Dans le monde moderne, dissolution de l’histoire, du temps (qui échappe à l’homme). Nous ne sommes plus contemporains les uns des autres tant le monde change vite.
Dissolution de toute stabilité, tout est mouvant à commencer par les mots et concepts.
Avènement de l’indifférence (et c’est ça qui nous effraie) : monde de machines qui vont à leur rythme inhumain et d’individus individualistes pour qui je n’ai aucune importance.
Le problème de la domination des 0,1% qui concentrent richesses, pouvoirs et sont au-dessus des états.
Internet et la virtualisation du monde : le vecteur numéro 1 de tout cela.
Avènement de systèmes mous et flous sur lesquels on n’a pas de prise (le système de la finance, des médias...).
Désormais, la valeur marchande, c’est nous.
« rétrospectivement, il apparaît qu’en libérant les individus de leurs appartenance sociale, familiale, culturelle ou institutionnel, la grande rupture de 1968 les a rendu plus facilement manipulables par le marché et plus vulnérables au marketing. » P. 42
Principe de base : numériser les réalités et en rendre l’accès payant sur base locative.
Y compris ce qui faisait partie hier de la vie en société banale, des relations humaines les plus simples. Tout doit devenir quantifiable, pour devenir marchandisable.
« Externalisation généralisée des activités humaines » p.45
Ceux qui contrôlent les accès ont le pouvoir.
Conséquence globale : ma vie même devient une valeur marchande, je la pense comme une valeur marchande à rentabiliser au maximum (le « capital humain »). P.50
Le tout virtuel entraîne une décorrélation d’avec la réalité. P.63
Le droit évolue pour ne plus refléter des croyances commune, mais seulement être un outil au service d’une pratique (on est passé du raisonnable au rationnel). On a retiré l’éthique du droit.
Paradoxalement cette poursuite d’une « libération de la morale » en transformant le droit et la structure sociale fait le lit des nouvelles dominations (économiques notamment).
L’idéologie est celle d’un libre marché de « tout » (droits, religions, travail, éducation...) dans lequel chacun choisirait librement ce qu’il souhaite sur un modèle contractuel... modèle faisant abstraction de toutes les dynamiques de domination, de toute la sphère culturelle, supposant que l’homme n’agit que par calcul et donc irréel.
Finalement on refuse de penser en termes de valeurs, et on pense tout en terme d’efficacité (numérique).
Cela mène au « marché du droit » et à la compétition entre tous les États (qui sont dépassés), la course au « moins disant ».
On comprend la disparition des nations et originalités nationales (valeurs) face à l’hégémonie économique.
Sous l’apparence de la liberté, l’effacement de la logique des valeurs et le recul du droit favorise en réalité l’hégémonie des nouvelles dominations
Passer de la bienveillance vis à vis des « minorités » à la reconnaissance.
On connaît pour le reste les idées du mouvement.
Quelques divergences en son sein : la place du corps, la place du langage, la place du queer. Finalement c’est la question de savoir si l’identité est nécessaire ou impossible. Ainsi la paradoxale dérive identitaire des mouvements LGBT
Au sein d’un panorama très intéressant du transhumanisme, montrant notamment tout ce qu’il doit au mouvement hippie, l’auteur montre qu’il favorise évidemment les logiques de dominations, d’une part en étant étroitement associé à un capitalisme ultra-libéral, cohérent avec son idéologie d’autodéterminisme et d’absence de contrôle, d’autre part en préparant un monde ou quelques-uns dominent sur tous.
Le transhumanisme rejoint la gnose en ce qu’il veut quitter le corps qu’il méprise (citations p.155-156)
Autre point de contact : le refus d’enfants.
Le « mon corps m’appartient » contribue à extérioriser notre corps, tout comme les idées de capital santé, de ressources physiques... mon corps est un objet à exploiter pour maximiser son efficacité.
Le poids des nouvelles normes sur le corps n’est pas plus faible que celui des anciennes religions. Fonctionne sur une culpabilisation du manque de respect à soi même (péché !). P.169-171 l’objectif fixe est fictif, irréel, abstrait.
Idem avec la santé. Nouveau système normatif.
Quelques lignes terrifiantes sur l’histoire de l’eugénisme. Notamment encadré p.189.
En bref la science s’égare quand elle se sépare de la culture, de la vie, se croit autosuffisante et englobante.
L’enjeu pour la résistance est de bien voir les lignes de force qui relient ces différentes dominations pour ne pas favoriser à leur tour et à leur insu ces dominations. Notamment marchandes.
Commence par la régulation de la technique, du scientifique, du marché et du financier par la société là où l’on a affirmé que « laisser faire la science » était plus sûr. La maîtrise, c’est ce qui permet d’être au service d’un projet.
Globalement deux points clés auxquels la résistance s'attaque : la maladie du temps et la maladie de l'argent. On peut dire que globalement c'est la maladie de l'efficacité, qui s'oppose à "la vie vivante", bien humaine, pleine de chair, de choses gratuites, lentes, qui ne sont pas productives mais riches, denses... vivantes.
Bref, là où tous ces mouvements s'égarent, c'est en niant la chair et l'expérience individuelle, subjective.
Les religions aussi ont été victimes de ces pudibonderies qui ne leur sont pas originelles.
L'hindouisme a oublié son énorme tradition érotique.
L'islam est devenu extrêmement puritain alors que son appréhension du paradis est extrêmement charnelle, et qu'il n'hésite pas à exalter les plaisirs de la chair.
Le christianisme et le jansénisme alors qu’il est religion de l’incarnation.
À cause du dogme de l’incarnation, le christianisme est une véritable ressource face aux technoprophètes.
Contre les nouveaux pudibonds, Jean-Claude Guillebaud, Ed. Les arènes 2011