Convention de notation : guillemets et italique pour les citations de l'Ecriture Sainte, guillemets simple pour les citations du livre sauf mention express d'un autre auteur. Si un seul mot est entre guillemets, ceux-ci sont de l'auteur de la prise de note.
Introduction
« Là où est l’Esprit du Seigneur, là est ta liberté. » (2Co3,17)
« Si nous avons su développer en nous-mêmes cet espace intérieur de liberté, bien des choses sans doute nous ferons souffrir, mais rien ne pourra véritablement nous opprimer ni nous étouffer. »
« L’homme conquiert sa liberté intérieure dans l’exacte mesure où la foi, l’espérance et l’amour se fortifient en lui. »
I-Liberté et acceptation
1. La quête de liberté
« La vérité vous rendra libres. » (Jn8,32)
« C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. » (Ga5,1)
La loi chrétienne est une « loi de liberté » (Jc2,12)
La quête de liberté est un lieu de rencontre entre la foi chrétienne (message de liberté et de libération) et la culture moderne (qui en fait son absolu). Il y a consensus autour de cette notion, « tout le monde est à peu près d’accord pour estimer que le respect de la liberté d’autrui reste une norme éthique fondamentale. Cela en devient finalement surtout une revendication personnelle : « que personne ne se mêle de m’empêcher de faire ce dont j’ai envie ! ».
a. Liberté et bonheur
Cette quête est juste et noble malgré ses erreurs, car « l’homme n’a pas été créé pour être un esclave mais pour dominer sur la création ». Il est fait pour s’affranchir du petit, du restreint et aller vers l’infini.
L’homme aspire fondamentalement au bonheur, qui ne va pas sans amour, qui ne va pas sans liberté (« L’homme ne saurait vivre sans aimer »). La liberté est importante parce qu’elle « donne son prix à l’amour, et l’amour est la condition du bonheur ». Elle est nécessaire à un vrai amour.
b. Liberté : revendication d’autonomie ou accueil d’une dépendance ?
La liberté est aussi le point de divergence fondamental entre la culture moderne (« ni Dieu, ni maître » et le christianisme (« l’obéissance de la foi » - Rm1,5).
En fait, « la liberté véritable est moins une conquête de l’homme qu’un don gratuit de Dieu, un fruit de l’Esprit Saint, reçu dans la mesure où on se situe dans une dépendance aimante vis-à-vis de son Créateur et Sauveur. » (cf. Mt16,25 : « Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. »). « Notre liberté est proportionnelle à l’amour et à la confiance filiale qui nous attachent à notre Père ». C’est l’expérience faite par les saints.
c. Liberté extérieure ou intérieure ?
La liberté n’est pas d’abord une réalité extérieure, contrainte par les limites de notre environnement. « Que de ressentiments entretenus ainsi envers tout ce qui ne va pas selon notre gré dans la vie et nous empêche d’être libres comme nous le souhaiterions ! » Certes il y a des limites à combattre, mais « quand on repousse des limites, on en trouve d’autres un peu plus loin ». Le risque c’est la frustration, l’insatisfaction et l’enfermement.
d. Libération ou suicide ?
On se met alors à lutter : je suis libre si j’ai une puissance qui me permet de modeler ou dépasser la réalité (bio-ingénierie, course à « l’extrême »…). Jusqu’au suicide, à la mort (cf. accidents pour excès de vitesse, overdoses…).
e. C’est dans vos cœurs que vous êtes à l’étroit
Exemple de Sainte Thérèse qui vit cloîtrée dans un tout petit carmel de petite province. Et quand on la lit, on voit que « Thérèse vit dans des horizon très larges, qui sont ceux de la miséricorde infinie de Dieu et de son désir sans limite de l’aimer. Elle se sent comme une reine qui a le monde à ses pieds, car elle peut tout obtenir de Dieu et, par l’amour, se rendre à un point de l’univers où un missionnaire a besoin de sa prière et de ses sacrifices ! » « Voilà son secret : elle n’est pas à l’étroit dans son petit couvent car elle aime ». C’est une expérience commune à tous les saints.
« L’amour est un mystère qui transfigure tout ce qu’il touche en des choses belles et agréables à Dieu. L’amour de Dieu rend l’âme libre. Elle est comme une reine, qui ne connaît pas la contrainte de l’esclavage. » - Sainte Faustine
« Vous n’êtes pas à l’étroit chez nous, c’est dans vos cœurs que vous êtes à l’étroit. » (2Co6,12)
Finalement même s’il peut y avoir des limites matérielles, « c’est notre cœur qui est prisonnier de son égoïsme ou de ses peurs et qui doit changer, apprendre à aimer en se laissant transformer par le Saint Esprit. Qui ne sait pas aimer se trouvera toujours défavorisé et se sentira à l’étroit partout ; celui qui sait aimer ne se trouvera à l’étroit nulle part ».
f. Un témoignage pour notre siècle : Etty Hillesum
Se référer au livre page 21 pour trouver un long témoignage très beau et pertinent qui est trop long à reproduire ici.
g. La liberté intérieure : liberté de croire, d’espérer, d’aimer
« Aucune circonstance au monde ne pourra jamais m’interdire de croire en Dieu, de mettre en lui toute ma confiance, de l’aimer de tout mon cœur et d’aimer mon prochain. » On peut toujours transformer les obstacles en plus grand amour. « L’amour et lui seul, est capable de vaincre le mal par le bien, et du tirer du mal un bien. »
h. La liberté en actes : choisir ou consentir
On pense qu’être libre c’est choisir entre plusieurs options et donc avoir beaucoup de choix. « Nous rêvons que la vie soit comme une sorte d’immense supermarché, où chaque étalage présenterait un vaste assortiment de possibilités, où l’on pourrait à son aise et sans contrainte prendre ce qui plaît et laisser le reste. »
Pourtant il y a beaucoup de choses que nous ne choisissons pas. De plus faire des choix c’est limiter ses possibilités. « Plus on avance en âge, moins on dispose de possibilités de choisir. » « En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas. » (Jn21,18) Avec cette conception supermarché, on perd finalement sa liberté.
i. Être libre, c’est aussi consentir
« Il existe une autre manière d’exercer sa liberté, moins exaltante de prime abord, plus pauvre, plus humble, mais bin plus courante en fin de compte, et qui est d’une fécondité humaine et spirituelle immense : non seulement choisir, mais aussi consentir à ce que nous n’avons pas choisi. […] L’acte le plus haut et le plus fécond de la liberté humaine réside d’avantage dans l’accueil que dans la domination. »
Evidemment, cela devient difficile quand il s’agit de réalités qui nous font souffrir où qui nous dépassent, « car nous avons spontanément horreur des situations dont nous n’avons pas le contrôle ». C’est aussi là que l’on grandit le plus en liberté : « les situations qui nous font vraiment grandir sont justement celles que nous ne maitrisons pas ».
« Il y a là une loi paradoxale de l’existence : on ne peut devenir vraiment libre que si on accepte de ne pas toujours l’être ! »
j. Révolte, résignation, consentement
Trois attitudes possibles face à quelque chose de négatif. La révolte, qui vient souvent en premier. Problème, elle ne fait qu’ajouter du mal au mal (désespoir, violence, ressentiment…) « Rien de grand ni de positif ne s’est jamais construit sur la révolte. » La résignation vient ensuite, moins agressive, plus réaliste. « Elle peut être une vertu philosophique, elle n’est pas une vertu chrétienne. » Son problème : la stérilité. Enfin le consentement qui consiste à dire « oui » à cette réalité qui s’impose à moi. Elle devient positive, occasion d’espérance. Cela n’est possible que « parce que j’ai confiance qu’à partir de es pauvretés le Seigneur est capable de faire des choses splendides. Je peux dire oui au réel le plus pauvre et décevant sur le plan humain parce que je crois que ‘l’amour est si puissant en œuvres qu’il sait tirer profit de tout, du bien et du mal qu’il trouve en moi.’ (Sainte Thérèse) » C’est un acte de confiance et d’amour.
2. L’acceptation de soi
a. Dieu est réaliste
« Le plus important dans notre vie n’est pas tant ce que nous pouvons faire que de laisser place à l’action de Dieu. Le grand secret de toutes les fécondités et de toutes les croissances spirituelles, c’est d’apprendre à laisser Dieu agir. » Première étape pour cela : s’accepter et s’aimer soi-même. En effet c’est par cela que Dieu passe, « dans le réel, dans le concret de l’existence ». « Même si le tusse dont est faite ma vie de tous les jours ne me paraît pas très glorieux, ce n’est nulle part ailleurs que je pourrai me laisser toucher par la grâce divine. » Dieu aime celui que je suis, pas celui que je devrais être ou aurais aimé être. « Il ne s’intéresse pas aux saints du vitrail mais aux pécheurs que nous sommes. » C’est si difficile à comprendre que « nous perdons parfois un temps fou dans notre vie spirituelle à nous plaindre de ne pas être comme ceci ou comme cela, à nous lamenter d’avoir tel défaut ou tel limite, à imaginer tout le bien que nous pourrions faire si, au lieu d’être ce que nous sommes, nous étions quelqu’un de moins blessé, de plus doué de telle ou telle qualité ou vertu et ainsi de suite. »
« Bien souvent ce qui bloque l’action de la grâce divine dans notre vie, ce sont moins nos péchés ou nos erreurs que ces manques de consentement à notre faiblesse, tous ces refus plus ou moins conscients de ce que nous sommes ou de notre situation concrète. » Telle faiblesse, fragilité, événement passé, tel péché…
Cela vaut aussi pour les autres, que je n’accepte pas comme ils sont. Ces attitudes sont stériles parce qu’elles sont un refus du réel.
b. Désir de changer et consentement à ce que nous sommes
En même temps il y a un appel à la conversion, qui doit susciter en nous un désir de conversion. Il doit y avoir les deux : « nous devons vivre une acceptation de nos limites, mais qui ne soit pas une résignation à la médiocrité, et avoir un désir de changement, mais qui ne soit pas un refus plus ou moins conscient de nos limites et une non-acceptation de nous-mêmes. Le secret est de comprendre qu’on ne peut transformer de manière féconde le réel que si on commence par l’accepter. »
c. La médiation du regard de l’autre
A cette démarche s’opposent « l’orgueil, la peur de ne pas être aimé, la conviction de notre peu de valeur ». Nous avons donc besoin du regard d’un autre qui lui-même ne subisse pas cela, Dieu (Is43). Evidemment les autres nous aident aussi par leur regard : parents, ami, père spirituel. Mais Dieu est indispensable à cet amour authentique. Il est nécessaire d’aimer Dieu pour s’aimer soi-même et réciproquement. (NDA : on peut penser à « J’ai réussi aujourd’hui parce qu’un jour un ami a cru en moi et je n’ai pas eu le cœur de le laisser tomber. » – Abraham Lincoln)
d. Liberté d’être des pécheurs, liberté de devenir des saints
Cela permet de ne plus être écrasés par notre condition de pécheur. « Nous avons en quelque sorte le « droit » d’être pauvres, le droit d’être ce que nous sommes. » « Comme est la tendresse d’un père pour ses fils, tendre est le Seigneur pour qui le craint. Il sait de quoi nous sommes pétris, il se souvient que poussière nous sommes. » (Ps102,13) Il nous invite à faire mieux, mais sans pression.
On voit vraiment le pouvoir authentiquement libérateur de ce regard d’amour. « Le regard que Dieu pose sur nous nous autorise pleinement à être nous-mêmes, avec nos limites et nos insuffisances, nous donne « droit à l’erreur » et nous délivre de cette sorte de contrainte, de cette obligation dont nous nous sentons parfois prisonniers de devoir être en fin de compte autre chose que ce que nous sommes. » (Mt11,28-30) On est libérés par ce regard qui n’oblige pas à être le « meilleur », nous pouvons être ce que nous sommes. « L’amour est gratuit, ne se mérite pas, nos pauvretés n’empêchent en rien Dieu de nous aimer, au contraire ! » Et en même temps que nous avons le « droit » d’être pauvres, « nous avons le droit d’aspirer aux cimes, de désirer la sainteté la plus haute, car Dieu veut et peut nous l’accorder ». « La personne qui tombe tous les jours, et malgré cela se relève en disant : « Seigneur je te remercie car je suis sûr que tu feras de moi un saint ! » fait un immense plaisir à Dieu et recevra tôt ou tard de lui ce qu’elle attend. »
Il y a un véritable à atteindre et gardé là-dedans, mais qui est donné.
e. « Croyances limitantes » et interdits
A cause de notre histoire, de notre éducation, nous avons en nous des « croyances limitantes » (tu n’y arriveras jamais, ce sera toujours pareil…). Cela est à discerner du « sain réalisme » précédemment évoqué. Parfois cela vient d’une mauvaise compréhension de la volonté de Dieu (sainteté héroïque…). En convertissant cette mauvaise vision, on peut dépasser ces blessures.
f. S’accepter soi-même pour accepter les autres
Cela va ensemble dans un cercle vertueux. Souvent on n’accepte pas les autres parce qu’on ne s’accepte pas soi-même. Exemple : je suis mécontent de moi-même et je deviens de mauvaise humeur vis-à-vis de mon entourage.
3. L’acceptation de la souffrance
a. Consentir aux contrariétés
Après l’acceptation de soi, l’acceptation des événements.
« Il ne s’agit pas de devenir passif et de tout « gober » sans réagir. » L’important, c’est d’apprendre à consentir à ces impondérables que nous ne maîtrisons pas et ne pouvons pas maîtriser au lieu « d’accepter en maugréant ». D’une certaine façon, il s’agit de les « choisir » (accueillir positivement), « même si de fait il n’y a pas le choix, et c’est bien ce qui nous contrarie ! ». C’est possible parce que nous avons foi en ce que Dieu pourra agir dans cette situation. « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm8,28).
b. La souffrance qui fait le plus mal, c’est celle que l’on refuse
« Quand nous sommes dans une situation de souffrance, ce qui nous fait le plus mal, c’est moins la souffrance en tant que telle que le refus de cette souffrance. » On se tend, on se raidit. A l’inverse « une souffrance paisible n’est plus une souffrance » (Curé d’Ars). (NDA : on peut penser à la phrase de Lincoln : « Si je fais de mon ennemi mon ami, ne l’ai-je pas vaincu ? », à bien comprendre évidemment). Bien sûr il faut lutter contre la souffrance, mais il y a des souffrances sans remèdes et « il convient de s’efforcer de les accepter paisiblement ». Souvent on crée encore plus de souffrance en s’échinant à la supprimer qu’en l’absorbant avec souplesse.
« Dieu est fidèle et donne toujours la force nécessaire pour assumer jour après jour ce qui est lourd et difficile dans notre vie. »
« Le véritable mal ce n’est pas tant la souffrance que la peur de la souffrance. » Au fond elle purifie, éduque, fait grandir, rend humble…
c. Refuser de souffrir c’est refuser de vivre
Evidemment la souffrance n’est pas à rechercher et doit être soignée. Mais elle est inévitable. Sinon, « celui qui veut sauver sa vie la perdre, et celui qui accepte de la perdre la sauvera » (Mc8,35). « L’acceptation de la souffrance et du sacrifice quand ils sont légitimes n’est pas une attitude masochiste ou suicidaire, c’est tout le contraire. » Il s’agit de réalisme. Nos attitudes intérieures ont donc une grande importance. La « bonne » attitude est celle qui accepte que « la vie est bonne et belle telle qu’elle est, y compris avec son poids de douleur ». Finalement, « la légère tribulation d’un instant nous prépare jusqu’à l’excès une masse éternelle de gloire ».
d. Il n’y a pas que du mal dans le mal : le côté positif des contrariétés
Surtout parce que « elles nous empêchent d’être propriétaires de notre vie, de notre temps ». Cela nous sort de notre étroitesse de vue : « autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant les pensées de Dieu dépassent nos pensées » (Is55,8-9). « Le péché est étroitesse, alors que la sainteté est dilatation de l’esprit et grandeur d’âme. »
e. De la maîtrise à l’abandon : la purification de l’intelligence
Le plus douloureux, c’est souvent de ne pas savoir quel sens a notre souffrance, pourquoi on souffre. C’est une douleur de l’intelligence.
L’intelligence en elle-même est belle et bonne et la raison est nécessaire à la foi. C’est grâce à elle que nous « coopérons » véritablement à l’action divine. Problème, il y a aussi un désir de tout comprendre qui est lié à un désir de maîtriser et de contrôler. C’est refuser l’insécurité. Mais c’est une piètre sécurité qui se heurte vite à l’échec : « la seule véritable sécurité que nous ayons [c’est] la certitude que Dieu est fidèle et ne pourra jamais nous abandonner, car sa tendresse de Père est irrévocable ». Croire c’est abandonner ses propres « sécurités » pour aller vers celle de Dieu.
Pour dépasser ces deux concupiscences (volonté de puissance et besoin de s’auto-sécuriser), il faut traverser des périodes où l’intelligence s’avère impuissante… Ce qui est douloureux. Il faut alors s’abandonner à Dieu avec une confiance aveugle. « Ce que tu fais tu ne le sais pas à présent, par la suite tu comprendras. » (Jn13,7) « Il est bon d’attendre en silence le salut du Seigneur. » (Lm3,26)
f. Compréhension de la volonté divine
« Nous aimerions être sûrs de toujours faire la volonté de Dieu. » C’est bon, et Dieu nous donne la lumière nécessaire pour avancer. Mais nous n’avons pas toujours (rarement même) la réponse claire et complète, car (1) Dieu nous traite en adultes et veut que nous soyons responsables de nous-mêmes, (2) il nous purifie en apprenant la confiance et l’humilité. Heureusement il y a des fondamentaux dont nous sommes toujours sûrs : l’importance de la prière et de la vie sacramentelle, du devoir d’état, de la charité… « Quand on n’a pas de réponses pour l’avenir, le meilleur moyen de se préparer à les recevoir est de vivre à plein l’aujourd’hui. »
g. Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne
L’exemple ultime pour tout cela c’est Jésus : « ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne. » (Jn10,18)
« Notre liberté a toujours ce merveilleux pouvoir : faire de ce qui nous est pris quelque chose qui est offert. Intérieurement, tout est transfiguré : le destin devient un choix libre, la contrainte devient amour, la perte devient fécondité. » En conclusion, « le positif devient motif de gratitude et de joie, le négatif occasion d’abandon, de foi et d’offrande : tout devient grâce. »
On peut remercier Dieu pour ce don si précieux de la liberté.
h. L’impuissance dans l’épreuve, et l’épreuve de l’impuissance : la liberté de croire, d’espérer, d’aimer
Si nous sommes impuissants (matériellement) dans nos propres épreuves, il peut s’avérer éprouvant d’être impuissant pour quelqu’un d’autre qui vit une épreuve, en particulier si c’est un proche. Là encore on en revient aux fondamentaux : croire, espérer, aimer et prier. Nous pouvons toujours persévérer dans l’amour malgré les circonstances.
4. L’acceptation de l’autre
a. Consentir aux souffrances qui nous proviennent des autres
Face aux souffrances infligées par les autres, on garde la même ligne de conduite : consentir, sans être passif. Il faut parfois aussi agir, « c’est parfois une nécessité d’aller trouver une personne dont la conduite nous fait souffrir pour l’aider à en prendre conscience et à se corriger. C'est un devoir aussi parfois de réagir fermement contre certaines situations d’injustice et de se protéger ou de protéger d’autres personnes contre des comportements qui détruisent. » Et en même temps « il restera toujours une certaine part de souffrances qui nous viennent de notre entourage, que nous ne pouvons ni éviter ni corriger, et que nous sommes invités à espérer dans une attitude d’espérance et de pardon ». Cela est plus difficile à accepter que le matériel. C’est là qu’il faut pardonner « et même accepter comme une grâce et un bienfait les problèmes qu’ils nous créent. Cette attitude n’est ni spontanée, ni naturelle »…
b. Faire la part des différences psychologiques
Bien souvent il n’y a pas de mauvaise volonté mais simplement « des difficultés de communication, des malentendus ». Ces différences peuvent être surprenantes : « il faut le reconnaître avec réalisme et l’accepter avec humour ». Il faut faire la part des choses pour ne pas rentrer dans le moral (bien/mal) alors qu’on est dans le psychologique (différent). « Il est donc nécessaire de nous éduquer à accepter les autres tels qu’ils sont, à élargir et à assouplir notre cœur et nos pensées à leur égard. » Pour ça il faut renoncer à « l’orgueil d’avoir raison ».
c. Quelques réflexions sur le pardon
Parfois il y a aussi faute. Alors le pardon est la seule façon de faire diminuer le mal dans le monde. C’est « une nouvelle façon de se rapporter aux autres ; une façon certes laborieuse mais riche en espérance » (Jean-Paul II) (« La charité ne tient pas compte du mal » (1Co13,5) ; « Ne nous laissons pas vaincre par le mal mais soyons vainqueurs du mal par le bien » (Rm12,21)).
d. Pardonner ce n’est pas cautionner un mal
« Pardonner signifie cela : cette personne m’a fait du mal, mais pourtant je ne veux pas la condamner, l’identifier avec sa faute ni faire justice par moi-même. » Cela appartient à Dieu. Pardonner, c’est aussi continuer à espérer et à vouloir le bien de l’autre. Tout cela est soutenu par la foi dans la capacité de Dieu à tirer un bien du mal.
e. Les liens de la rancune
On pardonne pour l’autre, mais aussi (d’abord ?) pour soi, pour redevenir libre. La rancune nous investit affectivement, psychologiquement, intellectuellement et nous envahit. On a tendance à « garder soigneusement par devers nous le souvenir du mal subi, comme une « facture » à brandir le moment voulu, pour faire paye à l’autre ce qu’il nous doit ». Mais ces factures nous envahissent, c’est pour cela qu’il vaut mieux remette toute les dettes, selon l’Evangile.
f. La mesure dont vous mesurez servira pour vous
Lc6,27-38. Exigeant mais surtout plein d’espérance, car contient la promesse que Dieu peut nous apprendre à aimer comme lui. Conclusion de ce passage par le verset en titre : « celui qui refuse de pardonner, qui refuse d’aimer sera tôt ou tard lui-même la malheureuse victime de son manque d’amour ». Je m’étouffe moi-même. « Si tu aimes ton prochain nous dit Isaïe, « alors ta lumière éclatera comme l’aurore, ta blessure se guérira rapidement… tu seras comme un jardin bien irriguée, une source jaillissante dont les eaux ne tarissent pas ». » (Is58,6-12)
g. Les bienfaits à tirer des fautes des autres
« Nous avons une tendance fortement enracinée à rechercher dans la relation à l’autre ce qui peut combler nos manques. Les imperfections des autres, les déceptions qu’ils nous causent, nous obligent à nous efforcer de les aimer d’un amour véritable, à établir avec eux une relation qui ne reste pas enfermée dans la recherche inconsciente de satisfaction de nos propres besoins, mais tend à devenir pure et désintéressée comme l’amour divin lui-même. Elles nous aident aussi à ne pas attendre d’eux un bonheur, une plénitude, un accomplissement que nous ne pouvons trouver qu’en Dieu et nous invitent à nous enraciner en lui. »
h. Le péché des autres n’enlève rien
Nous avons l’impression que la faute de l’autre nous enlève quelque chose de vital. En fait c’est faux. Rien ne me prive de l’essentiel : l’amour de Dieu, la vie dans la foi, l’espérance et la charité. Or c’est essentiellement là-dessus que se fait ma construction personnelle.
i. Le piège de la démobilisation
Cela vaut donc pour toutes les fautes, défaillances qu’il peut y avoir autour de nous. Cette idée nous aide à rester mobilisés intérieurement (sans abandonner l’extérieur et en essayant de l’améliorer).
j. Le mal véritable n’est pas en dehors de nous, il est en nous
« Une autre chose à nous dire dans ces moments de combat est que la conversation dont nous avons à nous occuper n’est pas celle du prochain mais la nôtre. » Cela nous rend notre rôle d’acteur, c’est aussi une source d’espérance et d’encouragement.
Il est important de voir que le mal qui se trouve à l’extérieur (dans ma famille, mes amis, la société…) ne m’atteint que si j’ai avec lui une certaine complicité. Il est normal qu’il nous fasse souffrir, mais il ne fait vraiment du mal que si je le laisse. « Il n’est hors de l’homme rien qui entrant en lui ne puisse le souiller… c’est ce qui sort de l’homme qui le souille. » (Mc7,14)
Si bien qu’en fin des comptes « le mal que me font les autres ne vient pas des autres, il vient de moi. Nul n’est jamais blessé que par soi-même disaient déjà les pères de l’Eglise. »
k. Nos complicités qui renforcent le mal
Cette complicité, c’est se focaliser sur le mal par exemple. « Je ne vais pas passer ma vie à dénoncer le péché, ce serait lui faire trop d’honneur. Je préfère encourager le bien que condamner le mal. » (un prêtre) « L’amour ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il met sa joie dans la vérité. Il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. » (2Co13) Parfois on va même jusqu’à « mettre en évidence le mal, comme pour justifier nos rancœurs et nos amertumes ». C’est se fabriquer des ennemis pour exister.
l. Le mal vient remplir un vide
Jésus est resté malgré le déchainement imperméable au mal, « le mal n’a pas pénétré en lui car son cœur était rempli de confiance envers le Père, d’abandon, d’offrande aimante ». Cette liberté face au mal est un vrai don spirituel, donné, mais d’autant plus vite et mieux reçu qu’on y tend de soi-même par l’enracinement en Dieu dans la prière et la charité.
m. La liberté royale des enfants de Dieu
Au baptême on devient prêtre prophète et roi : nous ne sommes soumis à rien (sauf à Dieu), à aucune circonstance. Finalement tout est au service de la croissance de l’amour ! Cf 1Co3,23 : « Tout est à vous, mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu. »
II- L’instant Présent
1. Liberté et instant présent
« Nous ne pouvons exercer notre liberté que dans l’instant présent. » Le passé, il faut lui aussi l’accepter : comme les circonstances, on ne peut rien y changer. L’avenir est toujours incertain.
« L’instant présent est d’abord celui de la présence de Dieu. Dieu est l’éternel présent. » Accueillir ce présent et le vivre pleinement c’est le secret pour ne pas vivre dans la frustration, le regret, la peur ou l’angoisse. Le présent est le lieu de la foi, de l’espérance et de la charité peu importe le reste. Ces vertus et l’amour présent de notre Père nous permettent de vivre ce pleinement sans le poids d’un passé qui nous entraverait ou d’un avenir qui nous angoisserait.
2. Le verbe aimer ne se conjugue qu’au présent
J’aime maintenant, « sans me décourager de mes revers, sans me prévaloir de mes réussites, ne comptant pas sur mes propres forces mais seulement sur la fidélité du Seigneur ». « Oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but, en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut… Quel que soit le point atteint nous marchons toujours dans la même ligne. » (Ph3,13-16)
3. On ne peut souffrir qu’un instant
« Je ne souffre qu’un instant. C’est parce qu’on pense au passé et à l’avenir qu’on se décourage et qu’on désespère. » (Saint Thérèse de Lisieux) « Personne ne peut souffrir pendant dix ou vingt ans. Mais j’ai la grâce pour porter aujourd’hui la souffrance qui est la mienne maintenant. » « Le grand obstacle c’est toujours la représentation et non la réalité. » (Etty Hillesum)
4. A chaque jour suffit sa peine
(Mt6,14) Toujours la même idée : ne pas ajouter une prétendue peine du passé ou de l’avenir à celle du présent (remords, sentiment d’échec)… Ici insistance sur le passé. Bien sûr il faut demander pardon, et réparer dans la mesure du possible « mais une fois cela fait sincèrement, ça suffit ».
On peut prier ainsi : « je te remercie mon Dieu pour tout mon passé, je crois fermement que de tout ce que j’ai vécu tu pourras tirer un bien, je veux n’avoir aucun regret, et je décide aujourd’hui de repartir à zéro avec exactement la même confiance que si toute mon histoire passée n’était faite que de fidélité et de sainteté. »
5. Demain s’inquiètera de lui-même
(Mt6,34) Il ne faut pas être imprévoyant, irresponsable ou ne pas faire de projets. Mais il faut le faire sans inquiétude. En effet « le cœur ne peut être à la fois pris par le souci du lendemain et accueillant à la grâce du moment présent. C’est l’un ou l’autre. » Pour avoir cette tranquillité et cette confiance, il faut s’appuyer sur la grâce qui « tout comme la manne qui nourrissait les Hébreux dans le désert ne se « stocke » pas ». C’est « le pain de chaque jour ». On se rend compte que ce que nous redoutons ne se réalise souvent pas et qu’au contraire c’est ce qu’on n’attend pas qui arrive. Donc : confiance. « La meilleure manière de préparer l’avenir n’est pas d’y penser sans cesse, mais d’être bien investi dans l’instant présent. » « Mettez-vous donc bien dans l’esprit que vous n’avez pas à préparer d’avance votre défense : car moi je vous donnerai un langage et une sagesse à quoi nul de vos adversaires ne pourra résister ni contredire. » (Lc21,12) Rappelons que la peur de la souffrance fait plus de mal que la souffrance elle-même.
6. Vivre, et non pas attendre de vivre
Parfois on se projette dans l’avenir dans l’attente d’une situation heureuse, un événement précis ou plus général, flou (« on attend confusément le moment où ça ira mieux »). On attend de vivre ! Avec le risque de ne pas vivre pleinement le présent, de ne pas s’y investir et de passer à côté de certaines grâces. « Il faut vivre chaque instant pleinement, sans nous occuper de savoir si le temps passe trop lentement ou trop vite. » Quel que soit ce présent ! « Du moment qu’une chose, même la plus banale, est nécessaire et fait partie de la vie, elle mérite d’être accomplie pour elle-même, c’est-à-dire en y étant pleinement présent. »
7. La disponibilité à l’autre
« Dans chaque rencontre avec une personne, quelle qu’en soit la durée, je dois donner à l’autre le sentiment que je suis disponible à cent pour cent à ce moment de rencontre, et n’ai rien d’autre à faire ni aucun autre souci que d’être avec cette personne, et de vivre ce que j’ai à vivre avec elle, le temps qu’il faut. Cela nous coute beaucoup car nous avons un très fort instinct de propriété relativement au temps, et nous sommes très insécurisés dès que nous ne pouvons plus le maîtriser à notre gré. Mais l’amour véritable est à ce prix. » C’est particulièrement vrai avec les enfants.
8. Le temps psychologique et le temps intérieur
Si nous avons cette disponibilité, nous découvrons au-delà du temps psychologique ou cérébral que nous comptons le temps intérieur. Il est temps de Dieu, calme, succession d’instants pleins, habité dans tous les sens du terme. C’est aussi le temps que nous permet de vivre la liberté.
III- Le dynamisme de la Foi, de l’Espérance et de l’Amour
1. Les vertus théologales
Thèse du livre : « nous pouvons acquérir la liberté intérieure seulement dans la mesure où nous développons l’exercice concret de ces vertus » (rappel : virtus = la force). Foi théologale : en tant que la foi est une force. Espérance théologale : « cette assurance dans la fidélité de Dieu qui accomplira ses promesses, assurance qui confère une grande force ». Charité théologale : « courage d’aimer Dieu et son prochain ». Normalement, toute la vie chrétienne tourne autour de ces vertus, et pas secondairement. Elles sont à la fois don de Dieu et activité de l’homme (1Th1,3). On voit qu’elles demandent un vrai engagement de la liberté, qui pose un (des) acte fort.
2. Les trois effusions du Saint Esprit
Sans confiner ou programmer ou définir l’action indiscernable (qu’on ne peut pas cerner) du Saint Esprit on peut essayer de la comprendre ou de la voir. Ici c’est ce qu’on va faire avec la vie de Saint Pierre avec trois effusions : joyeuse, douloureuse et glorieuse (cf. rosaire).
3. La vocation et le don de la foi
Première effusion : lors de son appel. Il est saisit par la personne de Jésus : « jamais homme n’a parlé comme cet homme » (Jn7,40). L’Esprit Saint révèle à Pierre qui est Jésus et cela suscite en lui une vraie joie et un élan. « C’est une extraordinaire aventure spirituelle qui commence et Pierre en est quelque peu enivré. » Un horizon s’ouvre. « L’Esprit enrichit notre existence d’une présence nouvelle du Christ et d’une compréhension nouvelle de ce qu’est le sens de notre vie. Dans ces moments-là, le rôle principal de l’Esprit est d’illuminer et d’éveiller dans le cœur de l’homme une réponse qui est l’adhésion de la foi. »
4. Les larmes de Pierre et le don de l’espérance
Parfois l’Esprit appauvrit aussi. C’est ce que Pierre éprouve après sa trahison et cette deuxième effusion se manifeste dans les larmes. Dans ce regard de Jésus Pierre éprouve sa misère « mais en même temps il perçoit qu’il n’est pas condamné, qu’il est aimé plus tendrement que jamais, et qu’il y a pour lui une espérance de relèvement et de salut. La chance de Pierre est d’avoir accepté de rencontrer le regard de Jésus. » (très important cette dernière phrase) Judas lui l’a fui. Cette effusion apprend à compter sur Dieu, non sur nous-mêmes. Changement de paradigme. Or « l’espérance est la vertu que pratique celui qui se sait infiniment faible et fragile, qui ne s’appuie aucunement sur lui-même, mais qui compte fermement sur Dieu, qui attend tout de lui et de lui seule avec une immense confiance ». « Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux leur appartient. » (Mt5,3)
5. La Pentecôte et le don de la charité
A la Pentecôte l’apôtre est empli de la présence divine qui lui donne le courage d’aimer. Il aime Dieu (c’est ce qu’il annonce) et les hommes (c’est pour cela qu’il annonce).
6. Le feu qui éclaire, brûle et transfigure
Comparaison étudiée avec Saint Jean de la Croix, à étudier dans le texte.
7. Dynamisme des vertus théologales et rôle clé de l’espérance
Le but de la vie chrétienne c’est l’acquisition de l’Esprit (Saint Séraphin de Sarov). « Le but du travail de Saint-Esprit dans notre vie est de susciter et de faire croître les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité. » Elles s’articulent ensemble. La plus importante c’est la charité : « Au soir de la vie, nous serons jugés sur l’amour » (Saint Jean de la Croix) (mais aussi 1Co13 évidemment). En effet la foi et l’espérance passeront, pas l’amour, « ce qui veut dire que l’amour est sur cette terre la participation la plus pleine à la vie du Ciel, la foi et l’espérance étant au service de l’amour ».
8. L’amour a besoin d’espérance, l’espérance se fonde sur la foi
L’amour a besoin d’un milieu pour se développer sans étouffer. Ce milieu, c’est l’espérance (« Les plus grands obstacles à la sainteté sont le découragement et l’inquiétude. » - Jésus à Sainte Faustine). Par exemple on ne croit pas que Dieu peut nous rendre heureux et on essaye de le faire seul, ou alors « nous n’attendons pas de Dieu d’exister en plénitude alors nous construisons une identité artificielle ». Ou alors on est plein de bonnes intentions mais on est « ligotés par des peurs, des hésitations, des inquiétudes ». Le manque de confiance et d’espérance conduit au repli sur soi, au rétrécissement du cœur alors que « la confiance conduit à l’amour ». Quand nous arrêtons d’aimer, c’est souvent à cause de ce désespoir, ce découragement. « Le remède à tout cela, le moyen alors de réveiller l’amour, ce n’est pas un effort volontariste, mais c’est de ranimer l’espérance, de retrouver une nouvelle espérance dans ce que Dieu peut faire pour nous (quelle que soit notre misère) et dans ce que nous pouvons entreprendre avec l’aide de sa grâce. »
Il faut aussi voir que « pour que notre volonté soit forte et entreprenante, elle a besoin d’être animée par le désir. Et le désir ne peut être fort que si ce qui est désiré est perçu comme accessible, possible. » Sinon on se décourage et on s’arrête. Il faut donc revoir nos représentations pour redémarrer : « je peux tout en celui qui me rend fort » (Ph4,13). Et le fondement de l’espérance, c’est la foi qui nous fait adhérer à l’amour de Dieu. C’est de lui que nous puisons l’espérance.
9. Rôle clé de l’espérance
« Dans la vie pratique, c’est l’espérance qui est la plus importante. » « L’homme de foi n’est pas celui qui croit que Dieu peut tout, mais celui qui croit pouvoir tout obtenir de Dieu. » (Saint Jean Climaque, Père de l’Eglise) « On obtient de Dieu autant qu’on en espère. » (Saint Jean de la Croix)
10. Dynamisme du péché, dynamisme de la grâce
On a vu le dynamisme foi, espérance, charité. A l’inverse il y a doute, méfiance, péché. Ce triptyque se déploie dans la genèse. La foi est la clé de tout : c’est là qu’on part dans un sens ou dans l’autre.
11. Espérance et pureté du cœur
C’est le « regard d’espérance sur toute situation, sur nous-mêmes, sur les autres, sur l’Eglise et le monde qui permet de réagir à toute situation en aimant », et en particulier c’est parce que nous posons un regard d’espérance sur l’autre que nous pouvons continuer à l’aimer, à pardonner, etc…
Saint Jean insiste sur le lien entre l’espérance et la pureté (1Jn2). « L’espérance semble-t-il dire, a le pouvoir de purifier le cœur. » En effet l’impureté c’est « la duplicité du cœur, hésitant et partagé ». A l’inverse le cœur pur est « celui qui ne compte pas sur lui-même mais qui attend tout de Dieu avec une ferme confiance, qui espère en Dieu et en lui seul ».
IV- De la Loi à la Grâce : gratuité de l’amour
1. La loi et la grâce
« C’est pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage. » (Ga5,1) Saint Paul s’intéresse de près à la question de la liberté et trouve deux pièges qui la perdent : la loi et la chair.
2. Là où règne l’Esprit, là est la liberté. Liberté et libertinage.
Le piège de la chair (nature humaine blessées et pécheresse, ce qui dans l’homme résiste à Dieu) est décrit dans Ga5,13-25. Cela consiste en gros à se livrer à l’égoïsme et au péché au lieu de « suivre les impulsions de l’Esprit ». C’est la distinction (classique) entre liberté et libertinage, libertinage qui est esclavage. Préserver sa liberté c’est ne pas attendre de quelque chose de ce monde « une plénitude, une paix, un bonheur, une sécurité que Dieu seul peut donner ». C’est un vrai combat, qui ne peut être gagné que dans la grâce du Christ.
3. Le piège de la loi
Plus subtil, le piège de la loi, qui est en fait une autre manifestation de la chair. Il consiste à remplacer la grâce par la loi. « Le piège est le suivant : en faisant de la pratique de la loi la condition du salut, on se let dans une logique selon laquelle le salut provient, non d’un amour gratuit de Dieu manifesté dans le Christ, mais des œuvres que Dieu accomplit. » Ce sont deux logiques complètement opposées. Paul combat fermement la première : il est « très marqué par cet aspect absolument gratuit du salut reçu en Christ » (cf. 1Tm3,3-4 ; 2Tm1,9 ; Ep2,4-6) La loi est bonne en soi mais perverse si elle devient logique de vie, où elle « finit par tuer l’amour ».
C’est le péché des pharisiens qui ensuite tombent dans l’orgueil. Suivre la loi ainsi c’est faire « comme s’il [y] avait une dette à payer à Dieu, alors que le Christ a acquitté toute dette de l’homme envers Dieu sur la Croix ». En fait c’est une peur qui refuse l’amour, qui enferme et tue. « Autant cette logique de la loi est source de mort (orgueil, désespoir, légalisme, mercantilisme [qui] tuent l’amour), autant la logique de la grâce est source de vie, car elle permet l’épanouissement de l’amour. » Finalement la notion clé est celle de la gratuité. « Ce que vous avez reçu gratuitement, donnez le gratuitement. » (Mt10,8) « L’amour de Dieu est absolument gratuit, il n’y a pas à le mériter, à le conquérir, il n’y a qu’à l’accueillir au moyen de la foi. » Cela nous permet d’aimer gratuitement à notre retour. Cela nous libère et de l’orgueil, et du désespoir. Elle nous permet de « goûter à la glorieuse liberté des enfants de Dieu qui se savent aimés inconditionnellement, indépendamment de leurs mérites ».
4. Apprendre à aimer : donner et recevoir gratuitement
« Apprendre à aimer, c’est extrêmement simple : c’est apprendre à donner gratuitement et apprendre à recevoir gratuitement. » Problème : quand on donne on veut une gratification en retour et quand on reçoit on a l’impression de « devoir » donner en retour. « On ne peut recevoir gratuitement que si l’on se reconnait et si l’on s’accepte pauvre, ce à quoi l’orgueil se refuse absolument. » On peut trouver plein d’exemples ou nous sommes contraire à une gratuité ou à l’autre.
V- Pauvreté Spirituelle et Liberté
1. Le besoin d’être
« J’ai besoin de savoir qui je suis, j’ai besoin d’exister à mes propres yeux et à ceux des autres. Nous sommes tous en « manque d’être », manque qui est extrêmement profond. » A un premier niveau cela mène à une confusion avec « l’avoir », la richesse, la possession. A un second niveau on cherche la satisfaction dans l’acquisition et l’exercice de talents (mieux puisque permet de se développer, mais on risque de confondre être et faire). Cette seconde tentative se heurte à notre limite individuelle et personnelle à laquelle on se heurte forcément (violemment), mais aussi à celle des autres (ceux qui ne « peuvent » pas sont-ils moins dignes ?). (Note : je m’étonne que l’auteur n’évoque pas un troisième niveau, celui de la possession ou manipulation d’autrui)
2. Orgueil et pauvreté spirituelle
Quelques remarques sur l’orgueil, l’ego, le moi artificiel qu’on se crée et qui est différent du soi. « Ce moi artificiel a certaines caractéristiques qui lui sont typiques : comme il est artificiel il requiert une grande dépense d’énergie pour être entretenu, et comme il est fragile il demande à être défendu. L’orgueil et la dureté vont toujours de pair. » Cela vaut aussi dans le domaine spirituel où l’on cherche à « être quelqu’un ». Cela nous donne l’élan de vouloir ressembler aux saints et c’est bon ! Mais cela est perverti si l’on se met à « [s’] identifier avec le bien spirituel dont [on est] capable ». Là aussi nous nous heurterons à nos limites et à l’échec… On arrive à l’orgueil spirituel où l’on croit se faire tout seul : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifier comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1Co4,7) En fait en s’identifiant à nos talents, à ce que l’on fait, on se laisse persuader qu’une atteinte dans le faire, un échec, est une atteinte de l’être.
Or « l’homme est plus que le bien qu’il est en mesure d’accomplir. Il est enfant de Dieu, et qu’il fasse le bien ou n’y arrive pas encore, ou qu’il en devienne incapable, il reste enfant de Dieu, car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables. Notre Père du Ciel ne nous aime pas pour le bien que nous faisons, il nous aime gratuitement pour nous-mêmes, parce qu’il nous a toujours adopté comme ses enfants. » C’est cela la véritable humilité : je suis ce que je suis.
3. Les épreuves spirituelles
« Les épreuves que l’on peut traverser dans la vie chrétienne, ces « purifications » n’ont pas d’autre sens que d’être un travail de destruction de ce qu’il y a de construit et d’artificiel dans notre personnalité pour que puisse émerger notre être véritable, à savoir ce que nous sommes pour Dieu. » Elles sont le lieu de découverte et d’expérience de la pauvreté, de l’impuissance. Expérience douloureuse, mais qui peut porter du fruit. « Avoir donné sa vie à Dieu et se retrouver incapable du plus petit mouvement d’amour envers Dieu est une souffrance terrible car c’est le sens même de notre vie qui semble perdu. » Mais cela fait en sorte « que je ne m’appuie pas sur l’amour que j’ai pour Dieu, mais exclusivement sur l’amour que Dieu a pour moi. Un prêtre m’a dit un jour en confession : quand tu ne crois plus à ce que tu peux faire pour Dieu, continue à croire à ce que Dieu peut faire pour toi. » En fait c’est le moment où je peux faire l’expérience que « Dieu ne m’aime pas à cause du bien dont je suis capable, de l’amour que j’ai pour lui, mais il m’aime de manière absolument inconditionnelle, en vertu de lui-même, de sa miséricorde et de sa tendresse infinie, en vertu de sa seule Paternité à mon égard. » C’est l’enjeu de la vie chrétienne : passer de mon paradigme au paradigme de Dieu.
Dieu se « sert » des circonstances pour nous faire avancer vers Lui : de tout mal, Il tire un bien.
4. La miséricorde comme seul appui
« L’homme libre, le chrétien « mûr » spirituellement, c’est-à-dire devenu vraiment « enfant de Dieu » est celui qui a éprouvé son néant radical, sa misère absolue, qui a été comme « réduit à rien », mais au creux de ce néant a finit par découvrir une tendresse ineffable, l’amour absolument inconditionnel de Dieu. » La miséricorde du Père est devenue sa « seule et unique » espérance et sécurité.
5. L’homme libre : celui qui n’a plus rien à perdre
« Seul est vraiment libre celui qui n’a plus rien à perdre, parce qu’il a été dépouillé de tout, détaché de tout, qu’il est « libre à l’égard de tous » (1Co9,19) et de tout, celui dont on peut dire en vérité que sa mort est déjà « derrière lui » car tout son « bien » est désormais en Dieu et en lui seul. » Finalement c’est celui qui a compris (éprouvé) qu’il ne pouvait rien posséder vraiment et qui a « déjà donné sa vie » (guillemets de la prise de note). Il a découvert que la vraie richesse était cette indestructible vie intérieure vécue avec Dieu.