Compilation des remarques
En lisant cette introduction on pense au développement de Bruaire dans Le droit de Dieu qui va de l'humanisme à la négation de l'homme en passant par la technique : c'est exactement ce phénomène qui est décrit ici.
L'analyse d'un déplacement d'une morale centrée sur la personne à une éthique centrée sur les interactions me semble pertinente. D'où les arguments du type "ça ne change rien pour toi, donc laisse faire" (avortement, euthanasie, PMA, etc.). Il y a bien là une technicisation de la morale, et son inscription dans la sphère politique.
Pour faire advenir le post humanisme, il faut changer la conception de l’homme, ce qui implique modification du langage, de la philosophie dans le sens de l’existentialisme remplaçant le substantialisme humaniste. L'adversaire du posthumanisme, c'est l'humanisme, dans son approche substantialiste (Descartes) et limitante (Kant).
Deux remarques très importantes : (1) Il semble en réalité que les sciences modernes de type "neuroscience" qui clament vouloir transformer notre rapport à nous-mêmes dans un renversement copernicien et ont des prétentions philosophiques affirmées (défendre une nouvelle vision de l'homme et du monde) pensent en boucle. Leurs conclusions scientifiques ne sont en fait que l'explicitation de leur choix épistémologique premier. Elles ne démontrent rien en ce sens. Par exemple : je pars du principe que le cerveau est un ordinateur, je l'étudie comme tel, par la force des choses je ne vois que des choses de ce type dans le cerveau, et je conclus "vous voyez tout ce qui est dans le cerveau est assimilable à un programme informatique". Biais épistémologique. Donc les affirmations n'ont rien de scientifique. (2) Les sciences modernes rationalistes font exactement ce qu'elles reprochaient aux religions de faire : invoquer des explications mystiques pour ce qu'elles ne savent pas expliquer rationnellement. Pour la conscience, on évoque "une illusion psychologique" mais on est évidemment incapable d'expliquer ce que cela signifie vraiment.
En lisant cette introduction on pense au développement de Bruaire dans Le droit de Dieu qui va de l'humanisme à la négation de l'homme en passant par la technique : c'est exactement ce phénomène qui est décrit ici.
« Les ordinateurs étaient à l’origine des machines très grossières et distantes, dans des pièces climatisées ou travaillaient des techniciens en blouse blanche. Ils sont ensuite arrivés sur nos bureaux, puis sous nos bras et maintenant dans nos poches. Bientôt, nous n’hésiteront pas à les mettre dans notre corps ou dans notre cerveau. » - Jean-Michel Truong, Totalement inhumaine, Les Empêcheurs de tourner en rond 2001, p.32
La science et la technique sont en chemin pour transformer le corps humain. Dramatiquement, elles sont devenus une puissance autonome qui nous assujetti. Puisqu’elle est autonome, ceux qui font de nécessité vertu font de l'immaîtrise un principe.
Conséquence des transformations, il faudrait redéfinir l’homme. Pour Sloterdijk (Règles pour le parc humain, 2000) la capacité de produire l’humain changera notre définition du concept. (P.17) Pour preuve, on a du mal à appliquer la même éthique quand on songe à un clone. Comme produit humain voulu et conçu par un autre, il n'a pas le même statut.
Après les trois bouleversements proposés par Freud, un quatrième est sur le point d’advenir, la réalisation d’une quatrième continuité (homme-animal, etc.) : entre ce qui est organique (nez fermer la parenthèse) et la machine (fabriqué). (p.21)
Point de départ : une évolution radicale du contexte remet nécessairement en question la morale, qui repose sur une stabilité du contexte. Le projet du livre est d'étudier cette nouvelle éthique.
L'analyse d'un déplacement d'une morale centrée sur la personne à une éthique centrée sur les interactions me semble pertinente. D'où les arguments du type "ça ne change rien pour toi, donc laisse faire" (avortement, euthanasie, PMA, etc.). Il y a bien là une technicisation de la morale, et son inscription dans la sphère politique.
Quand "technique" rime avec "éthique"
On a longtemps considéré (Ellul) que la technique ne faisait pas partie du domaine de la morale.
Aujourd'hui, on considère que la technique doit apporter un "monde meilleur" à l'homme : elle est entrée dans le domaine de l'éthique.
La morale est centrée sur l'individu seul face à sa conscience. L'éthique sur ses interactions avec le monde (elle est fondée sur la technique en tant que lien entre l'homme et le monde). On sort des "valeurs éternelles et abstraites"
La revendication du non-humain
Dès lors qu'on n'est plus centré sur l'homme seul (morale->éthique), le non-humain entre dans le champ éthique. L'objet de l'éthique c'est le cosmopolitique.
Être humain (éthique), c'est prendre en compte les multiples relations, c'est prendre en compte le non-humain.
Où l'on voit que l'éthique est éminement politique.
Les premières questions qui se posent sont d'ailleurs de l'ordre du droit très politique. Couverture sociale pour réparation, droit de vote, etc.
Les machines, la morale et nous
Cette "moralisation de la technique" nous mène à reconnaître une conscience des robots.
Face à un ordinateur qui joue aux échecs, je dois supposer qu'il est mu par des réflexions semblables à celle d'un humain.
Le point de vue des robots
Finalement, l'éthique consiste à reconnaître la rencontre de points de vue avec focalisations internes réelles et différentes, c'est-à-dire à reconnaître qu'il y a réellement un "point de vue du robot" (et de l'animal).
En bref : reconnaître une "vie intérieure" au non-humain.
"L'univers des robots, après celui des animaux, appelle de toute façon la remise en question du credo dualiste selon les termes duquel l'homme seul serait mystérieusement composé d'une âme et d'un corps, tandis que les animaux ne seraient que de simples machines." (p.40) Dès lors que les animaux éprouvent désir et souffrance, et que les robots les imitent en tout point, la frontière et franchie : ce sont de véritables "vis-à-vis".
Cette reconnaissance du non-humain est une exigence éthique.
Pour faire advenir le post humanisme, il faut changer la conception de l’homme, ce qui implique modification du langage, de la philosophie dans le sens de l’existentialisme remplaçant le substantialisme humaniste.
Quel que soit l’avenir, l’explosion technologique va obliger l’homme à évoluer en profondeur. « L’Humanité ne survivra qu’on se rendant méconnaissable à elle-même. » (p.47)
Pour un autre homme : un autre langage
« La conviction que les sciences et les techniques peuvent constituer le tremplin qui permettra de dépasser ce que les hommes ont figé en réalités intangibles. » p.47-48
Le rêve, c’est de dépasser la nature humaine (et non plus de la nature tout court, ce qui est l’objectif de la modernité)
Pour cela, il faut se fonder sur un langage qui refuse catégoriquement toute substantialiste Lyon. C’est le triomphe de l’individuel. Pour cela, il faut se fonder sur un langage qui refuse catégoriquement toute substantialisation. C’est le triomphe de l’individuel, le refus de l’enfermement dans le concept.
C’est un humanisme « ouvert » et existentialiste (Sartre) qui supplante l’humanisme classique fermé et substantialiste pour pouvoir dépasser la nature humaine.
L’homme à modeler
« À l’idée substantielle de l’homme qui sous-tend l’humanisme, le posthumanisme entend substituer la thèse de sa malléabilité, exploitable grâce aux sciences et aux techniques. » p.55
On passe de « qu’est-ce que l’homme ? » (Kant) à « quel type d’homme allons nous construire ? » (d’après Vance Packard, L’homme remodelé)
On construit une nouvelle philosophie fondée sur l'absence d’essence de l’homme : tout en lui est contingent (Sartre + Darwin)
Humanisme vs. posthumanisme
« Avec les utopie posthumaines, l’opposition entre le corps et l’esprit devient un préjugé que l’on réfutera, en affrontant la perspective d’éliminer le premier au seul profit du second. » p.58-59
Voir entretien pré mortem de Timothy Leary.
La différence entre humanisme et posthumanisme, c’est l’abolition de la finitude.
p.60-61 l’auteur relève la convergence avec les spiritualités orientales et notamment le bouddhisme.
L’horizon de l’Orient
«L’unité cosmique promise par le bouddhisme reste l’horizon visé par les technosciences ralliées à la cause d’une posthumanité. » p.63
Pour émanciper l’homme, donc son esprit, l’ère Moderne considère avec les « sagesses » de toutes extractions qu’il faut faire abstraction du corps - la nouveauté étant la présence de technologies qui dématérialisent, qui « décorporisent ».
À mort le corps
« L’hyper attention » accordée au corps à travers le body building, les modes vestimentaires, alimentaires... traduisent un conformisme « décorporalisant », qui « néglige la singularité attachée au fait d’être ce corps-ci plutôt que celui-là » (p.68).
Le corps est réduit à un réservoir d’informations génétiques (Pierre Lévy, Richard Dawkins)
Seule la phénoménologie s’oppose à ce mouvement (Merleau-Ponty) soulignant le caractère unique et singulier (irremplaçable) de mon corps.
Las d’être soi
Le posthumanisme est produit par une humanité fatiguée d’être elle-même, fatiguée à cause l’obligation de contrôle de détermination permanente créée par le monde moderne, qui pousse à la performance et l’analyse dépersonnalisés.
«L’informatique a accompli l’extériorisation des capacités de l’homme. » p.74
Conséquence des deux points précédents : « abandonnons l’idéal d’autonomie qui nous contraint à devoir « tout choisir et tout décider ». Confions-nous à la perfection de nos machines qui peuvent bien nous relayer. » p.75. Commentaire : « le manque d’initiative est le trouble fondamental du déprimé » (p.75, d’après Alain Ehrenberg)
Cela s’accompagne de la honte prométhéenne, honte de l’infériorité par rapport aux machines (fabriquées et voulues la ou l’homme n’est que fruit du hasard aveugle)
D’où la volonté enfin de se hisser « au niveau des machines ».
Les utopies posthumaines proposent « une remodelage rédempteur ».
La liberté à distance
Le posthumanisme promeut aussi une forme d'eugénisme, pour que les hommes soient "à la hauteur" des machines
Place à l'intelligence non biologique
"Qu'après l'homme ce soit encore l'homme, voilà le comble du désespoir" (Truong, op. cit., p.25)
"La Singularité, comme dit Ray Kurzweil, incarnerait de manière non anthropomorphe l'Intelligence à venir, enfin débarrassée des limites corporelles." (p.85)
Finalement, on peut imaginer un cerveau interagissant avec le monde via un corps non biologique, ou un ordinateur connecté à un corps biologique.
Le péché de la Modernité
Pour la Modernité (Kant), le propre de l'homme est de s'arracher à la nature, exprimant ainsi sa liberté. Mais nous semblons peiner à franchir la marche concrète (lorsque Pistorius veut concourir aux Jeux) : seuls les transhumanistes seraient conséquents.
La Nature et le sacré
Si nous considérions la nature comme un simple donné brut et neutre, cela ne ferait pas difficulté. Mais en réalité "nous avons beaucoup de mal à ne pas considérer la Nature comme une puissance qui impose ses normes et à laquelle il ne faudrait pas désobéir, sous peine de condamnation" (p.96). Et comme cette puissance ne vient pas de nous, avec cette idée vient immédiatement l'idée de transcendance, de sacré.
Genèse de la transgression
Elle repose sur l’idée que la Nature n’est pas un vis-à-vis mais un simple donné brut, et sur l’idée que la nature de l’homme (son propre) est de transgresser la nature.
Face à cela se dresse notre vieux réflexe religieux et obscurantiste qui frappe la science de culpabilité (Prométhée, Adam et Ève)
La Nature par excès
Cette transgression de la Nature propre de l’homme c’est la culture.
Tout cela est très nietzschéen. Cf. Foucauld aussi.
L’illusion des Modernes
A été de croire à une possible séparation totale du culturel et du naturel, alors que l’un et l’autre sont profondément intriqués.
Nous avons tué Dieu mais nous avons du mal à dédiviniser la Nature.
La mesure de la Nature
La nature n’est pas à mesure humaine : elle est à sa propre mesure.
Les mouvements écologistes qui resacralisent la Nature sont en opposition frontale avec le posthumanisme.
La honte prométhéenne
L'idéal, c'est de "se poser soi-même". La honte vient de ce que l'homme est né alors que ses machines si parfaites sont fabriquées.
=> On doit renoncer au partage Nature vs. Culture (technique, artificiel). Maintenant, comment faire "cohabiter" l'humain et le non-humain (politiquement) ?
Les robots modernes qui cherchent à devenir des alter ego nous renvoient à nous-mêmes et à la question de la relation. La question de l'éthique de nos relations avec les robots.
Le robot, miroir de l'homme simplifié
Si on prête une subjectivité à l'animal, pourquoi pas au robot ?
Notre rapport aux autres humains a déjà souvent été réduit à l'élémentaire, au fonctionnel. "Le robot androïde serait à cet égard un révélateur de la simplification de plus en plus répandue des relations humaines - une simplification brutale qu'il faudrait déclarer déshumanisante." (p.123)
Les théories scientifiques de l'information (le sentiment, l'échange interhumain n'est qu'hormones et signaux électriques) fait son lit de cette simplification.
"Dans la relation intersubjective entre humains, la qualité morale que le dialogue avec le robot pourrait rendre évidente, en révélant ce qui lui fait défaut, est déjà compromise par la généralisation des échanges instrumentalisés qui caractérisent la vie moderne." (p.124)
La réduction à l’élémentaire
La perspective très mécaniste que nous avons adoptée de l’homme et du vivant rend facile le passage au posthumain et l’identification à la machine.
La machine serait humaine dans la mesure où elle serait capable de nous imiter en tous points.
La langue mise au pas
Le langage est lui aussi technicisé, c’est à dire réduit à une transmission d’informations.
L’intolérance à soi-même
En fin de compte, les utopies posthumaines sont tributaires d'un regard très négatif sur l'homme, qui n'arrive plus à se supporter et s'accepter lui-même tel qu'il est.
Nous acceptons dorénavant comme naturel et inéluctable que les machines nous dominent.
De l'humiliation à la nausée
"L'organisation du travail a introduit une sorte de chasse à l'homme dans l'usine. Le corps humain est le seul point faible d'un ensemble mécanique. Ce n'est qu'au moment où le dernier homme aura été chassé de l'usine que l'on pourra envisager le perfectionnement harmonieux et sans limite de l'ensemble des machines." - Aurel David, La Cybernétique et l'Humain, Gallimard 1965, p.85 ; cit. p.135
"Après avoir vu les "tortues électroniques" [robot de l'époque], une nausée vous vient en regardant vos propres mains, devenues des insectes automatiques, tirées par des régulations et des réflexes." - Aurel David, cit. p.137
"La technique est un facteur de mésestime de soi" (p.138), car plus la machine est puissante, plus on se sent incapable de l'utiliser, et donc faible, impuissant. Que l'on pense à l'attitude des personnes âgées face à l'informatique.
(Günther Anders, L'Obsolescence de l'homme) L'homme est donc pris d'une "honte prométhéenne" face aux machines sorties de ses mains et qui lui semblent plus parfaites que lui. Il donne une dimension morale et métaphysique à cette situation de nature.
Deux remarques très importantes : (1) Il semble en réalité que les sciences modernes de type "neuroscience" qui clament vouloir transformer notre rapport à nous-mêmes dans un renversement copernicien et ont des prétentions philosophiques affirmées (défendre une nouvelle vision de l'homme et du monde) pensent en boucle. Leurs conclusions scientifiques ne sont en fait que l'explicitation de leur choix épistémologique premier. Elles ne démontrent rien en ce sens. Par exemple : je pars du principe que le cerveau est un ordinateur, je l'étudie comme tel, par la force des choses je ne vois que des choses de ce type dans le cerveau, et je conclus "vous voyez tout ce qui est dans le cerveau est assimilable à un programme informatique". Biais épistémologique. Donc les affirmations n'ont rien de scientifique. (2) Les sciences modernes rationalistes font exactement ce qu'elles reprochaient aux religions de faire : invoquer des explications mystiques pour ce qu'elles ne savent pas expliquer rationnellement. Pour la conscience, on évoque "une illusion psychologique" mais on est évidemment incapable d'expliquer ce que cela signifie vraiment.
Beaucoup de mythes autour du transhumanisme et de la civilisattion posthumaines tournent autour de la transformation de la mémoire et donc de la relation à soi, de l'identité (Matrix, Total Recall, etc.)
Mémoire et oubli numérique
Une certaine théorie avance que tout développement technique est une absorption de la mémoire de l'homme par la machine.
Aujourd'hui avec l'informatique c'est particulièrement le cas
Le salut grâce aux nanotechnologies
TEDLT
Une incontrôlable "convergence"
Atteinte de la "Singularité" au-delà de laquelle on ne contrôle plus rien grâce à la convergence des NBIC.
Quelles frontières pour le vivant ?
TEDLT.
A partir de quel niveau de modification, de "machinisation" faut-il poser une transformation réelle, une sortie de l'espèce, du vivant ?
En réalité, on doit reconnaître que le concept d'espèce est devenu un concept obsolète. Même la génétique ne nous en sauve pas, tant nous sommes proches des singes par exemple.
Fin du privilège de la conscience
Les neurosciences transforment également notre rapport à nous-mêmes.
Dès lors que le cerveau apparaît comme un ordinateur programmé et programmable, le "sentiment de soi", la "conscience" etc. sont des illusions.
Mystique de l’informatique et religion de la nature
Les technologies informatiques sont par excellence celles qui virtualisent, détachent des objets, du fixe, pour tout transformer en flux (y compris notre identité).
H2.0, Kurzweil : « Une fois que nous aurons saturé la matière et l’énergie de l’univers avec l’intelligence, il se « réveillera », sera conscient et sublimement intelligent. C’est ce qui se rapproche le plus d’un dieu à mes yeux. » p.402
La mobilité du vivant
Aujourd’hui les scientifiques se rebellent peu contre ce mouvement.
Cela est du à la nouvelle prédominance de la biologie sur la physique, qui fonctionne plus naturellement sur le mode du processus et de la transformation.
L’intelligence elle-même fonctionnerait comme un grand algorithme très complexe.
Et même l’intuition. « Après tout, l’homme ne résout-t-il pas souvent des problèmes sans savoir comment il les résout, à la manière des machines ? » p.175
Le mythe de l’intériorité
Face aux béhavioristes qui considèrent que l’action de l’homme est mécanique, difficile de trouver une réponse.
La meilleure serait de montrer des choses que fait l’homme, inattendues, qu’aucun animal ou machine ne saurait imiter [il me parait au contraire que c’est l’argument le plus fragile. Mieux vaut attaquer l’épistémologie adverse, avancer des arguments à la Chesterton sur la différence avec les animaux].
L’abdication de soi
Mis face au machine, l’homme s’abêtit, se met à fonctionner comme elles (notre comportement face aux automates).
Son moi se liquéfie en proportion : faible « consistance » personnelle croissante, et propension inverse à étaler ad nauseam son propre moi en réalité très creux.
L’homme a fait son temps
L’idée de base est celle de Nietzsche et Freud : l’homme n’est pas ce qu’il pense être. Mais plutôt que de proposer un palliatif, on lui propose d’accueillir quelque chose de nouveau. Et qui s’ajoute parfaitement à cette « fatigue d’être soi ».
Dernière option : le chaos
On développe le concept d’émergence, c’est à dire d’apparitions de réalités nouvelles qui dépassent leurs causes (ce qui est un défi pour la raison).
Comme cela est probablement impossible à maîtriser, on annonce le chaos.
La mystique du bottom-up
L’idée du phénomène émergentiel est devenue banale.
Un principe d’immaîtrise
Puisque les effets dépassent les causes, et que ce qui va « émerger » dépasse nos capacités d’appréhension, le savant n’est plus celui qui doit « tout maîtriser », mais celui qui vit avec ce qu’il ne maîtrise pas.
La liberté de l’impossible
Notre liberté consiste à pouvoir choisir de prendre cette voie.
Ce dont nous avons besoin, c’est d’une éthique (non d’une morale) qui nous permette de vivre ensemble, de poser la relation même avec le non-humain.
« Qu’on se décide donc, pour y parvenir, à quitter l’illusion du sujet substantiel auquel des cartes croyait ; qu’on se résigne à abandonner la quête dérisoire du fondement ultime de toute réalité ; qu’on renonce enfin à tous ces dualismes (âme-corps, nature–culture, homme-animal…) qui nous ont jadis servi à déchiffrer et ordonner le monde et qui se révèlent aujourd’hui des obstacles. » p.207
Jean-Michel Besnier, Ed. Fayard 2010