressentir, d’en être « encore là », d’avoir peur, d’être amoureux…).
Rappel des étapes du deuil : choc, déni, expression des sentiments, réalisation des tâches liées au deuil, découverte du sens, pardon demandé et donné, voir à nouveau les qualités de ce qui est perdu, célébrer la fin du deuil.
Quelques conseils pour les parents (juste distance, traiter son enfant en adulte véritable, jamais de conseil non sollicité).
Trois caractéristiques de la perception actuelle de l’amour, romantique : un état, irrationnel, comblant. D’où deux autres : individualiste et narcissique.
En réalité l’amour est acte et sentiment, mais le primat revient à l’acte qui est moteur (sentiment : passif).
« Je ne vous ai pas épousée parce que je vous aimais, mais pour vous aimer. » (attribué à Bismarck)
Aimer ce n’est pas être amoureux. On aime passionnément ses enfants sans en être jamais amoureux.
Pour purifier son rapport au sentiment amoureux :
Poser des actes. Ne pas se contenter d’ausculter ses états d’âme et de comparer ses sentiments.
Chercher à nommer pourquoi on aime l’autre.
Accepter les failles
« Je ne me marie pas parce que je suis fou d’elle, mais parce que je sais que c’est elle que je vais aimer. » p.163
Plutôt que de se fonder sur un rêve qui n’existe pas (l’élu qui tombe du ciel), se fonder sur ce qui existe : mes amitiés.
Sortir du providentialisme : prie comme tu tout dépendait de Dieu, agis comme si tout dépendait de toi.
Cultiver ses amitiés, dire oui à de nouvelles propositions de rencontre. Oser la rencontre. Privilégier les temps à deux.
Critères rationnels et critères spirituels
Pas tout de suite le mariage, mais construire une relation affective approfondie et stable. « "J’aime" ne veut pas dire "j’épouse" mais "j’étudie" ! » p.181 citant Denis Sonet
Si j’hésite quand je suis avec Jean, ce n’est pas parce que je pense à Jaques, mais parce que je n’ai pas accepté que Jean soit vulnérable et imparfait. « Avant d’épouser qui que ce soit, épousez la réalité. » p.182
Quelques critères pour pouvoir avancer avec une personne :
La disponibilité (évidemment)
La capacité efficace de changer, y compris sur des points apparemment anodins
La capacité à pardonner en profondeur
La présence de similitudes importantes
Une droiture et une santé de fond
La capacité à consentir à ce qu’est l’autre. « L’amour est un patient chemin qui va de la rive du sentiment et de la fusion vers la rive de la communion paisible, par l’océan parfois amer de l’acceptation et de l’intégration des différences. » p.191
La capacité et la volonté de communiquer
Bien discerner ce qu’on appelle signe de Dieu parfois un peu vite.
Pour ouvrir sa Bible : avoir une question claire, avoir discerné avant avec son intelligence, être prêt à tout entendre de Dieu (indifférence), donner de la place à un non (si… alors j’y vais, si… alors j’y vais pas)
Gare au « God of gaps », le Dieu bouche-trous !
Le critère affectif
Il est indispensable d’être amoureux pour construire une relation… amoureuse.
Se demander « pourquoi ne suis pas amoureux de mes amis ? » de même qu’on s’est demandé « pourquoi suis-je amoureux de Untel ? ». Nommer, évaluer, éventuellement s’en dégager.
Parfois, cela nous révèle que nous sommes amoureux - ce que l’habitude de l’amitié masquait.
Il y a des raisons d’ordre physique, psychologique, social, intellectuel et spirituel.
Pour évaluer le critère physique et le mettre à sa juste place :
Origine. D’où vient-il ? Souvent nous sommes marqués par les représentations du monde, et par notre histoire (telle jolie brune aux yeux bleus dont on n’a pas fait le deuil)
Pérennité. Prendre conscience de la durabilité de mon critère physique.
Liberté. Par rapport au regard des autres notamment. Critère de l’île déserte : et si j’étais sur une île déserte avec lui / elle, est-ce que cela me dérangerait pour l’épouser.
Hiérarchie des valeurs. Quelle importance par rapport à mes autres critères.
Idem pour le critère de « sécurité » des femmes.
Souvent : idéalisation. Le durcissement des critères n’est pas un signe de maturité mais de régression. Au contraire, la maturité se trouve dans l’acceptation des limites de l’autre. Toujours cette histoire de l’amour comblant.
Cohabiter, c’est cohésiter. C’est la mort de la construction de l’amour et de la relation. C’est en étant capable d’attendre et de vivre sans l’autre qu’on le désidéalise, pas en vivant clipsé sur lui.
Quatre questions :
Jusqu’à quand attendre ? Si le discernement est bien fait, ne pas attendre. Être courageux (assumer des risques), humble, patient.
Qui doit faire le premier pas ? Pas de réponse univoque. Mais : serait dommage d’échouer pour cela…
Que faire en cas de réponse clairement négative ? Faire son deuil. Accepter de repasser par toutes ses étapes, ne pas refouler, enfouir. Pas de regrets. On n’est pas forcément plus au clair après. Il faut prendre des risques. Faire une vraie renonciation à l’autre, complète. L’incarner dans plein de petites actions. Pardonner l’autre… et se pardonner soi-même. S’accorder le luxe d’un vrai deuil. On a le droit de prendre soin de soi !
Que faire en cas de réponse incertaine, ou demande de temporisation ? Arrêter de vivre au conditionnel. Pas de regrets. Se fixer un délai limite. D’ici là renoncer à la captation et à la séduction. Accepter de maintenir la distance, ne pas entrer dans un entre-deux.